De l'initiative révolutionnaire en Europe
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Dans un article précédent , M. Louis Blanc , l'un de nos collaborateurs , a signalé à Tattentic^ du parti républicain l'association de la Gioviru Jtalia et le journal qu*elle publie sous ce titre. Parmi les nombreux proscrits dont les espérances se sont rattachées à cette association , nous avons nommé M. Mazzini, dont la plume habile et dévouée enrichit la Jeune Italie d*ar(icle8 aussi remarquables par la hauteur dés idées que par Téclat du style. Notre intention était de tenir les patriotes français au courant des doctrines sociales et des conceptions révolutionnaires des patriotes italiens , en rendant compte de leurs travaux. Mais avant d'avoir eu le temps d'accomplir ce projet, nous recevons un article que M. Mazzini a bien voulu adresser si la Hevue Républicaine.
Nous nous empressons de publier cet article , quoiqu'il ne soit pas complètement dans le point de vue d'unité de la Revue. Ceux de nos lecteurs qui veulent bien suivre avec attention la série de nos idées et de nos travaux, apercevront facilement les points de dissidence. Mais nous regardons comme un devoir impérieux d'ouvrir notre tribune , quelque modeste et peu retentissante qu'elle soit, à la voiif de tous les hommes proscrits, opprimés par les royautés* Ce ne sera jamais notre faute si leurs plaintes et leurs espérances ne sont pas entendues. Nous prolestons ainsi» autant
(i) Je prie ceux qui doivent lire cet article, de oe pas s^effaroiiclier de quelques ekpreuions, que fartide entier explique, et d'aller jusqu'au bout. Je serais au désespoir que Mia pcn^ ÎM mal interpritée ; i*aiine h France comme une seovnde pairie, je la réitère comme la pairie de TintelUgence européenne, comme celle qui a eu depuis des siècles riniliative du mouvement; mais je crois non «eulemenr de mon devoir, mais du devoir des intelligences en France de chercher à réhabiliter la conscience des peuples, que la puissance d*inilialive française mal comprise, mal appliquée, et salnlrtuée à la force dVicCivité qui réside en chaque' peuple a étouffée, abâtardie jus(|a'à ce jour... Je crois que la révolution européenne est à ce prix. {Note de A/. Mazxim.)
qu*il est en nous, contre les lâchetés minisiërielles qui coinpromcltont la Ffaiiee, en lui faÎMnt perdre raornentanëniant aux yeux de TEurope la sainte initiative de la liberté.
C'est un devoir que npos aocompUsspns envers la France. D'un jour à Tautre, elle peut briser ses entraves et reprendre, au bénéfice de l'Europe, la grande et sainte mission de l'initiative révolutionnaire ;. mais cette mission d'affranchissement ne doit pas se îàivû en aveugle ; elle doit connaître les hommes, les peuples, les intérêts, les idées, au secours desquels elle volera fraternellement. L'article que nous publions aujourd^ui doit contribuer à éclairer cette mission d'un avenir peut-être prochain. Sous ce point de vue , l'écrit de H. Mazzini nous semble d'une haute importance , car cet illustre proscrit , par son caractère , ses talens, ses travaux, par le privilège des persécutions, résume en lui les idées et les espérahces d'un grand nombre de patriotes italiens et allemands.
Comme nous espérons que M. Màzzini et sfss collaborateurs voudront bien nous envoyer encore des article^ oà ils continueront l'exposition de leurs doctrines sociales, de leurs idées d'avenir européen , nous attendrons encore pour formuler nettement les différences qui existent entre les idées révolutionnaires de la France, et les idées révolutionnaires de l'Italie ou de l'Allemagne. Cependant, nous ne pouvons ajourner quelques réflexions sur l'article que nos lecteurs vont lire.
Deux mots sur la question d'avenir, de but social. — A-telle été bien posée par les premiers révolutionnaires français? — Devons-nous les continuer, ou poser un nouveau programme social ?
Les véritables, les seols révoTulionnaires français, les Montagnards, ont posé comme but de l'avenir social la réalisation de cette synthèse xfnUemiU^ égalité ^ liberté •^ c'est-àdire la satiafaction de toulea les aptitudes des hommes, consi* dérés du point do vue social et du point de vue individuel. Ik n'ont pas voulu sacrifier l'homme à la société : ils on écrit liberté. Ils ont encore moins voulu sacrifier la société à aucun homme ni à aucune classe d'hommes : ils ont écrit égaliié; mais ils ont mis Ye'gaHié avant la liberié, faisant entendre ainsi que jamais l'intérêt social ne serait subordonné
ft rimérèi mdmdvel. Il fallait enfin me idée morale qtri doninAt Tindividu, qui légiiimAt le droit social et sanctifiât en quelque sorte le principe de régiKlé; cette idée mon^ qni domine les deux autres termes de leur synthèse, 4^^est la fraternité humaine.
Hais cette égalité nétaà-elle qn'iin principe abstrait, accepté par eux sevlement du point de vue métaphysique? non, certes, car ils traduisaient ce terme de leur synthèse par cette autre formule identique : l'amélioration du sonde tous les hommes sonffrans; — car ils posaient comme dëve* loppement de lesr principe dne idée sublime, à ssfvoir que le pouvoir social -n'est moral qu'a la condition de protéger les faibles, les pauvres, les malhenrem, eovitre toute ekptoitation, c'esi*à*dire de travailler è réaliser Pégalité.
VoUà (a question posée en principe par no$ pères; main* tensnt, oot^ik oosmi tous les moy ois scientifiques, éeonottfiiqnes, politiques, pomr arriver i ce but ? Il semit trop long d'examiner ici ces détaib, nais nous sommes tout prêts à aoeorder, pour le moment, que leur époque n'a pu les connaître tous; noua ikuiimes tout prêts à avoner que la science moderne a découvert et déconvrira de meilleors moyens de solution. Noos sommes tons prêts à confesser avec II. Mazzini que VassocMani qnand elle sera sortie du cerde d'une affirmation parement métaphysique, qu'elle aura été scientifiquement fornmiée et préparée pour rapplication,estdestinéeàêtre proclamée comme le meilleur procédé pour arriver à Taoeomplissement de l'avenir social que nos pères ont nettement posé; mais ce n'est qu'une question de moyen , ce n'est pas une qnestbn de 6ui social : VassoeiaSion n'est qu'un procédé ^ et n'est pas mi principe.
L'épo^pm actuelle n'a doncpasà cberdier, dans les nuages de la métaphysique allemande, les données "d'un nouveau but social, mais à trouver dans la science positive les plus sArs moyens de réaliser l'avenir dont nos pères nous ont légué le saint programme.
Tel eat^ dans des termes fort abrégés, le principal point de dissidence entre H. Mazaini et nous ; telle est, à notre avis, sa preaûère erreur. Nous soumettons ces explications à son jugement consciencieux. Noos n'avons pap besoin, nous le pensons, de rappeler que les véritables révolutionnaires
français lïoni pas oublié de proclamer la fraUmiU des peu* pks; et qu'ainsi leur drapeau ne portail pas pour devise : VAamm€f mais Vhutnamié.
Deux^nots sur.riniiiaUve révoludoimaire ar/a^/& delà France.
M. Mazzini bit un reproche à la France d^avoir voulu , comme par unesorte d'orgueil, s'attribuer en Europe le monopole de rinitiative.rëyolulionnaire.
' Les patriotes français seront toujours prêts à décerner une couronne européenne au peuple qui se lèvera le pi^emier et réalisera raffrancbissement de tous les peuples. S'il existe dans la confédératioa germanique ou en Italie un peuple qui soit à la fois assez avancé pour briser chez lui, malgré toutes les résistances, tous les liens séculaires de la féodalité laïque ou ecclésiastique; assez fort pour défendre son droit de ruines contre les royautés coalisées; assez expansif pour conununiquer son ardeur révolutionnaire aux peuples qui l'entcMirent; qu'il se lève I la France est prête à applauctir au peuple, athlète victorieux dans ce. vaste cirque. Elle applaudira avec bien plus d'enthousiasme qu'elle n'applaudit, il y a quelques années, aux révolutions de.Naples, de Piémont, de Madrid; car aloirs elle n'applaudissait qu'en tremblant pour l'avenir si frêle et ai menacé de ces révolutions.
Mais où est<41, ce peuple? S'il existe, qui pourrait croire qu'il fasse abnégation de lui-même au point de se subalterniser à la France? Le jour où la France voudrait se lever encore, irait*elle demander la permission à quelque peuple que ce soit? Non, elle prendrait son temps , son heure. C'est que la France a brisé, depuis quarante ans, toutes les forces féodales qui pourraient l'arrêter; c'est que, depuis quarante ans, elle a adtievé son unité territoriale et administrative, et surtout son unité morale; c'est qu'elle est lorte de trentedeux millions d'hommes.
