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CHAPITRE TROISIEME

Lee livres forment l'objet principal de la bibliothèque : c'est vers eux que tout converge, c'est a eux que tout se rapporte ; c'est par les livres que la bibliothèque existe : sans eux, il y aura tout ce que l'on voudra, il n'y aura pas de bibliothèque. Mais il n'y aura pas non plus réellement de bibliothèque, si l'on n'a qu'un amas de livres acquis au hasard et sans choix, et jetés Ik sans ordre et pêle-mêle. Qui dit bibliothèque, dit collection de livres savamment organisée et distribuée, et dont la formation a été conduite avec intelligence, suivant le caractère plus ou moins spécial qu'on se proposait de faire dominer dans l'établissement projeté. Il y a donc deux choses k considérer ici: l'acquisition des livres, et leur rangement. Ces deux choses, quoique très distinctes, concourent toutes deux a une bonne organisation de la bibliothèque. Il importe d'y arrêter un moment notre attention, et nous allons nous en occuper successivement dans les deux sections suivantes.

SECTION PREMIÈRE

DE l'acquisition DES LIVRES.

Il faut supposer d'abord qu'il s'agit d'une bibliothèque a établir. La question qui se présente est de savoir par quelle voie on en formera le premier fonds. Puis, ce premier fonds existant, il sera nécessaire de rechercher par quels principes on devra se guider pour augmenter le dépôt déjà formé suivant sa nature et ses besoins, et aussi suivant les ressources que

Ton aura a sa disposition. Voilà encore deux points qu'il importe de ne pas confondre, et que nous devrons également séparer dans notre exposition.

§ 1. AeqaUitlon da premier fonds.

Lorsqu'il s'agit d'établir une bibliothèque nouvelle, il est rare qu'on n'ait pas en vue un certain nombres d'ouvrages provenant soit d'établissements déjà existants, soit de libéralités publiques ou particulières. En pareil cas, il n'y a évidemment pas de choix à faire, et l'on doit recevoir avec reconnaissance ce qui est offert.

Si, ce qui peut encore arriver, l'offre était faite d'une'manière conditionnelle, en ce sens que, dans une certaine quantité de livres, on pourrait en choisir un nombre plus ou moins grand, il faudrait tâcher alors de faire le choix le plus judicieux possible. Quelle sera, dans cette hypothèse, la règle a suivre ?

Avant tout, et ce point est essentiel, il faut se faire une idée exacte de la nature du dépôt que l'on veut former. Il est certain, en effet, qu'un particulier que son goût porte de préférence vers les sciences exactes, se souciera fort peu, en général, des ouvrages de pure littérature. A l'inverse, un littérateur délaissera sans beaucoup de regi^ets les traités spéciaux sur les mathématiques, l'astronomie, la physique, etc. Ainsi, pour la formation d'une bibliothèque particulière, les choix se feront sans trop de peines.

Mais s'il s'agit d'une bibliothèque publique ou semi-publique, il est clair qu'on ne saurait se gouverner par les mêmes principes, et qu'on ne peut prendre pour guide le goût particulier d'un seul homme. Comment donc fraudra-t-il, dans ce cas, régler les choix a faire?

D'abord, pour une bibliothèque publique, comme elle doit généralement être k l'usage de personnes de goûts très différents, il faudra tâcher d'y réunir le plus d'ouvrages possible, anciens et modernes, sur les différentes branches des connaissances humaines. En outre, on rencontre encore des villes qui présentent certaines particularités. Il y en a qui sont essentiellement industrielles, d'autres commerçantes, d'autres tout

\k fait maritimes. Il y en a aussi qui sont spécialement des villes d'études, et parmi elles de certaines où le droit ou la médecine sont particulièrement en honneur, par suite des écoles qu'on y rencontre. Il sera bon, dans les choix à faire, de consulter ces caractères spéciaux des populations.

