TOME u
iM DBDXiillS SECTION.
^ On n'a )»as non plos compris ici les enfants qui sont élevés chez leurs parents , ce qni comprendrait la plupart des enfants des classes supérieures.
5^ On n'a pas non plus compté les élèves des classes inférieures des gymnases, presque tous âgés de moins de quatorze ans, et dont le nombre, dans les cent dix gymnases de la monarchie, s'élevait dans le courant de Tété 1852, k 17,955 élèves, tandis que les deux classes supérieures en comptaient seulement 5,848.
En tenant ccmipte de ces trois nouveaux éléments, on reconnaît que non-seulement le nombre des enfants au-dessous de quatorze ans qui reçoivent d'une manière on d'une autre le bienfait de l'éducation, est égal au nombre normal des trois septièmes de la population, mais qu'il doit même le dépasser, ce qui ne peut s'expliquer que par une supposition qui, nous le verrons tout à l'heure, est un fait certain, savoir que dans les provinces les plus avancées de la Prusse, par exemple, dans celles de Saxe et de Brandebourg, le goût de l'instruction est tellement répandu que les pttrents n'attendent pas l'âge de sept ans pour envoyer leurs enfants â l'école.
Yoilâ, je le répète , un résolut admirable, et avec les garanties que j'ai indiquées, un résultat au-dessus de toute incertitude. 11 faut l'envisager sous ses faces les plus importantes.
La première chose à considérer est la part relative de chaque province et de chaque département dans ce chiffre total de 2,021,421 enfants allant aux écoles
nmaocTioN ^MMAtts. iif
primaires publiques. La coDoaissaiice de celle [^opor^ tioii esl en effet du plus grand prix pour l'apprôciatîeD de la civiUsaiion relative des différentes parties de la Pmsse. Mais elle ne nous intéresse pas directement , et snr ce point je me contente de renvoyer an tableau Q<^ 4 . On y verra que sur les huit prorinces dont se compose maintenant le royaume, quatre dépassent de beaucoup le nombre normal des trois septièmes ; que Fane d'elles, la prorince de Saxe comprenant les départements de Magdebourg, Mersebourg et Ërfurt, présente la proportion de 54,515 enfants allant aux écoles publiques sur 100,000 enfants de un jour à quatorze ans, et que même le seul département de Magdebourg présente celle de 55,755 sur 100,000. Gomme on peut bien s'y attendre, la prorince de Posen est la moins avancée. Berlin subit le sort de toutes les grandes villes où un contrôle parfaitement exact est plus difficile et où la loi ne peut s'exécuter aussi rigoureusement, il y a aussi à Berlin, comme dans toute grande ville, beaucoup d'écoles privées. D'ailleurs l'oi^ ganisation de l'instruction primaire publique y est assez récente. En revanche , Berlin a six gymnases qui dans l'été de 1832 avaient S,061 élèves sur lesquels 596 dans les classes supérieures et 1,665 dans les dernières classes qui comprennent un très-grand nombre d'enfants au-dessous de quatorze ans.
Un point de vue plus important pour nous est la part de l'on et de l'autre sexe dans la somme totale des enfants qui reçoivent l'instruction primaire. Cette pro-
ut DEUXIÈME SECTIOU.
portion est dans tout pays la mesore de la vraie force de rinstniction ; car rinstruction n'a pmnt de racines solides et d'avenir assuré, quand un des deux sexes, qui de toutes manières influe si puissamment sur Tautre, en est lui-même dépourvu.
Grâce à Dieu, toute créature humaine en Prasse tombe sous la protection bienfaisante de la loi ; Tobi]gation légale d'aller aux écoles est commune à ran et à Fautre sexe. Aussi la différence de la part des filles et de celle des garçons dans la somme totale est-elle pen considérable. Sur 2,021, 421 enfants qui vont aax écoles, on comptait, en 1851 : 1,044,564 garçons; c'est-à-dire 45,694 sur 100,000 , c'est^-dire encore plus des trois septièmes de la population totale des enfants au^lessous de quatorze ans ; et 977,057 filles ; c'est-à-dire 41,106 sur 100,000 enfants, en partageant également la population entre les deux sexes.
La différence en plus pour les garçons s'explique par la fréquentation de l'école avant l'âge de sept ans ; la différence en moins pour les filles s'explique aisément si l'on songe que l'éducation des filles étant de sa nature plus domestique, le nombre des enfants du sexe féminin qui sont élevés dans la maison maternelle, surtout parmi les classes aisées, est nécessairement plus considérable que celui àes garçons.
