‹ De l'Oedème Aigu Primitif du LarynxChapitre 21 sur 28 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Œdème aigu du larynx, par Egger. (Annales des maladies de l'oreille et du larynx, juillet 1896).

Me G..., âgée de 30 ans, vient à la clinique des docteurs Lermoyez et Hélure, le 13 décembre 1895, parce qu’elle ne peut ni respirer, ni parler, ni avaler sans les plus vives difficultés. Cet état dure depuis deux jours.

Il y à quinze ans cependant que la voix est voilée, c’est à-dire depuis ses premières couches. La malade à eu quatre enfants, dont deux sont en parfaite santé ; les deux autres sont morts, l’un de convulsions, l’autre d’entérite. Lors de ‘sa première grossesse (il ya cinq ans),elle eut des hémopty-

sies accompagnées de toux opiniätre : elle maigrit, perdit ses forces ; mais c’est surtout depuis trois ans que l’amaigrissement fait des progrès rapides. En 1893 elle eut une fluxion de poitrine. Elle n'est pas syphilitique, n’a jamais eu de rhumatismes, tousse et maigrit depuis un an, n’a pas de sueurs nocturnes.

Comme antécédents héréditaires, son père est mort asthmatique, il ne parait pas avoir été tuberculeux ; sa mêre est morte d’un cancer à l’estomac :'un frère et une sœur sont morts de convulsions. Actuellement elle a un frere et une sœur en-bonne santé. Son mari est bien portant.

La malade est enceinte de cinq mois environ.

I y à deux jours, le mercredi 11 décembre 1895, sa mere meurt dans la soirée; Me G... ‘apprend cette nouvelle le lendemain à 8 heures du matin :; bien portante à ce moment, elle accourt auprès de la défunte ; à 9 heures elle ressent un grand frisson et est prise d’un état syncopal. A midi elle souffre d’une dysphagie très marquée, elle ne peut rien avaler. En même temps la voix devient enrouée, et le soir seulement la dyspnée apparait intense. Une fièvre violente, dit la malade, persiste jusqu’au matin du vendredi 13 ; ce n'est qu’une rémission survenant dans lintensité des accidents qui lui permet de nous être amenée.

Maintenant encore la dysphagie est absolue ; l’absorption d’une cuillerée de potion prescrit la veille par son médecin a déterminé chez elle des accidents de dyspnée violente suivie d'état syncopal. Cette dysphagie consiste ici plutôt dans un spasme de la partie inférieure du pharynx ou supérieure de l’œsophage, car la malade rend presque immé-

diatement ce qu’elle avale avant même que la matière Seguin 4

déglutie ait eu le temps d'aller bien au-delà de l’isthme du pharynx. De plus, cette dysphagie n’est pas douloureuse.

La malade a une dyspnée telle qu’elle ne peut dormir dans la position horizontale, mais elle est obligée de rester assise sur son lit.

Notons en passant que Mr° G... avait perdu son père quinze jours auparavant, mais n’en fut pas aussi affectée, car cette mort était prévue.

Notre attention est tout d’abord attirée par l'extinction complète de la voix, La respiration au moment de l'examen est tranquille ; il n’y a pas de tirage ; il existe un peu de cornage, On ne constate aucune trace de fièvre.

Avant de passer aux phénomènes locaux, signalons que Mre G... n’a pas absorbé de médicaments, iodures ou autres pouvant expliquer son état.

A l’examen objectif que l’état de la malade oblige d’abréger, on note d’abord une certaine pâleur des téguments, bien que l’état général soit relativement bon.

Le pharynx est rempli de mucosités et de salive ; toute la muqueuse du vestibule et du larynx proprement dit est recouverte de mucosités épaisses. L’épiglotte est épaissie et infiltrée. Les aryténoïdes disparaissent complètement, englobés dans deux masses gélatiniformes presque transparentes qui font saillie dans le larynx. L’aryténoïde gauche est beaucoup plus infiltré que le droit ; au-dessus des aryté-

noïdes la glotte apparait normale ; les cordes vocalesont con-

servé leur coloration et leur volume. L’aryténoïde gauche est immobile tandis que le droit possède un certain degré de mobilité. | Res

Après une insufflation de poudre de morphine, la malade

“RS peut boire du lait sans grande difficulté, ce qu’elle n'avait pas fait depuis deux jours. On prescrit de la glace à l’intérieur et dix pastilles de cocapyrine.