SI donc les patriotes françab proclament la nécessité de l'initiative révolutionnaire de la France, ce n'est pas avec orgueil^ c'est plutôt avec tristesse ; c'est qu'ils ne penvmt s'isoler de l'observation des faits pour improviser , par leurs seuls désirs, une force révolutionnaire.là où elle n'existe pas com- (Jèlemént; pour prêcher à chaque petit peuple l'aventureuse politique des insurrections mortes-nées ; c'est qu'ils ne croient
pas que les peuples morcelés de la confédération germaniquô aient une force qui puisse les défendre contre l'Autriche : l'unité leur manque ; c*est qu'ils se rappellent que jadis la France était obligée de protéger ces Etats contre TEmpereur, et qu'ils furent gravement compromis et menacés à l'époque où le ministre Choiseul» abandonnant l'alliance des Etats secondaires, s'unit avec Marie-Thérèse ; c'est qu'ils ont vu, de nos jours » la Pologne expirante, parce que la France était irop loin ou plutôt trop royalement gouvernée ; les révolu* tions de Modène et de Bologne, entreprises sur une parole du général L4ifayétte, et mourantes sous les baïonnettes autrichiennes parce que cette parole n'était pas tenue par la royauté des Tuileries ; c'est qu'ils voient aujourd'hui la Belgique n'exister que par la France, et les quelques Etats germaniques qui, après la révolution de 1830, ont suivi l'impulsion des trois jours, ne conserver les faibles restes de leur indépendance constitutionnelle que par la protection que leur donne encore l'esprit révolutionnaire français, si tristement neutralisé par un gouvernement purement dynastique. Ainsi donc, les peuples, nos frères,, auraient tort de voir la jactance de l'orgueil là où se rencontre seulement la triste observation des faits européens.
La vieille Europe se meurt; les vieilles choses s'en vont; toutes ces grandes institntîoos polhiques ou religieuses, géans du moyenâge, qu'on a vu se disputer, pendant six ou huit siècles, l'empire du monde , croulent et disparaissent ; leur temp9 est fait , leur règne est passé.. Plu5 de pape ! Ptus d'empire ! Plus de royauté ! Plus d'aristocratie ! voilà le cri de l'époque, le mot d'ordre des intelligences; Itf résumé de tous les systèmes, la pensée européenne; elle prêche du haut de la tribune que la presse périodique lui a élevée ; elle gronde dans les associations ; elle rugit dans l'éroeuCe ; elle se pose dans les neuf dixièmes des livres qui circuleni en Europe ; elle perce à travers l'ironie oo la sombre fureur qui caractérise l'autre dixième ; elle se fait tonr-à-tour roman, drame^ histoire, chanson , feutHeton , prophétie ; elle glisse une protestation au sein des chambres du privilège ; elle sineame dans les proscrits ; là où
elle n'a ni journaux^ ni presse, ni chambres, nî rien qui puisse la formuler, elle conspire; elle brille dans les fers; elle se diTiiHse sur réchafaud.
Oui, la vieille Europe se meurt; c'est notre crojance à tous, soit qu'elle se révèle audacieuse et fière par nos actes, soit que, plus timide , elle attendcf, pour éclater, une de ces manifestations solennelles qui imposent à tous les hommes de cœur le choix d'un drapeau. Et pourtant, qu'elle est lente, sou afponie! Depuis vingt iins^ les folies de ses soutiens et la pensée qui mène le siècle, liii ont creusé son cercueil ; depuis rïngt ans, nous entendons sonner la cloche de ses funérailles, et die riteneoro, et chaque matin, cachant sous on nouveau masque les traces de la conaomptioo, elle nous effraie d'un reste de vie qui, depuis long-temps, aurait d^ disparaître; un souffle suffirait pour l'éteindre, et l'air est calme, Timmobilité règne autour d'elle ; eUe a tant fait qu'elle a communiqué sa terreur h ceux qui sont appelés à la détruire. Comme Marins, elle en impose du milieu des ruines; elle glace, elle (asline de son regard de mourante ; on voudrait frapper, on ne l'ose pas; les peuples souffrent, mais en silence; pas un d'entre eux qui ne tienne en sa main le fer dont le poids ferait pencher la balance maintenant en suspens; pas un qui ne soit à mfime, par un mouvement brusque ci énergique , ^'ébranler le levier des révolutions européennes, et cependant nul ne l'ose; il y a partout attente et inertie. On s'était levé pour un combat à outrance, et tout s'est borné à un engagement de tirailleurs, à desimpies affaires d'avant-poste; puis, lorsque la mêlée commençait à devenir chaude, elle s'est tout-à-coup suspendue ; et , comme frappés d'une pensée subite, les combattans se sont mis à se reposer sur leurs armes. Pourquoi donc, lorsque le bouto*-seUt a sonné, se reposeut*ils, tous ces peuples qui ont tant de choses à faire ? Est-ce horreur de sang que doit couler la croisade ? Est-ce nn moment de recueillemeni tel qu'en avaient les Suisses des anciens jours , lorsque 9 Avant de fondre sur l'ennemi , ils s'agenouillaient , croyans flubUmes, sur la poussière de leurs pères, pour demander au dieu dea saintes batailles le courage des nvirtjrrs et la foi des victoires ? Il n'ea est rien. Ce n*est pas aux devoirs de la lutte, mais ^ ses ehonœs, qu*iU songent; s'ils oet ployé le geuoo» ce n'est pas devant Dieu, e*est devant leurs maflres , et, depuis deux ans , ils sont là, et ne soogeot pas ii se relever* Depuis deux ans, depuis surtout qu'un crî, parti des bords, de la Vistule* a jeté, au milieu de nous, cette nouvelle sinistre ^ Vvsr^o^it e#f mmbéc ; la Pologàe est/roffHie ou cœnr^ U terreur les a pris. Quelques démons*
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tnlîons Isolées OUI eu lieu, maïs dépourvues d'^nseinble^ enfao^ té^ par le désespoir , plniût que par la foi daos l'aYeoir ; sad» UDité,»ao9prp^iiiioe9 sans but précisé y eliesn'ool pas pu secouer le ipaiHeau de plomb qui parail s'£lre étendu sur TEurope. Le lioo «1 rugi, pqis il s'est recouché. V y a eu eocore un effort, sublime eflbrt non révélé 9 dévoilement inconnu, dans cetle Italie qui , en 18319 avait leré un instant sa tête sacrée, pour la laisser retomber aussitôt sous le poids des déceptions ; un autre plus éclatant à Saint- Mérj. A Gêneê , à Turin , à Ghambéry, quelques têtes de martyrs ont roulé en emportant leur «ecret avec elles. Au c|oitre, queK ques volées de mitraille ont enlevé le drapeau de la république , et puis tout s'est tu. On dirait que le cœur des peuples a cessé de battre.
