‹ De l'intérêt conventionnel et de l'usureChapitre 2 sur 116 · INTRODUCTION F · texte numérisé non relu

INTRODUCTION F

Un des faits les plus frappants dans nos sociétés modernes, est le développement continu du crédit. A peine organisé au commencement de ce siècle, ses progrès se manifestent chaque jour par le nombre toujours croissant des titres de crédit. Les emprunts d'Etats, les obligations de sociétés industrielles se négocient à la Bourse par quanlités énormes : des banques de toutes sortes, banques d'émission, de dépôts, de crédit, chiffrent leurs opérations par centaines de millions ; au Cleringhouse de Londres, le montant des opérations de crédit liquidées en un jour, dépasse parfois un milliard ! |

C’est au merveilleux essor du crédit, pendant ce siècle, qu'on doit le rapide développement du commerce et de l’industrie, les progrès de la prospérité et du bien-être général. Le crédit est indispensable au commerce, au point que sa suspension pendant un seul instant, entraîne de terribles crises. Sans lui, une masse énorme de richesses resterait improductive : il vivifie toutes les parties de l’organisme social, en distribuant le capital partout où il est utile. Seul, il rend possibles les grandes entreprises industrielles, dont l’outillage est si coûteux, les nombreux travaux d'art, qui en facilitant les communications, ouvrent

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etre au commerce de nouveaux débouchés, de nouvelles sources de richesses.

Nous n'avons pas à faire une étude générale du crédit, mais seulement celle d’une de ses formes les plus anciennes et les plus usuelles, le prêt à intérêt.

Ce conirat participe à tous les effets bienfaisants du crédit, et cependant, depuis l'antiquité jusqu’au siècle dernier, philo-ophes, pères de l'Église, législateurs, se sont accordés à le proscrire. C’est que son heureuse action sur la prospérité générale, ne s’est pas toujours fait sentir comme aujourd’hui. Le crédit est une arme à deux tranchants : utile à qui sait le rendre productif, ruineux quand l’inexpérience de l’emprunteur, ou l’absence d'emplois lucratifs ne permettent pas d'en ürer parti. On a surtout envisagé le prêt à intérêt sous ce dernier aspect : aussi a-t-1l été, pendant des siècles, absolument interdit, et aujourd’hui encore est-il loin d'être admis partout sans restriction.

L'exemple de l'usure, à Rome, est un argument souvent invoqué par les adversaires du prêt à intérêt. Et cependant il n’élait pas la cause des misères qu’on lui attribuait, c'était, au contraire, la misère qui devait fatalement amener l'usure. L'histoire est remplie des triomphes répétés, des magnifiques conquêles du peuple romain; mais, en revanche, combien fut misérable la condiion de ce peuple, et qu'il a payé cher sa gloire! L’esprit guerrier exclut le génie da travail et du commerce. Pour arriver à leur but, les Romains durent concentrer vers la guerre, toute l'énergie de la nation : le mépris du travail en fut la

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(I conséquence. Les arts manuels furent abandonnés aux esclaves : il n’y eut, pour ainsi dire, ni commerce, ni industrie. Un tel élat de choses devait avoir pour conséquence nécessaire, la misère du peuple : le prêt à intérêt ne pouvait servir qu'à satisfaire les caprices des fils de famille, ou à retarder de quelques jours la ruine d’un malheureux, en la rendant plus complète. De là l’odieux qui s’est attaché à Rome au prêt à intérêt, el qui à persisié pendant le moyen âge. D'autant plus que l'intérèt est le plus élevé, précisément aux époques de malheurs publics, quand Je besoin d'emprunter est le plus grand, parce qu’alors le capital est rare et la confiance est détraite. Les usuriers semblent donc spéculer sur la détresse générale pour pressurer leurs débiteurs, et pourtant il faut reconnaitre que la situation générale, les risques auxquels ils s’exposent, justifient, dans une cerlaine mesure, les gros intérêts qu'ils exigent.

On vil également Pusure se déchainer pendant la Révo- Julion : le commerce et l’industrie étaient anéantis, des guerres terribles absorbaïent d'énormes capitaux. Les mêmes causes amenèrent les mêmes effets, la misère et l’usure à sa suite.

Dieu merci, ce qui à Rome était la règle, est devenu lexception. Si aujourd'hui, l’usure n’a pas disparu, ses funestes effets ne peuvent à coup sûr être mis en balance avec les immenses avantages du prêt. Il s’en faut pourtant qu’en France surtout, le prêt à intérêts soit considéré comme il devrait l'être, On ne le permet que dans cer-

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taines limites ; les préjugés populaires se révoltent contre ce qu’on appelle « la liberté de l'usure ». Les adversaires de la liberté exploitent la réaction, qui s’est produite récèmment dans plusieurs pays voisins; après avoir admis d’abord la liberté absolue de l'intérêt, ces pays ont pris des mesures répressives contre l’usure. Depuis quelques années il est vrai, une recrudescence de l'usure s’est produite en Allemagne et en Autriche. C’est un des symptômes du malaise économique dont souffre une partie de l’Europe, mais en particulier l’Allemagne. Le système des armements à outrance écrase le pays d'impôts, et enlève à l’agriculture un grand rombre de bras; la haine du service militaire développe l’émigration (4) et fait perdre à ce pays ses éléments industrieux et les plus actifs. Enfin un tel état de choses est une menace constante pour la paix de l'Europe, et empêche le capital de s’aventurer dans l'industrie et de la faire prospérer. Le manque de travail amène la misère : la misère amène fatalement l'usure, car elle oblige à emprunter, et le misérable ne peut trouver que de dures conditions. Comme à Rome, comme pendant la Révolution, les mêmes circonstances amènent le même déchainement d'usure.

L’usure n’est pas un fait isolé dont on puisse avoir raison par une loi; elle tient à un ensemble de faits, qui, si on pouvait les faire disparaître anéantiraient avec eux l'usure, Ce n’est pas au prêt à intérêt qu’il faudrait s’atla-

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