OUVRIERS. — ARTISANS
Considérations de classe et de fortune. — La condition d'artisan est le lot forcé de tous les enfants de la classe pauvre des villes ; beaucoup de fils de cultivateurs abandonnent imprudemment leurs champs pour la prendre; c'est le contraire qui devrait être fait , maintenant surtout que l'emploi des machines et l'application de certains moteurs tendent, en raison du perfectionnement et de l'économie de la fabrication , à se substituer à la force des hommes.
Les machines sont appelées à restituer à l'agriculture les bras que l'industrie lui avait enlevés: ce qu'il faut désirer, c'est qu'elles le fassent graduellement et sans crise. Aussi ne saurait-on trop insister sur le danger de préférer les travaux des villes à ceux des campagnes.
L'instruction élémentaire, en se répandant dans les classes ouvrières , aura bien pour effet — de perfectionner la main-d'œuvre de beaucoup d'états , de la rendre moins chère au fur et à mesure qu'elle exigera plus d'intelligence et moins de force, — de réformer quelques hal)itudes vicieuses, — de populariser le sentiment de la prévoyance; on verra un moins grand nombre d'ouvriers dépenser en un seul jour, le dimanche ou le lundi , tout ce qu'ils auront pu épargner en s'imposant les privations les plus dures pendant toute la durée de la semaine; mais cette amélioration de leur sort ne sera pas suffisante , si une grande réforme ne s'opère dans tout notre système
de travaux publics ; si la prospérité générale n'augmente pas sensiblement la masse des consommateurs ; mais surtout si l'affluence des campagnes vers les villes n'a pas lieu en sens contraire, c'est-à-dire si beaucoup d'artisans, après avoir quitté leurs champs , n'y retournent pas chercher du travail ou porter leur industrie, élever plus économiquement leur jeune famille , ou prendre possession du faible patrimoine dont la mort d'un parent les aurait laissés héritiers.
Les artisans , n'ayant qu'un avenir toujours dépendant des circonstances, ne sauraient trop s'appliquer à se faire remarquer par leur aptitude et leur supériorité dans leur métier; ils devront surtout prendre l'habitude de faire sur chaque journée de travail la part de la journée sans ouvrage ; car , de toutes les conditions , celle qui impose le plus l'économie et la prévoyance, c'est assurément la condition d'artisan, encore soumise à tant de vicissitudes.
En Angleterre , le simple ouvrier possède toute l'instruction nécessaire à sa profession; à l'habileté pratique le contre-maître joint des connaissances scientifiques qui trouvent une application continuelle dans son atelier. Et c'est sans nul doute à l'habileté de cette classe précieuse d'hommes que l'on doit attribuer la principale cause de l'immense supériorité de l'industrie britannique.
APTITUDE : Dextérité manuelle , — intelligence.
INSTRUCTION NATIONALE : Premier et second degrés.
INSTRUCTION PROFESSIONNELLE : Apprentissage dans un atelier.
ÉTABLISSEMENTS D'INSTRUCTION SPÉCIALE