i)E l'instklctio.n ['Lbi.ic!ie
« II existe une lacune entre les études appelées classi- (jues et les études spéciales qui conduisent à une profession.
« Cette lacune a déjà été aperçue et comblée en quel- «jues genres par les écoles prcparaloircs aux Ecoles polytechnique, militaire, de la marine, du commerce, etc. Comment se fait-il qu'on n'y ait pas encore songé pour la médecine, ou du moins qu'aucune tentative efficace n'ait encore été entreprise?
« l'ius tard peut-être le gouvernement, considérant la supériorité des études faites dans des écoles où les élèves sont soumis à une surveillance et à une direction spéciale, sera-t-il conduit à fonder une école de médecine sur le plan de l'École d'Alfort ou de l'École Polytechnique : ce sera un grand bienfait dont l'initiative lui appartient. Essayons seulement, par une facile expérience, d'indiquer une amélioration progressive et sans secousse.
« L'établissement d'une École préparatoire de médecine serait une mesure de transition , et dont on ne larderait pas à reconnaître les avantages comparativement à l'état actuel des choses.
« D'après l'organisation des Facultés et le nombre des élèves qui s'y présentent chaque année , il y a pour ces derniers une perte considérable de temps et d'argent. Jeté seul à Paris au milieu d'un monde nouveau, entouré de séductions de toute espèce, privé de conseils pour sa conduite et de direction pour ses études, quel est l'étudiant qui n'ait perdu presque toute sa première année? Heureux encore s'il n'a perdu que du temps et s'il n'a pas reçu de plus funestes atteintes sous le rapport de la santé et de la moralité! De là les études incomplètes, puis les veilles pour réparer le temps perdu, le jeûne et les autres privations pour dissimuler les folles dépenses, et au bout de tout cela, l'ignorance, la maladie et quelquefois le déshonneur, sans parler encore des dangers d'un autre genre que font courir aux jeunes gens les perturbateurs,
(liii les poussent en avant et qui, exploitant à leur profit l'inexpérience et l'enthousiasme de leur âge, les engagent dans de funestes voies.
« A Dieu ne plaise que nous exagérions volontairement le mal et que nous méconnaissions les excellentes intentions de la Faculté! Sans doute, plus qu'autrefois, des avis sur les cours à suivre sont affichés à l'école, et les élèves y sont avertis qu'ils doivent à la fin de la première année passer un examen. Mais de ces avis en profite qui veut, et personne n'est responsahle du résultat.
« Aucun lien n'existe entre le professeur et les élèves : celui-là vient chaque jour faire ses leçons ; mais sait-il quels sont ceux qui l'écoutent? prend-il à eux quelque intérêt d'affection ou d'amour-propre? Non; sa leçon est faite, son auditoire était nombreux, son devoir est rempli et sa réputation est assurée.
(( Mais les parents ont-ils quelque garantie? Leurs enfants suivent-ils assidûment les cours, ou n'y vont-ils que d'une manière irrégulière ? et s'ils sont présents aux leçons, en tirent-ils quelque profit, ou font-ils seulement un acte de présence matérielle, comme cela n'arrive que trop souvent ?
« Hors des cours, les élèves auraient besoin d'être guidés dans le choix de leurs lectures, de recevoir des répétitions, d'être exercés par des conférences, des compositions, des manipulations et autres moyens d'enseignement dont le plus grand nombre ne peut disposer; car il ne faut pas se le dissimuler, l'homme a besoin d'être excité au travail, surtout dans un âge où il n'en voit pas encore parfaitement et immédiatement l'application utile et l'indispensable nécessité.
u Or, est-il à présent quelqu'un qui, par obligation ou par bienveillance, demande aux élèves ce qu'ils ont étudié, ce(ju'ils ont appris; qui stimule la paresse, encourage etsoutienne lezèle, aide la faiblesse et la sauve du dégoût? N'est-il pas même surprenant qu'il n'y ait pas un plus grand
52i UL l'instuuction pcbliuue
noml)re d'élèves qui perdent complètement leur temps ?
« Mais ce nombre est énorme encore, et l'on doit en être effrayé. Combien de pères de famille ont payé deux ou trois fois les frais d'examen et de réception de leurs enfants, qui, après avoir subi ou fait subir tant bien que mal les examens nécessaires, ont été grossir le nombre do ces médicastres qui déciment les populations et que l'expérience même n'instruit pas !
