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DE L OBIGINE DE LA CIRE

Réaumur croyait que la cire provenait du pollen des fleurs, élaboré par l'estomac des abeilles. « Nous avons vu, dit-il, les abeilles « occupées à construire et à polir des cellules, « nous les avons vues en composer de grands « gâteaux , sans avoir rien dit encore de la « la matière dont elles les construisent, sans a avoir dit encore comment elles font la cire « même, c'est-à-dire sans avoir expliqué en « quoi cette cire brute , qu'elles ramassent « sur les fleurs , diffère de la vraie cire , et u comment elles la convertissent en véritable « cire 1 * » — « C'est, dit-il encore, avec une

1 . Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, t. V, p. 403.

de l'art EXPÉRIMENTAL, ETC. 279

« espèce de pâte humide (de bouillie), que « les abeilles dégorgent, qu'elles composent « leurs cellules ; dès que cette pâte est « sèche, et elle Test dans un instant, elle est « de la cire telle que notre cire ordinaire i . » Réaumur écrivait cela en 1710. En 1768, onze ans après la mort de Réaumur, et lorsque son opinion sur la formation de la cire est devenue l'opinion générale, Wilhelmi, pasteur à Diebsa et l'un des membres les plus zélés de la Société des Abeilles, formée sous l'inspiration de Schirach, écrit à Bonnet:

« Permettez-moi, Monsieur, d'ajouter ici un « récit abrégé des nouvelles découvertes que « la Société a faites. On a cru jusqu'ici que « les abeilles rendaient la cire par la bouche, « mais on a observé qu'elles l'effluent par les « anneaux dont la partie postérieure de leur « corps est formé. Pour s'en convaincre, il « faut, avec la pointe d'une aiguille, tirer « l'abeille de l'alvéole où elle travaille en « cire , et l'on s'apercevra , pour peu qu'on

\ . Mémoires pour servir à l'histoire des insectes^ t. V, p. 424.

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« lui allonge un peu le corps , que la cire « dont elle est chargée se trouve sous ses « anneaux en forme de petites écailles i . » On regrette que Wilhelmi ne nomme point Fauteur de cette belle observation. Cet homme habile et utile est resté inconnu.

Bonnet répond : « M. de Réaumur avait « démontré que la cire sortait de la bouche « de l'insecte, sous la forme d'écume, et ce « qu'il a vu et revu est chose certaine 2 . »

Voilà pourtant comme juge une tête savante, et précisément par cela même qu'elle est savante. Le demi-savoir qu'on a n'est souvent qu'un voile de plus jeté sur l'autre moitié de savoir qui nous manque.

En 1792, le grand chirurgien anglais John Hunter découvre de son côté le véritable réservoir de la cire sous le ventre des abeilles. « J'ai observé, dit-il, que les abeilles, qui a habitent de vieilles ruches, où les gâteaux « sont complets et achevés, recueillaient cette

\ . Voyez Y Histoire naturelle de la reine des abeilles, de Schirach, p. 464.

%, Ibid., p. 469.

dans l'étude des instincts. 281

« substance (la poussière des étamines) avec « plus d'activité que celles qui habitent des « ruches neuves où les travaux sont à peine « commencés , ce qui serait difficile à conce- « voir, si cette matière était la cire elle- ,« même i . »

Et, en effet, si la cire venait de la poussière des étamines, du pollen^ c'est l'inverse qui devrait avoir lieu. Ce ne serait pas pour les vieilles ruches qui ont déjà tout ce qu'il leur faut de cire, ce serait pour les ruches neuves qui n'en ont point, que les abeilles seraient actives à le chercher. Mais alors à quoi sert donc le pollen? A la nourriture des petits, conjecture hardiment et heureusement Hun ter.

« Nous pouvons observer, dit-il, que, lors- « qu'on place des abeilles dans une ruche « neuve , elles passent bien deux ou trois « jours sans rapporter aucune pelote sur « leurs jambes, et ce n'est qu'après cet inter- « valle de temps qu'elles en vont chercher.

1. Voyez l'extrait du Mémoire de John Hunter, placé à la fin du second volume d'Huber, p, 471.

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« Pourquoi? Parce que, pendant ces trois pre* « miers jours, elles ont eu le temps de bâtir « quelques cellules où elles puissent déposer « cette substance en magasin , que quelques « œufs ont été pondus, et que, lorsqu'ils se- « ront éclos, les vers qui en sortiront auront « besoin de cette nourriture qui se trouvera a toute prête 4 . »

On ne pouvait observer avec plus de sagacité, ni conclure plus justement.

