‹ De l'instruction publique en FranceChapitre 65 sur 110 · COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMERCE

« J'ai longtemps dirigé les élu les dans une maison d'èduealion célèbre oii il y avait une classe de commerce: celte classe comprenait loulcs les éludes nécessaires aux professions industrielles et agricoles; l'enseignement élait excellent, le professeur plein de talent et de zéie. F.li bien.' sur trois cenis élèves que renfermait le collège, je n'ai jamais pu en réunir plus de dix ou douze dans la classe de commerce; et pourtant la' clientèle de la maison se composait en majeure partie d'industriels. Slais à mes Instances répétées que répondaient les parents ? — « Je ne veux pas que mon fils soit un àne...; il faut qu'il fasse les mêmes études que les autres. — Mais il n'obtiendra aucun succès dans les lettres ; et il peut devenir un excellent fermier, un bon militaire, un commerçant parfait. — X'imporle; il fera ses éludes classiques jusqu'au boni ; nous verrons après .' n Ce qu'on voyait au bout de l'expérience, c'est que la vanité du père avait sacrifié l'enfant ; et qu'incapable de devenir un négociant distingué, faute des études nécessaires à cette profession, le rhèloricien l'était tout autant de devenir un bon avocat ou un bon profes.-eur, pour n'avoir fait qn'iueomplélement celles qui pouvaient le conduire à cette destinée. Le rliéloricien manqué n'était qu'un sot, cl ne pouvait plus devenir un homme utile.

Ayez donc des écoles usuelles séiiarées de vos collèges, où la vaiiiié des parents n'ait rien à redouter de la comparaison d'études supérieures avec des travaux plus modestes, où la concurrence de destinées plus liantes ne décourage pas vos enfants. Vous voulez l'égalité dans la société, commencez par la mettre dans les éludes, et soyez sûrs qu'elle n'existera qu'à une condition , c'est que les éludes soient séparées aussi exactement que les destinées ; car c'est le moyen qu'aucune profession ne soit jamais sacrifiée à une autre, et que toutes s'estiment un jour en se rapproclianl dans le monde.

CLviLiEu-FLr.iT.Y (Journal des Dcbais).

COMiMEUCE.

C0M3IKRÇANTS ET NEGOCIANTS.

Considérations de classe et de fortune. — Le commerce convient peu à la classe pauvre en raison des capitaux qu'il exige et des risques auxquels il expose ceux qui s'y livrent. La classe riche a mieux à faire : le commerce est la condition de la majorité des hommes qui composent la classe moyenne.

Le nombre des fraudes et celui des risques s'est considérablement accru dans le commerce depuis que les anciennes maisons, renommées de père en lils dans une branche commerciale, se sont progressivement éteintes, sans qu'il s'en reformât de nouvelles.

La bonne foi et la probité d'une maison de commerce se légitimait anciennement par le temps; la confiance qu'elle avait inspirée faisait de sa raison commerciale une notabilité héréditaire dont on était fier et qu'on tenait à conserver pure ; les traditions se transmettaient de père en iils : maintenant les grandes maisons ne basent plus leurs opérations que sur un succès éphémère de vogue ou de circonstance. Les petites maisons ne spéculent plus que sur la falsification des denrées et des produits; aussi, dès qu'un chef de maison a réalisé ses bénéfices, le voiton, sa famille et lai, changer aussitôt de condition, parce qu'après lui avoir procuré la fortune elle ne lui donne pas la considération, sans laquelle on jouit mal de la première.

Malgré la concurrence, qui généralement en France se

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montre peu ingénieuse, et tend plus à détruire qu'à améliorer, il peut encore se faire, dans l'état de commerçant, d'honorables fortunes, en s'attirant, par une grande bonne foi, la confiance des consommateurs ; en vendant les meilleures qualités, le prix juste et fixe; en se contentant d'une commission équitable, qui sera d'autant plus productive qu'elle sera plus faible pour être plus souvent répétée.

Un chef de maison qui, à la fin de sa carrière, n'aurait réussi qu'à fonder le crédit de sa maison et qu'à élever honorablement sa famille , lui laisserait encore un bon patrimoine, et peut-être môme un patrimoine plus assuré qu'il ne le serait en rentes ou en fonds de terre; car un jeune homme sans profession sauve difficilement sa fortune des écueils de la dissipation ou de l'intrigue; ces dangers le menacent moins lorsqu'il a le nom de son père à faire respecter ; qu'il a sa clientèle à conserver, et qu'il reste sous la tutelle de vieux amis qui le surveillent et l'encouragent.

Ce sentiment que nous voudrions faire naître, tous les fils le ressentiraient si leurs père et mère ne leur donnaient, les premiers, le mauvais exemple d'une vanité que n'excuse pas l'affection.

Tout enseignement qui n'assure pas à l'enfant qui le reçoit, à défaut d'une profession spéciale, au moins un état modeste qu'il puisse toujours exercer, est un sacrifice regrettable imposé à la majorité des familles.

Il fait sortir inconsidérément le fils de la condition du père, il appauvrit inutilement le présent de l'un, il expose imprudemment l'avenir de l'autre.

Le propre des parents étant généralement de supposer leurs enfants doués d'éminentes facultés intellectuelles, tous pensent que développer ces facultés par l'instruction, c'est mettre la destinée de leur fils à l'abri des vicissitudes sociales, c'est leur assurer infailliblement un honorable moyen de pourvoir aux nécessités de leur existence.

Ils se trompent !

L'enseignement des écoles primaires est encore trop imparfait pour atteindre ce but, et si l'enseignement des collèges ouvre à la jeunesse l'accès de trois ou quatre professions obstruées, il l'éloigné des arts manuels, qui , pour devenir plus lucratifs et moins pénibles , n'attendent, de la part de ceux qui les exercent, que des connaissances qui leur soient judicieusement appropriées.

