‹ De l'intervetnion de l'armée dans les grands travaux d'utilitéChapitre 3 sur 5 · DÉBLAIS ET REMBLAIS · texte numérisé non relu

DÉBLAIS ET REMBLAIS

Le mètre cube de terre, à un homme pour la fouille, jeté à la pelle à la distance de 4 mètres, ou déposé sur une berne élevée au-dessus du terrain de l'excavation del m. 60 c, ou chargé dans une brouette, un camion ou

un tombereau Of. 07oc.

Prix à ajouter au précédent, pour chaque homme à la fouille. 0 070 Le mètre cube de terre transporté à la brouette à un relais de

30 mètres en plaine, ou de 20 mètres en rampe U 056

Transporté à la civière à un relais 0 076

Transporté à la hotte à un relais 0 080

— - Transporté à un relais au premier 0 405

Élevé à un relais, en faisant usagp du panier, l'excavation étant disposée en gradins de 1 mètre 60 centimètres de hauteur chacun, et en ajoutant toujours un relais pour tenir compte du déchargement du panier 0 042

Le mètre cube de terre transporté au camion, à 2 relais ou 60 mètres 0 092

Augmentation à allouer par mètre cube de terre, pour chaque relais en sus des trois premiers, en faisant usage du camion. . 0 025

Le mètre cube de terre élevé à 3 mètres 20 centimètres de hauteur ou 2 relais , au moyen de la machine à contre-poids 0 055

Augmentation à allouer par mètre cube de terre élevé au moyen de la machine à contre-poids , pour chaque relais de 1 mètre 60 centimètres en sus des deux premiers relais 0 OU

Nota. Les soldats employés comme ouvriers d'art recevront les ^ cinquièmes des prix affectés par le bordereau pour les espèces d'ouvrages qu'ils exécuteront.

Art. 13.

Le commandant de chaque détachement qui sera amené aux travaux , remettra , en arrivant sur l'atelier, à l'ofticier du génie qui en aura la direction , un état numérique des hommes qui le composent.

Cet état, dont un double restera entre les mains du commandant de la troupe , sera vérifié par l'ofticier du génie , lequel y inscrira le temps employé ou l'espèce d'ouvrage que la troupe aura exécuté dans la journée, ce qui servira pour faire son décompte.

Art. 14.

Le produit des travaux de toute nature sera versé à la caisse des officiers - payeurs de la troupe. Ces officiers seront responsables des fonds provenant du travail de la troupe , au même titre que des fonds de l'Etat.

Art. 15.

La somme du produit du travail sera répartie entre la masse individuelle, l'ordinaire de la compagnie et les deniers de poche, selon les dispositions qui seront arrêtées, sous l'approbation de M. le Ministre de la guerre , par le lieutenant-général.

Art. 16.

Les deniers de poche seront payés le dernier jour du travail de la semaine.

Chaque travailleur sera muni d'un livret où seront inscrites les quotes-parts qui lui seront payées.

Les centimes d'ordinaire s'ajouteront au produit accoutumé, et cette somme totale sera administrée de manière à ce que les hommes aient habituellement, autant que possible , la même nourriture les jours de repos et les jours de travail.

Art. 17.

Les tambours nécessaires pour conduire la troupe et donner les divers signaux sur les ateliers , ainsi que les factionnaires ou postes que réclamerait la garde des outils ou la surveillance des travaux , seront payés comme travailleurs.

Je me suis gardé de faire , dans l'intérêt des troupes sous mes ordres , des propositions le moins du monde onéreuses au trésor , ou pouvant compromettre les résul-

tats que nous voulions atteindre avant tout , c'est-à-dire de rester dans les limites du crédit alloué.

L'ouverture des travaux eut lieu, pour toutes les brigades, le 27 mai 1841. Mais , dès ce début, une difficulté pratique se révéla , et dut attirer ma plus sérieuse attention.

L'évaluation du travail effectué dans la première semaine indiqua que les hommes n'auraient pas lieu d'être satisfaits du prix qui leur serait alloué ; et comme la malveillance ne pouvait manquer de s'emparer de ce prétexte pour chercher à jeter du mécontentement dans la division et des embarras dans la marche des travaux, je m'empressai d'en rechercher les causes , pour qu'il y fût remédié sans retard. Les ateliers furent immédiatement parcourus par les officiers de mon état-major , dont le zèle et l'intelligence ont, en toute circonstance, mérité, je puis le dire, les plus justes éloges ; et des enquêtes furent faites par MM. les maréchaux-de-camp dans leurs brigades respectives.

