NOTE
Il est des considérations d'un ordre plus relevé; elles ont frappe' le puhliciste , elles ne sauraient e'chapper au prêtre : ces considérations se lient au sujet que j'ai traité; je les indiquerai brièvement.
Dieu est le père de tous les hommes; ce n'est pas pour quelques-uns , c'est poiu" tous que son soleil luit sur la nature ; ce n'est pas pour le bon plaisir du petit nombre qu'il a fait de l'état de société l'état de l'homme ; ce n'est pas, non plus, pour entasser aveuglément ruines et victimes qu'il permet les révolutions ; sa providence marche a travers les siècles , lentement ou violemment, selon les décrets de sa sagesse, vers la fin qu'il s'est proposée dans ses œuvres : il châtie les peuples dans sa justice, sans que son inépuisable bonté tarisse devant leurs erreurs ou lem's excès.
L'alUance de la religion, de la liberté et du pouvoir devient aujourd'hui plus nécessaire et plus intime : plus intime , parce que la théorie constitutionnelle aspire a réaliser, dans l'ordre politique, ce que l'enseignement religieux tend a opérer dans l'ordre moral ; plus nécessaire , parce que dégagés de tout autre frein , privés d'autre guide, le pouvoir et la liberté ne feront que se froisser, se heurter, se détruire, si la religion ne les dirige et ne les
modère : je citerai, à ce sujet, quelques passages tires d'un livre qui mérite d'être mc'dité.
" La révolution sociale qui s'opère depuis cinquante ans, est le résultat de l'altération apporte'e dans le droit public de l'Europe, par l'influence des ide'es chre'tiennes qui travaillent incessamment l'humanité', La révolution française peut dire , comme Attila : Je suis le marteau de Dieu : a ceux qui l'interrogent sur un but qu'elle-même ignore, elle pourrait répondre , comme Gensc'ric à ses pilotes : Je vais où Dieu mie pousse.
» Ce n'est pas pour le déplacement d'une simple formule sociale que Dieu permet ces grands bouleversemens : la fin de rhomme est toute religieuse, et ses institutions politiques ne peuvent être que l'expression de ses idées et de ses croyances... . La mission actuelle de la France, c'est d'e'piurer les principes de 89 ; alors il ne restera que des principes sociaux, cbre'tiens par essence, fruits naturels d'une civilisation progressive et du travail inte'rieur de l'esprit divin dans l'humanité'.
» Pendant bien des siècles , le grand nombre e'tait non-seulement gouverne', mais posse'dé par le petit nombre le re'-
gime des castes a recule' devant la loi d'e'galité chre'tienne.... la religion tendit a re'aliser dans l'ordre social la sublime ide'e de l'e'galite', après avoir re'alise' celle de la liberté' par l'abolition de l'esclavage.... l'aristocratie de naissance est en opposition directe avec le ge'nie de la civilisation chrétienne.... le but, c'est l'admission graduelle d'un plus grand nombre d'êtres aux bienfaits de la civilisation chrétienne, aux lumières qui en découlent, aux avantages matériels qu'elle tend a répartir plus également : le but, c'est le retour à la foi parla diffusion de la science, a de nouveaux principes d'ordre , par des habitudes de liberté ; c'est, enfin, la formation d'une nouvelle hiérarchie, d'après les classifications naturelles ; c'est , en un mot , la régénération du monde par la parole qui l'a créé.
" Comment nier que la première révolution n'ait sauvé, ne fut-ce que par un nouveau baptême de sang , les mœurs , la foi, le sacerdoce, dont la pureté allait s'oxidant de plus en plus au
souffle corrosif de la corruption pliilosopliique?,... qui peut clouter que les c'vc'nemens de 1850 n'aient eu pour résultats déjà, sensibles de faire tomber les préventions si habilement entretenues pendant quinze ans contre le cierge , en le contraignant de se renfermer plus e'troitement dans les soins du ministère sacre'?.. .. » Je n'ignore pas ce qu'on peut dire du desordre des esprits , de la faiblesse des mœurs, de l'indifférence qui envahit tout, comme une paralysie mortelle. J'ai le cœur aussi serre qu'aucun autre a la vue de cette société' qui ne sait à quoi se prendre ; ces rêves monstrueux de socie'té sans Dieu , d'ordre et de liberté' sans Dieu ; ce de'sespoir de l'intelligence accule'e au ne'ant; ces spasmes du cœur s'e'teignant dans le suicide , ce chaos , ce vortex rapide oïl passent et s'abîment tant de rêves et tant de folies ; tout cela fait trenuiler.... le chre'tien, de plus en plus de'sabuse' de la puissance de la raison se'pare'e du Verbe de Dieu, tourne ses regards vers la sainte montagne, en s' écriant avec le Psalmiste: Vsquequo , Domine^ Mais ne luit-il pas à l'horizon quelques signes pre'curseurs d'un jour moins chargé d'orages ?. . . " ( Vues S2tr l'Histoire contemporaine , par M. Louis de Carné , t. 1 , Introduction ;, p. 25 , 40 , 49 , 62 , 63 , 76 , 78 , 80. )
{Exlrnit des Mémoires de. V Académie.)
l.\:i'lUMr',T.iK DE L. SAINTE-AOATIiK,
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