Mot de M. Baillarger
apparence, et, si vive ou si claire qu'elle puisse être, il suffit de cette négation qui lui est jointe pour la vider de sa substance, pour la déloger de son emplacement apparent, pour la distinguer de la vraie sensation.
Mais supposez le cas inverse: admettez que dans la Veille aussi bien que dans le sommeil, et par exemple dans l'extase ou dans la fougue de l'action, cette sensation, malgré l'ébranlement du nerf, soit absente ou comme absente, c'est-à-dire non remarquée, annulée par la présence et la prépondérance d'une autre idée, image ou sensation. Des exemples p5i'eils ne sont pas rares. Au bombardement de Saint-Jean d'Ulloa, une volée de boulets mexicains arrive dans la batterie d'un navire français ; un matelot crie : « Rien, tout va bien. » Une seconde après, il s'affaisse évanoui : un boulet lui avait fracassé le bras ; dans le premier moment, il n'avait rien senti K — Pareillement, dans un état plus calme, cherchons une sensation ou fragment de sensation qui soit anéanti et ne puisse plus contredire l'image. L'image paraîtra alors située et extérieure; et, quoique déclarée illusoire par les idées environnantes, elle continuera à paraître située et extérieure, parce que la sensation qui seule pourrait lui ôter ce caractère manque ou est comme si elle n'était pas. L'hallucination alors est complète, et ce qui la constitue, c'est l'annulation de la sensation ou du fragment de sensation qui seule pourrait la réduire. — Quand un halluciné, les yeux ouverts, voit à trois pas une figure absente et qu'il y a devant lui un simple mur tapissé de papier gris à bandes vertes, la figure