AVANT-PROPOS
La connaissance des maladies, essentiellement fondée sur l’anatomie et la physiologie de l’homme sain et malade , a fait , de nos jours 5 des progrès incontestables. On est parvenu à démêler , dans une série de symptômes déterminés, la source primitive des accidens généraux qui se déclarent. On a vu que l’excitation, l’irritation, la congestion , la phlogose , bornées ordinairement à un organe , quelquefois à un appareil , plus rarement à un système , moins fréquemment encore à plusieurs tissus considérés dans leur ensemble, étaient la cause locale des phénomènes généraux observés.
Dès-lors on a été conduit à un traitement plus rationel. Contre des phlegmasies, on a dirigé avec méthode des évacuations sanguines et une médication calmante et émoL liente. Mais le mal se trouve trop souvent à côté du bien, et la crainte d ’exaspérer les inflammations que l’on voulait com-
Lattre a fait souvent renoncer à des moyens dont les siècles et la judicieuse expérience avaient démontré l’efficacité. Les faits que je vais rapporter , et que je crois avoir recueillis sans prévention, me paraissent, par leur nombre et leur importance, justifier l’assertion que je viens d émettre.
J’ai à regretter de n’avoir pu obtenir l’ouverture cadavérique de la plupart des enfans que j^ai vus succomber,* mais c est ici le désavantage attaché à la médecine de la ville. Si les organes morts pouvaient toujours être interrogés chez les malades que le praticien des cités a le malheur de perdre, il aurait peut-être plus de chances pour concourir au perfectionnement de la science, que le médecin des hôpitaux. Ayant mieux suivi en effet les affections qu’il a sous les yeux , il pourrait réunir sur les circonstances commémoratives desrenseignemens importans rarement fournis par le malade entré dans un hospice.
Mais ce n’est pas toujours la mort qu’il faut étudier ; les symptômes observés pendant la vie peuvent guider aussi le praticien observateur. Hippocrate était grand
médecin sans doute , et ce n était pourtant pas l’autopsie des cadavres qui l’avait dirigé.
L anatomie pathologique nous a découvert les organes souffrans ; grâce à son étude ? nous pouvons établir des rapprochemens entre les maladies et les désordres qu’elles causent; mais les résultats cadavériques n'indiquent pas complètement le mode de traitement qu'il faut adopter.
La médecine consiste moins à savoir que
tel tissu dans tel organe est affecté, qu’à guérir cette affection. L’autopsie cadavérique, dans une observation, m’apprendra le siège de l’altération; elle pourra démontrer l’existence réelle d’une arachnoïdite présumée; sous ce rapport, son degré d’utilité sera incontestable. Elle seule donne donc le complément aux faits recueillis par la clinique; mais repousser comme sans intérêt tout ce qu’elle n’a pas empreint de son cachet, serait a la fois injuste et dangereux.
, S’il était possible, le scalpel à la main, d’explorer pendant la vie l’état des viscères,
je regarderais comme dépourvues de tout intérêt les observations où Tonne parlerait pas des lésions que Tœil découvre dans nos tissus divers. Mais, quand on est appelé pour une maladie interne, les fonctions et les organes accessibles à nos sens peuvent seuls être consultés. Les symptômes, éclairés d’ailleurs par les connaissances d'anatomie pathologique préalablement acquises , sont exclusivement les moyens de dù-^ riger le traitement. Eh bien ! les accidens que j’ai signalés se rattachent tous à des lésions cérébrales primitives ou secondaires ; je les ai traités par des moyens divers , et avec dès succès variés. Je crois qu’il est important de publier ces résultats : un praticien appelé dans des cas semblables y trouverait peut-être quelque instruction. Ce ne seraient pas toujours les morts qui lui apprendraient à soigner les vivans. Les ouvrages de MM. Lallemand, Rostan, Parent et Martinet, donnent d’ailleurs les détails d’anatomie qui manquent à la plupart des faits que j’ai cités.
Ces réflexions m ont engagé à publier ce
Mémoire; être utile , est le but vers lequel j’aspire, si je nelatteins pas, j’aurai du moins la consolation d’avoir cherché à le faire.
La première partie de ce Mémoire essentiellement clinique contiendra les observations que j’ai recueillies. Je ne donnerai pas les détails journaliers de chacune d'elles , ce qui serait étendre inutilement et péniblement cet opuscule. Je signalerai seulement les circonstances qui me paraissent les plus dignes d’être notées. Je ninsisterai que sur* quelques cas qui m’ont paru plus intéressans que les autres , soit sous le rapport des autopsies cadavériques, soit sous celui du traitement.
Dans la seconde partie de ce travail, je tracerai les réflexions pratiques que les faits offerts à mon observation m’ont suggérées.
DE L’IRRITATION