S'agit-il enfm d une bibliothèque semi-publique, comme celle d'une corporation quelconque ou une bibliothèque de faculté ? Le champ se restreint ici, et ce qu'il faudra surtout rechercher, ce sont les ouvrages qui rentrent d'une manière plus spéciale dans les besoins ou les goûts des personnes qui seront appelées a en user : pour une société d'archéologie, les ouvrages sur l'histoire ancienne et moderne et sur l'histoire locale ; pour un tribunal, une cour ou un barreau, les ouvrages de droit ; pour une faculté de lettres, les ouvrages de littérature ; pour une faculté de sciences, les ouvrages scientifiques, etc.

Toutefois ce premier élément, lorsqu'il existera, sera souvent insuffisant, et il y aura lieu de le compléter à prix d'argent. Quelquefois même, cette libéralité dont nous parlons manquant tout à fait, il sera nécessaire de se procurer par achat les livres qui devront former le noyau de la bibliothèque. L'on aura alors une liberté d'action d'autant plus grande ; mais il faudra aussi être d'autant plus circonspect pour ne déterminer ses choix qu'à bon escient ; ensuite, on devra s'ell'orcer de faire les achats dans les meilleures conditions.

D'abord, en ce qui concerne les choix à faire, on en chargera généralement, pour une bibliothèque publique ou semipublique, une commission spéciale nommée soit par la municipalité, soit par la corporation elle-même, et composée des personnes les plus familiarisées avec les matières qui doivent être représentées dans la bibliothèque. Cette commission devra s'entourer de différents catalogues anciens et modernes, et aussi de catalogues spéciaux, s'il en est besoin. Il serait bon, en tout cas^ pour arriver k un résultat plus satisfaisant et plus complet, que chaque membre eût un champ d'investigation bien marqué. Dans leurs recherches particulières, ces membres noteraient les livres dont l'acquisition leur paraîtrait la plus désirable, avec l'indication des prix; puis, dans une réunion générale, on arrêterait les choix définitifs. .

Une remarque est ici k faire : c'est que, surtout pour une bibliothèque publique ou semi-publique, il sera bon de réunir, dans la mesure du possible, quelques-unes de ces collections indispensables, qu'on s'attend toujours k trouver dans une bibliothèque bien organisée. Ainsi, dans une bibliothèque de droit, on ne peut pas se dispenser de posséder une collection des lois anciennes et modernes, les recueils de Dalloz ou de Sirey. Dans une faculté de lettres, on devra trouver les collections des auteurs latins et grecs, l'histoire littéraire de la France, etc.

Mais ce n'est pas assez d'avoir noté les ouvrages a acquérir et d'en avoir dressé la liste ; on ne peut pas les aller chercher soi-même dans toutes les librairies particulières où ils se trouvent. Voici quel est peut-être alors le procédé le plus simple et le plus pratique. Une fois la liste arrêtée et remise à la personne, le bibliothécaire ou autre, chargée de faire les achats, celle-ci se met en rapport avec deux ou trois libraires qui lui paraissent inspirer le plus de confiance. Ces libraires, en effet, ayant avec leurs confrères des relations de commerce plus ou moins étendues, seront plus k même devons procurer certains, ouvrages que vous trouveriez difficilement vousmêmes. Vu l'importance des commande-s k leur faire, ils vous concéderont souvent des remises, dont profitera la bibliothèque. Pour les livres anciens en particulier et pour ceux qu'on ne trouve qu'k l'étranger, ces libraires correspondants vous seront d'un utile secours pour les découvrir, et souvent k de meilleures conditions que vous n'obtiendriez vous-mêmes. Mais il est quelquefois bon de ne se pas trop presser, et, pour certains livres anciens ou spéciaux, de ne pas accepter du premier coup les conditions proposées : tel ouvrage qu'on veut vous faire payer aujourd'hui 200 francs, peut-être le trouverez-vous dans six mois moyennant 50 francs. Â l'inverse, vous pourrez trouver aujourd'hui k des conditions avantageuses un très bon livre, qui n'était pas prévu dans les achats k faire, et que plus tard vous ne retrouveriez que très difficilement. C'est ici affaire de tact et de connaissance des livres, et il est bon que la commission d'achat laisse, sur ce point, une certaine latitude k celui qui est chargé de traiter avec les libraires.

de la liibllethè^ae.

