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Il ans

ÀT. B. — On remarque la proportion croissante des réformés.

Ce chiffre est bien au-dessous de ce qu'il pourrait être si l'examen de l'oreille était plus facile, et si l'on tenait à une certaine délicatesse de l'audition. On comprend qu'ici le critérium manque.

Personne n'a dit quelle portée de l'ouïe est indis-

pensable pour le service militaire, ni fourni le moyen de l'apprécier. C'est un desideratutii regrettable au point de vue du service et de l'humanité.

Boudin, dans sa géographie et statistique médicales (p. 234, T. II), indique que de 1831 à 1853, il y a eu 12,500 exemptions pour cause de surdité. Enfin, en 1851, d'après Boudin, on comptait 29,512 sourds-muets en France. Or, ce ne sont point là tous sourds de naissance : on sait au reste qu'Itard put séparer 86 enfants sourds-muets susceptibles d'être instruits, perfectibles en un mot, sur 162.

Ladreit de la Charrière n'a-t-il pas dit aussi que le chiffre de surdités acquises est de beaucoup supérieur à celui des sourds de naissance ? (annales d'otologie, 1877). Enfin, il suffit d'un coup d'œil jeté sur le premier tableau dont j'ai parlé plus haut pour constater que la première colonne, celle des exemptions pour surdi-mutité donne un chiffre inférieur à la somme des deux autres, où l'affection est acquise.

On le voit , le mal est grand ; c'est un lourd tribut que nous payons ainsi chaque année : on ne peut douter qu'il y ait là beaucoup à faire pour l'hygiène.

Mais, revenons à notre premier total : 9,418. A ce -chiffre, il faut encore ajouter celui des ajournés, qui donnent un apport nouveau ; or cet apport est de 672, rien que pour l'année 1874, la dernière inscrite au premier tableau. Ces ajournés forment le groupe des cas douteux, défaillances de la science médicale, qu'une mesure dictée par l'humanité a permis de classer en dehors du cadre, et qui formeront la plupart-des réformés au corps. J'insiste sur l'énormité de ce chiffre pour 1874, regrettant de n'avoir à présenter que cette seule donnée, la modification ne datant que de cette époque.

On peut cepeddanten conclure qu'une série d'individus, ayant l'ouie peu nette sans lésion bien

accusée de l'organe, ont dû être séparés par le médecin, à la révision, comme on le fait de certains infirmes, et des myopes spécialement. Le nombre des incapables s'accroît à mesure qu'on sait mieux prouver l'existence du mal. Voilà les faits.

Le nombre des infirmes de l'organe de l'ouïe est considérable à l'âge de 21 ans ; or, ce sont les maladies de l'enfance qui font les sourds de cet âge. Plus tard, il s'en crée d'autres sous l'influence de causes nouvelles; aussi, on ne peut s'étonner d'entendre Trceltsch dire, dans son excellent cours d'otologie, que le nombre des sourds est bien plus grand qu'on ne le suppose ; que la surdité se dissimule comme tout phénomène subjectif, et qu'on est près de la vérité en disant que de 5 personnes, il y en a une sourde au moins (de Trceltsch, traité des maladies de V oreille, lre leçon).

Partout et depuis longtemps on s'est occupé de la surdi-mutité.

Quant à l'hygiène proprement dite de l'ouïe, ses débuts sont récents.

L'excellent Michel Lévy a surtout développé le sujet dans un plan méthodique, et avec le style qui lui était particulier. Cependant, malgré le choix des matériaux et la sagesse des critiques, on s'aperçoit qu'il y a peu de déductions pratiques ; et qu'en somme les sciences accessoires occupent le premier plan ; chose inévitable, hâtons-nous de le dire.

Notre distingué confrère, M. Lacassagne, dans un livre récent sur l'hygiène, à sa deuxième édition en ce moment, avoue nettement la pénurie des faits et les difficultés d'un pareil sujet. Cependant, grâce à la largeur de sa méthode, il a pu faire un chapitre clair, instructif, et qui ne laisse dans l'ombre aucun fait important. Dans cette étude, je suivrai les grandes divisions adoptées par M. Lacassagne ; c'est ainsi, qu'élargissant la question, je pourrai étudier successivement les relations de l'appareil auditif avec les divers

agents modificateurs physiques , cosmiques et biologiques, etc., sans rien oublier, mais sans sortir des limites précises du sujet.

L'oreille connaît les mouvements moléculaires vibratoires des corps : leur activité cause le son, le silence annonce le repos. L'organe baigne, pour ainsi dire, dans le milieu où naît le son, l'air.

