SILVIO ANTONIANO
Voici L’analyse de son Libro délia educazione cristiana dei figliuoli (1 583) dédié a voi , honorandi padri di famiglia ,
Bien que cet ouvrage ait été réimprimé de nos jours en Italie , il peut y avoir quelque intérêt pour un lecteur français à en lire le résumé.
Ce livre, à défaut d’originalité ou de profondeur, honore le clergé italien par la pureté, la discrétion de la morale qui l’inspire; c’est l’œuvre d’un homme qui aime l’enfance et veut préparer, pour toutes les conditions, des hommes honnêtes et pieux.
Premier livre ( Nécessité de l'éducation ; dignité et sainteté de l’état conjugal , etc.)
L’auteur avertit dans sa dédicace qu’il écrit en italien pour être utile à plus de personnes; que les enfants sont la plus grande richesse de leurs parents , que Dieu, qui les a confiés à ceux-ci , demandera compte de leur éducation.
Il tire , mais avec sobriété, des exemples de la Bible. A propos du mariage , il veut que l’on cherche dans le conjoint l’égalité et la vertu ; qu’on prie pour obtenir des enfants, puis, pendant la grossesse; qu’on prenne grand soin du corps des petits enfants; il maudit les parents qui, par amour du gain, les estropient; il veut qu’en touchant aux membres de ces petits êtres , on prenne garde de les blesser, qu’on ne les couche pas avec soi, qu’on ne les laisse pas seuls par crainte du feu et des animaux. Il demande pour eux des vêtements aisés afin qu’ils grandissent librement et qu’on ne les blesse point en les habillant ou en les déshabillant. Il conseille d’ailleurs de les exercer à supporter la fatigue. 11 regrette que les grandes
dames ne nourrissent pas leurs enfants, sans toutefois leur faire une obligation absolue de l’allaitement.
Deuxième livre (Exposition pratique des principaux points de la doctrine chrétienne ; ligne de conduite des parents).
Le concile de Trente touché , dit-il, de compassion pour l’ignorance universelle où l’on vivait à l’endroit de la religion , a ordonné au clergé d’en enseigner une fois par semaine les principes aux enfants, et de prêcher tous les dimanches. Le simple fidèle ne doit pas se piquer de théologie : provoqué à la discussion par de faux prophètes, il se retranchera derrière les décisions de l’Eglise. ,11 faut enseigner à l’enfant le respect du prince dont l’autorité doit être ici-bas, après celle de Dieu , la plus chère et la plus sainte.
On doit avoir chez soi de pieuses images et point d’œuvres d’art vaines ou déshonnêtes. L’auteur indique soigneusement l’emploi du dimanche (prière du matin , manière de se rendre à la messe, de l’entendre; il attaque fortement ceux qui choisissent ce jour pour séduire à la luxure les âmes innocentes dans les Eglises, ceux qui dépensent à boire le gain de la semaine , puis battent leurs femmes, ou se livrent au jeu avec fureur et apprennent par là à blasphémer ou à tromper). Il développe les obligations imposées par chaque commandement. Il dit qu’à bien considérer , dans les villes , les palais , les tribunaux de justice , les boutiques de marchands , dans les réunions les plus nombreuses d’hommes civils et bien nés , il se commet fort souvent de plus grands brigandages que dans les forêts, parmi les bêtes.
Il blâme les dépenses qu’on fait pour les collections de médailles antiques ou de tableaux, et répond à ceux qui l’accuseraient de tracer le plan d’une éducation de moines
et non de simples chrétiens , que les vertus chrétiennes sont nécessaires à tous et compatibles avec toutes les conditions.
Troisième livre ( Tableau de chaque âge et de ses périls ; devoirs successifs du père ; considérations sur les diverses professions pour apprendre à Vhomme à se rendre utile à sa patrie terrestre afin de mériter d'habiter sa patrie céleste).
L’enfant qui est en faute doit être fouetté. Antoniano donne des détails sur la surveillance à exercer pour former l’enfant à la sobriété, sur la quantité de sommeil né cessaire ; il réprouve la sieste. Il traite du choix d’un maître : le meilleur, quand on le peut, est de prendre un précepteur ou de confier l’enfant à un professeur qui reçoive peu d’élèves. Il engage tous les maîtres à prendre modèle sur la Compagnie de Jésus qui enseigne, non pour l'amour du gain , mais uniquement pour V amour et l'honneur de Dieu , et qui distribue ses élèves en différentes classes suivant ce qu’ils savent (C’était alors une innovation. Voir notre Muret , p. 273. Malheureusement, divers motifs on partout et toujours empêché que ce principe ne reçût une complète application). Il autorise l’enseignement de la littérature païenne, de la rhétorique et de la poésie. Pour le choix des livres, il cite l’exemple des éditions expurgées des jésuites , réprouve l’explication des livres extravagants et d’un style dur ; il veut que l’on interprète « les plus approuvés, qui sont peu nombreux, et notamment Cicéron et Virgile. ® Ce n’est pas non plus un usage blâmable, à son avis, que de consacrer quelques études & la langue vulgaire que chacun a tous les jours à employer comme il peut : c’est grande honte de voir parfois un gentilhomme qui ne sait pas s’exprimer sans gaucherie dans ses lettres familières. Il interdit de désigner des idées
chrétiennes par des termes païens et indique les ouvrages ecclésiastiques bien écrits qu’on pourra lire sans crainte de gâter son style. Tous les garçons devraient savoir lire, écrire, compter; ceux qu’on destine au commerce devraient posséder quelque intelligence du latin pour pouvoir s’entendre avec les étrangers ; les gentilshommes recevraient une éducation savante. Quant aux filles , « celles d’une humble et pauvre condition n’ont pas même besoin de savoir lire; aux filles de condition moyenne il ne messied certainement pas de sa voir lire ; » mais pour les nobles qui seront mères* de famille dans de grandes maisons, il approuverait qu’elles apprissentà lire, à écrire et à compter suffisamment. Aucune ne doit étudier l’éloquence ni la poésie. Il invite les pouvoirs publicsà réprimer l’indiscipline des étudiants, indique les précautions à prendre en envoyant un enfant dans une université; il cite l’Association bolonaise de la Persévérance fondée par Gabriele Paleotti pour veiller aux bonnes mœurs des étudiants. (On peut lire, à la fin d eV Archiépiscopale Bononiense, de 1594, un sermon de Paleotti aux membres de cette association.) II traite des devoirs du juge , du médecin, du militaire. 11 condamne ceux qui forcent et ceux qui empêchent leurs enfants de se donner à Dieu et rappelle que le concile de Trente les déteste ; s’il introduit une restriction dangereuse en exigeant que, dans les cas où un enfant marquerait la vocation, toute son éducation soit dirigée en vue de le préparer à la cléricature (car, qui peut répondre de la vocation d’un enfant?), il atténue cette imprudence en réclamant qu’on lui enseigne fortement les devoirs de son futur état. Enfin il donne des conseils pour ceux qui vivent à la cour des princes.
Savants flamands.