Je dois faire connaître maintenant la nature des écoles publiques auxquelles vont les 2,021,421 enfants, garçons et filles. En Prusse, comme désormais
en France, si le projet de loi présenté sar rinstructien primaire est adopté par les chambres , rinsinictîon primaire se divise eo deux degrés : Tun qui représente les connaissances élémentaires dont nalle créature humaine ne peut être privée sans un vrai danger pour elle-même et pour la société ; Tautre , plus élevé sans Têtre beaucoup, destiné à cette portion du peuple qui sans être riche n*est pas non plus opprimée par l'indigence , et qui a besoin d'une culture un peu plus étendue et plus libérale. Le premier degré, rinstruction primaire inférieure, comprend les écoles dites élémentaires par la nature même de leurs objets ; le second degré, Finstruction primaire supérieure, comprend les écoles qu'on nomme bourgeoises parce qu'elles sont faites pour cette partie de la population qu'en Allemagne encore on appelle la bourgeoisie. Ces écoles sont aussi nommées écoles moyennes, parce qu'elles sont intermédiaires entre les écoles élémentaires et les écoles savantes ou gymnases. Ce dernier nom d'école moyenne, tiré de la nature même de la ehose, est parfaitement convenable, et déjà le besoin et l'instinct public commencent à le naturaliser en France. J'ai donné ailleurs l'enseignement normal d'une école élémentaire et d'une école moyenne» Ici je n'ai qu'à donner le chiffre total des unes et des autres en Prusse à la fin de i85i .
Dans le tableau ci-annexé , n® 2 , on verra qu'il y a 22,612écoles primaires publiques pour les 2,021 ,421 enfants qui les fréquentent.
iO.
114 DBUXIÈMB SBCTMHI.
Sur ces 23,612 écoles, il y a 21,789 écoles élémentaires , et 823 écoles moyennes dont 481 pour garçons et 542 pour filles. Or, on compte en Prusse 1,021 yilles dont 26 seulement ont plus de 10,000 âmes. Ainsi , non-seulement toutes les TiUes de 10,000 âmes , mais les trois quarts de toutes les idlles, ont, outre les écoles élémentaires indispensables à la dernière classe des citoyens, des écoles moyennes pour la bourgeoisie de ces villes.
Sur le nombre des enfants qui vont aux écoles, les écoles élémentaires sont fréquentées par 987,475 garçons et par 950,459 filles, et les écoles moyennes par 56,889 garçons et par 46,598 filles , ce qui donne la somme totale déjà citée de 1,044,564 garçons et 977,057 filles allantaux écoles. Il fautremarquer qu'en général les écoles élémentaires , surtout dans les campagnes , sont communes aux deux sexes , qui ne sont divisés le plus souvent , au moins dans les classes inférieures, que par une place distincte dans la même salle , tandis que dans les écoles moyennes, toutes les classes de filles et de garçons sont séparées et se font dans des salles différentes , sans aucune communication entre elles.
On compte , terme moyen :
88 enfants pour une école élémentaire, garçons et filles; 118 enfants pour une école moyenne de garçons ; 136 enfants pour une école moyenne de filles.
Aussi faut-il observer que dans les écoles élémen-
INSTftlICTIO!! PfttMAllB. fIB
taires il n'y a wdinairemeDt qu'an seul mattre « tandis ^ dans les écoles moyennes on compte deux ^ trois et souvent un plus grand nombre de maîtres et mal* tresses. Ceci nous conduit à une dernière considéra* tioo «celle du nombre des maîtres et maîtresses employés dans leB diverses écoles primaires.
Le tableau n^ 2 montre que pour les 22,612 écoles publiques, élémentaires et moyennes, de la monarchie , il y a en tout 27,749 maîtres et maltresses , lesquels sont répartis ainsi qu'il suit :
122,211 mattres en titre.
694 maltresses en titre.
2,014 sous-maltres et sousmaltresses.
481 écoles moyennes | 1,172 maîtres en titre, de garçons. i 360 sous-maltres.
1838 maîtres en titre.
289 maltresses en titre.
471 sous-maltresetsouS' maîtresses.