Le conflit entre l'atmosphère et l'oreille est donc constant: les qualités de l'air ont donc sur elle, on le conçoit, une influence permanente et inévitable.

La chaleur et le froid agissent énergiquement sur l'oreille.

A. Le froid. ■— A l'état sain, le conduit auditif externe offre une température moyenne de 36° à 36 1/2. L'action du milieu modifie cette normale et j'ai pu constater 38& et 38 1/2 au spectacle, au concert, et après une longue promenade à l'Exposition; au même moment sur le globe oculaire le thermomètre marquait '36°... La maladie fait varier ces chiffres; chez certains sujets atteints de tintoins avec congestion de la tête, on trouve souvent un chiffre au-dessus de la moyenne : leur oreille ramollit la cire jaune, qui facilite l'adhérence de l'embout de l'otoscope au méat.

Certains névropathiques émotifs offrent fréquemment cet accroissement de température coïncidemment avec les bruits subjectifs. — Il ne faut pas oublier le rapport de l'oreille moyenne avec les deux, gros vaisseaux de la base du crâne, la carotide et la veine jugulaire.

D'après ce qui précède, on comprend qu'il est imprudent de supprimer au moyen de coton ou autrement le contact de l'air avec l'oreille : cela nuit aussi à l'audition et à l'orientation. Une bonne habitude émousse bien des susceptibilités On s'explique aussi comment ces petits moyens peuvent calmer une douleur otalgique en concentrant la chaleur en ce point bien clos, en atténuant le choc

du courant sonore. — C'est pour l'oreille surtout qu'il y a, lieu de pratiquer la méthode de l'endurcissement, au moins sous notre climat tempéré. — Les cheveux devraient protéger l'oreille : la règle militaire en Veut autrement pour la propreté. Mais le couvre-chef, au moins, les remplace-t-il ? Vous connaissez tous le képi et le shako français : l'hygiène est totalement étrangère à leur construction et à leur adoption. — Sachons prendre au dehors ce qui s'y fait bien et en faire notre profit : les casques ou shakos à rebords, à double visière, etc., sont certainement trouvés excellents, en Prusse et en Angleterre.

La calvitie expose l'oreille ; et les perruques sont ici très-indiquées.

Larrey, Itard et d'autres ont cité des cas de surdité complète et subite après l'exposition de la tête nue et en sueur à l'air glacé.

Dans la saison froide et sous les climats froids, l'usage local des calottes à oreillons, des capuchons, passe-montagnes, des couvre-nuque, etc., est parfaitement justifié. Dans une campagne d'hiver, la troupe devrait porter le couvre-nuque. M. le professeur Morache énonce toutes ces bonnes idées dans son livre si complet sur l'hygiène militaire.

Le froid agit autrement et seco ndairement sur l'oreille : tout catarrhe, tout coryza aigu peut se compliquer d'otite, souvent bilatérale dès lors ; on voit aussitôt le danger pour l'audition , qui est atteinte des deux côtés.

Dans les pays et sous les climats froids, lèlément catarrhal joue le plus terrible rôle dans la genèse de la surdité et de la surdi-mutité. Tantôt, c'est par l'effet d'une affection suraiguë catarrhale; mais souvent aussi l'action est autre, plus lente et plus profonde, moins individuelle, plus générale, endémique enfin. Le froid humide agissant constamment, dans les hautes vallées des Alpes, par exemple, sur l'organisme de jeunes individus en

évolution, arrête leur développement, et de même que M. Dareste, en modifiant la température dans l'incubation des œufs, a pu former des monstres, de même l'action du froid paralyse la vie, étiole l'individu et produit ces monstruosités qu'on appelle le crétinisme, le goitre, et la surdi-mutité..

Voyez sur la carte de France quelles contrées fournissent le plus de crétins, de goitreux et de sourds-muets? Ce sont les hautes vallées des Alpes et du Dauphiné, puis des Vosges : c'est aussi là qu'il se rencontre le plus d'exemptions de ce fait pour le service militaire.

Les cartes du livre de M. Morache, les petites cartes de Levasseur, et Périgot, et les tableaux du ministère de la guerre ne laissent aucun doute à cet égard.

Au sud, les cinq départements qui s'étendent du lac de Genève à la mer ; au centre, le Puy-de Dôme ; à l'est, la Meurthe etle Bas-Rhin; au sud-ouest, les Pyrénées orientales ; tels sont les points où l'endémie sévit davantage dans notre pays.

