‹ De l'intelligence (volume 2)Chapitre 74 sur 87 · Max Muller, Lectures on the science of language, I · texte numérisé non relu

Max Muller, Lectures on the science of language, I

2. Max Muller^ Lectures on the scieiice of language, lecture 8, p. 331, 332, 375, 378.

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racines, « est celle où chaque racine conserve son indépendance, où une racine et un mot ne présentent aucune distinction de forme. » Le meilleur exemple de cet état du langage est donné par l'ancien chinois; là, une même racine, selon sa position dans la phrase, peut signifier grand, grandeur, grandement, être grand ; dans y-cang (avec un bâton, en latin haculo), y n'est pas une simple préposition comme en français, c'est une racine, qui , comme verbe, signifie employer; ainsi en chinois y-cang signifie littéralement employer hâton. ce Aussitôt que des mots comme y perdent leur sens étymologique et deviennent les signes d'une dérivation ou d'un cas, la langue entre dans la seconde époque. — Cette seconde époque, qu'on peut appeler l'étape des terminaisons, est celle où, « deux ou plus de deux racines se réunissant pour former un mot, la première racine garde son indépendance primitive, tandis que la seconde se réduit à n'être plus qu'une terminaison. Le meilleur représentant de cet état est la famille des langues touraniennes ; les langues qu'elle comprend ont, en général, été nommées agglutinatives, parce que la seconde racine altérée vient se coller à la première intacte. — La troisième étape, qu'on peut appeler celle des inflexions, a ses meilleurs représentants dans les familles aryenne et sémitique. Dans cette époque, les racines s'unissent en s'altérant toutes les deux, en sorte qu'aucune d'elles ne garde son indépendance substantive. » Toutes les langues rentrent dans l'une de ces trois catégories, et toute langue doit au préalable traverser la première pour arriver à la : oconde, puis la seconde pour arriver à la troisième. « Ce qui est maintenant inflexion a été autrefois agglutination, et ce qui est maintenant agglutination a

d'abord été racine. » Telle est l'histoire des mots; quelle que soit aujourd'hui leur altération, déformés, effacés, réduits à un mininum de matière et de sens, à une particularité d'orthographe, à une simple lettre terminale, presque vides et presque nuls, ils ont été d'abord des racines pleines, indépendantes, intactes, d'un sens complet et distinct, comme Vy chinois.

Reste à savoir comment ces racines se formèrent.

ce Elles ne sont ni des imitations ni des interjections. Des interjections comme peuh! des imitations comme oua-oua (aboiement du chien) sont exactement le contraire d'une racine. Leur son est vague et variable et leur sens spécial, tandis que dans les racines le son est défini et le sens général. Néanmoins les interjections et les imitations sont les seuls matériaux possibles avec lesquels le langage humain ait pu se former, et par conséquent il s'agit de savoir comment, en partant des interjections et des imitations, nous pouvons arriver aux racines. Si nous rendons compte de ce passage, nous aurons fait tout ce que le sceptique le plus exigeant peut demander. Car d'une part l'analyse de toutes les langues connues nous ramène aux racines, et d'autre part l'expérience nous donne les interjections et les imitations comme le seul commencement imaginable de la parole humaine. Si ces deux termes peuvent être reliés, le problème est résolu.

« Remontons encore une fois aux premiers commencements de la connaissance conceptuelle; car c'est là que la clef doit se trouver, si elle est quelque part. Le plus simple concept est celui qui consiste à réunir deux choses en une seule ; ce concept peut être formé de deux manières, par combinaison ou par abstraction.

(( Si nous avons un mot pour père et un mot pour mère, alors, pour exprimer le concept de parents, nous pouvons réunir les deux mots. En fait c'est ce que nous trouvons en sanscrit; pitar y signifie père, màtar mère, màtâpitarau mère et père, c'est-à-dire parents. De même, en chinois, fû signifie père, mû mère, et fû-mû parents. Pareillement, en chinois, un bipède avec des plumes s'appelle km, un quadrupède avec du poil sheu, et les animaux en général kinsheu...