Ces nombres divers donnent un résultat important, savoir, le petit nombre (le maltresses comparé à celui des maîtres. Pour les écoles élémentaires , le nombre de 694 maltresses, comparé à celui de 22,21 1 maîtres pour 21 ,789 écoles , fait voir quHl n'y a pas une seule école qui n'ait un maître en titre , et je puis assurer que je n'ai pas trouvé en Prusse une école publique qui soit dirigée par une femme. On pense qu'en générai le gouvernement de Técole exige une main inrile, sauf
lie . DBUXl&HE SECTIOH.
au directeur, quand il y a lieu, à s'adjoindre une femme , mais en consenrant toujours la direction suprême. Dans les villages , cette femme est ordinairement ou la femme ou la fille du maître d'école. Jamais elle n'est chargée que des leçons accessoires , celles qui se rapportent aux travaux de son sexe, et dans les villes , des leçons de chant. Quand Técole est riche et développée , cette femme a le rang de maltresse en titre, et il n'y en a que 694 pour les 21,789 écoles élémentaires : ordinairement, elle n'est qu'une sousmaîtresse , un simple aide pour le directeur. C'est un préjugé , et un préjugé funeste , de croire que, dans des écoles d'externes telles que les écoles puhliques , une femme seule soit capahle de diriger l'éducation des filles ; car alors cette éducation est impossible sur une grande échelle : il serait impossible , en effet , de se procurer autant de maîtresses capables qu'il en faudrait pour toutes les classes de filles dans les U ,789 écoles de la monarchie. Il faudrait alors créer des écoles normales pour former des maîtresses d'école, en aussi grand nombre que les écoles normales ordinaires , c'est-^à-dire s'imposer des difficultés énormes , et pour un résultat fâcheux ; car l'éducation serait loin d'y gagner en gravité , et dans une école de filles , c'est déjà un mauvais enseignement que le spectacle d'une femme qui dirige et d'un homme qui lui sert d'aide. Dans l'école comme dans la famille, le gouvernement appartient à l'homme , et c'est à la femme d'assister. 11 est tout simple que dans les écoles moyennes , qui
IHSTIUCTIO?! FftMAIRK. IIT
sont beaucoup plot développées , la part de la femme soit un peu plus grande ; aussi voyons-nous ici , pour 34â écoles moyennes de filles , 289 maîtresses. Hais à eôté de ces 289 maîtresses sont 558 maîtres. C'est donc toujours un homme qui est à la tête de Téci^e entière , et c'est toojburs lui qui est chargé des leçons les plus importantes. Je regarde cette pratique comme le seul moyen d'avoir des écoles de filles. Mais je me hâte d'ajouter qu'en Prusse comme en Allemagne , la plupart des maîtres d'école sont eux-mêmes pères de (amille , et qu'ils se marient de bonne heure.
Il ne reste plus qu'à faire connaître les établissements destinés à préparer des maîtres capables pour (es écoles élémentaires et les écoles moyennes ; je veux parler des écoles normales primaires, appelées en PruMe séminaires pour les maîtres d'école (Schidlehrer^Seminarien ) .
11 y a deux sortes d'établissements de ce genre : les petites écoles normales, qui sont en grand nombre, et fort utiles , et qui sont à peu près ce que sont ou devraient être nos écoles-modèles ; St^ les grandes écoles normales primaires , où le cours d'étude est de deux ou trois ans , et qui comptent chacune de 40 à iOO élèves. Je ne m'occupe ici que de ces dernières, n y en avait, en 1831 , 55 en pleine activité, c'està-dire , plus qu'il n'y a de départements en Prusse, et un département prussien est moins étendu que le nôtre. On verra par le tableau n** 3, ci-annexé, la somme de dépenses de cl^icun de ces grands éta-
<IS BBOSiftHB 8BCTI0II,
MisftemenUt avec la part des départements el celle de FÉtat. Cette dernière, à elle seule, est d^environ ^1,500 francs, circonstance que jlndique afin de donner une idée de Timportance de ces établissements. Us fournissent aujourd'hui à peu près tous les maîtres des écoles publiques élémentaires et moyennes de la monarchie. J'ajoute que la part de TÉtat dans les dépenses des écoles élémentaires et des écoles moyennes est, d'après un autre tableau annexé au précédent, n^* 4, d'environ 865,700 francs, ce qui donne en tout 1,194,200 francs, somme considérable pour un pays qui n'a pas 15 millions d'habitants, et dans un système d'instruction primaire où les communes, les départements et les provinces sont chargés parla loi de toutes les dépenses relatives à l'instruction primaire , dans lesquelles l'État n'intervient que gracieusement. Remarquez encore qu'on n'a pas ici d'éud>lissements à fonder , mais seulement des établissements formés et constitués à soutenir et améliorer.