Concluons que le froid est l'un des grands ennemis de l'oreille et qu'on ne saurait trop se prémunir contre ses effets, par l'endurcissement dans les climats tempérés et par une hygiène générale savante dans les climats polaires ou de montagnes : on ne saurait trop protéger les parties découvertes contre le vent de bise.

L'oreille moyenne est un diverticulumde la gorge: et elle subit toutes les conséquences désastreuses de ce rapport de continuité. C'est là le côté faible de l'organe de l'ouïe, et la porte d'entrée de la surdité.

Je passe rapidement sur l'effet de la chaleur sur l'oreille. La chaleur solaire, comme la chaleur dégagée par un foyer peuvent agir sur l'oreille et provoquer la congestion et l'hémorrhagie ; les fondeurs, les chauffeurs, etc., ont surtout à souffrir' de ces actions nuisibles.

En résumé, dans les pays tempérés, c'est encore-

à l'endurcissement que je donne la préférence; le voyageur n'aura qu'à suivre l'usage local ; ce n'est pas sans raison que l'Arabe porte le turban, qu'il fait la sieste, et sort après le coucher du soleil.

On connaît à ce propos le mot que Montaigne niet dans la bouche d'un misérable qu'il rencontrait nu par les chemins. Comme il s'en étonnait; le gueux lui dit: « Et vous, n'allez-vous pas la face découverte ? eh bien, moi, je suis tout face ! »

Le son. — Le son est la sensation éprouvée par l'oreille en présence du mouvement vibratoire des corps : ce mouvement vibratoire est l'excitant spécial de l'organe de l'ouïe.

Le son est indispensable à l'oreille, comme la lumière à l'œil, comme l'air aux poumons, l'exercice au muscle.

Le silence des hautes cimes ou du cloître amène le calme, le repos ; Young a chanté le silence des nuits: c'est le recueillement si favorable aux aux bonnes pensées, aux travaux de l'esprit.

Le silence est recommandé pour calmer les agités, les excités, les maniaques, les hallucinés.

Il est nécessaire aux blessés, aux malades, aux convalescents : il manque trop souvent dans les salles de nos hôpitaux.

L'habitude émousse la sensibilité : le provincial est étourdi par le bruit de la grande ville. Le parisien est étonné du°silence ; son oreille doit souffrir cependant du bruit, dans sa partie exclusivement conductrice du son et du mouvement vibratoire.

Le système nerveux, protégé par le défaut d'attention, né de l'accoutumance, n'éprouve que peu de dommage.

Le silence continu, constant, c'est l'image de la mort : le silence glace ; on a peur ; le peureux chante; entendre c'est vivre : la parole réchauffe.

Quand le silence est ordonné, imposé, comme dans certains cloîtres et dans certaines prisons, on

constate une augmentation des suicides, des aliénations mentales et de la phthisie.

Au dire de M. le docteur Laussedat, le chiffre des décès par phthisie a diminué dans certaines prisons belges dès que, à la requête de M. Dupetiot, on y introduisit la permission de faire chanter les prisonniers. Je pense que l'action du chant, en tant que mouvement sonore n'est pas étrangère à ce résultat.

Je rapprocherai, en effet, de ce qui précède cette expérience du savant Moleschott qui démontre que des grenouilles exposées à la lumière exhalent plus d'acide carbonique que lorsqu'elles sont dans l'obscurité. Moleschott ajoute ce trait que je retiens : c'est bien par les yeux que l'effet sur le nutrition a lieu, car ce sont des grenouilles aveuglées qui lui ont servi pour ses expériences.

Une recherche à faire serait celle-ci : on détruirait l'organe auditif des grenouilles ; et l'on chercherait l'action ainsi produite sur l'exhalation gazeuse qu'on peut prendre comme indice de l'activité nutritive.

L'influence de la sensation auditive sur la nutrition serait connue ; l'application humanitaire ne saurait tarder à venir.

Je me suis souvent proposé en poursuivant cette idée, de placer dans un concert instrumental ou vocal, un sourd-muet dont je prendrais la température axillaire à divers intervalles. En comparant les résultats avec ceux donnés par un individu sain , il semble aproiri que le premier restera froid alors que le deuxième, subissant l'excitation de la musique offrira une courbe ascendante bien nette.

Le silence est donc tantôt un repos, un besoin, tantôt un danger.