Pourtant, depuis i85o aurtoul, Jes «iimulaos n'ont pas manqué à ces peuples qui s'endorment spus le fouet« Depuis la badine plombée de l'assororaeur élégant, jusqu'au coutelas du sergent de ville, depuis les tortures à buis clos du cachot jusqu'à la légalité de l'exécution en place publique ,^ rien ne leur a été épargné, et ce tiers de siècles vu des choses auxquelles nos enfans ne voudront pas croire. On a caressé la conspiration et l'émeute seulement pour fournir un prétexie aux boucheries gourememen taies ; on a tué eu mas6e et en détail; ici le canon, là réchafaud,puis, 00 s'est mis à commenter Machiavel; on a semé la corruption; on a inoculé la défiance ; 00 a mis l'espionnage au sein des familles ; on a armé fSlasse contre classe , homme contre homme ; on a organisé l'immoralité et formulé l'égoîsme ; comme au bon vieux temps , on tk vendu les places et acheté les consciences. Ce qu'il y avait d'hommes tarés, d'hoounes dont le nom seul est ua programme d'infamie et de vénalité , on est allé les chercher dans la foule ^ pour le« placer partopt au sommet de la hiérarchie. Là où tuer est hors d'habitude, on a mieux fait» on a avili, on a pris le peuple, on l'a revêtu des insignes du pouvoir; on lui a mps, comme au Christ, une copironne de papier sur la tête, et on lui a dit : Te voilà roi ; pois, coiAme le Christ , on l'a donné en spectaqli; aux nations; on l'a remis, comme un jouet, aux mains de la diplomatie ; on a tout fait pour le dégrader; oa hii a fait descendre ^ tout entière , L'échelle des humiliations; on lui a fait renier, une à une , ses antiques vertus et ses jeMnes^éwices, liberté, gloire,, indépendance, hospitalité*
Tout ®ela«'est passa sous dos jreytX) et tout celi^ a été patjcm* ment enduré. Le chameau a fléchi sous le poids ;^ il n'a pas foit uu effort pour le secouer; tous ces faits, qui à en juger par l'attiUidc
des peuples en i85o, auraient dû produire une conflagration uoirerselle, dominent aujourd'hui encore ThoriKon européen, sans eicciter d'autres réactions que celles de la presse ; je me trompe , la presse n subi elle-même une modiAcation , et fournit aussi la preuve du fait général que nous signalons. Elle a changé de ton et d'allure ; elle grondait en annonçant l'orage ; elle marchait droit au but, menaçante et audacieuse; aujourd'hui elle talonne et louToje ; on -entreroit , à travers un calme affecté , le mécontentement dont elle ne peut se défendre. Dans cette halte européenne^ dont peut-être elle n'a pas asses sondé les causes, eHe a pri» son parti : elle a abdiqué son rôle d'erciuteur, et elle s*esl rejetée sur le terrain de la spéculation; elle fait la guerre des idées en attendant mieux. Les chefs, les porte-drapeaux, les hommes qui poussaient naguère au mouyement de toutes leurs forces, prêchent aujourd'hui la patience; on ne fnit rien que par les Idées , disent-ils ; -—c'est juste, mais les faits ne sont-ils pas aussi des idées maténellement exprimées ? et V action , lorsqu'elle s'essaie ù traduire un principe j n'est-elle pas aussi un enseignement dont le sourenir se grare en caractères ineffaçables dans le cœur des masses? -^Ik déploient tontes les ressources de je ne sais quelle tactique, sœur de la comédie de quiose ans, pour fbreer le gouvernement i\ l'iniliatÎTe de la lutte. Réussiront-ils? Je ne le crois pas; je me soutiens qu'il y a deux ans, les mêmes hommes attendaient la guerre , comme aujourd'hui Ils attendent les coups d'état
La guerre, c'était alors le thème de tous les calculs, le sujet de toutes les espérances, le mot d'ordre que chaque matin la presse périodique livrait aux peuples impatiens : elle était inévitable, elle avait son foyer partout. C'était l'intervention en Italie , le centunième protocole en Belgique ; plus tard la diète allemande , la royauté grecque, la question portugaise; et lorsque Grèce, Allemagne, Italie, tout s'affoîssa sous le niveau de la diplomatie, ce fut le tour de l'Orient : la guerre couvait sous le turban du paoha ; elle n'attendait qu'un visa moscovite pour nous arrirer par Constaotinople ; elle n'arriva pas : comment serait-elle arrivée , quand pas un roi n'ignorait que le premier coup de canon , en mettant hors de cause le sj^thme pacifique de la bourgeoisie, devait attiener le prolétaire sur l'arène ? Bien décidés i\ ne pas jouer contre un seul coup de dé leur faible exbtence> Ils ont amusé les peuples par des semblans belliqueux, comme on amusait les Parisiens au i4 juillet 89 par des billetf et âps coeardes; et plus heureux que les prévôts des marchands, ils ont réussi. L'élan des peuples s'est amorti sous l'altente : la croyance en une guerre génénile a tué
(9) FlnsurrecfiongéKiéiiile, car les peuples se fatiguent in aUendfe; leur enthousiasme né tient pas contre riinmobflîté : il marche ou s'éteint; et tandis que tous se disaient : attendons , l'occasion ta paraître, l'occasion fuyait devant eux. Pauvres déçus, qui ne voyaient pas que Tinitiative était aux peuples , ou n'était à personne; qu'alors, comme aujourd'hui, chaque peuple, comme le héros du Tasse , portait la guerre et la paix dans le pan de sa robe, et qu'aujourd'hui, comme alors, le déchirer c*est l'œuvre de l'Insurrection (i).
La guerre n'arriva pas; les coups d*état n'arriveront pas non plus; l'omnipotence royale et étrangère les exclut en Italie et en Allemagne, l'omnipotence parlementaire en France , l'omnipotence de l'individualisme en Suisse. Qu'a-t-on besoin de risquer le suicide par des coups d'état, lorsque tout réussit à souhait^ lorsque foute usurpation trouve un pouvoir pour la ratiGer, une classe riche et nombreuse pour la soutenir et une fraction patriote pour prêcher l'inaction par tactique P
Depuis plus de trois ans, contre le peuple et la jeunesse éclairée , seuls agens des révolutions f le coup d'état est en permaUence. Qu'at-il produit ? certes, on ne voudra pas soutenir qu'il existe par cela même une plus forte aptitude révolutionnaire en Europe. C'est que l'action engendre l'action ; c'est que toute insurrection, lorsque o^eit nu nom d'un principe d'avenir qu'elle se fait, dépose en tombant dans le sol le germe d'une autre ; c'est qu'au point où nous en sommes , on ne s'arrête pas sans rétrograder. — Lorsqu'un principe a été posé, !1 faut avoir le courage d'en subir une à une toutes les conséquences, sans se détourner un seul instant de la voie qu'on s'était tracée potir Sou développement. Tomber mille fois, relevez-vous mille fois ; la liberté, comme le géant de la fable , puise à chaque chute de nouvelles forces : elle grandit sous l'orage , elle touche au ciel par le martyre. Ne rectilet donc pas dans cette lutte^ dans laquelle lea revers enfantent la victoire , parce que vous avez été une, deux, trois fols défaits; car chaque triomphe coûte cher à vos ennemis : seulempenl vous comptez vos morts , ils enterrent les leurs; mais le soleil de demain vous montrera leurs rangs éclalrcis. Enfans de
(i) On ne croit plus à U guerre en France; ttiaii eo luUe> en Allemagoe, en Saitas, partoat, il exirte ua parti qui oppose encore cette itlosioD aux vœux des honnes d'actioii. Cest le parti qui entrevoit la résurrection iiaKenae, dans les traités de quadruples aUiaoces , dans rbypoChèio d*ane constilution napoliUit^, dans des prétendues projets de coofédératiom italiennes par PAutricbe ; c*cst le l>arti qui réTc runité allemande dans les développemcnsdu sysiène prossien. (^ol» de M. MazzinL)
Tarenir! TOtre cri d'action était beau; le dernier que tous ares proféré en tombant ^ qu*ii erre aussi le premier sur vos lèîres en vous relerant. N*allez pas échanger TOtre franche et ardente parole contre le langage douteux du passé; profitez des instans du repos pour épurer tes croyances, pour mûrir tos conceptions organiques , pour compléter de plus eu plus la révélation du dogm^ futur : mais n'oubliez pas sur ce plateau des idées, qu'i\ ses pieds se traînent des races souffrantes; n'atlumex pas en plein jour les feux du bÎTOuac; ne leur criez pas d'attendre quand, pour les sauver de cet engourdissement qui menace de devenir contagieux, il n'y a plus d'autre cri que le cri de Bossuet : marche j marche! tl se peut que des chute^ signalent encore cette marche précipitée; il se peut qUCi parmi tant de peuples épuisée par des siècles de torture 9 quelqu^un succombe aux premiers efforts. Qu'importe « dans l'humanité comme dans chaque peuple ^ Dieu n*a-t-il pas mis un berceau auprès de chaque tombe? or, tout ce qui naît, naît pour vous. Songez plutôt qu'il suflit d'une seule victoire, d'un seul peuple qui atteigne le sommet et déploie au vent ce drapeau de l'avenir , que tous invoquent , pour que tous soient sauvés.
DVillenrs, et lors même que les rois voudraient engager, eux premiers, la dernière lutte en se lançant dans la voie ruineuse des coups d^étal, c'est-à-dire de ces actes qui énoncent bien clairement l'intention de couper l'arbre à la racine, sommes-nous bien sûrs que la révolution qui sortirait de là, révolution toute réactionnaire, défensive, inspirée par une pensée de conservation plutôt que par une idée générale et dogmatique à promulguer, serait celle dont l'Europe a soif? Des rérolutions pareilles brisent bien plus souvent une dynastie qu'elles n'enfantent un principe nouveau : et i83o n'en est pas la première preuve. Il s'agit en ce moment de quelque chose de plus que de quelques garanties à conquérir. Il s'agit d'une manifestation sociale; il s'agit de dégager une des grandes inconnues ^n problème terrestre, d'introduire un nouveau terme dans la synthèse que les siècles déroulent, d'inaugurer sur le tombeau d'une époque le berceau d'une autre. Or ce n'est presque jamais un mouvement simplement réactionnaire qui peut accomplir une si vaste mission. Tout grand changement est empreint de spontanéité. Dieu seul sonne les heures du monde. Lorsque les temps sont mûrs, il inspire au peuple qui •aie plus soufEert et gardé sa foi intacte, la volonté et le courage de vaincre ou mourir pour tous; c'est le peuple initiateur. Il se 4ève et combat ; soit qu'il triomphe ou qu'il meure, de sa cendre ou de son trophée de victoire , se dégage le mot de l'époque, et le monde est sauvé.
Il vaut donc mieux dans cet état dechoses, au lieu de désespérer et de s*en aller criant partout dans le monde : honte et malheur aux peuples ; au lieu de vouloir tourner la difficulté , en abdiquant rinitiative européenne et en changeant la guerre d'offensive en défensive ; il vaut mieux, dis-je, constater d'abord , sans crainte d'affaiblir ceux que rîen ne doit a£Eaiblir , cet état d'engourdissement , d'atonie y d'immobilité générale, qui s'est peu à peu sub~ stituée au mouvement accéléré des peuples; ensuite remonter à la source du mal , poser franchement le doigt sur la plaie et chercher à La guérir. Nous avons constaté le fait.
