DES SIGNES EN GÉNÉRAL ET DE LA SUBSTITUTION
SOMMAIRE
(. Divers exemples de signes. — Un signe est une expérience présente qui nous suggère l'idée d'une expérience possible.
II. Les noms sont une espèce de signes.— Exemples. —Noms d'individus. — Un nom d individu est une sensation ou image des yeux ou des oreilles, qui évoque en nous un groupe d'images plus ou moins expresses.
III. Très-fréquemment, ce groupe n'est pas évoqué. — Exemples. — En ce cas, le nom devient le substitut du groupe.
IV. Autres exemples de la substitution. — En arithmétique. — En algèbre. — Nature et importance de la substitution.
I. Lorsque vous montez sur l'arc de triomphe de l'Étoile et que vous regardez au-dessous de vous du côté des Champs-Elysées, vous apercevez une multitude de taches noires ou diversement colorées qui se remuent sur la chaussée et sur les trottoirs. Vos yeux ne distinguent rien de plus. Mais vous savez que sous chacun de ces points sombres ou bigarrés il y a un
corps vivant, des membres actifs, une savante économie d'organes, une tête pensante, conduite par quelque projet ou désir intérieur, bref une personne humaine. La présence des taches a indiqué la présence des personnes. La première a été le signe de la seconde.
Des associations de ce genre se rencontrent à chaque instant. — On lève la nuit les yeux vers le ciel étoile, et l'on se dit que chacune de ces pointes brillantes est une masse monstrueuse semblable à notre soleil. — On marche dans les champs vers le soir en automne, on remarque des fumées bleues qui montent tranquillement dans les lointains, et à l'instant on imagine sous chacune d'elles le feu lent que les paysans ont allumé pour brûler les herbes sèches. — On ouvre un cahier de musique, et, pendant que le regard suit les ronds blancs ou noirs dont la portée est semée, l'ouïe écoute intérieurement le chant dont ils sont la marque. — Un cri aigu d'un certain timbre part d'une chambre voisine, et l'on se figure un visage d'enfant qui pleure parce que sans doute il s'est fait mal. — La plupart de nos jugements ordinaires se composent de liaisons semblables. Quand nous buvons, ou que nous marchons, ou que nous nous servons pour quelque effet de quelqu'un de nos membres, nous prévoyons, d'après un fait perçu, un fait que nous ne percevons pas encore ; les animaux font de même : à la couleur et à l'odeur d'un objet, ils le mangent ou le laissent. — Dans tous ces cas, une expérience présente suggère l'idée d'une autre expérience possible ; nous faisons la première et nous imaginons L. seconde ; l'aperception d'un événement, objet ou caractère éveille la conception d'un autre