OBSERVATION X
Luæation du coude gauche en arrière datant de 3 mois. — Ankylose rectiligne. — Impotence fonctionnelle complète — Arthrotomie. — Guérison complète. — (Observation de M. Tiraux in PEerDpRIAT, Thèse Paris 189).
Mme Jeanne D..., 35 ans, tombe d’un vélocipède le 5 octobre 1890 et se luxe le coude gauche. La réduction est faite sur place par une ‘personne présente au moment de l'accident. Ramenée chez elle, Mme D... dit avoir perçu pendant le trajet un nouveau déplacement, mais n’étant pas bien sûre du faitet le gonflement masquant la lésion, on ne songea pas à consulter un médecin spécialiste. L’avant-bras était en demi-pronation et formaitavec le bras un angle de 130° à 135°environ. Après la disparition de l’enflure, comme le bras conservait toujours sa position vicieuse. Mme D... fit appeler son médecin qui diagnostiqua une luxation du coude et lui conseilla de voir un chirurgien, Par crainte sans doute d’une opération et espérant peut-être que le membre finirait à la longue par se rétablir, la malade ne suivit pas ce sonseil. Mais un mois et demi après l'accident, ennuyée de ne voir aucun progrès survenir, son médecin, consulté à nouveau, fait appeler le Docteur Toureil qui confirme le diagnostic de son confrère et engage fortement Mme D... à aller trouver Monsieur le Professeur Tillaux, ce qu’elle fit du reste aussitôt. |
À son entrée à l'Hôtel-Dieu, salle Sainte Marthe, M. Tillaux constata immédiatement une luxation du coude avec raccour-
cissement etrectitude du membre et sans aucun mouvement de l'articulation.
Les manœuvres ordinaires de réduction sont tentées deux fois sous chloroforme, mais sans succès.
En présence de ces échecs, M. Tillaux, avec l’assentiment de la malade, se propose de faire l’arthrotomie. Il laisse le membre en repos pendant quelques jours, puis le 10 janvier 1891, l’anesthésie complète obtenue, il fait une incision longi-
tudinale de 16 cent. environ à la région postérieure du bras, mi-partie au-dessus et au-dessous de l’olécrane, divise le triceps en deux faisceaux qu’il détache de la tête olécranienne en y laissant adhérer le plus de périoste possible pour servir à la réparation. l'articulation est ainsi grandement ouverte, À ce moment, M. Tillaux, assisté de M. Walther, tente la rupture des parties fibreuses adhérentes et de remettre les os en place. Ce fut peine perdue. Il fallut, à l’aide de la curette, creuser les cavités olécranienne et coronoïde remplies de tissus fibreux etenlever les néoformations produites sur les têtes articulaires. Après cette réfection, la réduction put se faire assez facilement.. Une fois les os remis en place, M. Tillaux sutura les deux faisceaux du triceps, ferma la plaie entièrement, plaça le bras dans une‘couttière plâtrée, l’avant-bras replié à angle droit sur le bras.
Jusqu'au cinquième jour, il ne se produisit aucune réaction inflammatoire, mais à ce moment la température s’éleva jusqu'à 39° 2, le bras malade devint rouge et se couvrit d’une éruption vésiculeuse. La malade se plaignait d’un malaise général et surtout de douleurs stomacales. Craignant la suppuration, on enlève le plâtre et l’on setrouve en présence d’une plaie complètement cicatrisée, aussi belle que possible. Cette réaction provenait donc de l’état général de la malade. La fièvre tombe les jours suivants.
Le bras est replacé dans une gouttière de fil de fer, mais toujours à angle droit.
Le 22 janvier, c’est-à-dire 12 jours après l'opération, on com-"