Cherchons maintenant la cause. Tâchons de comprendre comment il se fait que nous, enfans du xix* siècle , plus avopcés qive oos pères du xviii" dans toutes les branches de la connaissance bumaine, et possédant pour tous les problèmes sociaux des solutions ou des lueurs de solutiot^ plus larges,, plus explicites, plus orgar niques, plus profondément philosophiques; nous, doués d'unç puissance de dévouemient qui ne connaît pas de bornes, et ayant souffert bien plus qu'eux de cette douleur mo^e , qui est le baptême de toute grande iAitiation séculaire;, nous nous trouvions cependant leurs inférieurs en force et en puissance d'action; nou§ nous traînions froissés, meui^tris, eûsanglantés deljuttes en luttes , sans avancer, sans avoir pu, dc^puis vingt aps que opiis combattons sans relâche, faire justice de ces restes du passé qui nous encombrent la voie, tiMidis qu'eux, nos pères, ont pu, danaun court espace de temps, saper des croyances, miner des trônes, s'ipcamer en mi peuple,, livrer batailljB, vaincre et asseoir sur les ruines d'un monde V individucdité Kumainç triompha ntQ, sous.sou drapeau de liberté , d'égalité , de fraternité.
A part i'immeosité de la. tâche que nous avons à remplir ,. tâche mille foi? plus vaste que ne l'était celle du x,vjii* siècle ; a part le manque d'ensemble et d'organisation, remarquable surtoi^t parmi les intelligences les premières à reconnaître l'importance de l'associatipn , les dernières à la réaliser ; à part une foule d'autres causes secondaires ou spéciales à chaque pays, dont l'examen ne serait pas ici à sa place , il en est une générale , décisive , toute puissante dans ses effets, qu'il est urgent de combattre, et qui nu pas été signalée jusqu'à ce moment.
C'est qu'en Europe Piniii'aiive est perdue, et qu'au lieu de travailler chacun pour sa part à la reconquérir, on s'eQbrce de, se persuader qu'elle existe encore*
dta^UM
UAMriflBIrf
fi'est que depuis iBi4i il jr « uo yKJe eo Europe > et qu'au lieu de cbercber à le «ombler ^ ou le nie.
C'eU que depuis 18149 U n*y a plus de peuples iniiialeurs , et qu'où persiste à le voir dans la France.
G*estqu'à la veUte d^une époque nouvelle , el tout fn en devinant le principe, on ne s'est pas rendu compte des conséquences qu'entraîne la croyance eo elle, ni des devoirs qu'elle impose à chaque peuple qui veut«n jouir Là, selon nous, est le siège du mal fui 90US ronge. Dans oette grande mêlée de classes qui se sentent à l'étroit, de iraces qui voudraient paraître au grand jour, ei de pouvoirs rétrogrades qni se cramponnent à la mort, parce que la vie les fuit, et ne pouvant faire croire , tuent, nous avons pris le drapeau de Tépoque qui va s^ételndre pour celui qui doit rallier les tribus éparses a« seuil d'une époque nouvelle , les solutions du passé pour des conquêtes d'avenir , les derniers reflets d'un soleil qui a fourni sa carrière etra éclairer d'autres mondes, pour les lueurs de l'aube naissante. Demandex à tous ces hommes qui signalent le travail souterrain , ce quelque chose qui se remue dans ic monde y où va celte foule qui marche , revient, s'arrête, et qui marche encore. Demandez â tous ces peuples qu'un instinct travaille et qui frappent de leur tête la pierre de leurs tombeaux, quel est leur espoir, quelle proie leur a murmurée l'ange de la seconde vie. Au milieu des signes palingénésiques qni peuplent la terre et le ciel; devant ces clartés d'avenir qui rayonnent en tout sens, véritable prophétie d'une nouvelle synthèse , la voix des milliers vous répondra : Nous marchons & la liberté ; nous cherchons l'égalité et la fraternité qu'on nous a promises. Liberté, égalité, ce sont de belles et saintes paroles; nrais comment conquérir ces deux termes à la vie rédie des peuples? comment les faire passer dans le domaine de Tapplicalion et les incarner au sein des sociétés européennes ? car là , \k seulement est la question, caries croyances sont faites, carie principe, entant que principe, règne à celte heure en maître. La liberté , c'est la Grèce , c'est Rome ; l'égalité, c'est le christianisime. Rome et la Grèce, il est rrai, n'ont réalisé la liberté que sur l'échelle de la minorité ; mais enfin comme conception , elle est sortie parfaite de leurs mains : elle nous est acquise depuis ce temps-là , à nous, enfans du*monde dont la Grèce a recueilli le germe tombé du Caucase. Et depuis le Christ, depuis que du haut de sa croix il a jeté à tous les hommes le verbe de l'égalité, un moine de ^itteiuberg n'a-t-K pas formulé son application aux intelligences ? et |[>las de deux siècles après, un concile appelé Convention n'est-il |ias venu résumer le travaR des sièdes, l'œuvre de
b) Qrba^p ie {lopie «| du Cbrial, en prooançaot^leiiD^Uâineiii, & la fiice et aqz <y»plai}dissemeq8 dvn^^onde ffémanoip4iihn? J^mh la déclaratioo des.drojta^ I4 liberté et Tégalité comptent dans les èléfoep^ de la niiture humaioc. Eocore une foîa le» crojaocea soat &ites : ellef |^ fiQUi depMJs loog'-teiops 9 elle» le sont paptotit ; seu^ lem/em, YOU4 'e savez, elles atte^depl le signal pour se révéler; elles atteiupemiqHe la force Tienne aox peuples pour s'iasorire sur leurs drapeaux et marcher en areoté d'autres conquêtes, à la recherche, d'autres idées , car dé|a d'autres jidées, d'autree rérélations attend^^jl rhumanité ; déjà se manifeste au loin un but vaste et nou- Teao , pour lequel la liberté et l'égalité ne seront que des moyen» nécessaires) des conditions reqmses. U faut donc agir et non dis^ enter; U faut oo^iquérir sooe|[preASton matérielle à ce qui estnotre droit bien reconpo , bien incontestable ; il faut réaliser la pensée de l>jusu SMr la^erre. Or, janiais on ne réalise danstootes ses appU-» cations Ip terme conquis par une époque en s'j tenant renfermé; ce n'est qu'eu se plaçant au point die vue de l'époque qui suit, ea proposant comme but à l'activité humaine le nouveau terme du progrés qu'elle doit développer, que Fon parvient à la réalîsatioQ de celui qui a £sit la vie de l'époque Immédiatement antérieure-^ Ainsi h Uàerfé ne peut se réaliser que par Yégalitéj ainsi l'égalité ne peut être conquise que par l'époque sociale ^ c'esUànlire piir l'easociation de tous vers un but commun défini. Sans cela, sens cette condition de la loi qui pousse les générations, et fiiit du besoin de réaliser |in but actuel, l'instrument même de la découverte, le progrès serait bfisé dans sa continuité, et dès que, découverte, développemens, réalisiatiou , application d'un terme donné, les hommes auraient tout conquis dans une époque, ila ne se hâteraient peut-être pas de la dépasser.
Il fallait doAC aborder franchement la question, se placer au point de vue européen, ontrainer les peuples sur un terrain vierge, lef placer f*n face de leur mission , la leur dévoiler tout entier, avee ses devoirs et ses conséquences, puis leur dire : Maintenant, k l'œuvre I la tâche est là ; le travail de tous peut seul reccon4)lir^ mais chacun de, vous peut commencer, et le premier d'entre vpus qui donnera le signal du travail commun, celot-Jé sera le peuple iniiiçUur de l'époque, et ses frères le salueront; entre tous d*un nom de gloire et d'amour!
U fallait pmclamer hautement et à chaque heure du jour, qu'une époque a fini, qq'une époque commence, que le. passé doit fournir le point de départ, mais sefilement pour que les générations pui|0en( s'élancer d^n^ )a ^'l^ternité dc3 égaux , vers les terres in?
coDiuies de ï'humanîté, terres inoulles^ que h$ intelligences ont partout entrerues, qae Tinslinct des masses poursuit, mais que nul peuple n*a encore, jusqu'à ce moment, défrichées.
Il fallait se convaincre el convaincre les peuples que la première grande époque du monde eur<^éen , qui s'étend depuis lespremiers temps de la Grèce jusqu'au commencement du xix* siècle, a eu pour mission de développer Y individu sur toutes ses faces, la personnalité humaine avec toutes ses conséquences ; que sonprogramme était Dieu el I'Homiib , et qu'elle Fa rempli.