Enfin , si on veut comparer les principaux résultats de cette statistique avec ceux des deux statistiques de 1819 et de 1825, on trouvera que :
i^ En 1819, le nombre des écoles
était en tout de 20,085
En 1835, de 21,625
Etenl851,de 22,612
2^" En 1819, le nombre des maîtres
et maltresses était de. . . . 21,896
INSVRIICTION PiniAaE. 119
EDi83â,de âS,965
Eb 1851, de 37,749
En i 825 le nombre des enfants audessous de quatorze ans était de. 4,487,461
Celui des enfants de sept à quatorze ans était de. . . - . 1,925,200
Celui des enfants allant aux écoles
était de i, 664,218
En 1851 , la population d'enfants audessous de à quatorze ans était de 4,767,072
Sur lesquels la population de sept à quatorze ans était de. • . . 2,045,050
Sur lesquels le nombre des enfants
allant aux écoles était de. . . 2,021,421
Cette statistiquecomparée prouve abondamment que rinstruction primaire est en Prusse dans un état trèssatisfaisant . On peutvoir ailleurs rorganisation à laquelle est dû un pareil succès. Je me contenterai de rappeler et de signaler les points suivanU :
î» Une loi qui oblige les parents , les tuteurs , les maîtres d'ateliers ou de fabriques , à justifier, sous des peines correctionnelles plus ou moins fortes , que les enfants confiés à leurs soins reçoivent le bienfait de l'instruction publique ou privée, sur ce principe que la portion d'instruction nécessaire à la connaissance et à la pratique de nos devoirs» est elle-même le premier de tous les devoirs, et constitue une obligation sociale
110 BBUIi&SE SCGTfOIl.
tout aussi étroite que celle du service militaire; selon moi, une pareille loi, légitime en elle-même, est absolument indispensable , et je ne connais pas un seul pays où cette loi manque et oii Tinstruction du peuple soit florissante. En attendant que le progrès des mœurs publiques , le sincère amour du peuple etrintelligence de la yraie liberté inspirent à nos chambres une pareille loi, qui, j'en conviens, serait aujourd'hui prématurée et contre nos préjugés de tout genre, le gouvernement ne doit négliger aucun des moyens d'excitation et d'encouragement dont il dispose , directs ou indirects, pour arriver administrativement à uq résultat à peu près semblable. Parmi les pratiques les plus sûres, je mets : i® la fiiation d'un âge déterminé pour entrer à l'école et pour en sortir; 2® l'institution de listes de présence sérieusement contrôlées par les autorités compétentes.
3» L'obligation imposée au clergé de n'admettre à la communion que les enfants qui justifient d'avoir fait on de faire leur temps d'école , obligation à la fois civile et ecclésiastique , qui intéresse l'église à l'école et rattache à l'école l'église par des liens intimes que tout homme d'État et tout vrai philosophe doit s'efforcer de resserrer. De là l'instruction considérée par les parents et par les enfants eux-mêmes comme le fondement de la vraie piété, et l'autorité religieuse mise au service des lumières.
5<* L^tnstitution d'écoles publiques pour l'accomplissement d'un devoir public. Aussitôt que l'État fait un
iBCMscnoif: tanuaiE. m
detoir légal. de la {uréwiice desenfabti àTécUe, et qoeFÉglise en fait mi devoir religien, rÉUt'smiil en contradic^n avec lui-même s'il ne procarait Tekéevlion de la loi qu'il a lui<-méme portée / en exigeant rétaUisaement d'une école publique dans toute commune. Il n'y a de stabilité et d'avenir pour rinstmetion primaire que dans les écoles publiques. Llndi»^ trie privée, qui ne doit jamais être contrariée, ne doit aassi jamais être considérée que comme un JK^sident et par conséquent comme un luxe : l'Éiat ne doit pas plus se reposer sur les particuliers de l'accomplissement de ses propres devoirs en matière d'instruction, que dans toute autre matière d'intérêt public et général.
^'^ La répartition des dépenses qu'exigent les écoles entre les parents eux-mêmes , qui , s'ils le peuvent , sont obligés de payer quelque chose ; la commune, qui est tenue de s'imposer elle-même une contribution d'école ; le départenoient et la province, qui ont des fonds pourvenir au secours des localités nécessiteuses ; enfin l'État, qui intervient à son tour: de manière que la dépense, ainsi divisée , atteigne tout le monde et ji'accable personne.
5** La participation proportionnelle des pères de famille et de la comqiune , du département et de la province, de l'Église et de TÉtat, à la surveillance et à ladministration des écoles, participation qui intéresse à l'instruction populaire tout ce qui a quelque pouvoir dans la société.
lit MnnBiic sicTMni.
Tellei «ont le» casses les plw générales de la-prospérilé de Tinstniction primaire en Puisse, prospérité qu'établissent incontestablement les docoments officiels qae je Yiens de faire connaître.
Paissent ces causes si simples et si fécondes, se naturalisant dans notre chère patrie, y porter bientdf les mêmes fruits!
C«1S avril 1633.
UISiTMrCTMIIf PimâlM.