Voir la Roue de Savart, et les Sirènes
nous no le démêlons pas dans le son a'i^n ; il existe cependant dans l'un comme dans l'autre ; mais, dans le son très-grave , la distance plus grande de deux maxima nous permet de les distinguer, et dans le son aigu, la proximité trop grande de deux maxima nous empêche de les distinguer. — Bien plus, chaque sensation élémentaire, pour passer de son minimum à son maximum, passe, dans la courte durée qu'elle occupe, par une infinité de degrés ; à plus forte raison ces degrés sont-ils invisibles à la conscience; en sorte que, dans un son aigu, la sensation élémentaire indistincte comprend , outre deux états extrêmes indistincts, une infinité d'états intermédiaires indistincts.
Nous entrevoyons ici , par une échappée , le monde obscur et infini qui s'étend au-dessous de nos sensations distinctes. Elles sont des composés et des totaux. Pour que leurs éléments soient perceptibles à la conscience, il faut que, s'ajoutant les uns aux autres, ils fassent une certaine grandeur et occupent une certaine durée ; si leur assemblage reste au-dessous de cette grandeur et dure moins que cette durée , nous ne remarquons en nous aucun changement d'état. Il y en a un pourtant ; mais il nous échappe ; notre vue intérieure a des limites; au delà de ces
limites, nos événements intérieurs, quoique réels, sont pour nous comme s'ils n'étaient pas. Ils prennent des accroissements, ils subissent des diminutions, ils se combinent, ils se décomposent, sans que nous en ayons connaissance '. Ils peuvent même, comme on vient de le voir pour les sensations du son , avoir divers degrés de composition et de recul au delà des prises de la conscience. Les sensations élémentaires qui composent directement nos sensations ordinaires sont elles-mêmes des composés de sensations moindres en intensité et en durée, et ainsi de suite. Il se fait ainsi en nous un travail souterrain, infini, dont les produits seuls nous sont connus, et ne nous sont connus qu'en gros. Quant aux éléments et aux éléments des éléments , la conscience ne les atteint pas, le raisonnement les conclut; ils sont aux sensations ce que les molé-
I. Leibnitz, Des perceptions insensibles, p. 65, Nouveaux essais sur l'entendement, Ed. Jacques. — « Pour entendre le bruit de la mer quand on est sur le rivage, il faut bien qu'on entende les parties qui composent le tout, c'est-à-dire le bruit de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l'assemblage confus de tous les autres ensemble et qu'il ne se remarquerait pas, si cette vague qui le fait était seule. Car il faut qu'on soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu'on ait quelque perception de ces bruits, quelque petits qu'ils soient; autrement on n'aurait pas celle de cent mille vagues, puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose. » — Cf. Hamilton cité par Mervoyer, De l'association des Idées, p. 337.
Cilles secondaires et les atomes primitifs sont aux corps; nous n'en avons qu'une conception abstraite, et ce qui nous les représente est, non une image, mais une notation.