RÉVEIL EXTRAORDINAIRE EN SUÈDE
La Gazelle évangélique de Berlin, publiée par le docteur Hengstenberg , renferme dans ses feuilles du mois de mars de Tannée dernière trois articles sur un réveil exlraordinaire en Suède, qui, depuis quelques années, occupe l'attention du public religieux de l'Allemagne. Un ami a bien voulu nous en donner le résumé dans l'article qu'on va lire. Nous ne prétendons pas nous prononcer sur la valeur de ce phénomène moral; nous nous abstenons même de toute réflexion à cet égard. Ce sont des faits que nous nous bornons à livrer à l'appréciation de nos lecteurs. Comme apparition dans, le domaine de l'Église , notre journal ne
pouvait guère se dispenser de parler de pareilles
manifestations.
« On sait que pendant de longues années les intérêts religieux de la Suède étaient indignement négligés; les pasteurs berçaient leurs troupeaux dans un repos trompeur; toute vie semblait perdue dans l'Église. Dans les derniers temps, ce triste sommeil a été troublé par un phénomène qui présente un caractère particulier. Nous allons en donner quelques traits, comme nous les avons trouvés dans le rapport d'un témoin oculaire qui s'est fait un devoir d'examiner avec calme et sans préjugé cette singulière apparition. Ce réveil a commencé en 1844, dans la province la plus pauvre de la Suède, dans le Smaland; il ne procède point des pasteurs , pour la plupart insoucieux du salut des âmes. Des gens sans instruction , de pauvres villageois sachant à peine lire, des femmes surtout de tout âge, et jusqu'à des enfants de deux ans, prêchent tout à coup la repentance et la foi à leurs compagnons de même condition; ils préparent la voie du Seigneur; ils s'adressent aux cœurs incrédules, adonnés au vice, mondains; ils font retentir leurs maisons, leurs villages, des exhortations
les plus pressantes; comme Jean-Baptiste, ils crient : « Amendez-vous et croyez en Jésus- Christ.» Ils se désignent eux-mêmes sous le nom de rœstar y Sj du verbe rœst, crier, et leurs discours par le nom de rop f voix, rappelant ainsi le passage de Jean, I, 23. On s'étonne, on les entoure, on les écoute avec empressement, avec curiosité, souvent avec fruit. D'un côté, ils dépeignent la sévérité du souverain Juge, ils proclament ses terribles sen-
tences prononcées contre l'impiété; d'un autre coté, ils parlent dans les ternies les plus consolants et les plus persuasifs, avec l'accent de la > charité , de la miséricorde et de la longanimité de Dieu ; ils supplient en son nom les pécheurs de se laisser réconcilier avec lui, etde se convertir à lui dans la foi de Jésus-Christ. Mais surtout ils reprennent fortement ceux qui se livrent au vice si général de la boisson ; ils leur représentent, sous les couleurs les plus saisissantes, les funestes suites de leurs excès , et les somment de se convertir. Ils n'accusent personne, ils ne blâment point les pasteurs négligents ou • ceux qui prêchent des doctrines faciles et commodes; au contraire, pleins du plus entier respect pour l'ordre établi , ils invitent à fréquen-
ter les temples, à suivre les prédications, où toujours on entend quelque bonne parole, à observer avec soin les jours d'édification, à vaquer avec fidélité à tous les devoirs publics et privés, à se montrer soumis et obéissants aux lois. Ils sont eux-mêmes les plus assidus au culte, et ne manquent aucune occasion de s'approcher de la table sacrée. Aussi, a-t-on
vu les Eglises, auparavant désertes, se remplir; des cœurs légers devenir sérieux , des pécheurs retourner à Dieu et abandonner les sentiers de la perdition. Dans un seul village, soixante-dix fabricants d'eau-de-vie ont renoncé à leur triste métier. Tout cela est beau , tout cela réjouit le cœur de quiconque est attaché aux pierres de Jérusalem; en cela, le réveil n'a rien de fort surprenant; mais, ce qu'il y a de singulier, c'est le mode dont ces rœstar's sont instruits de leur vocation et la manière dont ils s'en acquittent.
» Ce sont , disons-nous , des gens sans culture , quelques-uns d'entre eux n'ont pas même lu la Bible ; plusieurs sont incapables de s'énoncer clairement sur les questions qui regardent les intérêts matériels, et pourtant leurs discours sont pleins de la vérité divine, conformes à la
doctrine pure et simple,, et surtout animés d'un esprit évangélique bien rare; mais, ce qui est surtout extraordinaire, ces hommes à langue pesante, à pensée confuse, sont armés d'une parole facile , prompte, abondante, lumineuse, toujours puissante, parfois même éloquente et poétique lorsqu'ils entrent dans leur ministère sacré. Ils y sont introduits par une espèce de préparation corporelle.