Jusqu'ici nous ne nous sommes occupé gue de Tacquisition du premier fonds de la bibliothèque. Mais ce premier fonds sera le plus souvent destiné k être accru d'année en année. Il est nécessaire de donner quelques détails sur ce sujet. Nous avons, du reste, peu de chose a ajouter k ce que nous avons déjk dit.

Il est toujours ici un point très essentiel, dont nous avons déjà parlé, et que le bibliothécaire ne doit jamais perdre de vue : c'est le caractère plus ou moins général ou spécial de la bibliothèque qu'il a k gouverner. Il devra donc rechercher avec soin quelles sont les parties qui, suivant ce caractère reconnu et admis, demanderaient plus particulièrement k recevoir des développements. Même dans une bibliothèque publique et d'un caractère tout k fait général, il y aura toujours des points sur lesquels se porteront de préférence les études des travailleurs et les recherches des lecteurs. Ce sera au bibliothécaire k bien saisir ce courant, et a s'efforcer, dans les acquisitions successives k faire, de donner le plus possible satisfaction aux besoins des habitués. Pour arriver k se renseigner exactement, il serait bon qu'il eût un registre, ou un simple cahier, où il noterait, k mesure qu'on lui demanderait un livre qu'il n'aurait pas, ou k mesure qu'il s'apercevrait qu'un ouvrage manquant dans ses classes y serait utilement placé, les desiderata k combler. Ce relevé, fait au jour le jour, ne demanderait pour ainsi dire pomt de travail et ne causerait aucun embarras. Alors, au moment de la réunion de la commission de la bibliothèque, on ferait passer sous les yeux de ses membres la liste de ces desiderata, La commission les discuterait, et, dans la mesure des ressources mises k la disposition de la bibliothèque, arrêterait la liste des acquisitions k faire (1). Dès lors, il ne resterait plus qu'k pro-

(i) Voici encore un moyen qui se pratique à la Bibliothèque publique de Douai en particulier. Sur le bulletin de demande que Ton fait remplir par les emprunteurs ou les lecteurs,le bibliothécaire note cette particula-

céder aux achats. Le. bibliothécaire les ferait de la manière la plus avantageuse possible pour la bibliothèque, en se mettant directement en rapport avec le ou les libraires, qui pourront lui offrir les meilleures conditions.

En ce qui concerne les bibliothèques universitaires en particulier, chaque année les professeurs des différentes facultés et le bibliothécaire dressent des listes distinctes des livres dont ils désireraient que la bibliothèque fit Tacquisition. Sur ces listes, la commission de la bibliothèque arrête un état de proposition, qui est d'abord soumis a Texamen du comité de perfectionnement, et ensuite à Tapprobation du ministre. Puis, après ouverture des crédits, le bibliothécaire fait les achats dans Tordre indiqué par la commission ^1).

La jnéme règle sera suivie pour les bibliothèques dites circulanteSj récemment instituées dans les acadéniies k Teffet de faciliter les études des candidats à la licence éloignés des facultés (2). Les professeurs des facultés dressent séparément, et jusqu'à concurrence des crédits alloués, des listes d'ouvrages k acquérir. Ces listes, une fois réunies et contrôlées par le recteur, sont soumises k l'approbation ministérielle. Puis, après approbation, elles sont remises au secrétaire d'académie, qui fait les achats, comme il a été dit ci-dessus.

rite que le livre demandé ne se trouve pas à la bibliothèque. Puisjors de la réunion de la commission, celle-ci se fait remettre les bulletins délivrés, 'et elle se rend ainsi facilement compte des lacunes à combler. Toutefois cette manière de faire n'est pas sans pouvoir prêter à la critique. Car, la plupart du temps, les bulletins de demande sont faits d'après les indications du catologue. De plus, ce système n'accorde peut-être pas assez à l'initiative du bibliothécaire, qui est pourtant mieux placé que tout autre pour savoir quelles sont les classes qu'il serait le plus utile de développer.

(1) Comparez le Règlement général des bibliothèques universitaires du 23 août 1879, art. 2 et 4, et les circulaires ministérielles du 23 avril 1880 et du 20 janvier 1881.

(2) Voy. infrà, à l'appendice, circulaires ministérielles des 12 mai, 27 Beptembre et 1«' octobre 1880.