Il résulta de ces premiers rapports que les hommes employés à la tâche avaient eu un désavantage hors de toute proportion avec ceux employés à la journée , et que les produits du travail à la tâche n'avaient pas été moins disproportionnés entre eux.

Ce résultat tenait à plusieurs causes , parmi lesquelles il était juste de mettre en première ligne l'inexpérience d'un grand nombre d'hommes pour ces travaux , et celle des officiers et sous-officiers surveillants , pour les répartir convenablement dans les ateliers. Mais il fallut bien reconnaître aussi que, puisque les travaux à la tâche présentaient des différences énormes entre eux t il y avait un vice ou

dans le tarif , ou dans la manière dont les officiers du génie faisaient , soit l'appréciation des difficultés que présentait le terrain , soit celle du travail effectué par la troupe et du temps employé en allées et venues.

Le général commandant du génie de la rive droite comprit à l'instant qu'il lui appartenait de lever cette difficulté qui s'était même présentée dans les ateliers des sapeurs de son arme , et qu'il fallait user de toute la latitude qui lui était laissée pour encourager les premiers travaux des troupes.

Les officiers du génie reçurent des ordres dans ce sens , et, dès la semaine suivante, les différences du salaire furent moins choquantes. Néanmoins les résultats étaient trop peu satisfaisants et trop inégaux pour ne pas m'en préoccuper vivement.

Ainsi , à la première brigade, des compagnies du même bataillon avaient gagné , les unes 29 , les autres 51 centimes par jour.

Dans la deuxième brigade, deux bataillons du même régiment, travaillant dans des localités différentes, avaient gagné, l'un 50, l'autre 25 centimes.

Dans les autres brigades , les différences de salaire n'étaient pas moindres, bien que partout on travaillât avec le même zèle.

Je pensai que la principale cause de ces différences était le défaut d'appréciation des difficultés du terrain ; que , dans le bois de Boulogne, par exemple, le sol était embarrassé de racines, rempli de souches, dont l'extraction, très-laborieuse , avait été faite sans que l'on en eût tenu compte à la troupe qui ne recevait que le prix des terres enlevées; qu'ailleurs, un sol rocailleux un tuf compacte

avaient présenté des obstacles qui avaient paralysé les plus vigoureux efforts , et que , dans ce dernier cas , le travail le plus pénible avait été presque nul quant au produit de la rétribution , puisque la seule appréciation du travail était le cubage des terres extraites. Je pensai également qu'une rétribution de 50 à 60 centimes par jour était absolument nécessaire pour augmenter l'ordinaire, payer les vêtements de travail ou l'usé des effets de linge et chaussure , et laisser aux hommes quelques deniers de poche. Je demandai donc au ministre que, pour ne pas rebuter les troupes, les officiers du génie reçussent l'ordre d'examiner à l'avance les terrains , et de fixer plus largement la rétribution du travail à la tâche, ou, lorsque les difficultés seraient trop grandes , lorsque les inégalités rendraient cette appréciation trop incertaine , de faire exécuter le travail à la journée.

Je demandai aussi que les localités les plus ingrates ne fussent pas toujours données à exploiter à la troupe , au refus des ouvriers civils , comme cela venait d'avoir lieu sur plusieurs points.

Ces difficultés furent levées par la sage appréciation de MM. les officiers du génie, de manière que le salaire des troupes atteignît un minimum de 50 centimes par jour.

Mais, ainsi que je m'y étais attendu, la malveillance n'avait pas manqué de s'emparer du prétexte de la modicité des salaires pour essayer de tenter la fidélité des troupes. Bien que partout les soldats montrassent le même zèle et les meilleures dispositions, chaque jour l'on répandait dans les camps le bruit que, dans tel ou tel autre camp , placé , comme de juste, à l'extrémité opposée, pour que le men-

songe obtînt plus de chance de succès, les soldats avaient refusé le travail et s'étaient mutinés.

L'attitude calme et l'excellent esprit des soldats déjouèrent toutes ces tentatives. Leur voisinage des ateliers d'ouvriers civils contribua fréquemment à ramener parmi ceux-ci le bon ordre et la tranquillité , et c'est encore là un des immenses avantages de l'emploi des soldats au travail sous les yeux de leurs chefs directs , et sous l'influence de la discipline , si forte et si bien réglée dans les corps compactes de l'armée française.