Il fallait leur dire que la France, après avoi^ à eHe seule , et la première parmi les nations modernes, rempli sa mission intérieure en fondant sa nationalité et sa force sur son unité ; aprèsavoir rempli une partie de sa mission extérieure en appuyant de son bras de géant, et pendant quelques siècles^ l'église dans son^ travail catholique, a su Taccomplir tout entière par sa révolution de 1789, en formulant dans la déclaration des droits les résultats de l'époque chrétienne, en plaçant hors de toute atteinte et érigeant en dogme politique la libérée conquise à l'état d'idée par le monde grec et romain, Vénalité conquise par le monde chré-^ tien, et la fraternité, qui est la conséquence immédiate de ces deux termes, mais qu'il ne faut pas confondre avec l'association , dont elle n*est pour ainsi dire que la matière première.
Il fallait enfin leur dire que l'époque individuelle ajant atteint sa plus haute expression, ayant reçu son application théorique à toutes les branches de la connaissance humaine, s'étant formulée dans laVeligion comme dans la philosophie, dans la morale comme^ dans la politique, en économie <?omme en littérature, un autre soleil commence à poindre, un autre but à se révéler; que Vépoque sociale est désormais ce but ; Disv et l'HuMAinTé , son programme : que la nouvelle synthèse doit rayonner sur toutes choses, tout rajeunir, tout embrasser dans sa vaste équation ; que là, vers ce but inexploré , et non pas en arrière, doivent se porter les regards des peuples; qu'en eux-mêmes, et non dans un. travail qui résume Tœuvre accomplie, ils doivent chercher la solution du problème ; qu'ils ont tous, non seulement le droit, mais le devoir, le besoin, la mission de se dévouer à cette recherche, et que le premier qui aura trouvé la solution attendue devra se hâter, sûr d'être suivi par tous, de la formuler pour tous, non seulement par ses conceptions, mais bien par ses œuvres.
De iù, une foule de conséquences.
De ce que V humanité est l'âme, la pensée, le verbe de la nouvelle époque, nécessité d'organiser l'instrument d'une ibanièrc
conforme au but que l'on Teut atteindre : association^ association de touS) association d'égaux, puisqu'il n'y a d'association possible qu'entre libres y ni de liberté possible qu'entre égaux; égalité des peuples, réhabilitation, capacité d'initiative, solidarité pour tous. De ce que la révolution française doit être considérée moins coinme un programme que comme un résumé, moins comme rioitiation d'une époque qui commence que comme la dernière formule d'une époque qui s'achève (i), le point de déport changé aux travaux des intelligences, l'édifice politique à refaire en entier , l'introduction d'un élément nouveau dans la vie des peuples constatée, une earrière vierge à parcourir, l'école des devoirs substituée à celle àes droits , la mission à la réaction y V humanité à VhommCf et par dessus tout la destruction de ce préjugé honteux pour ceux qui l'énoncent, fatal pour ceux qui l'acceptent, qui veut qu'à la France seule appartienne l'initiation de la lutte européenne, qui fixe à Paris le point d'appui du levier révolutionnaire et ajourne indéfiniment le réveil des peuples, parce qu'en 89 les patriotes de Paris ont pris la Bastille et broyé les obstacles qui se trouvaient entre eux et la liberté. . C'était là une belle mission pour la presse, pour la presse française surtout, à laquelle les services constamment rendus à la couse des libertés européennes ont acquis le droit de dire la vérité
(i) Ed insistant sur cette pensée, que la révolution française a lirré le dernier BOt, k) testament de Tépoque dont Napoléon a dressé Tacte de décès k Sainte- Uélèoe, plutét qae le premier de celle qui s'annonce, dois-Je craindre de réreil- 1er des snsoeptibililés nationales depuis longtemps éteintes ? Non 1 Topinion que j^énonce, déduction légitime «u reste de» doctrines hutoriques professées aujourd'hui par les principales écoles françaises , n*a rien qui puisse blesser Tamourpropre national. La révolution française, produit éclatant, compte décisif, solennel, dans Tordre matériel du iraTail moral des trois siècles, xvi*, x?n*,xvni*, n*en reste pas aMÎns, pour n*a?oir fait que constater Vémanàpadon huRpidueUe, le plus grand événement, la plus grande manifestation du monde moderne. . Elle a frit passer dans les rangs des vérités acquises , ce qui jusque-là, n'avait été regardé que comme sujet de luttes ; elle a proclaaM et assuré le triomphe d'un des termes qui composent la grande progression humanitaire ; elle a préparé l'instrument qui doit conf|uérir le terme successif. L'a<4-elle organisé? l'a- 1 -elle mis en mouvement? s*est-elle en un mot emparée de sa mise en œuvre? Je ne le crois pas : le principe social n'a pas préaidé i la marche générale de h révolution française et aux actes qui la caractérisent. Si par quelques hommes ou par quelques actes isolés , dont au reste le développement même a prouvé qu'on n'avait pas conscience do principe qui les engendrait, die a projeté quelquefois des lueurs sur l'époque â^c'ude, c'est que toute grande révolution, toute époque, toute synthèse couve en germe le principe de la révolution, de Tépoque, de la synthèse
aui peaplet ; et si la couardise et la tanité ne s'étaient pas trop sotiTent donné la main pour rèfèttr de sophismes spécieat cette fansse croyance qui a feit de la liberté un bienfait, tandis qu^eDe ne peut être que le prix de vos souffrances, de totre er et de Totre sang; si dans tout ce laps de vingt ans, qui n^a eu d'autre puissance initiatire que la presse, ce langage eUt tibré paitoot sur la bouche de tous les hommes que les circonstanoes on leur courage ont placés A Tayant-garde deé nations; l'ame des peuples s'en serait retrempée, ib auraient grandi a?ec leur mission , et nous n'en serions pas à nous demander pourquoi les peuples se tordent dans une espéoe d'impuissance imprétue', et vouent kurs forces au martyre plutAt qu'à la lutte énergique et féconde du champ de bataille.
Au Heu decelaqu'a-t-OD fait ^ D'un o^é et d'après l.i conviction que dans ces seuls mots, Uberté^ égalité^ prononcés par la France de 89, était contenu le secret de l'époque, on a cru que Tlnitiative du mouvement européen était réser? ée etclusirement à la France, et on lui a décerné l'honneur de donner le signal t aux peuples on leur a vulgarisé cette idée, tantôt sous le nom de noointervention , tantôt sous celui d'alliance anglo*françitise ou qoa* druple; un jour sous la forme d'une Insurrection A Paris; un autre dans les signatures du compte^rendu, et dans le ministère Barrot, qui devait en être la suite : on la leur a montrée habillée
à tenir ; mais la rèv«laiîon de S9 n'a jamais dépassé dans ses plus grands résnltaO la théoria d«s droits, la cbarte de Vimdifuiu ; celle-là elle Ta exhumée tout entière. Dès lors, sa mimtoo, celle du moins qo*eUe s*était posée, est accomplie, IVfi<r»ttf#e a cessé : la nation s'eit oonstamment tenue sur la défensive. Aussi tout ce qui se passe depuis ce temps-li, tout ce laps qu*on s'est habitué un peu trop lég é rwnent peut-être i regarder comme une halle , comme un état dVxceplioo , n*est pour nous qu*ttoe conséquence ( fausse , incomplète, si l'on teut ) du principe qui do* mine encore la nation, et c*est ce que sentait profondément Saint-Simon, lonqn'jl Toulait par ses tratauE ftitén timkimti¥9 à la Frmmee,
Or, ce principe n'est pas celui qui doit présider au développement de la eonceplion hutnaniuire qui travaille notre siècle. La diarle des tMis n*est pu la charte deUvenir. L'avenir est au peuple, quel qu'il soiti qui le premier, en se le* vaut pour tons, inscrira sur sa bannière ce bmI sacré humtuùté et formulera en télé du code national la déclaration des primipu. Cest ce que n'a fait ni la ré^ volution de i83o, réaction nationale cooire ceux, qui voulaient ravir sa conquête à la France, ni aueune autre révolution. Le champ est ouvert; la France, avec lei avanuges de m position et avec le plus large développement de dvilÎMtion universelle qui existe en Enrope, a bien des chanoes poar s*en emparer. C*est alors que rinidalive européenne hû appartlendn encore* Jusque-là elle n*cst à parsenne. (Hott 4ê M, MiM%Mâni,)
en 8ol(lal5 en Vedette aux âlpes et sur le' Rhhi , fvns afléblée â*une robe de protocoles k Bruxelles, à Londres ^ à Paris; et lorsque les peuples, brûlant d'en yenîr aux mains, ne demandaient que des'chefs et un mot d'ordre, on leur a dit : aftendei I on a refoulé leur élan, on leur a dénié leui" mission, on les a répétés dans la boue; onleui" a tant dit aux millions d*lioD[miés qu^Hs étaient foibles, qo^ts ont fini par le croire. De l'autre côté, l'honneur a été accepté. A part quelques exceptions, qiie nous n'oublions pas sans doute, la presse en France, il faut bien le dire, n'a pas peu contribué à enraciner Terreur funeste que nous -combattons; Les uns, dans leur fougue bouillante, ont dit aux peuples : Nous TOilà aux jours de la Conrention : leTcz-voué tous ! la France est 1&. Des peuples se sdnt levés en criant France ! ïû Franoe n'a pas itpoiidu ; car ses ministres Favairat bâillonnée. D'auti^, les pKis nombreux (i), apôtreiB d'ullè doctrine satfs notn, ont flétri -par leur finisse et insdélite' pitié la conscience deipeuples : ils les ont eatéchilés, comme des enfàns en tuteUe; ils letir ont démontré', tout en pleurant sur efix, qu'ils n'étaient'pas mars pom* la liberté, moins encore pour rinsorrcction; peut*ètre auraient-ils pu, moyen** nant une charte octroyée, enduire d'une couobe de oette Corruption qu'on appelle constitutionalisme , la couche de serrilude qui pèse sur leur tête souffrante ; mais au fond mieux valait pour le» peuples se résigner et attendre la France, qui n^atait besdn, di« saient-its, que de mûrir en repos les conceptions de i S5o, pour aseu* rer, per sa diplomatie et par Tinfluence de sa ciTiHsation, la régénération graduelle des peuples qui l'entourent. Alors en Angtelerre, en Suisse , en France, un parti s'est formé ; un pMf dont la oondliite, incertaine et de plus eu plus inexplicable, use l'ékin populaire dans les. marches et contre-marches d'une stratégie compliquée, d'une opposition légale, que le peuple ne comprend pas, et dans laquelle toutes les chance;» sont contre lui , sans que de son bras enchaîné il puisse les contrebalancer ; un parti qui fait du fbruih ime enceinte de parlement constitutionnel ; des masses, un corps électoral constitutionnel ; de la sainte bataille qui doit enfonter les destinées de l'humanité, une lutte bâtarde, mesquine, infr^K^ tueuse, telles que celles qui peuplent d'intrigue^ une TÎile pour enfanter un député constitutionnel ; un parti qui prétend qu*il fera les affiiires du peuple, à condition que le peuple lui-même ne s'en mêle pas ; un parti qui prêche l'inaction , triomphe tontes les fois qu'après une grande et criante iniquité du pouvoir, il peut dire : le
(i) Jotunttu miaiflérkls» et Mé&nh passim, {Nvte de M. Mtauini.)