SECTION DEUXIÈME

DE l'arrangement DES LIVRES, ET DE LA CONFECTION DU CATALOGUE.

Pour avoir réellement une bibliothèque, il ne suffit pas de posséder une certaine quantité de livres ; il faut encore que ces livres soient rangés dans un ordre convenable, qui permette de trouver aisément le volume dont on a besoin au cours de ses travaux. Il faut, de plus, un catalogue exact et bien ordonné, et dans une étroite et constante relation avec cet arrangement.

Pour une bibliothèque appartenant à un particulier et dont lui seul à Tusage, si elle ne contient d'ailleurs qu'un nombre restreint d'ouvrages, son propriétaire, avec quelque habitude, parviendra encore à se reconnaître, sans trop de peines, au milieu de ses richesses. Mais s'il s'agit d'une bibliothèque publique ou seulement d'une bibliothèque semi-publique, l'usage n'en peut être vraiment utile qu'a la condition d'avoir un répertoire toujours au courant et d'un maniement facile des Quvrages qu'elle renferme. Un professeur de droit ou un étudiant en droit demande le commentaire de l'ordonnance du commerce de Jousse.; ou bien un littérateur demande la chanson de Roland ou quelque ouvrage sur la poésie dramatique des Grecs ; un autre demande l'Art d'écrire de Condillac ou quelque traité de physiologie, etc., etc. : comment répondre a toutes ces demandes, si vous n'avez pas sous la main un catalogue qui permette d'aller prendre sur les rayons et sans trop de recherches, le volume dont la communication est sollicitée de vous ? Quelquefois même vous pourrez chercher longtemps un livre qui n'existe pas dans la bibliothèque.

Mais comment doivent être rangés les livres, et comment doit être ordonné le catalogue pour reudre les services qu'oi) est en droit d'en attendre ?

En ce qui concerne le rangement des livres, il importe assez peu en lui-même, pourvu que le catalogue indique toujours sûrement la place où se trouve chaque volume. Quel qu'il soit, cependant, il devra toujours être fait avec une cer-

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taîne méthode, et correspondre exactement avec le catalogue. Pour cela, il faudra donner k tous les ouvrages des numéros distincts, qui marqueront leurS places respectives sur les rayons, et dont la suite sera reportée sur un registre spécial avec indication sommaire des titres.

Quant au catalogue proprement dit, il est k peine besoin de dire qu'il devra être fait avec le plus grand soin, et disposé de façon k rendre les recherches aussi rapides que faciles. Gomment arriver k ce résultat ? Et suivant quelle méthode le catalogue devra-t-il être rédigé, pour satisfaire k ces exigences ? Pour répondre k cette question, il suffit de nous demander de quelle manière on peut rechercher, dans une bibliothèque, un livre dont on a besoin.

11 peut arriver, d'abord, que Ton connaisse parfaitement le nom de lauteur et le titre de louvrage que Ton veut consulter : dans ce cas, un catalogue alphabétique par noms d*auleurs avec l'indication sommaire de leurs ouvrages remplira le but désiré.

Il peut arriver aussi que Ion cherche des renseignements* sur telle ou telle partie de la science, sans connaître d'une manière suffisante les auteurs qui ont écrit sur cette partie. Une autre méthode est alors nécessaire ; il faut un catalogue d'un genre différent, où les matières se trouvent rangées dans un ordre convenable, non plus suivant les noms des auteurs, mais d'après un système logiquement distribué et présentant dans une suite facile k saisir les différentes branches des connaissances humaines.

Mais, dans l'un et l'autre catalogue, il est nécessaire que chaque ouvrage soit distingué par un numéro spécial qui l'individualise, qui marque sa place sur les rayons et qui permette de le retrouver facilement.

