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génération des abeilles, fut un naturaliste très-clairvoyant d'esprit, mais physiquement aveugle.

François Huber, cet homme, dont il semble que la destinée ait été de venir après tous les autres pour découvrir ce que les plus habiles d'entre eux n'avaient pu voir, avait perdu la vue étant encore très-jeune ; mais il ne s'était point découragé. Aidé d'abord par les yeux de sa femme, mademoiselle Lullin, et puis par un serviteur très-intelligent nommé Burnens , . il continua ses études d'histoire naturelle, et se livra bientôt, tout entier, à ses recherches sur les abeilles.

Rien n'est plus délicat, rien n'est plus précis, rien n'est plus fini que les observations, que les expériences dictées ou inspirées par François Huber. Il veut déterminer quel est le véritable sexe des abeilles. Pour cela, il fait remplir une boîte vitrée d'abeilles ouvrières seules ; on examine , pendant plusieurs jours, les cellules des gâteaux qu'on leur avait donnés, et on ne tarde pas à y apercevoir des œufs nouvellement pondus,

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d'où sortent, avec le temps, des vers de faux bourdons*

Il y a donc des abeilles ouvrières qui sont fécondes.

Mais pour un esprit aussi rigoureux que celui d'Huber, ce n'était pas assez. Il fallait saisir, au moment de la ponte, une de ces abeilles fécondes. On y réussit, on s'assure que c'était bien une abeille ouvrière, on la dissèque , et l'on trouve des ovaires très-petits, très-fragiles, il est vrai, mais enfin des ovaires, et dans ces ovaires, des œufs.

Il fallait encore plus. Schirach avait créé l'art de faire des reines-abeilles à volonté; Huber voulut créer l'art de faire des ouvrières fécondes à volonté.

Réfléchissant sur l'expérience de Schirach, qui prouve que tout ver, destiné à devenir abeille ouvrière, peut être converti en ver royal, moyennant une certaine nourriture, il en conclut que les ouvrières, à demi-fécondes, devaient avoir reçu d'une façon ou d'autre, étant encore à l'état de ver, quelques parcelles de cette nourriture.

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Il remarqua bientôt, en effet, qu'il ne naît jamais des abeilles capables de pondre que dans les ruches qui, ayant perdu leur reine, préparent une grande quantité de gelée royale pour en nourrir les vers qu'elles destinent à la remplacer. Quelques parcelles de cette gelée y se dit-il, seront tombées sans doute dans les cellules voisines ; les vers de ces cellules en auront goûté ; leurs ovaires en auront acquis une sorte de développement, mais ce développement sera resté imparfait, parce qu'ils n'auront reçu de la nourriture royale qu'une part très-petite.

Pour vérifier cette conjecture, Huber fait détacher d'un gâteau six cellules , prises dans le voisinage des cellules royales ; il sort de ces six cellules six abeilles ouvrières ; il fallait que ces six. abeilles pussent toujours être reconnues ; Huber fait donc peindre leur corselet d'une couleur rouge; on les met dans une ruche où l'on était sûr qu'il ne se trouvait pas de reine, et l'on ne tarde point à apercevoir des œufs, et des œufs de la seule sorte que pondent les ouvrières fécondes 3 c'est-à-

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dire des œufs de faux bourdons, des œufs de mâles. Mais Huber n'était pas homme à s'arrêter là; il fallait saisir les mouches qui pondaient : à force d'assiduité et de persévérance, on réussit enfin à en saisir une, et il se trouva que c'était une des six qu'on étudiait, une de celles dont le corselet avait été peint de rouge.

« J'ai répété si souvent cette expérience, »

dit Huber, « et j'en ai pesé toutes les circon- « stances avec tant de soin que je suis par- « venu à faire naître des abeilles ouvrières « fécondes dans mes ruches, toutes les fois « que je le veux 1 . »

Les abeilles ouvrières sont donc des femelles; ces femelles sont quelquefois fécondes, et, chose singulière, elles ne pondent jamais que des œufs de mâles, des œufs de faux bourdons.

Les reines-abeilles, au contraire, produisent des œufs des deux sortes, de mâles et de femelles; mais, pour cela, il faut qu'elles soient

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