C «8) peuple 4 4lé ciAm;. 09, tient enfivnoé quMd U enleva dn.fiiiiple Srço4^ ftUdelKm» puis lorsque le peuple ifolè, iiMi^diir»0lkNi, aJiMiodei>«ii PMT ^itf-Ui Qième doot il i^yaii cim, ei^id leTMl» ««iffe le4 ïq^pinili.patt Wase échapper m TictairA et ret90»be^ repenti en i&âot qu'il TiiTiMt prèfu, Qr taodis qnoce^p^iii, iuAue^tfpr te» Imoîàrfs et par aes vAécMewt ^œ» ^uroloQlAîfen^Dt «la» 4ou^, le copor 4e« mefl^ef, oeutmlise Us lionme^ d'«ctHm et aubMitne je m mus queUe for^ de^ chaaeat dîTinité ToUée.; eapioe detbisard, à la.#pooUQéité humaioe» à rimpuliîoo coDlinuc de^ §éQér«tiai)»0 d'autres iotelligencea fbrtftf et puiammef , QuUiiml que h pensée sans Taclion est une aipe saos corps oubWapt^ qn*au sîè(|le. 01^ nuus sommes» celui qui tegl accomplir toute sa i^isaiQi , sur la terre 1 doit seiper la pqusôe d'une main et la réaliser de l'autre^ quittent de plus en plus la sphère de l'ac^ua^ lité, ft'élpignent des masses 9 et s'isolent dans leurs recherche^ Ne aeventf-ils pas que le secret de l'époque est au peuple, que c'est U, dans sciu aei«it quil but lechereber; que « comme la loi du ^iwfif U ne paraîtra qu'à travers l'orage; qu'alors seulement il aer» £srmnlé % )4>rsqu'un peuple, le peuple révélateur , le peuple Christ, se aQfa posé par l'insurrection à la face du moude, grand, libre y associé en une seule pensée , en uu seul amour, n'ayant d'autres maîtres que Dieu au ciel et l'humanité sur la terre ? Non I égarés par ce grand souTenir dç Ja révolution» qui domine, à leur insu même» toutes leurs pensées d'avenir; ils croient que le preoûer mol de l'époque fyaut été dit , h cHse d'eufanteroent a eu lieu et que les trav aux intellectuels seuls peuvent suffire au développement et au inompbe des conséquences^ Aussi vojres !,ne.f|imiton pas» 4 voir de prés leurs systèmes, qu'ils craignent plutôt que le^passé né Jeur échappe, que de ne pas déchirer assez vite les voiles de l'avenir ; n'est-ce pas à la poussière dts morts qu'ils demandent presque tous, ces novateurs^ le secret de la vie ? N'est-ce pas la ^rmule deis droiis qui préside à leurs conceptions politiques? Ne l'out^ls pas inscrite sur leur bannière d'association ? N'ont-ils pas appelé droit rassociatîon même, cette Lh sainte et étemelle , seul insiruroent des progrès , seul missionnaire de l'humanité ? N'ootfib pas fuit, de la réaction, le principe révolutionnaire du XIX* dècle; de la défiaoce • la base d'organisation des gouvernemens à venir (f)? N'a-t-onpas vu tour-à-tour, dans ces vieux systèmes rlu^iljés à neuf, la liberté écrasée au profit de l'égalité,
(1) Voyci la réfutalkm de celte liasse idé« qui veut organiser l'avenir dti poiti de vue de la traositiou , dans un excellent article de M. Vandewynckel, inséré dam Is ii§me M^kHemng , 7^^ Uvnisoa. (l^ot^ de M, Ha*tim^ )
C >9) TégalUè apéonUe par la liberté , par îa penetoalilé huviaiile , le progrès supprimé, renfemiê, étouffé dans un oercle» au. nom du progrès luî*mêm^? Est-ce Jam Tenqu^ie oommereMo seulement qu'on a m se poser hardiment , en 1 834 » 1^ système de Thonme qui ne toyait, pour tout droit inlemational entre la France et l'jEufope, que guerre et conquête ? £str*oe là èeiriesEienl que s'est révélée l'existence de cette YÎeiUe rancune entre la France etrAn-^^ gieterre, qui n'a pliia de sens depuis Huskisaon, et depuis que le jpei//?/e anglais a paru « lui aussi, sur l'arène PiNoii; seulement le» fabricans, classe^xploitante, qui ne se soucie pas des formes, l'ont eiqprio^ée davs toute sa oudilé scandaleuse ; mais c'est ailleurs, dans un journal patriote , que percent aussi ces sourenirs du passé, ces hostilités qui prftteat des artnes au torysme » pduir combattre l'instinct noufeau qui mine la rieille Angleterre; o^esl là. dans des articles rédigés a?ec un talent supérieur, qa% s'épanche^ dans presque toutes les questions internationales, un ftvaln de rem«< pire; c'est U que la pensée napoléonniedne , cette pensée qui toulait organiser la force en France et la faiblesse partout allleors, se trahit dans des plans de fédération Basque, qui ne ferait qu'affaiUir la Péninsule, aujourd'hui en tra?ail d'unité ; se ré^èle^ans de continuelles allusions à la Savoie , que sa position et ses mœurs appellent é faire partie d'un système, tracé d'arance par la main de Dieu sur les Alpes ; se montre à nu dans cet ukase, lancé au nom de la sûreté de la France, contre l'unité germanique, comme si la pensée haineuse qui domine l'Europe des rois ne devait pas s'éteindre avec elle; comme si, à cette heure, la Franee , fille aînée de la civilisation , n'était pas sacrée pour la jeune Borope de» peuples ; comme si le noble cœur de la France ne battait pas d'amour à toute grande conception civilisatrice , qui s*élève du sein des ruines (i)« Et n'est-ce qu'au défunt éclectisme qu^appartient Hdée de réunir les lambeaux de la toge déchirée du vieux monde, pour en tresser la robe de fiancée à la jeune humanité ? Non ; seulement l'éclectisme, dans sa naïve crédulité, s'en est glorifié à la
(i) Il u*ett pas besoin de faire remarquer que ce o*est ici qu*uae conséquence du feux |>Qint de vue qui, selon nous, domiae encore la théorie politique en France, et ailleurs , que nous signalons. Peut-être tiendrions-nous, et avec bien plus de raison, le même langage k l'égard des peuples, si les crojrances humanitaires et la foi en une nouvelle époque n'eussent pas modjfié , tout en les retrempant , nos scniimens de nationalité. A part cela , nous n'avons pas assez d'éloges à donner à la rédaction progressive du National, à sa constance dans la lutte qu'il soutieQl depuis quelque temps corjis à corps avec la royauté de juilleta [Note de ÂI, Mazz^n{%)
race du mondes et riiiâltuct Ju ni au Je Ta iué. Mtls la pensée dcr la restauralioD ', pentée dont b dernière rncine ml nioiiid éloignée c{0*oa ne le croît de celle qui a présidé â tarévofution, pensée qui ne orée ni n'effiioe , qui r^'coDiiaUpar-dc^sus lotu t'indlTidualKéy qui ckorche une case à toute existence , qui croit que rien ne meurt sur la terre , ne rerit-elle pas dans toutes ces teotatires de réhabi- Ktation qui envaliîssent le champ de la philosophie progressive? ne 80ufflè-*t«<elle pas, à travers ces essais de transformation quis'ef* forcent d'élerer la foi individuelle à la hauteur de la pensée sociale^ en dépit do' l'unité que réclame la nouvelle synthèse ? Ceux - là mêmes qu{ ont entrevu que la révolution française pourrait bien avoir été moins un programme- qu'un grand résultat, poursuivis par l*idée que linitiative de fai nouvelle époque doit se trouver quelque part toute fiiite, ne méconnaissent-ils pas, à l'heure qu'il est, le caractère sacré de V insurrection , éclair de Dieu sur les masses , incarnation de l'esprit' universel dans un peuple, véritable source d'inhiative , pour aller exhumer de la cendre des siècles , je né sais quelle puissance éteinte , solitaire, isolée? Et lorsque, pour attribuer une Initiative douteuse au pouvoir, ils en appellent au passé, n'oublient-lls pas que, par cela même que le verbe humain devait avoir riWrVû/M pour organe révélateur, le verbe humanitaire ne peut en avoir d'autre qu*VLO peuple? N'oublient-ils pas, en un mot, qu'une époque a fini, qu'une autre commence {i)? Ainsi, soit que nous nous placions au point de vue politique, soit