Le bruit, quand il est trop éclatant, trop intense et trop persistant, irrite l'organe et lui devient nuisible. Helmoltz signale les battements comme particulièrement désagréables à l'oreille.

Lé choc répété des marteaux sur l'enclume, le bruit des grandes usines, des ateliers de chaudronnerie, fumisterie, etc., le sifflet des machines, offensent l'oreille autant par leur intensité que par leur durée: ils assourdissent et étourdissent; l'habitude ne saurait soustraire l'organe à la désastreuse influence du choc vibratoire, traumatisme véritable en ce cas.

Il en est de même pour les bruits formidables de l'artillerie, clés mines ; la surdité, d'abord passagère, devient permanente chez les canonniers sur lés navires-écoles et chez les vieux artilleurs : l'organe éprouve à la longue des altérations trophiques qui lui enlèvent ses propriétés acoustiques.

Mais les plus graves lésions sont celles qui succèdent à l'éclatement d'une pièce, d'une torpille, d'un caisson auprès de l'oreille.

A ce point de vue le tir à bord des navires est moins offensant que le tir dans les embarcations et dans les tourelles. Le canonnier est protégé par le sabord que dépasse la gueule du canon : le calfat, par exemple, appendu aux flancs du bateau reçoit le coup direct ; son oreille en éprouve une véritable contusion avec ruptures , hémorrhagies tympaniques et intra-labyrinthiques, d'où une surdité subite incurable : je dois ces renseignents à M. le médecin de la marine, Catelan.

M. Lévy a déjà mentionné que le tir des pièces de bronze et des obusiers de montagne est surtout offensant.

C'est d'une autre manière qu'agissent le grincement, le frôlement, la section du bouchon, par exemple, etc. Il se produit alors par rayonnement du noyau de l'acoustique aux noyaux voisins dans le bulbe des effets multiples, à distance, fort curieux, tels que la pâleur, la grimace, la salivation, une sensation doul oureuse dans les dents , la syncope (Ménière), suivant que l'action envahit le trijumeau, le facial,, le pneumogastrique, etc. Ce sont là des

réflexes, des actes involontaires et inconscients: on peut croire que l'excitation apportée déborde et envahit les noyaux d'origine des nerfs indiqués.

Dans certains cas, tout l'organisme est ébranlé par le courant sonore, et comme pénétré par lui ; ici l'élément psychique se lie intimement à l'élément sensitif .

Léopold Deslandes, auteur d'un livre très original, a eu certainement une idée rationnelle quand il a proposé de se servir des secousses provoquées dans l'organisme entier par le bruit des tambours battus dans une salle close ! Dans sa pensée, il devait en résulter une excitation générale du mouvement moléculaire, et par là une suractivité de la nutrition.

MM. Lévy et Lacassagne ne sont pas éloignés d'admettre le fondé de cet a priori.

Je ne fais que mentionner l'action de la musique, du chant ou de la voix humaine : tout a été dit sur ce sujet.

Je me contenterai de dire avec MM. Morache et Lévy qu'une armée intelligemment conduite doit avoir ses chœurs et ses solistes ; la chanson charme la longueur du chemin ; il faut s'efforcer de rendre tout labeur agréable. ( Morache, Traité d'hygiène militaire.)

Pesanteur. — La circulation vasculaire de l'oreille est surtout veineuse.

L'organe de l'ouïe est circonscrit par les sinus de la base du crâne : souvent le rapport est tel que le sinus de la fosse jugulaire forme paroi à la caisse du tympan.

Tout obstacle à la circulation on retour se trahit par une stase du sang dans le réseau intra-tympanique : affections cardiaques, anévrysmes des gros vaisseaux, tumeurs des médiastins ou du cou, etc., ont un fatal retentissement sur l'ouïe : surdité,

vertiges, et bourdonnements forment la trilogie symptomatique observée.

J. Franck note ce rapport entre la surdité et les lésions vasculaires. Il indique aussi, avec Wepfer et Hoffmann l'action sur l'ouïe des grandes pertes de sang, des anémies, des cachexies, et des flux hémorrhoïdaires ; il ajoute et Bayle répète que c'est encore plus souvent la suppression des hémorrhoïdes qui est cause d'accidents du côté des oreilles.

Saissy a montré l'influence du décubitus comme cause de la gangrène du pavillon. Il y a de plus des congestions hypostatiques de l'oreille ; des engorgements, des réplétions mécaniques de la caisse tympanique sur le côté du décubitus, par les glaires et sécrétions de l'arrière-narine et de la gorge.