Si ces faits démontrent de la manière la plus évidente l'utilité du concours des troupes aux grands travaux publics, d'autres faits , non moins importants, prouvent que, dans ceux qui dépassent les proportions ordinaires , ce concours est vraiment indispensable.

Dès que les travaux de terrassement eurent pris le développement rapide que permettait l'emploi des troupes , on reconnut l'impossibilité de se procurer, avec les seules ressources que donnaient les ouvriers carriers des environs de Paris et ceux qui étaient accourus des départements, la pierre nécessaire au revêtement des escarpes taillées dans le sol.

Les entrepreneurs , justement effrayés de l'exigence croissante des ouvriers, et d'une élévation probable des salaires, qui leur présageait une ruine complète, demandèrent à organiser des exploitations de carrières à l'aide de détachements d'infanterie.

Le 17 juin 1841 , M. le général Vaillant, directeur des travaux de la rive droite , me transmit la demande d'un détachement de 120 hommes , pour être employé à l'exploitation dune carrière à Petit- Bourg.

Ce servicedevantêtre fait d'une manière continue, et par des hommes ayant une aptitude d'autant plus nécessaire, que l'inexpérience pouvait leur occasionner de graves accidents , je jugeai qu'il n'était pas possible de le faire fournir par des compagnies entières , et qu'il y avait lieu de l'organiser sur un autre pied que celui des travaux de terrassement. Mais, en reconnaissant qu'il fallait tirer les hommes de diverses compagnies en les choisissant parmi ceux qui paraîtraient avoir le plus d'aptitude pour ce genre de travail , je résolus néanmoins de former les détachements de façon que le service et la discipline pussent y être observés comme dans un détachement de guerre.

L'entrepreneur offrait de fournir à la troupe le logement et la paille de couchage comme dans les cnmps baraqués, ainsi que le chauffage, l'éclairage, lesfournaux et ustensiles de cuisine.

Enfin, un tarif detravail, portant le mètre cube de pierre exploitée à 1 fr. 50 c., était provisoirement adopté parle génie pour la rétribution des soldats carriers , ce qui , en général , leur assurait une journée beaucoup plus productive que celle des terrassiers. Il me paraissait juste qu'il en fût ainsi , puisque le travail qu'ils allaient faire était beaucoup plus pénible, et que d'ailleurs c'était au comptç des entrepreneurs auxquels nous rendions en cela un service notable.

Un règlement spécial, et qui depuis n'a reçu de modifications qu'en ce qui concerne le tarif, fut arrêté par mes ordres, de concert avec le génie , pour l'emploi des militaires aux carrières au compte des entrepreneurs des fortifications.

En voici les principales dispositions ;

1° Chaque détachement devait avoir le nombre d'officiers fixé par le règlement sur le service en campagne;

2° Le capitaine en prenait le commandement supérieur et la responsabilité qui en découle. Le lieutenant ou souslieulenant, soit qu'il fût seul et commandant de détachement, ou sous les ordres d'un capitaine , avait la surveillance spéciale des travailleurs , la constatation avec l'entrepreneur ou son délégué du produit du travail de la troupe et la répartition à opérer entre l'ordinaire, la masse individuelle et les deniers de poche, comme les officiers chargés de ces soins dans les corps ;

3" Les détachements devaient partir des camps ou quartiers , avec leurs armes et bagages , de manière à pouvoir rejoindre au premier ordre le régiment partout où il se trouverait.

Le pain et la solde devaient continuer à être assurés par les soins de l'intendance militaire. Plus tard , il fut statué que les rations de chauffage seraient remises à l'entrepreneur, à la condition de les faire prendre au lieu de distribution, ainsi que le pain. Les maréchaux-de-camp et chefs de corps devaient, avant le départ des détachements de leurs troupes , s'assurer que les entrepreneurs avaient pris les mesures nécessaires pour que leur logement fui convenablement établi. L'expérience a prouvé que cette précaution était indispensable , parce que , en supposant même que les entrepreneurs n'y missent pas de parcimonie , ils pouvaient se tromper dans l'évaluation des ressources locales et des appropriations nécessaires.

Enfin , il fut réglé que le commandant d'un détachement ferait un rapport détaillé toutes les semaines , ei

qu'un officier supérieur de leur corps irait l'inspecter tous les quinze jours.