« Ce ne sont pas les moyens d'instruction qui manquent; ils sont multipliés presque jusqu'à la surabondance ; il ne s'agit que d'en régler et d'en surveiller l'emploi. D'ailleurs l'expérience est là qui parle plus baut que les tbéories : au tableau qui précède, et qui certes aurait pu être rembruni encore, sans qu'il y eût d'exagération, opposez ce qui a lieu dans les Écoles polytechnique, vétérinaire, normale et autres, où les élèves sont résidents et soumis à une règle qui garantit le bon emploi du temps et la direction judicieuse des études; comparez les résultats, et voyez si, toutes choses égales d'ailleurs, il ne sort pas de ces écoles plus de sujets distingués d'abord , et ensuite une plus forte proportion de ce qu'on peut appeler de bons sujets , qu'il n'en sort de l'École de médecine , par exemple. Il n'est pas difficile de reconnaître l'origine de cette différence, surtout lorsqu'on voit, d'une part, que plusieurs anciens élèves de l'École Polytechnique qui se sont livrés à l'étude de la médecine y ont très-bien réussi; et de l'autre, que beaucoup de médecins distingués sont sortis de l'École du Val-de-Grâce et de celle des officiers de santé de la marine , écoles où la hiérarchie et la subordination militaire garantissent l'assiduité des élèves aux leçons , et où de fréquents examens, auxquels on ne peut échapper, viennent constater les progrès et mettre en évidence la paresse, plus commune que l'incapacité. Ne sait-on pas qu'il sort des Écoles vétérinaires d'Alfort et de Lyon des hommes plus forts que la moitié des docteurs en médecine?
« Dans les Universités d'Allemagne , où les élèves des Facultés sont en petit nombre, et où il y a, relativement, beaucoup de prolesseurs , les jeunes gens trouvent dans leurs maîtres secours et conseils, et il s'établit entre eux une intimité qui tourne au profit des études; et jadis, lorsque le maître et le disciple formaient une sorte dalliance; lorsque le vieux médecin, menant partout avec lui son élève, qui était son commensal, l'initiait à chaque heure du jour aux secrets de son art, était-ce une si mauvaise manière de former des médecins?
« Un seul homme, de nos jours, un vrai disciple d'Hippocrate, le respectable Chaussier, avait bien compris la mission du professeur. Le soir, il réunissait chez lui quelques élèves, et là, dans une conAersation familière, il exerçait leur esprit à voir et à juger. Ceux qui ont eu le bonheur d'être admis à ces réunions en conservent un souvenir reconnaissant, et pourraient dire ce qu'ils ont gagné dans ces simples entretiens où le professeur disparaissait et où l'on s'instruisait par la recherche et la discussion. Uà, on lisait en commun les ouvrages anciens et modernes; chacun apportait des extraits, des analyses, et chacun profitait du travail des autres, en même temps qu'il fournissait son contingent à l'instruction commune. Comment lisent, pour la plupart, les élèves de nos écoles actuelles, quand ils lisent?
« On peut affirmer que les inconvénients qu'on a signalés tiennent en grande partie à ce qu'on songe trop tard à donner aux études une direction spéciale, afin de n'envoyer aux Facultés que des élèves parfaitement disposés à profiter des excellentes leçons qui leur sont offertes. »
APTiTLDE : — Tact ; esprit d'observation ; caractère résolu.
INSTRUCTION NATIONALE : — Premier et sccoud dcgrés.
INSTRUCTION PROFESSIONNELLE : — Enseignement secondaire et supérieur ( voir page 33).
52i DE l'instruction publique en FRANCE.
ÉTABLISSEMENTS d'instruction SPÉCIALE : — Facultés (le médecine ( voir page 8G ) ; écoles secondaires de médecine (page JOO); écoles de pharmacie (page 95); école d'accouchement près l'hospice de la Maternité à Paris K
' Les hospices qui ont 100,000 fr. de revenu sont tenus d'y envoyer un élève. 0:i y enseigne : i» la ihéorie el la pratique des accouchements; ■■io la vaccination ; 3» la saignée ; 4^ la connaissance des plantes usuelles litus particulièrement destinées aux femmes enceintes et en couche.