» D'abord, ils souffrent d'une grande lassitude dans tous les membres ; puis ils éprouvent des mouvements convulsifs, les épaules s'avancent sur la poitrine; ils s'étendent sur le dos ou restent debout; leurs sens se ferment aux impressions du dehors; ils sont dans un transport tranquille, et les voilà qui ouvrent les lèvres et font retentir leurs voix pénétrantes. Cet état dure communément plus de deux heures; ils en sortent spontanément; alors ils sont comme des gens qui se réveillent d'un beau songe; leurs yeux brillent d'un feu calme qui s'éteint peu à peu ; ils se sentent extrêmement soulagés, joyeux ; mais ils n'ont pas le souvenir de leurs discours. Il y en a chez qui tout se borne à des saisissements d'esprit, accompagnés de convulsions qui se communiquent quelquefois aux
assistants, et qui déjà se sont emparées d'assemblées entières. On demande à ces gens simples d'où leur vient ce subit et singulier changement : ils disent que c'est l'Esprit de Dieu , qui , se répandant sur toute chair, selon la prophétie de Joël, les saisit d'une manière irrésistible, et que c'est en vain qu'ils cher* client à lutter contre lui. Ces prophètes ne s'attribuent pas un mérite particulier, et, en dehors de ces moments extraordinaires, ils s'occupent de leurs affaires de tous les jours.
» On peut bien penser que ce phénomène surprenant n'a pas manqué d'attirer l'attention publique; on a examiné les malades; on a fait des rapports; les pasteurs, les évèques s'en sont mêlés pour combattre ce réveil; les hommes de science et de police s'en sont occupés pour guérir de prétendus malades et mettre ordre à leurs excentricités; on a cru reconnaître des accès d'épilepsie, de folie; on a maltraité ces pauvres gens, on a voulu les réduire au silence en les envoyant aux hospices , aux maisons d'aliénés; des remèdes de toute nature leur ont été administrés: tout est demeuré sans fruit; les persécutions n'ont fait qu'augmenter seulement lo nombre des rœsfar s, et quelque-
fois même les persécuteurs ont été saisis d'accès semblables et sont devenus rœstar's à leur tour.
» Ce qui a semblé justifier ces durs traitements, ce sont les excès qui se sont montrés dans quelques lieux , la durée prolongée et la rapide propagation de ces états. Sans doute aussi les prédictions alarmantes de quelquesuns de ces rœstar's qui annoncent, pour un avenir très-rapproché, de terribles jugements de Dieu et des événements extraordinaires dans la chrétienté , ainsi que la prochaine venue du Christ , ont pu inquiéter et menacer Tordre et la /ranquillité publique. » W. B.
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On nous saura gré, nous l'espérons, de citer, à propos de la question qui nous occupe , le passage suivant de la Raison philosophique et la Raison catholique, ou Conférences sur la création, etc., par le T. R. P. Ventura de Raulica; Paris, Gaume, 1854; tom. II, I re part., pages 75 et suivantes.
a La conscience de l'homme, et bien plus rncore son intelligence, est la fille chérie de
l'homme. Celui donc, dit saint Jérôme, qui a sa conscience dominée par les vices , et à plus forte raison celui qui a son intelligence asservie h Y erreur, a, comme la mère de Y Evangile, sa fille sous la tyrannie du démon : Si quis habet conscientiam vitii sordepollutam, Jiliam habet a dœmonio vexatam (in Matth.).
» Pour comprendre cette doctrine , il faut se souvenir que Y Evangile reconnaît deux espèces d'invasion diabolique, Y une corporelle, l'autre spirituelle. L'invasion corporelle est celle dont la Chananéenne demande aujourd'hui à Jésus- Christ de lui guérir son unique enfant : Filia mea maie a dœmonio vexatur. L'invasion diabolique spirituelle est celle qui poussa Judas à la trahison de son divin maître : Cum diabolus introisset in Judam ut traderet eum, après l'avoir poussé à nier la doctrine de l'Eucharistie : ce qui lui valut, de la part du Sauveur, l'horrible surnom de Démon en corps humain :
Unus ex vobis diabolus est (Joan. , vi).
