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CHAPITRE II

De l’isolement dans les Maternités

«Ne voit-on pas construire des salles d'accouchement où un plus où moins grand nombre de femmes :

en travail, rangées côte à côte, se regardent souffrir, accoucher et même opérer !! »

P° COUVELAIRE

Extrait de la Presse médicale du 19 novembre 1921, n° 93.

LE PAvILLON TARNIER

-Dans le premier chapitre de ce travail nous avons

vu comment Tarnier conseilla et réalisa l'isolement

des accouchées. C'était en 1822 et le pavillon qu'il fit construire à cet usage existe encore, Îl fait partie de la clinique Baudeloque. L'importance, chaque jour croissante de cette mesure thérapeutique et prophylactique le rend désormais historique.

Ce petit pavillon comprend un rez-de-chaussée et un premier étage (1).

L'un et l’autre ont la même coimposition : «4 cham-

bres d'accouchement indépendantes l’une del’autre ;

1. Nous empruntons cette description à M. Pinard, Annales de Gynécologie, 1880, t. XILE, p. 445.

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elles ne communiquent ni avec le vestibule, ni avec l'office. Chacune a une porte et une fenêtre. La porte s'ouvre sur l’une des façades, la fenêtre sur l’un des pignons au rez-de-chaussé ; au premier élage sur un large balcon qui sert de voie de communication. Une marquise vitrée met les gens du service à l’abride la pluie. »

« .…. Ces 4 chambres donnent toutes sur un vestibule et un office servant de chambre de surveillance. Quatre glaces sans teint permettent la surveillance de l'office et réciproquement aux malades.de faire signe.

De cette façon la surveillance est one ee sans nuire au principe de l'isolement. »

« Dès qu’une jeune accouchée devient uote sa porte est rigoureusement interdite au personnel ordinaire du service. On y met une garde spéciale avec interdiction d'entrer dans les autres chambres. »

Les résultats ne se sont pas fait attendre à cette époque, Il mourait au Pavillon 1: malade sur 118 ; on en perdait 1 sur 42 à la maternité, à côté.

M. Pinard termine son article en écrivant: « Les résultats obtenus proclament bien haut la puissance de l'hygiène. L’isolement, mais l'isolement complet, parfait et dans un milieu sain, nous paraît être le moyen le plus puissant pour faire disparaître les infections puerpérales.Aussi, toute maternité devraitelle aujourd’hui remplir ces deux conditions en apparences paradoxales mais qui existent dans le modèle de M. Tarnier : réunir les femmes en couches en les isolant, »

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Ce système du Pavillon Tarnier est, comme nous le voyons, le type de l'isolement systématique dra-

conien. La femme est isolée à son entrée et reste

dans sa cellule jusqu’à la fin de sa convalescence. Pour l'époque 1852 où la mortalité des nouvelles

-accouchées était considérable, ce système donna

d'excellents résultats,

Il fat cependant abandonné par les accoucheurs, voire par Tarnier lui-même, La pratique de l'antisepsie directe fut considérée comme une garantie suffisante; les lavages avec une solution antiseptique paraissaient devoir suflire et l’on se borna à séparer :

a) Les femmes en travail en les réunissant d’ailleurs dans une salle commune. ;

b) Les accouchées infectées post partum, d'où la séparation fondamentale en services septique et aseptique, réalisés dans toutes nos maternités. Mais le plus généralement, tant dans les services aseptiques que septiques, les femmes restaient groupées en salles communes | à

Si ces deux services sont tout à “fait indépendants, si le triage à l'entrée est fait d’une façon rigoureuse, il en résulte un progrès sensibie mais insuffisant. On ne peut dépister à l'entrée que des infections manifestes, des cas avérés; les porteurs de germes, les infections latentes traversent facilement ce barrage illusoire.

« À priori », toute entrante doit être considérée comme suspecte.

Voilà ce que nous a enseigné notre maitre, le professeur Couvelaire. Aussi, réclame-t-il une organisation aussi parfaite que possible des services d’entrée ainsi que l'isolement systématique des femmes en travail pendant toute la durée de celui-ci.

C’est en 1915 que M. Couvelaire prit la direction de la clinique Baudeloque. Son premier souci fut de réaliser cet isolement pendant 1e travail. |

. L’Assistance publique accepta ses modifications salutaires et la grande salle de travail commune fut divisée en 6 box absolument fermés et séparés complètement des services d'entrée.

C'était là une innovation ; les programmes de

l'A. P. ne préconisaient guère cette mesure si l’on

veut bien s’en reporter à M. Louis Martin. S'étant inspiré de ces programmes il écrivait ces lignes (1):

«.… La salle de travail comprendra quatre lits, sera accompagnée d'une salle de bain munie d'une grande et d'une petite baignoire, d'une petite lingerie et d'un chauffe linge. Il y aura en outre un cabinet pour le dépôt des placèntas. Enfin sera installé une chambre où pourront se faire les accouchements des femmes atteintes d'éclampsie. »

Il y avait déjà là, sans aucun doute, un progrès sensible sur ce qui existait avant la Révolution dans le vieil Hôtel-Dieu où, sousles combles, les femmes accouchaïient et vivaient à plusieurs dans le même

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