COURS D AGUICULTCRE AU CONSERVATOIRE DES ARTS ET METIERS A PARIS
« L'agriculture, disait dans son rapport au roi sur la réorganisa lion du Conservatoire des arts et métiers, M. Marlin (du Nord), alors ministre des travaux publics, de l'agriculture et du commerce', cette industrie dont le progrès importe le plus à la prospérité de la France, ne pouvait rester plus longtemps étrangère à l'enseignement supérieur du Conservatoire. Il est évident, toutefois, que ce cours, moins encore que les autres parties de l'enseignement, ne peut avoir pour objet de former des hommes spéciaux et de suppléer à l'éducation de la ferme modèle ou de la véritable exploitation agricole ; le cours d'agriculture du Conservatoire doit atteindre un but tout dilTérent.
« Ce qui retarde en France l'essor de l'agriculture, ce n'est point surtout, comme on l'a dit souvent, le manque de capitaux. Cotte circonstance est plutôt un efîet qu'une cause. La cause première de l'état fâcheux où se trouve cette principale source de la fortune publique est qu'on ne la connaît pas assez. Il importe donc d'apprendre aux
' Rapport au roi, par M. Martin (du Nord}, NouHcur du 23 décembre
propriétaires qui vivent loin de leurs biens, et, en général, aux détenteurs de ces capitaux, que l'agriculture est en France une mine précieuse qu'il y aurait pour eux honneur et profit à exploiter, et que sur notre sol fertile, aux productions si variées, c'est le premier et le plus national de tous les arts. C'est sous ce rapport que des cours oraux d'agriculture, professés au milieu des grandes villes, en faveur d'un public éclairé, doivent produire les plus beureux résultats. »
Le cours d'agriculture professé -au Conservatoire des arts et métiers comprend toutes les considérations générales et particulières qui peuvent donner une idée précise de cet art, de sa tendance, de ses progrès récents, et indiquer les avantages que pourraient offrir les principales cultures indigènes à des bommes suffisamment pourvus de lumières et de capitaux.
ÉCOLE ROYALE FOKESTIÈRE DE NANCT.
Le nombre des élèves à admettre à l'école est fixé, chaque année, par le ministre des finances, en raison des besoins de l'administration des forêts.
Objet et durée de l'enseignement.
Les élèves admis à l'école forestière y restent deux ans, et ils suivent les cours qui y sont établis. Ces cours ont pour objet l'histoire naturelle, les mathématiques, la législation et la jurisprudence, le dessin et les constructions forestières, l'économie forestière et la langue allemande.
Examens.
Les élèves subissent un examen de sortie ; ceux qui satisfont à cet examen sont envoyés près d'inspecteurs dans les arrondissements les plus importants, pour y ac-
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quérir des connaissances pratiques; lors des vacances ils sont promus au grade de garde général , dès qu'ils ont fait preuve de l'instruction nécessaire pour exercer des fonctions actives.
Conditions d'admission.
Les candidats doivent être âgés de dix- neuf ans au moins et de vingt-deux ans au plus, au 1" novembre de l'année du concours.
Les examens pour les places d'élèves de l'École forestière sont ouverts chaque année à Paris et dans les principales villes du royaume, à la même époque que ceux de l'École Polytechnique, et sont fails par les mêmes examinateurs. Le programme est publié tous les ans dans le Moniteur, trois mois au moins avant que cet examen ait lieu.
Connaissances pn'alables.
Les candidats sont examinés sur les objets ci-après, savoir :
1° L'arithmétique complète et l'exposition du nouveau système métrique;
2° La géométrie élémentaire;
5" L'algèbre, jusqu'au binôme de Newton, inclusivement ;
4° La trigonométrie rectiligne ;
5" Les éléments de géométrie descriptive, limités au point et au plan ;
6° Le dessin ;
7° Les éléments de physique et de chimie ;
8" La langue française ;
9" Ils traduisent, sous les yeux de l'examinateur, un morceau d'un des auteurs latins de la force de ceux qu'on explique en rhétorique.
Pièces à produire.
Les jeunes gens qui désirent concourir pour l'admis-
sion à l'École forestière sont tenus d'adresser à M. le directeur de l'administration, avant le 1" juin de chaque année, les pièces suivantes :
i° L'acte de naissance, revêtu des formalités prescrites par les lois, et constatant que l'aspirant aura, au 1" novembre, dix-neuf ans accomplis et n'aura pas plus de vingt-deux ans;
2° Un certificat, signé d'un docteur en médecine ou en chirurgie et dûment légalisé, attestant qu'il est d'une bonne constitution , qu'il a été vacciné oii qu'il a eu la petite vérole ;
3° Un certificat en forme , constatant qu'il a terminé son cours d'humanités ;
4° La preuve qu'il possède un revenu annuel de 4,200 f., ou, au défaut, une obligation par laquelle ses parents s'engagent à lui fournir une pension de pareille somme pendant son séjour à l'École forestière, et une pension de 400 f. à la sortie de l'école, jusqu'à l'époque à laquelle il sera employé comme garde général en activité.
Les deux instituts agronomiques de Grignon et de Roville, dont nous venons de reproduire les prospectus, et même l'institut agricole de Grand-Jouan, acquerraient une importance plus grande et une utilité plus réelle si, pour y entrer et pour en sortir, les élèves étaient soumis à l'obligation d'un examen.