Ce que dans toutes les conditions sociales il importerait de savoir parfaitement, est précisément ce qu'on néglige généralement d'enseigner.

Voyez, après cinq années d'études, s'ouvrir les portes d'un collège communal ; suivez le flot des jeunes gens qui le quittent ; ils sont pleins de confiance dans l'instruction qu'ils ont acquise, et c'est une exception lorsqu'ils savent parler correctement leur langue maternelle; leur écriture est informe et illisible; aucun d'eux ne serait en état de soumettre la fortune ou l'industrie de sa famille à l'ordre et aux formes d'une comptabilité régulière.

Ceux-ci , dont les parents peuvent subvenir à tous les frais de leur instruction universitaire, — et relativement c'est le très-petit nombre, — s'éloignent de leurs familles pour suivre les cours d'une Faculté de droit ou de médecine. Vingt mille francs et dix années au moins d'études, tel est le prix qu'auront à payer les plus laborieux et les plus économes avant d'avoir même mesuré les carrières auxquelles les admet leur diplôme.

Ceux-là, plus pressés de retirer le produit du capital consacré à leur instruction, s'abusent jusqu'à supposer qu'une apostille, qu'une pétition, qu'un voyage leur suffiront pour obtenir accès dans l'une des administrations publiques.

Plusieurs années s'écoulent en sollicitations et en démarches, que le plus souvent leurs vœux ne sont pas satisfaits, et que leurs illusions ne sont pas encore dé-

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truites; le désespoir les saisit, le besoin les presse, il leur faut enfin changer de résolution !

C'est alors seulement qu'entre eux plus d'un se surprend à regretter, et la profession de son père avec sa clientèle, et les dix mille francs consacrés à l'acquisition d'une instruction incomplète et impuissante.

Que feront-ils?... La possession d'une langue morte et l'exercice d'une profession autre que celles désignées sous le nom de libérales, paraissent inconciliables... Dans leur esprit, le collège et l'atelier s'excluent, et au fait, l'instruction incomplète qu'ils ont reçue n'a jamais été pour eux ce qu'elle devrait toujours être , — l'apprentissage d'une profession.

Après avoir abandonné l'espoir d'obtenir la place qu'ils sollicitaient dans une administration publique, ils se flattent d'être plus heureux auprès de quelques grandes administrations privées ; ils s'abusent encore , toutes les places y sont envahies. Longtemps ils cherchent. — Enfin ils trouvent accès dans une maison de commerce : la moralité connue de leurs familles est une considération dignement appréciée, leur avenir enfin ne va plus dépendre que de la confiance qu'ils sauront inspirer par leur aptitude et leur zèle... Mais, fatal contre-temps, ils ont le titre de bachelier es lettres, et jamais l'art de tenir une comptabilité ne leur a été enseigné : — trois emplois sont vacants, celui de dépositaire de la caisse sociale, celui de chef de la correspondance, celui enfin d'expéditionnaire; — ils ne sauraient remplir aucun des trois... Dans la composition de leurs thèmes latins et de leurs versions gret^pies, dans leurs illusions de futurs « hommes remarquables n, ils ont négligé d'apprendre à écrire Lisini-KMENT... Ils out dédaigné de s'appliquer au seul art qui devait un jour rendre leur instruction productive !

11 est à remarquer, à ce propos, que par suite du sot préjugé qui s'est attaché à l'art calligraphique, — en raison peut-être de l'importance de mauvais goût qu'il a

KN IT.ANCK. ^l^i

coniiTioncé par se donner, — les jonnos gens les plus licMinMiscnient (loués de la faculté d'apprcndie sont d'ordinaire ceux qui, dans renfancc, se sont appliqués à écrire le plus imparfaitement ; il en résulte, par suite, ([u'ils sont souvent les premières victimes des études par lesquelles ils se sont fait distinguer.

L'art matériel de bien écrire, dont il est fait si peu (i'(>stime dans les collèges, est, hors de là, dans toutes les transactions de la vie, d'autant plus apprécié, qu'en France il est aussi rare qu'en Angleterre, en Belgique, en Hollande il est général.

Aussi, lorsque beaucoup d'hommes instruits ne peuvent obtenir le plus modeste emploi, les bons expéditionnaires sont-ils généralement recherchés; toutefois, peu de considération leur étant accordée, attendu qu'ils sont communément dépourvus d'éducation, d'instruction et d'intelligence, il arrive qu'en même temps qu'il y a surabondance de jeunes gens sans emploi , il y a dans le commerce disette d'auxiliaires jeunes, siirs, actifs, instruits et moraux en état de dresser un compte, d'écrire on de transcrire une lettre avec la correction et la netteté qui attestent l'ordre d'une bonne administration.

L'art d'administrer, cependant , est nécessaire dans toutes les conditions sociales, qu'on soit appelé à régir sa fortune ou bien à la fonder; d'autre part, le commerce est, de toutes les carrières, la plus vaste et celle qui présente en France le plus d'avenir : il embrasse l'agriculture et l'industrie, il lie entre eux tous les arts niaiuiels; s'il exige de la part de ceux qui s'y destinent bear.coup de qualités, en retour il ne leur demande qu'une instruction peu dispendieuse à acquérir.

APTITUDE : — Esprit calculateur, activité, habitude d'ordre et d'économie, probité et bonne foi.

i^STr.ucTiON NATIONALE : — Premier et second degrés.

INSTRUCTION pp.orKssiONNEi.UK : — Sfatistiquc et géographie.— Législation commerciale. — Langues vivantes. —

Comptal)ilité. — Belle écriture. — Opérations commerciales.

ÉTABLISSEiMENTS D'INSTRUCTION SPÉCIALE.

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