« Mais il est clair que cette addition de mots à la suite les uns des autres ne pourrait pas être prolongée à l'infini ; autrement la vie deviendrait trop courte pour achever une phrase. Nous pouvons nommer nos parents nos père et mère, fûmû ; mais comment nommerions-nous notre famille? Ici, la faculté d'abstraire nous vient en aide. Un cas très-simple nous montrera comment le travail de la pensée et du langage pouvait être abrégé. Aussi longtemps que les hommes désignaient les moutons seulement comme des moutons, et les vaches seulement comme des vaches, ils pouvaient très-bien indiquer les premiers par béé, et les secondes par mou-ow; mais, quand pour la première fois ils éprouvèrent le besoin de parler d'un troupeau, ni héé ni mou-ou ne pouvaient servir. Tant qu'il n'y eut dans le troupeau que des moutons et des vaches, la combinaison héé-mou-ou suffisait ; mais quand le troupeau renferma des animaux d'une autre espèce, les sons distincts qui les désignaient durent être évités avec un soin particulier, parce qu'ils auraient produit des méprises. — De même encore, il était assez facile d'imiter les cris du coucou et du coq, et les sons cou^ cou, coq pouvaient être employés comme les signes

phonétiques de ces deux oiseaux. Maïs quand on eut besoin d'un signe phonétique pour indiquer le chant d'oiseaux plus nombreux, ou peut-être de tous les oiseaux possibles, toute imitation d'une note spéciale devint non-seulement inutile, mais dangereuse; et rien ne pouvait conduire au nouveau but, sauf un compromis entre tous ces sons imitatifs, une usure, un frottement, un effilement de tous leurs angles aigus et distinctifs. Ce frottement, qui ôte à chaque son imitatif sa spécialité, marche tout à fait parallèlement à la généralisation de nos impressions, et nous n'avons pas d'autre moyen de comprendre comment, après une longue lutte, les vagues imitations phonétiques d'impressions spéciales devinrent les représentations phonétiques définies de concepts généraux.

« Par exemple, il dut y avoir beaucoup d'imitations exprimant la chute d'une pierre, d'un arbre, d'une rivière, de la pluie, de la grêle ; mais à la fin elles se combinèrent toutes dans la racine simple pat, exprimant le mouvement rapide, soit pour tomber, soit pour fuir, soit pour courir. En abandonnant tout ce qui pouvait rappeler à l'auditeur le son spécial de tel objet emporté par un mouvement rapide, la racine pat devint apte à signifier le concept général du mouvement rapide, et cette racine, par sa végétation, fournit ensuite une quantité de mots en sanscrit, en grec, en latin et dans les autres langues aryennes. En sanscrit, nous trouvons patati, il vole, il plane, il tombe ; patagas et pataugas, un oiseau et aussi une sauterelle ; patatram, une aile, la feuille d'une fleur, une feuille de papier, une lettre ; pattrin, un oiseau ; patas, tomber, advenir, accident et aussi chute dans le sens de péché; — en grec, TcexofjLat, je vole; 7TeTr,vo;,

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ailé ; wxuTretr.ç, qui vole ou court rapidement ; tto-dî, fuite; TCTspov et TrTspu^, plume, aile; iroTaixo;, rivière; criTTTa), je tombe; xotixoç, chute, accident, destin ; xtwciç, chute, cas, d'abord dans le sens philosophique, puis dans le sens grammatical; — en latin, peto, tomber dessus, assaillir, chercher, demander, et ses nombreux dérivatifs : impetus, élan, assaut; prxpes, qui vole rapidement ;penna, plume, anciennement jjesna pour peina, etc.