Ainsi donc, rangement des livres sur les rayons suivant une méthode quelconque, mais, quelle qu'elle soit, exactement suivie, avec affectation k chaque ouvrage d'un numéro spécial reporté dans un registre ad Aoc, que nous appellerons registre d'entrée-inventaire ; deux catalogues distincts, l'un alphabétique, l'autre méthodique ou systématique, en correspondance exacte avec Tordre numérique adopté : telles sont les conditions nécessaires et suffisantes pour que la bibliothèque

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réponde k son but, aider les recherches des travailleurs. C'est de ces divers points que nous devons maintenant nous occuper. Nous prendrons surtout pour guide les récentes instructions ministérielles sur les bibliothèques universitaires. Gomme les principes généraux de la matière sont toujours les mêmes, les développements que nous donnerons pourront s'appliquer sans peine, quoique d une manière plus ou moins rigoureuse, a toute espèce de bibliothèque. Nous nous efforcerons, en tout cas, en élaguant tout ce qui nous semblerait superflu, de mettre toute la clarté désirable dans cette partie si importante de notre travail, et nous étudierons successivement ce qui concerne :

V L'arrangement des livres et le registre d'entrée-inventaire ;

2« Le catalogue alphabétique ;

5* Le catalogue méthodique ou systématique.

Dans un quatrième paragraphe, nous ajouterons quelques mots sur la concordance à établir entre les différents catalogues.

Enfin, comme il pourra se présenter, dans ces différentes parties, certains points qui demanderaient des détails particuliers, pour ne pas briser la suite de nos développements, nous les réunirons dans un paragraphe spécial, que nous placerons a la suite de ceux indiqués ci-dessus.

S I. Arrangrement des IlTres et luserlpUoii au ref^Utre d'entrée-IiiTentelre.

Nous réunissons k dessein ces deux choses, parce qu'elles sont intimement liées entre elles et qu'elles dépendent, en quelque sorte, l'une de l'autre. De même que ces deux opérations ne se sépareraient pas avantageusement dans la pratique, de même nous ne pouvons guère les séparer dans notre exposition.

Mais avant de procéder k l'arrangement des volumes et k l'inscription au registre d'entrée-inventairé, il est nécessaire que la bibliothèque fasse acte de propriétaire. S'il s'agit d'une bibliothèque particulière, d'une bibliothèque privée, son propriétaire fera preuve de goûit en n'appliquant point sur ses

livres une estampille ou un timbre quelconque ; mais qu'il fasse emploi de Vex libris : cette affirmation de propriété sufGra amplement. Du reste, ce serait une faible dépense que de faire dessiner et imprimer un certain nombre de vignettes portant son nom et augmentées, si Ton veut, d'une courte devise, mais sans prétention et d'une grande sobriété de détails (1).

S agit-il, au contraire d une bibliothèque publique ou semipublique, ce simple ex libris dont nous venons de parler ne suflit plus ; il faut que les livres soient timbrés d'une manière ineffaçable, afin de prévenir tout détournement et de reconnaître partout les volumes qui auraient pu s'égarer par le fait de personnes plus ou moins mal intentionnées. La règle k suivre ici, c'est de timbrer la première et la dernière page de chaque volume, et en outre une page déterminée dans l'intérieur. On aura soin de placer le timbre le plus avant possible dans le corps de la page, sans toutefois couvrir le texte, afin qu'il ne suffise pas de couper la marge pour le faire disparaître. Quant au timbre k mettre dans l'intérieur du volume, si ce volume est d'une certaine épaisseur, on pourra choisir la page 99, ou une autre si on le préfère, pourvu qu'on choisisse toujours la même. Cette méthode offre l'avantage que, dans le cas où un livre trouvé dans des mains étrangères serait suspecté appartenir k la bibliothèque, il suffira de se reporter a la page adoptée ; la présence ou l'absence de timbre a cette page lèvera tous les doutes qui pourraient exister. Si le volume contient moins de cent pages, on pourrait prendre, par exemple, la page 25. En outre, pour les livres qui contiennent des gravures, pour les atlas et les recueils d'estampes, il faudra timbrer chaque gravure, carte ou estampe.