14 Décembre. — Grande amélioration. La malade souffre moins quand on appuie sur les parties latérales du thyroïde. De plus, elle a pu avaler ce matin un peu d'eau glacée. Enfin, l'æœdème aryténoïdien a diminué des deux tiers et Paryténoïde gauche a repris sa mobilité ; on voit le vestibule laryngé rouge et infiltré ; les deux. aryténoïdes sont mobiles. Au-dessous, bien qu'une couche de muco-pus empêche de distinguer les détails, il paraît y avoir des ulcéraiions diffuses tapissant les deux bandes ventriculaires et les cordes vocales inférieures qui sont mobiles. La malade continue à prendre des pastilles de cocapyrine.

16 Décembre. — Ne souffre plus du tout en avalant, et n’a plus aucune douleur à la pression externe du larynx, pas même au niveau de la partie gauche du cartilage thyroïde.

Peut faciiement avaler les boissons.

L'œdème à {olalement disparu. Maintenant le vestibule du larynx a l’aspect d’une laryngile aiguë : muqueuse rouge intense non ulcérée, mais un peu épaissie, on voit les pointes des deux cartilages de Santorini. Les deux aryténoïdes se meuvent bien, mais le gauche est un peu plus paresseux que le droit.

Les deux cordes vocales inférieures, mobiles, paraissent ulcérées et recouvertes d’exsudats blanchâtres, jaunes, qui simulent des cordes vocales saines.

On prescrit des pulvérisations d’antipyrine au 1/100°.

18 décembre. — La malade ne souffre plus du tout. Mais

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la voix est encore complètement aphone. La base de la langue est rouze, injectée ; l’épiglotte est aussi injectée, rose vif. La muqueuse aryténoïdienne rosée, la muqueuse interarythénoïdienne épaissie en coussin sans villosités.

Les bandes ventriculaires sont rouges, tuméfiées, ne paraissent plus ulcérées. Les deux bandes blanches qu’on voyait l’avant-veille sont bien les cordes vocales fibreuses. On constate un petit semis blanchâtre qui simule une éruption d’herpès.

Auscultation : lésions localisées au sommet droit, caractérisées par de la submatité, de l'expiration prolongée et quelques craquements dans la fosse sus-épineuse droite, de l'expiration prolongée dans le creux sous-claviculaire. A gauche, emphysème compensateur.

20 décembre. — L'examen des crachats, fait par mof ami, M. Piaget, au laboratoire de M. Straus, d’après les méthodes ordinaires, décèle wn bacille douteux sur plusieurs préparations.

Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.

L'ensemble du larynx est rouge ; on supprime les pulvérisations d’antipyrine qu'on remplace par des inhalations d’alcoo! et baume du Pérou.

23 décembre. — Etat subjectif meilleur, état local sans changement. à

27 décembre. — Cordes épaissies, rougeâtres, La corde vocale droite présente une nodosité à laquelle correspond une encoche de la corde vocale gauche. Cordes légèrement bosselées. On pratique des badigeonnages de phénol sulforiciné.

80 décembre. — Le larynx reste rouge, on prescrit des

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pilules de gaïacol et des pulvérisations de teinture d’eucalyptus, baume du Pérou et alcool, et on continue les badigeonnages de phénol sulforiciné.

3 janvier 1896.— La voix revient dans les notes graves. Il n’y à plus trace de muco-pus dans le larynx. L'épiglotte est rouge, les cartilages aryténoïdes sont injectés, les bandes ventriculaires rouges et tuméfiées. Les cordes vocales reprennent peu à peu leur forme et leur coloration blanche surtout à leur partie interne, la partie externe étant sillonnée de vaisseaux apparents. La glotte est encore en boutonnière. Le rapprochement insuffisant des cordes en arrière semble dû à de la pachydermie inter-aryténoïdienre. On commence des badigeonnages de chlorure de zinc au 1/50°, qu'on pratique tous les deux jours.

31 janvier. — La voix s’est beaucoup améliorée. A lexamen du larynx l'épiglotte n’a rien, les bandes ventriculaires non plus, les aryténoïdes sont un peu rouges, mais non infiltrées ; on distingue très bien les cartilages de Santorini. Il n’y a que de l’épaississement de la muqueuse interaryténoïdienne etun peu de rougeur des cordes vocales. Cinq nouvelles préparations de crachats n’ont accusé la présence d'aucun bacille tuberculeux.

14 février. — La voix est très légèrement voilée. Même état local. L’auscultation révèle les mêmes signes que plus haut (18 décembre).

27 avril 1896. — La malade mandée par moi ne se plaint de rien. Elle a les traits un peu tirés et amaigris, ct se trouve actuellement près de la fin de sa grossesse (dont elle attend le terme du 1*% au 15 mai), qu’elle supporte d’ailleurs très bien comme ses grossesses précédentes. Elle mange bien, avec appétit, ne vomit pas,

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