Des demandes nombreuses de la part des divers entrepreneurs se succédèrent rapidement. Je m'empressai d'y satisfaire en prenant les détachements dans la troisième et la quatrième brigade, tant à cause de leur position, que parce qu'elles fournissaient un moindre nombre de travailleurs aux fortifications.

Dès le mois de juillet , ce service était en pleine activité , et des détachements étaient établis à Petit-Bourg , Montgeron, Bièvre, Chevreuse, Bue, Chàteaufort. Plus tard, il y en eut à Saint-Maur, Champrosay, Les Ambesis, Les Logesen-Josas, Villeroi, Saint-Lambert, Triel etVoisin-le-Rint.

Le nombre des soldats occupés à l'exploitation de carrières , dans ces différents lieux , s'éleva , dès la première année , à 2,000.

Ce service , s'il ne présentait aucune difficulté à l'égard de la troupe qui s'y employa toujours avec zèle, en fît naître d'assez sérieuses avec quelques entrepreneurs.

Ces difficultés prenaient leur source dans l'évaluation du travail effectué par la troupe d'abord, et, en second lieu, dans la nature du sol exploité. Tantôt les entrepreneurs voulaient que la pierre fût rangée et emmétrée par des hommes à eux , pour en diminuer , autant que possible , le cubage ; tantôt qu'elle fût triée , et qu'on rejetât les menus matériaux.

Parmi ces carrières , certaines n'avaient jamais été exploitées en grand ; d'autres avaient été abandonnées par les ouvriers civils; plusieurs enfin, étaient mauvaises, donnaient beaucoup trop de menus matériaux ou exigeaient des fouilles considérables, parfois même infructueuses. En

s'en tenant à la lettre du tarif, qui n'avait rien statué pour les fou illes et les travaux de découvertes , en ne voulant payer que les pierres meulières extraites et emmétrées sur le bord de la carrière, les entrepreneurs pouvaient, en certains cas, réduire à zéro le salaire des soldats , et je ne pouvais admettre qu'ils fussent frustrés de la juste rétribution de leur travail , et surtout d'un travail aussi pénible , aussi dangereux que celui des carrières, alors qu'elles étaient exploitées dans un intérêt privé.

Pour mettre fin à toutes difficultés, ainsi qu'à des prétentions injustes et parcimonieuses , je n'avais d'autre moyen que de retirer les détachements aux entrepreneurs; mais ce moyen présentait de graves inconvénients. D'ailleurs, les plaintes que je recevais des commandants de détachement pouvaient être parfois entachées d'exagération. J'eus recours aux officiers du génie pour juger ces contestations, et c'est, je dois le dire, au concours loyal de M. le général Vaillant, et particulièrement au zèle de MM. les colonels d'Aigremont etCassières, qui visitèrent en détail toutes les exploitations de carrières, que j'ai dû de pouvoir modifier, pour le plus grand nombre, les conditions du tarif, de manière à ce qu'entrepreneurs et soldats fussent également satisfaits.

La question de l'emploi des troupes aux travaux des carrières semblait dès lors résolue pour les entrepreneurs et pour les officiers du génie ; elle ne l'était pas encore tout-à-fait pour moi.

Je savais bien qu'on trouverait toujours dans les rangs de notre armée un grand nombre d'hommes prêts à s'utiliser dans tous les genres de travaux ; mais il m'importait, et il importait à la conservation de la force qui m'était

confiée, qu'une partie de ses bataillons ne fût pas transformée en manouvriers qui pourraient devenir oublieux de la tenue, delà discipline, de l'instruction , de tout le service militaire enfin, et qui, peut-être, ne reprendraient leur fusil qu'à contre-cœur.

Je saisis donc l'occasion du déplacement de certains régiments pour retirer plusieurs détachements et les remplacer par des hommes pris dans d'autres corps. Je ne remarquai dans ces mutations aucun inconvénient grave ; dès lors , je crus pouvoir ordonner aux colonels, dont les régiments n'avaient pas bougé, de faire alterner leurs soldats aux carrières , en relevant les détachements par parties, de manière que les travaux n'éprouvassent aucune interruption , et qu'aucun homme ne fût trop longtemps détaché de son régiment pour ce travail.

Dans le premier moment, les entrepreneurs se plaignirent, pensant qu'on leur enlevait leurs meilleurs ouvriers pour leur en donner de novices ; mais ils reconnurent bientôt que ces mutations partielles n'avaient point les inconvénients qu'ils avaient redoutés , qu'elles ne faisaient , au contraire, que stimuler l'émulation des travailleurs.

