POUR CETTE SECONDE ÉDITION
JL'indulgence dont le public a bien voulu favoriser cet essai , a fait un devoir à l'auteur de le rendre digne de son suffrage autant qu'il lui serait possible. D'après les observations de quelques littérateurs distingue^ et de savans bibliographes, il a corrigé des erreurs , rectifié des inexactitudes, et môme réparé des omissions qui n'ont fait tort qu'à cet ouvrage. Le plan qu'on s'y est tracé supposait nécessairement des additions. Depuis trois ans il a paru de bons livres nouveaux et des éditions plus correctes des livres anciens. Chacun peut ajouter, par la suite, les articles de son gré, et faire ce léger travail, en consultant le journal hebdomadaire qui contient, avec une grande précision, toutes les productions dont s'enrichissent annuellement les sciences , la littérature et
les arts (i). H n'y a d'ailleurs d'autre différence entre cette édition et la précédente , que la transposition du chapitre 5 , dont on a fait le chapitre 7 et dernier , parce qu'il contient la notice bibliographique , et qu'on a jugé plus convenable de le mettre à la fin qu'au milieu du volume. On a seulement ajouté le fragment d'un dernier chapitre qui a été totalement supprimé dans la première édition.
(1) Ce livre est intitulé : Bibliographie de la France , ou journal général de l'imprimerie et de la librairie; par M. Beuchot. Le volume de chaque année est terminé par trois tables : la irc. alphabétique du titre des ouvrages; la »e. alphabétique du nom des auteurs; la 3e. systématique par ordre de matières. Ces trois tables , très-bien conçues et très-bien rédigées , rendent extrêmement facile la recherche d'un ouvrage quelconque.
Ce journal a commencé en iSia. Il forme à présent 7 vol. ; le 8e. est pour 1819
JL/instruction , en général, peut s'étendre à tons les objets dont l'esprit humain a tenté d'acquérir la connaissance. Dans les premiers âges du monde, il eût été facile d'en donner l'aperçu ; mais à mesure que les nations se sont civilisées , les loisirs de la méditation se sont alliés aux travaux de l'industrie , les jouissances de l'esprit aux charmes de la nature. L'homme a voulu goûter de la science , et n'en est pas devenu meilleur. Nous ne pensons pas cependant qu'il ait mieux valu pour lui de rester dans une ignorance parfaite. Cette question a été traitée très-éloquemment par un grand philosophe. Mais , comme il est de fait que , dans le monde tel qu'il est , l'homme instruit a une grande supériorité sur celui qui ne l'est pas , nous ne devons pas douter que l'ouvrage que nous présentons au public ne soit très-bien accueilli par tousceuxdont l'âme peut s'-élever à une ambition aussi noble et aussi bien placée.
La nature donne à l'homme les facultés qui lui sont nécessaires pour acquérir les connaissances utiles ou agréables. L'emploi de ces facultés se détermine par la méditation et le travail, dont l'instruction est le fruit.
Une longue étude fait le savant dans un ou deux genres ; une étude réfléchie sur plusieurs genres fait l'érudit; une étude suivie sur l'ensemble des connaissances humaines fait l'homme instruit.
C'est de cette troisième classe que nous voulons
nous occuper spécialement , parce que c'est par elle qu'on peut arriver aux deux autres , et que c'est elle encore qui donne le pins de développement à l'esprit, le pins d'aptitude aux differens états de la société, et le plus de succès dans le monde.
Le savant, d'après nos routines, peut être audessous d'un érudit , et l'érudit peut avoir beaucoup moins de connaissances qu'un homme instruit. Cela s'explique de soi-même. La science bien entendue ne peut embrasser que deux ou trois objets ; l'érudition peut en embrasser plusieurs; l'instruction les embrasse tous. Un savant n'est pas toujours un homme d'esprit, et souvent il y a loin d'un homme de lettres à un savant. La brièveté de la vie , les bornes naturelles de l'esprit humain , la variété des goûts et des inclinations , qui , dans le nombre des études, détermine des préférences , une sorte de vocation qui semble maîtriser le sentiment et la pensée, et , plus encore que tout cela, l'immense et volumineux dépôt des connaissances acquises et conservées par l'imprimerie , s'opposent à ce qu'un écrivain soit profondément universel , et le condamnent à ne prendre que la superficie de chaque chose, avant de s'arrêter à celle sur laquelle son goût et son attrait pourront le fixer. On a cité quelquefois des hommes qui se croyaient profonds dans tous les genres , que l'on disait savoir tout , et qui seraient aujourd'hui bien étonnés de s'apercevoir qu'ils ne savaient pas grand'chose.