« La cire est formée, » continue John Hunter, « par les abeilles elles-mêmes ; on peut « l'appeler une sécrétion d'huile à l'extérieur ; « j'ai trouvé qu'elle s'opérait sous chaque « segment de la partie inférieure de l'abdo- « men. La première fois qu'en examinant « une abeille ouvrière j'observai cette sub- « stance , j'étais embarrassé à déterminer ce « que je voyais; je me demandai à moire même si c'étaient de nouvelles écailles qui « se formaient et si elles rejetaient les an- « tiennes à la manière des écrevisses ; mais

4. Voyez l'extrait du Mémoire de John Hunter, etc., p. 474 . "

a ensuite je reconnus bien distinctement « qu'on ne voyait cette substance qu'entre « les écailles sous le ventre. En examinant « les ouvrières dans les ruches vitrées pen- « dant qu'elles grimpaient sur les parois in- « térieures du verre , je pouvais voir que la « plupart d'entre elles avaient cette subit stances il me semblait que le bord infé- « rieur et postérieur des écailles était double « ou qu'il y avait de doubles écailles ; mais « en même temps je constatai que cette subit stance ne tenait pas fixement, qu'elle était « comme détachée. » — « Ayant trouvé, »

dit-il enfin, « que la matière rapportée sur « les jambes des abeilles n'était que la pous^ « sière des étamines, qu'elle était, suivant « toute apparence , destinée à la nourriture « des vers et non point à la formation de la « cire, et n'ayant jusqu'ici aperçu aucune « chose qui pût me donner l'idée de ce qu'est « la cire même, je conjecturai que ces écailles « pouvaient en être ; j'en plaçai plusieurs sur « la pointe d'une aigyille , que j'approchai « de la flamme d'une bougie; elles se fondi-

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« rent et formèrent un globule. Je ne doutai « plus alors que ce ne fût de la cire , et « je m'en assurai d'une manière plus po- « sitive encore en vérifiant qu'on ne trouve « jamais de ces écailles que dans la sai- « son oii les abeilles construisent leurs gâ- « teaux. 1 . )>

Voilà ce qu'a fait limiter; et c'est de ce point qu'Huber est parti. Il a vu, comme Hunter, les plaques de cire sous les anneaux de l'abdomen, et il a vu, de plus, l'organe nouveau, les petits follicules qui sécrètent ces plaques; mais il n'a vu ces plaques et ces follicules ni sous les anneaux des mâles ni sous les anneaux, des reines ; les abeilles ouvrières possèdent donc seules la faculté de sécréter la cire.

Huber a vu, enfin, comment se forment les plaques ou lames de cire, c'est-à-dire, comment, étant retenues à la surface des aires membraneuses, que présente le dessous de chaque segment, par la portion du segment

4. Voyez l'extrait du Mémoire ce John Hunter, etc., p. 473. "

DANS i/ ÉTUDE DES INSTINCTS. 285

précédent qui les recouvre , elles prennent la forme même de ces aires 1 .

Passons aux expériences. Le premier point était de déterminer le rôle positif du pollen dans la formation de la cire. Nous avons vu l'observation très-fine , il est vrai , mais aussi très-restreinte, de John Hunter. Il fallait quelque chose de plus; il fallait des expériences directes, pleines, entières, faites à dessein et un peu en grand. »

Huber loge un essaim, nouvellement sorti de la ruche mère, dans une ruche vide avec une provision de miel et d'eau pour la nourriture des abeilles; puis, il ferme les portes de la ruche avec soin pour qu'aucune abeille n'en puisse sortir. Il ne laisse de passage

4 . C'est ce qu'Huber appelle les petites poches où se moulent les lames de cire. « Les aires membraneuses « de chaque segment... sont entièrement couvertes pur « le bord du segment précédent, et forment avec lui de « petites poches ouvertes seulement par le bas. Les « lames de cire ont absolument la forme des aires « membraneuses sur lesquelles elles sont placées. Il « n'y en a que huit sur chaque individu; car le pre- « mier et le dernier anneau, conformés différemment « des autres, n'en fournissent point. » T. II, p. 44.

libre que pour le renouvellement de Pair, Voilà donc des abeilles privées de tout pollen; elles n'en font pas moins de la cire.

« La ruche, qui ne contenait pas un atome « de cire lorsque nous y établîmes les abeilles, « avait acquis dans l'espace de cinq jours, « dit Huber, « cinq gâteaux de la plus belle « cire*, n

Mais, dira-t-on peut-être, les abeilles, actuellement captives, avaient été libres; elles ont donc pu recueillir alors du pollen, et par conséquent en avoir retenu assez dans leur estomac pour en extraire, plus tard, toute la cire qu'elles ont produite.

Assurément, cela n'est point impossible; mais on conviendra bien aussi que cette source de pollen ne saurait être inépuisable. Huber prolonge donc l'expérience, c'est-à-dire l'emprisonnement des mêmes abeilles et la même privation de pollen. Il fait plus; il leur ôte toute la cire qu'elles venaient de produire.

Trois jours après, il y en avait tout autant

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