Mais, s'il est important de timbrer ainsi d'une manière uniforme tous les volumes de la bibliothèque, il faut faire en sorte que le timbrage se fasse proprement et légèrement. Pour cela, que le timbre lui-même, d'abord, ne soit pas trop grand. Une simple légende, désignant clairement la bibliothèque, et entourée d'un mince filet, suffit largement pour

(1) Voyez ce que nous disons plus loin en parlant de la reliure, au cinquième paragraphe de cette section.

atteindre le but qu'on se propose. On rejettera donc tout ornement inutile, et Ion adoptera de préférence des caractères maigres : ils sont moins sujets k s'empâter, et la légende est plus propre et plus lisible. La forme du timbre sera généralement oblongue, afin de pouvoir plus facilement s'appliquer sur les marges sans atteindre le texte. Voici deux exemples qui pourront servir de modèles :

\ BIBL, MUNICIP, DOUAI.

Il est important aussi de se servir de bonne encre pour l'impression du timbre. Celle qui est préférable est l'encre grasse ou encre d'imprimerie proprement dite, a laquelle, pour que l'empreinte sèche vite et ne macule pas, on ajoutera une certaine quantité de vernis siccatif. Du reste, on trouve dans le commerce des encres a tampon toutes préparées, et dont on peut se servir immédiatement. Seulement, il faut faire attention de n'en pas trop charger le drap du tampon sur lequel on l'étend, et en outre que ce drap en soit imbibé bien également partout ; car, sans cela, on s'exposerait à empâter le timbre, et l'on n'aurait que des empreintes sans netteté et qui saliraient les volumes.

En ce qui concerne l'arrangement des livres dans les rayons, nous ne devons les considérer ici qu'au point de vue matériel, c'est-à-dire au point de vue de la dimension des volumes, sans avoir égard a la matière dont ils traitent ; il nous suflTit de donner k chaque ouvrage une place fixe. Pour faire ce rangement d^une manière convenable, il faudra diviser les ouvrages par formats. Dans une bibliothèque bien ordonnée, en effet, on comprend qu*il soit indispensable de ménager le plus possible la place dont on dispose sur les rayons. D'ailleurs, les volumes de grandeurs trop inégales se conservent mal, placés les uns k côté des autres, outre qu'une rangée de livres se succédant avec une trop grande disproportion de hauteur est d'un aspect désagréable pour l'œil. Il faudra ensuite avoir soin de placer,

dans les rayons inférieurs, les plus grands volumes, les infolio ; dans les rayons intermédiaires, les in-quarto, et dans les plus élevés, les volumes in-octavo et au-dessous.

A propos du format des livres, nous devons ajouter ici une observation.

Dans les premiers temps de Timprimerie, la grandeur du papier était assez uniforme pour que les formats in-folio, in-4*, in-8^ fissent des volumes d'égale hauteur. Il n'en est plus de même aujourd'hui, avec les diflérentes espèces de papiers employés dans rimpressbn des livres. Il est donc nécessaire de s'arrêter a une mesure fixe, qui serve de point de départ pour la distribution des volumes d'après leur grandeur. La détermination de cette mesure sera arbitraire ; mais il faudra, autant que possible, se rapprocher de la réalité des choses. Les instructions ministérielles (1) ont adopté la suivante, qui n'est que conventionnelle et qu'on pourrait remplacer par une autre, mais qui répond suffisamment aux besoins et que nous ne répugnons pas a admettre :

l"" Grand format^ comprenant tous les volumes dépassant 35 centimètres ;

2** Moyen format^ comprenant les volumes de 25 k 35 centimètres ;

3' Petit format^ comprenant tous les volumes au-dessous de 25 centimètres (2).

Les volumes seront donc placés dans les rayons suivant ces proportions de hauteur et dans l'ordre que nous avons dit, c'est-a-dire ceux de grand format (qui sont en général des infolio) dans les rayons inférieurs, ceux de moyen format (ou in-l"") dans les rayons intermédiaires, et ceux du petit format (ou in-8^ et au-dessous) dans les rayons supérieurs. On observera encore d'aller, dans chaque travée de bas en haut, et dans chaque rayon de gauche a droite. On pourra alors pro*

(1) Voy. infra, à Tappeadice, Instruction générale du 4 mai 1878 relative au service des bibliothèques universitaires.