(i) Il exislean racueiUans lequel, profoudear, netteté, savoir, logique, s'allient à tine foi pure el ferreote dans cei destinées de rbuaumité, et i une couscîenoe de l*aTc&ir, et qu'oQ ne rencontre que fort rarement ailleurs ; c*esl la Reçue êmcjclopâù^ue, dont un instinct éminemment progressif et une intelligence remarquable de répoqne, fout une publication d'une haute portée /oda/s. Aussi est-dlc moins généralement appréciée qu'elle ne devrait Tèlre à cette heure, et cependant la conception générale, base de toutes les constructions à venir, ne sera-t-elle pas entravée plus lard dans sa marche par une trop large part faite k la tradition ? LÀ AUSSI le préjugé national , qui vise à constater ptutét qu*i conquérir I iniaiive, n'influe-t-il pas k leur insu sur et» écrivains, dans leur appréciation des travaux au xviii* siècle et du lien qui les noue à ci*ux qui se préparent ? Certes, les lr«vau)i antérieurs au xix* siècle ont eu , sinon pour but, ce qui implique conscience, au moins pour résultat de conilafer la puissance sueeeish'e et collective du genre humain, collective en ce sens, que c*est par Thériiage successivement recueilli des travaux individuels, des rouiiaissances individuellement acquises, que Ton atteint te développement àa termes du progrès. Mais est-ce bien U VhumanUé^ Thumanité telle que Tenlrevoit le Xi&* siècle, élément nouveau, puissance nouvelle, qu*enfante ta foi commune m une toi commune, en un but conuniiu? Parce que la manifestation des temps , ne peut a%uir lieu qu'eu
— ( ai )
que nous signo lions les elTcU d« Ffirreiir qui nous oeoupe, sur la di-' rection actuelle fle5 troTaui|>hiloso|>1iiqties, par rapport à la France comme par rapport aux peuple» qui rentourent, nous TOjrons en découler en|^ourdLs5eii]ent el inertie- D'iine pnrt, nous avons de» réTolutions ayonéc3« pour aToir phcc^ leur salut ailleurs que dans le pays; des nQiioQaliiés qui ne demandent qu^à se connaître ellesmêmes pour accomplir une haute mission dans le monde $ étonf^ fées par Tinfluence d'une nationalité étrangère; des masses dont le moindre mouTement pourrait ébranler t'Ëurope, Tégétant tristemièntsoos le poids d'une condamnation qui les Aétvit, sans élan , sans foi, sans cet . enthousiasme qui , seul, enfante les grandes choses. De l'autre, nous avons des intelligences vastes el fortes , que rhomanitè réclame, occupées à polir la chatne qui les fixe ati trône que le passé leur a fait, une jeunesse bouilhuile à escalader raventr, dévouée parfois jusqu'au prodige, se débattant dans un cercle fatal , usant de^ forces de géant dans^un travail de plagiaire; un peuple qui , après avoir détruit un monde en trois jours, s'était levé pour en créer un autre , retombant peu à pen^ depuis qu'on lui a dit qu'il ne doit pas substituer sa force à la force des choses. 11 est temps que cet état cesse; repoussant les illusions dont se bercent les hommes quhattendent, les bras croisas, que le pregrès leur arrive ; flétrissant le langage funeste de ces révolutiontuûres diplomates, qui aujourd'hui, après avoir fait de la France le bouc émissaire de leurs fisules et de leur faiblesse^ écoutent am poirtes, pour voir s'il ne tombera pas de quelque bouche
ordre, et MWoeiiîveineDt, le point do Toe des travaux De«ubir»>t*il pis; à cliâraBo do ces maDifcstatîoos, im ebiogomoBt complet, général, décisif ? De coque ios iuf eonnuti du problèaie no so dégagtnt qa'uno i uao , s'onsoivra-t-il qM*à 'chaque iacemnue dégagée, il n'y ait pas acooaiplissenient d*une époqfie,et par suite rommeocement d'une autre ? Or VindividuaUté tL^ï-elie eu son époque? cette époque a-t-elle reçu son accomplissement ? en d'autres termes, a-t-elle développé son principe, jusqu*i sa plus large expression , Jusqu'à sa plus haute puissance^ dans toutes les branches de l'activité humaine ? si elle l*a fait, n'est-ce pas au XVI li* siècle ? n'est-ce pas parla révolution française ? a'est-ce pas en érigeant en dogmes, en certitude, en croyanee universeUfl. la liliené et l'é^^alilé, conlesiées jasqu'aloiB? Dès-lors sa misaion n'a-t-elle pas été aœomptia? el lonque nooa, nifans du XXX* siècle , pressentons un nouvoan terme, un nouveau but posé aux générations, lorsque nous invoquons de toutes nos force» la révélation qui nons manque, et qui doit nous montrer la voie par laquelle ce but peut être atteint, en quoi sommes-nous soumis au xvxji* siècle? et où serait, par rapport au terme que nous voudrions élaborer, son initiative? Sommes-nous de simples continuateurs du xviii* siècle? ou bien ne cherchons pas à ajouter un terme k ceux qu'il a pUcés hors de toute atteinte ? {Note de M. $/azzinL)
miniëténeUe un mot d'espénincfi pouf \^mv patrie, il est temp» €pj'unil yobi s'élève pour dire au peuple :
Debout! n'en tende 2 -TOUS pal s^oua la terre an cnaquement, eolnme d'un navire que Laboure la tentpêle^ un brait sourd , un bntit démine , u a bruit comme de quelque chose qui rongée? C'est la Vieille Europe qm s'écroule; c'est une époque qui s'en va; c'est le temps qui ronge sa proie. £t n'eut endci-vous pas sur la tei^re un firéiBHssement inconnu, un murmure comme de quelque chose qui fermente , un souffle .noystèrleul qui émeut et passe oonime la bifîse sur la melTv, eoihmele veut à trarers la ibrèt, quand l'aube a para el le «oleil Ta. paraître; c'est la jeune Europe qui s'élère; c'est ufie>époqoe qui nali; c'est le sou£û& de Dieu sur ces peuples pour leur auçKHkeier le aoliBlil leVa&t de l'humanité. Eufans de Dieu et dd rhumaaité^ leyez-Tous et BBaichézl ear l'heure a sonné ; car maintehant roUs êtes lifoi'ts; ear fégalîtè qui tous attendait dan^ le. ciel plané ëûrYOtire tête^ et au-de&sus de la réhid^ilitation indi-* Tiduellë s'élève la réhabilitation sociale: sachez l'accomplir, saches TOùsékiTvr à If hauteur dt3 votre mission. Ne doutez pas du succès; ne dÂtès pils 2 Mous sonmics laii)ieSb Qvand Dieii éonne ufte mis^ sioBy iUdoBBie aussi la force pottrl'accompiir; Or ime naisnoa nous a été^ donnée à tèua : tous êtes sacrés pio«t eHC', k^guoL et frères par ^le. Rayons de l'haKùanité , -fifO» partes de la même circon-^ féreiu», t^uS: cenTergcs lou8>Ters le même centre^ Marchez donc tou$^ maiehez par Tot^Tolooté; mai*elies par.la force, qui est en Toufl^mênies. La liberté dé tous né peut ^re conqiuse jqne.par tous. Sans cette participation commune à l'œuvre commune , où serait votre mission ? et quel sera votre titre pour être admis dans la grande fédération des peuples qui se prépare, pour compter dans le concile de l'humanité ? L'unité européenne, telle que le passe Vous l'a fait concevoir, est dissoute : elle dort avec Napoléon dans son tombeau. La mer gronde autour sans la réveiller; l'unité européenne, telle qu'elle peut maintenant exister, ne réside plus dans un peuple , elle réside et gouv(;rne au-dessus de tous. Là haut, dans la loi de l'humanité qui rayonne sur tous, et que tous reflètent, ni hommes-roi ni peuple-troi : voilà le secret de l'époque qui attend son initiateur. Qu'il paraisse; que celui dVntre vous qui a le plus souffert, ou qui a lé plus travaillé, s'avance : son cri sera etiteudu de l'Europe entière , et la palme quMl aura cueilli^ grandira dans sa main et ombragera l'univers.