ce Après ces développements, on comprendra comment les racines ou types phonétiques sont en réalité les derniers faits auxquels remonte l'analyse du langage, et comment, à un point de vue plus haut et philosophique, elles comportent néanmoins une explication parfaitement intelligible. Elles représentent les noyaux formés dans le chaos des sons imitatifs ou interjectionnels, les centres fixes qui se sont établis dans le tourbillon de la sélection naturelle. L'érudit commence et finit par ces types phonétiques ; s'il les méconnaît, ou s'il veut ramener les mots aux cris des animaux ou aux interjections humaines, c'est à ses propres risques. Le philosophe va au delà et, dans la ligne qui sépare le langage émotionnel du lanipge rationnel , la connaissance intuitive de la connaissance conceptuelle, c'est-à-dire dans les racines de chaque langue, il découvre la véritable barrière qui sépare l'homme de la bête. î

D'après ce qui précède, et de l'aveu de M. Max Muller, cette barrière n'est pas une saillie abrupte et tranchée ; des transitions y conduisent ; avant la période des racines, il y a eu celle des interjections et des imitations, comme avant la période des haches en pierre polie il y a eu celle des haches en silex gros-

sièrement taillé, comme avant la période de Talgèbre il y a eu celle de l'arithmétique. Par conséquent, ce qui distingue l'homme des animaux, c'est que, débutant comme les animaux par des interjections et des imitations, il arrive aux racines où les animaux n'arrivent pas. Or il n'y a là qu'une différence de degré, analogue à celle qui sépare une race bien douée, comme les Grecs d'Homère et les Aryens des Védas, d'une race mal douée, comme les Australiens et les Papous, analogue à celle qui sépare un homme de génie d'un lourdaud. En effet, un esprit naturellement borné ne peut suivre les abstractions d'un certain ordre; nous connaissons des gens qui, quoi qu'ils fassent et quoi qu'on fasse, n'entendront jamais la Mecaoiique céleste de Laplace ou la Logique de Hegel. A grand'peine, et par des efforts multipliés, ils parviendront à monter un ou deux des échelons ; jamais ils n'arriveront à la moitié de l'échelle, à plus forte raison au sommet. De même un singe, un chien, un perroquet fait quelques pas dans le premier stade du langage ; il comprend son nom, souvent le nom de son maître, parfois un ou deux autres mots, surtout d'après l'intonation avec laquelle on les prononce; mais il en reste là ; il ne dépasse pas la période des interjections et imitations ; il est même fort loin de la parcourir tout entière ; à plus forte raison il n'entre point dans le second stade, celui des racines. Ainsi le singe est sur la même échelle que l'homme, mais à beaucoup d'échelons au-dessous, sans que jamais l'exemple ou l'éducation puisse le faire monter jusqu'à l'échelon où arrive un Australien, le dernier des hommes. Cet échelon se reconnaît à divers indices, à la possession d'un langage fondé sur des racines, à l'art d'allumer ou au

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moins d'entretenir le feu (un singe en est incapable), à l'invention de l'ornement (tatouage, peinture des sauvages, déformation volontaire du nez, des oreilles, des lèvres, etc.), à la fabrication des premiers outils (haches en silex, bâtons pointus, etc. ; un singe se sert d'une pierre ou d'un bâton, mais ne sait pas les transformer pour les approprier à un usage). Si l'on cherche la condition psychologique de cette supériorité, on la trouvera dans une plus grande aptitude aux idées générales. Si l'on en cherche la condition physiologique, on la trouvera dans un développement plus grand et dans une structure plus fine de l'encéphale. La preuve en est que, si cette double condition manque, l'homme ne peut plus acquérir le langage ni les talents distinctifs dont on a parlé. Il s'arrête au-dessous de l'échelon humain. C'est le cas pour les crétins, les idiots, et, en général, pour les encéphales enrayés dans le cours de leur développement ou dont le poiiia n'atteint pas mille grammes

SUR l'hallucination progressive avec intégrité

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