‹ De l'intelligence (volume 4)Chapitre 41 sur 90 · Axenfeld, Des névroses · texte numérisé non relu

Axenfeld, Des névroses

existence. Au lit, ils les perdent pour ainsi dire et sont obligés d'aller à leur recherche, ne sachant plus où ils sont. Ils font parfois effort pour étendre ou fléchir un membre déjà étendu ou fléchi. Ont-ils fait un mouvement, ils en ignorent l'étendue et souvent ne savent pas s'il a eu lieu. Si, lorsqu'ils ont l'intention d'en exécuter un, on les en empêche, c'est tout à fait à leur insu, et ils croient l'avoir exécuté, parce qu'ils en ont eu la volonté. On leur communique des mouvements passifs à l'aide d'un appareil électrique, sans qu'ils le soupçonnent. Leurs membres leur semblent privés de pesanteur. Qu'on leur plonge la main dans l'eau, ils savent que c'est un liquide à cause de l'impression cutanée, mais en agitant la main ils n'éprouvent pas cette molle résistance qui fournit la notion de fluidité aqueuse, et ils ne savent s'ils se remuent dans l'air ou dans l'eau. La pression, le pincement, le massage des muscles ne donnent lieu chez eux à aucune sensation distincte. Ils ne perçoivent plus le passage d'un courant électrique intense. On peut impunément leur enfoncer un instrument piquant dans les chairs, à condition, bien entendu, qu'ils n'en soient pas avertis par la sensibilité persistante de la peau. » Partant, quoiqu'ils aient gardé toute leur vigueur musculaire et que même ils ne puissent plus connaître la fatigue, ils marchent très-difficilement, quand ils sont dans l'obscurité, ou quand, avec les yeux, ils cessent de surveiller leurs mouvements; il faut que chez eux les sensations de la vue soient toujours là pour suppléer aux sensations musculaires absentes. Si ce second régulateur manque comme le premier, « ils ne peuvent se tenir debout sans chanceler ou risquer de tomber; leurs mouvements ont

trop ou trop peu d'ampleur; ils laissent facilement échapper les objets qu'ils ont entre les doigts, ou d'autres fois les brisent par une contraction trop énergique. » Aucune autre sensation ne leur manque; ils peuvent encore éprouver toutes les sensations cutanées de chatouillement, de contact, de pression passive, de température et de douleur superficielles.

kEn d'autres termes, ces malades ne peuvent plus apprécier l'état de leurs muscles; mais ils peuvent encore très-bien apprécier l'état de leur peau. Réciproquement, d'autres malades ne peuvent plus apprécier l'état de leur peau, mais peuvent encore apprécier très-bien l'état de leurs muscles1. — Un ouvrier cité par Landry avait les doigts et les mains insensibles à toute impression de contact, de douleur et de température; mais chez lui les sensations musculaires étaient intactes. Si, après lui avoir fermé les yeux, on lui plaçait un objet assez volumineux dans la main, il s'étonnait de ne pouvoir la fermer ; il avait la sensation d'une résistance, mais rien de plus; il ne pouvait rien dire de l'objet, quelles étaient sa forme, sa grandeur, son espèce, s'il était froid ou chaud, piquant ou émoussé, ni même s'il y en avait un. On lui attacha avec un lacet, et sans le prévenir, un poids d'un kilogramme au poignet; il supposa qu'on lui tirait le bras.

Voilà donc deux groupes de sensations et deux groupes de nerfs, aussi distincts que ceux de la jambe et du bras 2, et, l'on peut ajouter, aussi semblables.

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