Et il est temps qu'en France, les hommes qui se sentent dignes de se poser prêtres de l'avenir, se lèvent, s'associent, el disent ù ce peuple qui a étonné le monde, a celte jeunesse qui l'étonnera un jour :
là
JLIaitiatWe Ti*c,si p» dorrîère rou3, die est deriMit youb;' elle n*e9t ploê daa<( celle théorie de§ droiU, formule ^émaficipation indivyuelle que y os pères nous ont cernquise en fermant unie époque; elle n*e^t pluet dam ces mol^^ : libêHé ^ égalité ^ trudiielion des deux aspecU subjectif et objectiT tie la pertonoalifé humaioe, fie propre et de relatloii; elle ii'e;^! plilS dtfOS ctiXe ftaiéfrnltê^ Aile de Pigalité 4 religion indlfidnellc , qu I etprime Un fait plât6t qu'elle né définit un but; qui ^^^/'^ nmis tk'iis&oeie ptis, qtkî relie deux teifmeSi muis ne dirige pns leur aotiftlé collecth<e rei^ Id conquête d'an irdMème; qui SÉuetlfie le présent » mais ne crée piis Tafenir. Elle est tout entière dans rAi/ma/i//^, eoUceptlOfi*iH>iK telle^ Téritable programme que vos père^ n'ént pas dperçu ; dans rhumânité^ dont le progrès n'est que la métliode^ eomme Tasso^ clutidn est oHi&-mème la méthode du progrès; là. est l'atenir, Tù estla^retlgion. Ne tous endoniiie£ doue pas souà lu tente que ros pères f0us ont dressée ^ le mottde a maroké^ marche» ètec 1c monde ; ne rsgreltet pas^leifouissânees û*nn pouvoir feiolHaire , les gloire» d'un passé qui r^esl plus ; n'appelez pas Ingrates ces races qui désertent totre drapeau dé 8|^, parée qu'elles ont tu flotter au knn celui de l'hunianiié , mère liommune. N'esl-K^o pars tous^ qui ffte« préparé rémawcipatlon qu'elles pourMlitenrf n'est-^e pas "roue qui les »fea piaoées sur le seuil que manarteméifvt^les teulent lirancMr; fninohisse«*le à^ee eHes. Tous aret^ accompli une belle naMion, une autre tous attend ; vous artet fait de grandes choses dum^fuiieten monde, tous eu ftftes dans eelui qui t^S outre ses portes^ Lu force est là ; elle ne cbeneiie pës à éta yer hi sovt^ralnefè du passé : elle marche à la eonrqiléte de l'aveaitr.
Lé progrès actuel peur les peuples est de s'émanciper de la FrfMioe«
Le progrèsaetuet pour la France est de s*éma(ficit>er du ityiir siè'de et de sa rétolution. <
S'étiumeiper d« lu France , c'est-^A-dire^ (oarvéïicOTe line (bis, |e ne tondrais pas que ma pensée fCK mal comprise, ) rtoti pas réagir contre eUê) ce qui serait le comble de PabsUrdité; non pas oublier ce qu'elle a fait pour le monde ; non pas repousser, Commfe le toodraieot eu Italie quelques inteUigenees qui etr sont encore au moyen-âge, tout ce qui nous Tient d'elle; non pas étendre^ eoinme on eat peilt-^tra eàclîn k le foiiui en Allemagne , ime défiance qu'excitent les telléités de ^empire, caressées par quelques joumaaz, mais ropooseées par lu jeunesse française, qui possède émineimnent l'instinct de Fépoqoe ; mais agir atèe la France, ut même sans elk, si des circonstances imprévues poutaient retarder sa
marche; se confaiDorequeyeamine à la veille de tgjates les grande» époquety la paissaooe dloidatire s*esl déplacée; qu'elle est partout et n'appartient qu*â la folet à l'action; puiser dans la mission, même et dans la nationalité qu'elle constitue , les forces nécetsaîres à son accomplissement ; se retremper au sentiment de cette égalité, qui est le droit des peuples aussi bien que des inditîdus;, étudier la France, mais saos renier toute spontanéité^ toute indépendance ; rendre hommage à ses progrès, aux travaux* qu!eUe a accomplis, mais sans se condamner k nne honteuse et aveugle passivité : s'émanciper en un mot de lia sujétion pour s'élever à la fraternité et à l'association.
S'émanciper du xvm* siècle et de la révolution; c'est-à-dfare, non pas briser la tvadition, non pas renier ou déprécier un passé glorieux, npn pas s'égarer daus le vague d'un mjstidsme stérile ^ en renonçant au point d'appui que le xvm* siècle a fourni , maïs reconnaitre que le siècle actuel est plus avancé que son devancier; censtatitr que le principe de l'époque qui commenq|S n'est plus celui de la révolution ; tracer nettement et exacteroeol la ligne de démarcation qui sépare le passé de l'avicnir; s'approprier les grands résultats du premier, .mais seulement comme des moyens pour conquérir le second; trouver dans le passé le point de départ des générations, maîa non pas vonbir les y cloUrer; non pas s'obstiner à confondre l|i suocassivité afec la causalité, et à rétrécir la conscience et la mission des peuples, en leur disant qu'ils ne font que développer des conséquences , travail que les peuples abandonne-w' ront toujours à ceux-là môme qui ont posé les prémisses, tandis que le seul fait d'une manifestation sociale, d'une époque nouvelle, d'un baptême nouveau ^ hautemenl annoncé, agrandit leur horizon, réhabilite leur existence, crée une activité nouveQe, et, en leur révélant de grandes destinées, leur révèle des ibrces ignorées.
Retremper la nationalité, et l'harmoniser avec l'humanité; en d*autras termes , réhabiliter Us peuples p^r la conscience d^une mission spéciale à remplir, dont P accomplisse fnem , nécessaire au développement delà grande mission humanitaire^ doit con-^ Mtituer leur individualité^ et leur acquérir droit de cité, dans la jeune Europe , que notre époque est destinée à organiser.
VoiU 1a mission de la presse; voilà le problème que doivent se poser les intelligenoes de tous les pays.
Que les hommes de cœur ne se découragent pas devant cette apparente atonie, devant cet engourdissement qui semble peser sur l'Europe; c'est la dernière heure d'une époque qui s'éteint. Les
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peuples veillent ^ùn agonie ; âeuleineDt ^ il De faut pas que cet étal se prolonge ; il faut qu*en la (âi^sant se débattre sur son lit de mort, ils s'élancent & la vie nouvelle, à la cité sainte, aux champs d'avenir qui leursont promi#*£n signal nnt cette hésitation inattendue, cet instant de BommdE en plein jour^ ne craignons donc pas que Tennemi se réjouisse, et qu'il dise : Ils sont foibks. Non ! il sait bien que cela n'est pas; il sait bien que nous sommes forts; forts d'un dévouement et d'un courage que nen n'abat; forts de l'oppression qui plane sur touâ les peiiplefi » cl tes rend solidaires; forts de la loi du monde et âa ^oufTItï de Dieu qui lui fraie sa route; et là où une seule étincelle suffit pour embraser le midi et le nord ; là où un seul cri de peuple qui se réveille suffit pour ébranler la croisade, il n'a pas à se féliciter d'un sursis qui peut expirer demain , dans une heure; puis, qu'importe? Que nous fait, à nous, ce qu'on pense au camp ennemi? Irions-nous , par des considérations telles que celles-là, déguiser la vérité à nos amis ? Irions - nous imiter les patriotes qui croient devoir changer de tactique, parce qu'un homme , Wellington ou tout autre, est appelé au ministère ? Non; la marche des apôtres de l'humanité n'a rien à démêler avec toute cette manœuvre, fort habile, si l'on veut, mais dont les résultats nous «ont encore inconnu^. Gomme la foi qui nous guide, elle va droit au but; là où elle soupçonne un danger, elle le signale; là où elle aperçoit une plaie, elle pose son doigt dessus. La vérité avant tout, c'est là sa devise. Dieu merci , nous ne lui avons jamais manqué, et nous ne loi manquerons jamais.
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