Dans l'épistaxis, le sang obéissant à la pesanteur peut pénétrer par le fait du décubitus dans la caisse tympanique, et de là trouver une issue au dehors par une perforation : d'où un diagnostic délicat. — D'un autre côté, le médecin utilise l'action de la pesanteur en ordonnant le décubitus sur le côté de l'oreille atteinte d'otorrhée, on sait que c'est par l'action de la pesanteur et sous l'influence des mouvements de latéralité de la tête que la cire est excrétée ; elle s'amasse au contraire dans l'immobilité, et quand il y a obstacle à son issue par vice de conformation ou par une autre cause, telle qu'une boulette de coton, par exemple.

L'action delà pesanteur et du décubitus explique le bourdonnement d'oreilles des anémiques au lever, et l'augmentation des tintoins congestifs dans les otites aiguës ou chroniques dans la position couchée, et enfin la production deséblouissements, vertiges et bourdonnements d'oreilles éprouvés par certains sujets dits pléthoriques au moindre déplacement de la tête en bas.

Chez l'enfant qui vient de naître, dans les premières heures de la vie, à ce moment où la fonction respi-

ratoire s'installe, où elle joue le plus grand rôle, il ne faut point méconnaître l'influence nuisible de l'immobilité, et du décubitus. Ici, Rousseau a raison; son instinct lui fait toucher juste: l'enfant réchauffé, emmailloté largement doit être laissé libre de ses mouvements.

Le médecin excite les enfants engourdis.

11 est utile que l'enfant crie ; qu'il soit tenu à bras, éveillé ; il est indispensable qu'il avale, qu'il déglutisse, parce que la succion comme la respiration énergique amènent rapidement la pénétration de l'air dans la caisse, et établissent la métamorphose complète de l'appareil auditif.

L'énergie des mouvements du thorax manifestée par le cri, assure la transformation naturelle de l'oreille, en même temps qu'un bon fonctionnement des poumons. Cette relation entre Foreille et la respiration dès l'entrée dans la vie doit vivement frapper le médecin et l'hygiéniste: c'est l'explication naturelle de la grande susceptibilité de l'organe auditif pour les troubles circulatoires aigus ou lents, primitifs ou secondaires. Chez l'adulte, les affections thoraciques^retentissent facilement sur l'ouïe, et souvent aussi une lésion initiale de l'oreille est le prélude d'une affection grave des poumons. Baglivi après Hippocrate a signalé la fréquence de ce qu'ils appelaient les crises par l'oreille, à la suite de pleurésies et pneumonies et des rhumatismes.

Quand la respiration du nouveau-né faiblit ; quand cette fonction vitale par excellence ne s'établit point, à l'autopsie, l'organe auditif n'a pas vécu ; il est resté foetal ; l'air n'y a pas pénétré ; et le magma gélatiniforme remplit encore la cavité tympanique.

Au contraire , un chat nouveau-né , sacrifié une demi-heure après sa naissance, ayant crié et respiré tout ce temps, offre des poumons dilatés et aérés , et à la fois des caisses pleines d'air

et parfaitement transformées : une demi-heure a suffi à l'accomplissement de cette transformation : l'asphyxie rapide ou lente s'oppose à cette évolution.

La pression atmosphérique agit constamment sur la membrane du tympan. Tout le monde connaît l'expérience instituée par Savart et Wollaston : on s'insuffle de l'air dans les caisses par la trompe d'Éustache en faisant le geste de se moucher, tout en tenant le nez pincé : aussitôt l'ouïe s'abaisse. Qu'est-il arrivé? L'équilibre entre la pression aérienne intra-tympanique et celle du dehors a été rompu : le tympan distendu a été poussé vers le dehors : d'où la surdité. L'aspiration, faite dans les mêmes conditions, amène le même effet, par un jeu inverse; c'est alors la pression extérieure qui domine et c'est en dedans que le tympan est poussé et tendu. Ici, quelques mouvements de déglutition ramènent vite les choses à l'état normal. Dans l'état morbide, cette action nocive de la rupture d'équilibre des pressions sur les deux faces du tympan est devenue permanente ; elle naît sous l'influence des lésions de la trompe d'Eustache et de la cloison tympanique.

L'air pénètre par les trompes dans l'oreille moyenne à chaque mouvement de déglutition : salivation, déglutition et aération des caisses sont donc des phénomènes connexes. Tout obstacle apporté à l'une de ces fonctions secondaires nuit à l'audition tôt ou tard : les masticatoires des anciens médecins trouvent donc ici leur indication.

