‹ De l'instruction publique en FranceChapitre 80 sur 110 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

Lartifle destine à se faire un grand renom se forme lui-même.

TiEAUX-AKTS,

PlilKTKKS. — ARCHITECTES. — SCULPTEURS.— MUSICIENS.

(lO.NSlDliUATIO.NS DE CLASSE ET 1)E FORTUNE. — Le IlOmbre

(les jeunes gens pauvres , médiocres et présomptueux qui s'adonnent à l'exercice des arts, avec la persuasion quils sont appelés à les relever , fait tomber chaque jour de plus en plus les arts à l'état indigne et pénible de métier.

La peinture, l'architecture, la sculpture, à l'époque où nous vivons, époque tout industrielle, où le luxe n'est plus généralement qu'un dehors trompeur, qu'un masque mis au bon marché ahn de déguiser ses traits, tendent visiblement, malgré tous les elTorts contraires, à se mettre en accord plus parfait avec les mœurs, les liabitudes , les fortunes actuelles.

L'art tend à se subordonner à l'industrie ; l'usurpation sera déplorable sans doute, mais elle est inévitable.

Les ateliers de peintres d'histoire ou de genre regorgent de victimes , tandis que les fabriques et les manufactures manquent de dessinateurs de machines et d'ornements pour tissus, pour papiers, etc. Nous appelons sur ce fait l'attention des jeunes gens qui ne s'imagineront pas déchoir en appliquant leur talent aux arts utiles.

L'imitation servile de la sculpture antique a tué la sculpture en France : elle n'a pas su s'approprier à nos mœurs, à nos usages. Les sculpteurs n'ont à faire que ce que le gouvernement leur commande, et rarement ce qu'ils sont chargés d'exécuter obtient l'assentiment gé-

534 DE l'instruction publique ™

néral , tandis que les arts industriels manquent de graveurs , de metteurs sur bois et de modeleurs.

La musique , comme art d'agrément et d'intérieur , comme partie complémentaire de l'éducation des jeunes filles appartenant aux classes riches et moyennes, est en progrès remarquable ; mais la musique, comme carrière, est restée étroite et bornée.

Les architectes , égarés par l'instruction qui leur est donnée, en sont restés à l'imitation de l'antique; ils n'ont pas compris qu'à une époque où les dépenses de l'État sont soumises au contrôle minutieux des contribuables , où toutes les fortunes se nivellent, et où cependant l'aisance et le luxe à bon marché sont devenus un besoin de toutes les conditions moyennes, il s'agit moins de façades monumentales que de constructions économiques et commodes remplissant l'objet de leur destination et sachant en revêtir le caractère extérieur ; moins d'édifices publics que d'usines et de fabriques. Ils n'ont pas compris que l'architecture maintenant doit moins être un art académique, que l'application judicieuse des règles d'une arithmétique intelligente et du perfectionnement des sciences physiques et chimiques dans leurs rapports avec le bien-être et l'économie intérieure des habitations.

Un architecte sait peu de choses s'il ne connaît que la décoration; s'il ne peut établir dans son devis, avec une stricte précision, les rapports entre le capital employé et le revenu probable ; s'il omet, dans une maison d'habitation, de faire participer à l'économie d'un système général de chauffage et d'éclairage en commun toutes les distributions isolées; s'il multiplie sans réflexion, comme on le fait encore, les cheminées, qui se contrarient de toutes parts , et qui , au lieu d'air chaud , ne dégagent qu'air froid , fumée , et souvent les vapeurs désagréables d'étages voisins.

Les architectes restent généralement trop étrangers

ux progrès que font les sciences économiques; ils néglient aussi l'emploi des machines , des appareils et des rocédés dont l'application serait avantageuse. Ils calulent rarement les économies qu'ils pourraient apporter ans les dépenses d'habitation, les conditions qu'une contruction doit remplir pour être rationnelle sous toutes es faces.

(( Les architectes ne savent que me proposer des palis, » disait Napoléon.

L'art de bâtir est destiné à n'être plus qu'une des spéialités du génie civiL

Le génie civil, en effet, est une carrière toute neuve ncore et pleine d'avenir. Les pères de famille qui désicnt que l'instruction donnée à leurs fils puisse leur servir 'état ne sauraient trop se presser de leur faire suivre stte carrière avant qu'elle ne s'encombre. La somme à épenser pour former un ingénieur civil n'est pas plus onsidérable que celle nécessaire à l'éducation d'un avoat ou d'un médecin. L'emploi des machines tend à se [ibstituer, dans toutes les industries, à la force des homles. Les sciences exactes et les arts industriels s'associent haque jour plus étroitement, i^'industrie mancpie d'ingéieurs de manufactures , de conducteurs de grands traaux , de bons constructeurs et conducteurs de machines t d'appareils, de chimistes et de physiciens applicateurs. agriculture elle-même , qui commence à reconnaître avantage de manufacturer ses produits pour diminuer ;s frais de transport, éviter les déchets, utiliser les réidus, réclame de toutes parts des ingénieurs civils pour }s mettre à la tête de la réforme ; car , pour l'accomplir, 'est moins la bonne volonté qui manque que les hommes apables.

Les pères de famille qui suivront nos conseils devront onc s'attacher moins à faire de leurs fils de simples arliitectes que des ingénieurs civils. Deux ans de séjour à École centrale des arts et manufactures , et le titre d'in-

""G DE l'instp.iiction publiqlf.

génieur civil délivré aux élèves à leur sortie, après un examen sévère, seront dans dix années une recommandation plus utile que le titre d'architecte pensionnaire de l'Académie royale de France à Rome.

Aptitude : — Passions vives et énergiques. — Imagination riche.— Faculté d'enthousiasme.— Culte du heau.

Instruction nationale : — Premier et second degrés.

Instruction professionnelle : — Ateliers et cours.

ÉTABLISSEMENTS D'INSTRUCTION SPÉCIALE

iXOLE KOYALE ET SPÉCIALE DES BEAl'X-ABTS.

Riic des Peiiis-Augustins, m.

Cette école , consacrée à l'enseignement des arts du dessin , a été substituée aux corps enseignants de l'Académie royale de peinture et sculpture, établie en 1648, et de celle d'architecture , fondée en 1671 .

Louis XVIll , par une ordonnance du 18 décembre 1816, a afTecté au placement de cette école l'ancien local du Musée des Monuments français , rue des Petits-Augustins,

Son administration est dans les attributions du ministre

de l'intérieur.

objet et durée de l'enseignement.

Cette école est divisée en deux sections : l'une comprend la peinture et la sculpture; l'autre comprend l'architecture.

La durée de l'enseignement est indéterminée.

Conditions d'admission.

Il suffit pour prendre part aux concours d'admission à l'école des Beaux-Arts, concours qui ont lieu deux fois par an pour les peintres et les sculpteurs (en mars et en septembre), d'être présenté par un maître connu. Pour

TN FFIANCF,. OO/

les architectes , les concours d'admission ont lieu au mois d'octobre de chaque année. Cette école, au reste, n'admet pas de pensionnaires, et tous les élèves travaillent chez des maîtres particuliers dans l'intervalle des exercices journaliers et des divers cours et concours.

Page 1