» L'invasion corporelle est celle des possédés; l'invasion spirituelle est celle de tous les méchants et de tous les impies. Car, comme Dieu, d'après Y Évangile , habite par sa grâce dans toute âme juste, de même, dit saint Tho-
mas, Satan vient habiter, par sa malice, dans toute âme perverse : Dœmon inhabitat hominem peccantem per effectum suœ malitiœ.
» I/invasion corporelle, très-fréquente dans les pays infidèles, est très-rare dans les pays ♦ chrétiens, à cause du développement de la grâce du christianisme, qui, en sanctifiant les âmes, sanctifie aussi les corps et la chair chrétienne. L'invasion spirituelle est très-commune aujourd'hui, même dans les contrées catholiques, à cause de l'horrible accroissement qu'y ont pris toutes les erreurs et tous les vices.
» L'invasion corporelle est souvent simulée dans l'intérêt de honteuses passions ; l'invasion spirituelle, dans les âmes prostituées au crime et à l'erreur, est toujours une funeste réalité.
n L'invasion corporelle peut bien être sans la faute de celui qui la subit : c'est une maladie comme une autre; l'invasion spirituelle n'arrive qu'en conséquence et en compagnie du péché.
» L'invasion corporelle , en vexant horriblement ïe corps, laisse l'âme juste dans la paix et la grâce de Dieu; l'invasion spirituelle, sans altérer la santé du corps, exerce dans l'âme de profonds ravages, de lamentables ruines.
» Comme Dieu , résidant dans l'homme juste, en sanctifie toutes les puissances, en élève tous les sentiments, et finit par en faire un saint, un homme divinisé; de même Satan, résidant dans r homme méchant et impie, en profane toutes les puissances, en corrompt tous les sentiments, et finit par en faire un scélérat ou un homme endiablé.
» Comme, d'après saint Paul, toutes les sublimes vertus des saints ne sont que les prodiges de la grâce du Dieu qui les possède : Non ego sed gratta Dei mecum; de même, d'après l'Evangile, les grands crimes des scélérats ne sont que les phénomènes de la méchanceté de Satan qui les a envahis: Cum diabolus introisset in Judam , ut trader et eum.
» Mais comme l'opération de Dieu dans l'âme juste n'y détruit pas, mais, au contraire , en étend et en perfectionne la liberté du bien ; de même l'opération satanique, dans l'âme dépravée, n'y détruit pas, mais, au contraire, en élargit, en affermit la liberté du mal. Et, par conséquent, comme l'opération de Dieu dans l'homme juste lui laisse tout entier, avec la liberté , le mérite de ses vertus et le droit d'en être récompensé, et c'est là que consiste l'in-
compréhensible mystère de la grâce ; de même l'opération du démon, dans l'homme du péché, lui laisse tout entière , avec sa liberté , la culpabilité de ses vices et la nécessité d'en être puni; et c'est là que consiste le mystère non moins incompréhensible du péché.
» Cette doctrine vous paraît étrange , cependant rien n'est plus vrai. Comme il est impossible d'expliquer autrement que par une effusion extraordinaire de l'esprit de Dieu dans l'homme, les prodiges de sainteté qui dépassent toutes les forces de la vertu humaine; de même il est impossible d'expliquer autrement que par une effusion extraordinaire de l'esprit de Satan dans l'homme ces horribles prodiges du crime , qui dépassent tout à fait les exigences et les formes de la perversité humaine.