De Trœlsch et autres otologistes, ont signalé ce fait curieux de la sécheresse de la gorge habituelle chez la plupart des sourds ; on sait du reste le rôle des maladies du pharynx dans la genèse de la surdité; et les rapports intimes de la corde du tympan, nerf de la salivation, avec la caisse auriculaire.

La pénétration de l'air a lieu d'une façon inter-

mittente comme l'acte de la déglutition qui Tassure. Cependant, le pourquoi de cette intermittence, son utilité ont échappé à la plupart des physiologistes. Les trompes sont closes pendant la phonation ; ce n'est pas sans raison. M. le professeur M. Duval, agrégé à l'Ecole de médecine de Paris, a compris l'importance de cette disposition fonctionnelle. Il a, le premier, démontré par la discussion des faits cliniques et des observations, combien il est indispensable au bon fonctionnede l'audition, que les trompes d'Eustache soient fermées pendant la phonation et ouvertes seulement pendant la déglutition pour assurer la circulation de l'air. Dans les cas pathologiques en effet, soit par insuffisance, liée à l'atonie de tout l'appareil, comme dans certaines cachexies abdominales, soit par destruction ou déformation, ou perte d'élasticité du tissu du cartilage tubaire, la communication devenant permanente entre la gorge et l'oreille, il en résulte un retentissement insupportable de la voix, une résonnance assourdissante .que l'oblitération seule des trompes parvient à soulager. (M. Duval. Dict. scences méd. , art. Ouïe , physiolog.)

Dans les ascensions aérostatiques ou sur les montagnes, l'influence des variations de la pression atmosphérique se montre aussi sur l'organe de l'ouïe. Les bourdonnements d'oreilles, les vertiges, etc., etc., ont été éprouvés par les ascensionnistes; il s'ajoute en ce cas aux phénomènes de pression tympanique, une fluxion souvent compliquée d'hémorrhagie auriculaire , la surdité succède à ces actions qui sont traumatiques au même degré que la contusion. — Chacun de nous sait qu'il faut opérer les gestes de la déglutition énergiquement, dans l'air comprimé sous peine d'être assailli par une violente douleur d'oreille et par des troubles de l'audition ; dans la période de décompression, mêmes actes indispensables pour assurer

l'équilibre des pressions sur les deux faces de la cloison du tympan et par suite pour éviter toute compression de l'appareil nerveux labyrinthique.

La médecine a toujours caressé l'espoir de modifier la surdité par l'effet du séjour dans une atmosphère d'air comprimé.

Du jour où Deleau eut amélioré l'ouïe d'un sourd par l'insufflation d'air par le cathétérisme, l'idéo de ce traitement est née. A première vue, on comprend qu'ici le diagnostic précis n'est point indifférent ; en effet, que peut-on espérer obtenir si les trompes sont imperméables ? que ne doit-on pas craindre au contraire dans cette hypothèse !

La première indication de l'air comprimé est la perméabilité des trompes.

Climat. — Sol. — Géographie médicale. — Au point de vue de l'organe de l'ouïe, il n'est pas indifférent de naître sous telle ou telle latitude, sur tel ou tel sol, sous un climat ou sous un autre.

C'est ainsi que la proportion des sourds-muets est fort différente suivant les pays, ainsi que nous l'avons déjà montré.

En Corse, Boudin trouve par 100,000 habitants 146 Bourds-muets, tandis qu'il constate dans la Nièvre 59 cas et dans la Seine 40 seulement pour le même chiffre d'habitants. — C'est ainsi que je trouve à Cherbourg (30,000 hab.) sur le bord de la mer, 3 cas seulement d'exemptions en 10 ans, pour surdité. Dans le grand duché de Bade, par opposition, sur la ligne de partage des eaux, on en trouve 1 par 559 habitants, et en Suisse, au point culminant de cette ligne un sur 503. (D'après journal of statistical Society, de Londres, 1876.)

C'est ainsi que dans la province de Prusse (d'après un relevé publié dans la République française du 19 mars 1875), il y a un sourd sur 1511 habitants et en Westphalie, 1 sur 7,215 habitants. Le statisticien auquel je prends ces chiffres fait remarquer G. 7

que la province la plus riche est aussi celle qui fournit le plus de sourds-muets. Doit-on y voir l'influence de deux diathèses à action congénitale dont l'oreille a surtout à souffrir dès le premier âge, la tuberculose et la syphilis ? je ne puis le dire.

Tableau n° 3,

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