De leur côté, nos soldats, pour qui le travail des carrières était profitable , comprirent que cet avantage devait être partagé par leurs camarades , au lieu de rester le privilège exclusif de certains d'entre eux. Ces hommes sont donc rentrés h leurs régiments aussi bien tenus, aussi contents qu'ils en étaient partis ; ils ont repris leur service ordinaire avec d'autant plus de zèle , que le pécule qu'ils avaient amassé par leur travail les mettait à même de se procurer quelque bien-être, et qu'ils avaient acquis la connaissance d'une profession nouvelle pour eux.

L'emploi des troupes aux carrières me parut dès lors une question résolue , et pour laquelle il n'y avait plus qu'à suivre les errements établis.

Il n'est pas inutile de mentionner ici que les accidents ont été très-rares, aux travaux des carrières comme à ceux de terrassement. 11 faut l'attribuer à l'active et intelligente surveillance des officiers et des sous-officiers ; elle a été aussi puissante à prévenir des malheurs dus à l'imprudence des soldats qu'à stimuler leur zèle à l'ouvrage.

Ces hommes , inexpérimentés pour la plupart , se trouvant dans la nécessité de se former aux professions de terrassiers, de mineurs, de piqueurs, de tailleurs de pierre, travaillèrent de façon que, au bout de peu de temps , ils se montrèrent capables de rivaliser avec les ouvriers de ces différents corps de métiers.

Pour éviter toute contestation à propos de l'emploi des hommes aux carrières, il avait été préalablement convenu, avec les entrepreneurs, que les officiers du génie visiteraient d'abord les points d'exploitation et fixeraient ensuite , selon les circonstances , le prix des travaux , soit de fouilles , soit de découvertes , soit d'extraction de matériaux de choix.

11 devait en résulter alors une convention écrite, et signée par l'entrepreneur, dont copie devait être remise , avant le départ, entre les mains du commandant du détachement

Dans les bonnes exploitations, le prix du mètre cube de pierres fut fixé de 1 fr. 50 c. à 2fr. Outre les hommes employés aux travaux des carrières , d'autres le furent au piquage de la pierre destinée aux parements des escarpes, iiur les lieux mêmes , ou dans le voisinage des camps. Ils

furent choisis parmi ceux que leur ancienne profession rendaient plus aptes à ce travail, dont ils s'acquittèrent à la satisfaction des entrepreneurs. Le prix fut fixé, de concert avec le génie, à raison de 3 fr. le mètre cube de pierre piquée et prête à être mise en œuvre. Il ne donna lieu à aucune réclamation.

Des détachements furent encore employés à charger et décharger des bateaux pour le transport des matériaux de construction. Ce travail, n'ayant rien de bien spécial , fut indistinctement confié aux hommes dont on pouvait disposer dans les camps qui se trouvaient le plus à proximité. Le détachement rentrait tous les soirs au camp ou quartier occupé par le corps dont il faisait partie.

Le prix de ce travail fut également fixé de concert avec le génie.

Le but de ces détachements avait été de suppléer au manque d'ouvriers sur certains points , et sur les autres de remédier aux coalitions des ouvriers des ports. On cessa de les fournir lorsque ceux-ci se présentèrent en nombre suffisant et à des conditions raisonnables.

Ainsi , sous ces divers rapports , les troupes de la division sous mes ordres sont venus en aide aux entrepreneurs; elles ont empêché que les travaux fussent suspendus, soit par le manque de matériaux, soit par des coalitions d'ouvriers, quiauraient donné lieu à des désordres ; ce qui, en tous cas, aurait amené la ruine des entrepreneurs.

Renfermé dans ces limites, le concours des troupes n'a pu donner lieu à aucune plainte légitime de la part des ouvriers civils, auxquels il n'a jamais enlevé l'ouvrage; il leur a plutôt été utile en prévenant des désordres et des grèves dont ils eussent été les premières victimes.

Au bout de peu de temps , les touilles et les travaux de terrassement furent assez avancés pour que ceux de maçonnerie pussent être entrepris sur de larges périmètres.

Le génie , qui avait reconnu l'aptitude des soldats, supposa qu'on pourrait les y employer, et me demanda des maçons pour les entrepreneurs : c'était à l'approche de l'hiver, et il n'était pas prudent de faire appel à un grand nombre d'ouvriers civils , que la suspension prochaine des travaux laisserait sans emploi et sans pain ; on voulait même , progressivement, diminuer leur nombre pour ce motif. Toutefois , il fallait profiter des derniers beaux jours pour avancer, autant que possible, la maçonnerie, et prévenir les éboulements pendant la saison des pluies.