Sans l'extrême difficulté de s'y faire admettre, l'École Polytechnique exciterait infiniment moins l'ambition et l'émulation des jeunes gens.
Ce qui manque donc en France à l'agriculture, ce sont des écoles rurales gratuites pour les (ils de cultivateurs, et un grand collège agronomique, une sorte de faculté des sciences rurales pour les fils de propriétaires qui pensent avec nous qu'une telle qualité a ses devoirs et ses obligations qui ne sauraient être méconnus sans dom-
mage porté au fonds social qui forme la richesse publique.
Le jour où l'on se pénétrerait enfin de la nécessité de donner aux fils de propriétaires une instruction qui les mit en état de tirer de la gestion de leurs patrimoines l'augmentation de produit qui résulte de l'union intelligente d'une industrie et d'un capital, ce jour-là les professions libérales , les fonctions et les emplois publics salariés, — vers lesquels affluent maintenant, par suite d'un intérêt mal compris, tous les fils de propriétaires, — verraient leur encombrement se dissiper au profit des fils de famille instruits et laborieux , mais privés de patrimoine.
Au gouvernement nous dirons donc :
Réduisez le nombre des bourses données dans vos collèges , et créez des écoles rurales qui soient accessibles aux classes inférieures ; supprimez une de vos écoles militaires, et consacrez les fonds qu'elle vous coûtait à l'établissement et à l'entretien d'un lycée agronomique , d'où il sorte des ingénieurs agricoles renommés et des propriétaires agronomes.
Sachez que la conversion de l'agriculture en industrie, opérée par un bon système d'instruction spéciale, peut seule résoudre enfin ce problème de civilisation , impérieusement posé jiux gouvernements modernes par les peuples que les révolutions ont instruits de leur puissance, à savoir: que tout homme intelligent, moral et laborieux, avec huit heures par jour d'un travail rationnel, puisse : nourrir substantiellement, loger sainement, vêtir convenablement sa famille, — en assurer le présent et l'avenir, — profiter d'un loisir de six heures pour s'instruire utilement et élever honorablement ses enfants dans la profession à laquelle il sera redevable de son bien-être.
Hàtez-vous donc de faire ce qui peut décupler la richesse nationale, améliorer le sort des classes pauvres, et mettre un terme aux crises sociales qui agitent périodiquement la France.
246 i»E l'instruction publique
L'Autriche, qui possédait déjà le bel établissement pomologique d'Harrac , a récemment créé , sous le titre de Georgicon , des écoles de perfectionnement pour l'agriculture à Altemberg, à Kessthely, à Etska ; le Wurtemberg, qui n'a que six cent trente-sept lieues carrées, et qu'un million et demi d'habitants, accorde annuellement 800,000 fr. d'encouragement à l'agriculture ; la France , avec une superficie trente-deux fois plus étendue, n'accordait, il y a quelques années, que 90,000 fr., qui ont été portés à 400,000 fr., mais qui ne sont pas même employés en entier. Ainsi , le Wurtemberg destine à l'encouragement de l'agriculture plus de 1 ,000 fr. par lieue carrée ; et la France aujourd'hui n'y consacre encore queiOfr. 60 c; il y a cinq ans, cet encouragement ne s'élevait qu'à 5 fr. 75 c. par lieue carrée.
Nous avons rapporté une citation du marquis de Mirabeau, nous finirons par le passage suivant, extrait de Y Essai sur la nécessité et les moyens de faire entrer dans l'instruction publique l'enseignement de l'agriculture, par M. François de Neufchâteau .-
« Quel bonheur pour la France si les propriétaires de terres, en général , connaissaient l'importance de résider eux-mêmes, au moins une partie de l'année, sur leurs biens ruraux, pour les améliorer; s'ils sentaient la nécessité d'y appliquer de grands capitaux, et s'ils pouvaient diriger leurs fermiers vers des moyens d'exploitation plus simples et plus utiles ! L'ignorance des maîtres nuit encore plus à la terre que l'ignorance des colons. Aussi ne dôit-on pas être surpris que la routine règle seule les stipulations des baux ; que les hommes d'affaires, les notaires publics, n'en sachent souvent pas plus que les citadins les moins éclairés ; qu'enfin, dans les lois mêmes , dans les projets de codes, dans les discussions auxquelles ces codes donnent lieu , l'on ait le chagrin d'observer que des hommes , d'ailleurs très-savants, paraissent ignorer l'effet que tel ou tel article doit produire
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sur l'agriculture, c'est-à-dire pourtant sur l'agent principal et le premier moteur de la machine sociale ! »
Nous compléterons enfin ces deux citations par une troisième, empruntée à M. le prince de Talleyrand :
« Dans un pays agricole, tout doit naître cultivateur; on sera momentanément magistrat, guerrier, législateur; mais les travaux champêtres feront l'occupation habituelle de l'homme, et chacun y trouvera le délassement, ou même la récompense de ses fonctions de citoyen : un tel changement de mœurs, multipliant dans les campagnes les expériences, contribuera nécessairement à y accroître les bonnes méthodes et à y faire fructifier les principes que les livres élémentaires auront déjà pu y introduire. »