‹ De l'intelligence (volume 2)Chapitre 76 sur 87 · ACCÉLÉRATION DU JEU DES CELLULES CORTICALES · texte numérisé non relu

ACCÉLÉRATION DU JEU DES CELLULES CORTICALES

l'instant. Dans mon sommeil, j'eus un rêve. — Je me trouvais rue Saint-Honoré, près de la rue de l'Echelle; une obscurité lugubre s'étendait partout; tout était désert, et cependant une rumeur vague et sourde s'éleva bientôt. — Tout à coup parut dans le fond de la rue une troupe à cheval, mais d'hommes et de chevaux écorchés. Les cavaliers portaient des flambeaux, dont la flamme rouge éclairait des visages mis à nu que traversaient des muscles sanglants; leurs yeux enfoncés roulaient dans leurs orbites; leurs bouches s'ouvraient jusqu'aux oreilles, et des casques de chair pendante surmontaient leurs têtes hideuses. Les chevaux traînaient leurs peaux dans le ruisseau, qui débordait de sang jusqu'aux maisons. Des femmes pâles, échevelées, se montraient silencieuses aux fenêtres et disparaissaient; des gémissements sourds, inarticulés, remplissaient l'air, et j'étais seul dans la rue, seul, immobile de terreur, et sans force pour chercher mon salut dans la fuite. Cette efl'royable cavalerie passait ainsi au grand galop, passait toujours, en lançant sur moi des regards épouvantables. Elle défila pendant plus de cinq heures ; enfin la file se termina et fut suivie par une immense quantité de voitures d'artillerie chargées de cadavres déchirés, mais encore palpitants ; une odeur infecte de sang et de bitume m'étouflait... quand tout à coup la grille se referma avec violence et je me réveillai. Je fis sonner ma montre : il n'était encore que minuit. Ainsi cette afl*reuse fantasmagorie n'avait duré que deux ou trois minutes, le temps de relever la sentinelle et de refermer la grille. Le froid était vif, la consigne très-courte, et le geôlier confirma le lendemain mon calcul. Cependant je ne me rappelle pas un seul

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événement de ma vie dont j'aie pu apprécier la durée avec plus de certitude, dont les détails soient mieux gravés dans ma mémoire, et dont j'aie la conscience mieux affermie. »

Une troisième observation du même genre m'es^ communiquée par M. A. M....

« iO juin 1829. — Au lieu de sortir ce matin, aprL. le déjeuner, je me mis à ciseler mon ziegenhain (corne de bois très-dur où les étudiants gravaient alors les noms de leurs amis). J'y passai bien deux heures. Enfin, me sentant la tête lourde (probablement par sympathie de l'estomac, que la flexion du torse sur ce travail de ciselure avait dû comprimer en gênant la digestion), j'entrai dans la chambre voisine, où j'entendais le bruit d'une conversation animée tenue par quelques condisciples. Ils étaient quatre ou cinq en effet, discutant debout, non loin de la fenêtre. J'entrai sans que personne se dérangeât, m'approchai du groupe sans savoir encore de quoi il était question, et me glissai dans l'embrasure de la fenêtre, pour me mettre au courant de la conversation avant d'y prendre part. Là, ma main se porta sur l'espagnolette de la croisée, et mon front alourdi s'appuya sur ma main. — Il paraît qu'à l'instant même je tombai à la renverse sans en avoir conscience, que mes camarades me relevèrent aussitôt, et que je revins à moi presque immédiatement, car leur conversation fut à peine interrompue et continuait lorsque je sortis de la chambre au point où je l'avais trouvée en entrant. — Mais ce qu'il y a de curieux, c'est que pendant cette chute il me sembla que je faisais un voyage qui dura plusieurs jours. Et ce n'est point ici une impression vague et générale de déplacement, mais une succès-

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