(2) Quelque sage que soit cette règle au point de vue de Tarrangement des livres dans les rayons, il peut être intéressant d'avoir des notions exactes sur les différents formats en usage et sur la manière de les dis" tiuguer. Nous donnerons plus loin^ au cinquième paragraphe de cette •eetioa, quelques détails sur ce point.

céder a l'inscription et au numérotage! sans la moindre hésitation.

En ce qui concerne le registre d'entrée-inventaire, véritable catalogue numérique, c'est le relevé général de tous les ' ouvrages dont se compose la bibliothèque ; il attribue a chacun d'eux un numéro spécial une fois donné, et qu'il conserve toujours : c'est, en quelque sorte, le registrç matricule des livres. Gomme, d'autre part, les volumes seront toujours placés sur les rayons, dans l'ordre invariable des numéros qu'ils ont reçus, il sera a chaque instant possible de les retrouver et de les suivre sans aucune crainte d'erreur.

C'est assez dire que le registre d'entrée-inventaire est d'une importance capitale. Aussi, l'instruction du 4 mai 1878 entret-elle, sur sa confection, dans des détails d'une (urécision minutieuse. Il devra être, dit-elle, « de papier de fil bien collé et réglé (espacement des lignes 2 centimètres). Ménager des marges assez larges pour permettre plus tard une seconde reliure, s'il est nécessaire. »

Le registre d'entrée-inventaire a donc pour but d'individualiser tous les ouvrages de la bibliothèque par des numéros distincts. Il n'y a absolument qu'une seule série de numéros, et sans aucun sous-chiffre, ce qui évite toute confusion en passant d'une classe a l'autre.

Les numéros se suivent sans interruption dans l'ordre où les ouvrages arrivent (1). Ce n'est pas le lieu de distinguer les différentes matières, ni les subdivisions qu'elles peuvent comporter : les. divers catalogues donneront à cet égard tous les renseignements désirables : nous n'avons besoin ici que d'un simple répertoire permettant de vérifier k chaque instant la situation numérique de» richesses de la biUîolhèque.

II faut remarquer aussi qu'on ne doit placer et inscrire tes

(1) Dans le premier rangement des volumes de la bibliothèque, ei Tinscription au registre d*entrée-inventaire du premier foads, il sera peut-être bon de ne pas trop éloigner les uns des autres des ouvrages traitant d'une même matière, par exemple de ne pas placer les contes de La Fontaine au milieu des Pères de l'Eglise, ou un traité de géométrie descriptive à côté des tragédies de Sophocle. Mais cette observation, ai tant est qu'on en tienne compte, né saurait s'appliquer qu'au premier numérotage des livras : poijuc lea acquisitioxui postérieures, oa iasccka toujours l«s ouvctgec d^ns l'ordre où ils arriveront.

ouvrages sur le registre d'entrée-inventaire, avec un numéro définitif qu'autant qu'ils sont complets, ou du moins, s'il s'agit d'ouvrages périodiques, qu'autant qu'une^érie est complète : jusque-Fa, l'inscription se fait sur un cahier à part ayant pour titre : Ouvrages non terminés et périodiques^ avec des numé* ros provisoires (1). La disposition et le tracé de ce cahier seront d'ailleurs les mêmes que ceux du registre d'entrée-inventaire et l'on pourra prendre, pour chaque format, des chiffres que Ton prévoira ne pas devoir de longtemps être atteints par le registre d'entrée-inventaire lui-même.

Nous avons dit que les numéros doivent se suivre sans interruption. Mais il faut concilier cette règle avec celle de la division par formats dont nous avons déjk fait l'application pour le placement des livres sur les rayons. Quant a l'attribution de numéros aux ouvrages et a l'inscription au registre d'entrée-inventaire en tenant compte de cette division par formats, voici les principes qui devront nous guider.