Je ne pus que m'empresser de concourir à des mesures aussi sages; et , après m'être concerté avec le génie sur les allocations auxquelles ce travail donnerait lieu , je fis faire dans tous les corps la désignation immédiate de tous les hommes susceptibles d'être employés comme maçons ou manœuvres , à raison des professions qu'ils avaient exercées.

Voici les dispositions qui furent arrêtées pour ces travaux :

Les entrepreneurs s'engagèrent :

1® A fournir les ustensiles nécessaires ;

2<» A payer la journée 1 fr. 50 c. ;

3° A ne pas exiger qu'elle excédât 9 ou 10 heures, selon la saison , comme pour les autres travaux.

Cette prime de 1 fr. 50 c. était ainsi partagée :

0,60 c. versés à la masse de l'ordinaire , sur lesquels les travailleurs recevaient un litre de vin par jour.

0,40 c. versés à la masse individuelle pour subvenir au remplacement d'effets dont l'usure était plus prompte.

0,50 c. réservés h l'homme chaque jour, pour lui être payés tous les dimanches au matin.

Un officier était spécialement chargé de recevoir, tous les samedis , la paye des travailleurs, et de leur en faire le décompte d'après le nombre de leurs journées.

A cet effet , il était pourvu du contrôle nominatif des maçons-militaires, et avait sous ses ordres un ou plusieurs sous-officiers , selon le besoin. Ces sous - officiers étaient employés comme surveillants dansles ateliers, et recevaient à ce tilre 75 c. par jour.

Les militaires employés comme maçons devaient, autant que possible , travailler à portée de leurs camps, former des ateliers séparés , et jamais n'être mêlés aux ouvriers civils de cette profession.

Les contrôles spéciaux une fois établis dans tous les corps , j'autorisai MM. les officiers du génie à s'adresser directement aux officiers chargés de ce détail, pour avoir le nombre des ouvriers qui leur serait nécessaire. Ceux-ci en rendaient compte chaque jour au maréchal-de-camp, et prenaient ses ordres pour les cas imj revus.

Je voulais éviter par là d'apporter le moindre retard et la plus légère entrave aux travaux , et je n'ai jamais remarqué que ce mode de procéder eût donné naissance au plus petit inconvénient.

J'entre dans tous ces minces détails , parce que le problème le plus important a souvent son petit côté , d'où dépend sa bonne solution.

11 appartient à ceux qui connaissent le soldat de signaler les conditions auxquelles on peut l'employer en dehoivs

de ses devoirs habituels. Ces condilions conlirment ellesmêmes les sentiments louables dont il est doué : sa susceptibilité honorable et le besoin d'obéir à des chefs éprouvés et justement respectés par lui.

En résumé, l'économie résultant de l'emploi des troupes a été, pendant les cinq années qu'ont duré les travaux, de 40 pour cent sur ceux de terrassement.

J'ai déjà dit que le taux moyen des malades de la division avait été de 1 sur 30 et même sur 40, au lieu de 1 sur 19, qui est la proportion moyenne des garnisons.

Quant à la discipline, cette qualité si essentielle dans une armée , la moralité , cette vertu si nécessaire à tous , les troupes de la division autour de Paris ont donné des preuves irréfragables , non-seulement de leur maintien , mais aussi de leur amélioration pendant la durée des travaux. En effet , le soldat , au bout de la semaine , avait à sa libre disposition de 2 à 6 francs d'argent de poche , et , au lieu d'avoir été témoins de ces orgies du dimanche, si fréquentes parmi les ouvriers fatigués des travaux de la semaine , nous n'avons presque jamais eu à sévir, le lundi, contre les désordres ou les fautes de la veille, et nous avons appris que la plupart des régiments de la division avaient , au compte des soldats , de 70 à 90 mille francs en dépôt dans les caisses d'épargne.

Ainsi, la société, qui a eu à gémir si souvent du funeste emploi fait par les remplaçants , un à un , du prix de leur marché et du scandale de leur conduite, saura que, une fois les hommes liés par la discipline et par le nouvel esprit de famille qui se forme et se développe entre eux, ils se rangent à la modération , à l'ordre , à l'économie , et ils promettent au pays des ouvriers laborieux et de bons citoyens.

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