» Ainsi, ne vous y trompez pas, mes frères, tous les grands persécuteurs de l'Église, tous les grands hérésiarques, tous les grands imposteurs, tous les grands oppresseurs de l'humanité , tous ces impies du siècle dernier dont le mot d'ordre, touchant le christianisme, était : « Ecrasez l'infâme et la superstition ! » tous ceux des prétendus philosophes de notre siècle qui couvent en secret la même rage infernale
contre tout ce qui est chrétien , et conspirent par tous leurs moyens à réaliser le même mot; tous ces hommes, profondément méchants, qui poussent la débauche jusqu'à la cruauté, l'avarice jusqu'au suicide, l'ambition jusqu'à la tyrannie; tous ces scélérats, monstres qui paraissent n'aimer que le crime dans le crime, et dont le raffinement et le cynisme de la scélératesse excitent la stupéfaction et l' horreur, même parmi les peuples les plus corrompus; oui, toutes ces âmes perverses, ces affreuses natures, dont la haine systématique, acharnée, implacable, contre la vérité, contre la vertu, contre Dieu , contre Jésus-Christ, contre l'homme, contre l'Eglise, est un mystère inexplicable, n'ayant pas de raison dans l'emportement, dans l'appât des passions humaines, obéissent, sans s'en douter, aux inspirations du génie du mal, de cet hote infernal, de cet obscène tyran, qui, en • résidant dans leur cœur, en dispose, ainsi que Jésus-Christ l'a dit, comme de ses propres enfants, en fait les organes de ses désirs, les satellites de sa domination, les ministres de ses volontés : Vos ex pâtre diabolo estis , desideria ejus vultis perficere (Joan., viii). »
PIKCES JUSTIFICATIVES. 105
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Ces atrocités devaient être horribles, car voici ce qu'écrit, le 24 janvier 1703, le commandant Julien , protestant converti :
a Ces perfides, samedy dernier, dans la nuict, » tuèrent , dans la paroisse de Sandras, vingt- » deux personnes, hommes, femmes et enfants, » et en blessèrent cinq, brûlèrent l'église, arra- » chèrent la langue à une jeune fille, luy tour- » nèrent les bras et la firent mourir dans les » douleurs; les cheveux me dressent sur la n tête à Vouye de telles cruautés. »
(Archives historiques du Minist. de la guerre, collection des anciennes Areh., vol. 1707.)
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La relation suivante du massacre commis à Potelière, parles Camisards, le 12 septembre 1703, entre dans quelques détails sur la manière dont les Camisards pratiquaient leurs cruautés. Elle n'est dès lors pas inutile à connaître. Cette relation est jointe au rapport du
commandant du Roure, en date du 24 septembre 1703. (Archives historiques du Minist. de la guerre, collection des anciennes Archives, vol. 1708) :
« Le matin du jeudi, 13 e (septembre), nous » vîmes le spectacle du monde le plus affli- » géant. Cinq maisons qui brûloient encore, » dans lesquelles s'estoient consommées (sic) » six personnes, parmy lesquelles y avoit un » vieillard de soixante et quinze ans et deux » filles de neuf à dix ans. Estant arrivés à l'é- » glize, nous y trouvâmes dedans ou à la porte » treize personnes espécées, et un autre à vingt- » cinq pas de là qui avoit esté tué par un coup v de fuzil par derière, mais tous ces treize » avoient esté tués à coups de hache et de n bayonette, la pluspart ayant la teste parta- » gée en quatre par les coups de hache et la v cervelle par terre, et plusieurs coups de » bayonette et d'esponton dans le corps, et v d'autres coups de teste de hache ou de teste » de pioche, mais ce qui a pareu de plus tou- » chant ce fut dix personnes, hommes ou » fammes, qui s'estant relevés de parmy les » morts, parurent, l'une ayant un coup de » grande hache qui luy a coupé le né environ
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 207 » le millieu en travers et a pénétré jusques » par de là la luette, coupé et fait choir les » deux mâchoires supérieures sur l'inférieure, » en sorte qu'ils ne tiennent plus que par la » peau des joues, et outre cela elle a un coup r> de bayonette qui pénètre dans la poitrine. » Une autre fille , outre plusieurs coups de » bayonette qu'elle a sur son corps, a, entre » autres, un coup de hache qui luy a coupé » tout au moins le tiers du crasne et quelque » portion de la substance du cerveau, reste » portion du crasne tenant seulement par le » bou d'en bas, et on voyoit à découvert le » mouvement du cerveau; une autre famme a » cinq coups de hache au dos, mais il y en a » deux, l'une joignant l'autre, dont le dernier » a emporté plus de 3 ou \ onces de chair et » ont pénétré jusques dans le ventre, prosche -i l'espine, puisquelles on coupé les plus basses » cottes, et ceste playe est de plus d'un grand » pan de long; il y a un jeune homme qui a » trois coups de hache sur les reins, dont les » deux ont coupé jusques à la substance du » rein, et il en sortoit par la playe; un homme » a cinq coups de teste de pioche qui luy ont » tout meurlri et descouvert le crâne, plusieurs
» coups de bayonefte autour de la poitrine; il y » en a un autre qui a vingt-deux coups de » bayonitte sur son corps , et d'autres en ont » dix, douze et quinze, et divers coups de teste » de hache ou de pioche, ces scélérats ayant » attaché ses pauvres vitement et les conduizi- » rent à Téglize, où, après leur avoir dit de, » prier Dieu , commencèrent les massacrer. »
Pages
Lettre du Révérend Père Ventura de Uaulica v;
Introduction' \