il faut bien renoncer à une grande fortune, quand il n'y a plus moyen que d'en avoir une médiocre. La science universelle est maintenant une chose impossible : mais chaque science , en particulier , peut être étudiée et approfondie; on en peut même reculer les bornes par une application constante , et l'on ne saurait dire jusqu'où ces progrès peuvent se porter. Mais, les hautes sciences n'étant point
l'objet particulier de cet ouvrage , uous nous contenterons d'y jeter un coup d'œil en passant , et d'en indiquer les sources , comme sur la carte on indiquerait la route à celui qui voudrait connaître par lui-même un pays dont quelques célèbres voyageurs auraient parlé. Nous nous bornerons à tracer le plan méthodique d'études et de lectures nécessaires à ceux qui veulent prendre une idée générale de tous les objets d'instruction, et s'appliquer ensuite, d'une manière plus spéciale , aux genres de connaissances qui leur paraîtront plus importans, plus utiles ou plus agréables.
Rien de plus commun dans le monde que de rencontrer des parens qui , en retirant leurs enfans du collège ou d'une pension , demandent quel plan de lecture ils pourraient suivre pour leur donner l'instruction dont ils n'ont reçu que les premiers élé— mens, sans beaucoup d'ordre, et presque sans profit.
Il est remarquable encore que presque tous les hommes qui ont joui de quelque célébrité par leurs ouvrages ou par leurs succès dans le monde, comme hommes d'esprit , ont repris en sous-œuvre leur éducation de collège , et que , manquant de guides qui auraient pu leur indiquer les sources , ils ont été obligés de se tracer, en tâtonnant, une route d'instruction qu'un livre comme celui-ci leur aurait indiquée , en leur épargnant beaucoup de temps et de peines : heureux encore si, en les prenant au hasard , les livres qu'ils trouvaient sous la main , ne leur ont pas fait perdre quelque chose de plus précieux que le temps qu'ils ont dû regretter!
Nous avons une foule d'ouvrages élémentaires sous le titre de Cours de lecture , Cours d'études encyclopédiques , etc. , etc. , qui sont bons pour donner les premières notions dans quelques genres de sciences et de littérature ; mais ce qui leur manque , c'est l'indication des ouvrages qu'on doit préférer pour prendre une connaissance plus détaillée
et plus approfondie de ces diffërens objets. C'esl-là précisément le but que nous avons voulu atteindre dans celui-ci , comme la base de toute solide instruction. Cet avantage manque également à plusieurs ouvrages qui jouissent d'une réputation bien méritée. Rollin est excellent pour inculquer les meilleurs principes, et pour former le goût et la raison ; le P. Lamy , pour faire un bon théologien ; Fleury, pour tracer le plan des études sérieuses et classiques; Condillac et Deleuze , pour former des savans dans l'histoire et la politique , etc. : mais aucun d'eux n'a fait précéder son ouvrage d'une vue générale de ce que l'esprit humain embrasse dans ses connaissances , et presque tous se sont attachés à des objets particuliers. Il nous semble toutefois qu'il doit en être de toutes les connaissances en général comme de la géographie, par exemple , et qu'il est bien plus facile de classer dans sa mémoire la position de tel royaume ou de telle province , quand on a commencé par bien connaître une description générale de l'ensemble du globe terrestre et de toutes les parties qui le composent.
Les essais de littérature , les mélanges, les dictionnaires, même méthodiques, ont sans doute leur utilité, cependant ils ne rassemblent que des matériaux détachés d'un édifice qu'on ne saurait plus reconstruire si l'on en avait perdu le plan. Ces lectures peuvent servir à consolider l'instruction : mais, avant qu'on ait réuni les connaissances nécessaires pour savoir en profiter, elles sont plus propres à délourner qu'à bien conduire ; et pour avancer, il faut suivre constamment une route bien tracée , et ne point divaguer : ceci n'empêche pas qu'on ne puisse s'occuper de deux ou trois études à la fois; et chacune d'elles ne saurait nuire à l'autre, parce que l'ordre qui les divise, empêche toute ^confusion dans l'esprit.