D'abord, le registre d'entrée-inventaire sera divisé en trois tomes, un pour chaque format. Ensuite il faudra, dès le premier moment, attribuer 'a chaque format un certain nombre de numéros, de manière à pouvoir faire marcher ensemble l'inscription des trois formats. Pour cela, après s'être fait une idée générale de l'importance actuelle de la bibliothèque, il sera nécessaire de laisser, pour chaque format, un espace libre assez grand pour être assuré qu'il ne sera pas comblé de longtemps par les accroissements futurs. Par exemple, pour une bibliothèque que l'on suppose être aujourd'hui de 15 k 20,000 volumes, il est bien certain qu'il n'y aura pas 1000 infolio :-la proportion des in-folio est, en effet, généralement assez faible. Supposez, pour un moment, que ce nombre 1000 soit atteint, le nombre des numéros nécessaires a leur inscription sera, en tout cas, bien moindre, et l'on peut prévoir qu'il faudra bien des années et plus d'une génération pour arriver seulement au chiffre de 2 ou 3000 numéros. Vous pourriez, sans crainte d'encombrement, fixer à 3000 le nombre

(l)On pourrait porter aussi sur ce cahier les volumes dépareillés que la bibliothèque pourrait posséder, et qu'il est bon de conserver. Le titre du cahier qui en contiendrait l'inventaire serait alors : Ouvrages non terminés ou incomplets et périodiques.

réservé pour vos iu-folio. Pour plus de sûreté encore, ne commencez qu'a 4001 la série de vos in-4*.

En ce qui concerne les in-4*, faites le même raisonnement qu a propos des in-folio. Les in-4^ sont généralement plus nombreux dans une bibliothèque que les in-folio ; mais leur proportion est pourtant encore assez faible. Si donc vous réservez 4000 numéros pour les in-folio, vous pourrez parfaitement en réserver 6000 pour les in-4", peut-être plus. Vous ne commencerez donc pas Tinscription des in-8° avant le numéro 10,001. Une fois arrivé aux in-8% vous pouvez aller en avant : comme vous n'avez plus de formats inférieurs a noter, vous avez à votre disposition une suite aussi indéfinie de numéros que vous pourrez désirer.

Cette manière de procéder qui, au premier abord, semble en contradiction avec le principe posé plus haut, que les numéros doivent se suivre sans interruption, est cependant absolument nécessaire, si Ton ne veut pas confondre a chaque instant les formats. Nous ne supposons pas, en effet, qu'il s'agisse d'une bibliothèque absolument fermée, et qui, par conséquent, ne doive -plus, dans la suite, recevoir aucun accroissement. S'il en était ainsi, il est incontestable qu'après le dernier in-folio inscrit, on devrait prendre immédiatement, et sans lacune le premier in-4", de même qu'après le dernier in-4° on devrait inscrire de suite le premier in-8°. Mais ce cas ne se présentera que rarement, ou plutôt ne se présentera jamais. C'est pourquoi nous devons laisser, entre chaque format, un certain espace libre. Ainsi, si l'on arrive, par exemple, pour les in-folio au n° 1327, on laissera libres, en vue des accroissements futurs, les n°« 1328 a 4000, et on inscrira le premier in-4° sous le n*^ 4001. De même pour les in-4*, supposé que le dernier ouvrage de ce formatait atteint le n° 8215, on laissera libres, dans le même but, les n®^ 8216 à 10,000 et le premier iu-4** portera le n** 10,001. Il arrivera ainsi que, pour connaître le nombre d'oiivrages que possède la bibliothèque, il ne suffira pas de prendre le dernier chiffre inscrit, mais qu'il faudra faire l'addition du nombre des numéros inscrits a chaque format.

Nous croyons avoir suffisamment expliqué dans quel ordre et suivant quelles règles il faut inscrire les ouvrages de la

bibliothèque au registre d'entrée-inventaire. Mais nous avons remarqué aussi que cette inscription a surtout pour but de bien individualiser les ouvrages et de permettre de constater k chaque instant leur identité. Il faudra donc porter (et cela suffira) toutes les indications de nature k permettre sûrement la constatation de cette identité. G^est pourquoi, outre le numéro, on écrira le titre abrégé, mais le plus complet pos< sible, de Fouvrage, avec l'indication de Tédition, le lieu et la date de l'impression. S'il s'agit d'un ouvrage traduit, il sera bon de noter également le nom du traducteur. Il faudra, de plus, porter le nombre de volumes, mentionner les détails de reliure, ajouter au besoin les observations particulières (1) que pourrait suggérer l'inspection des volumes, et marquer la date d'entrée a la bibliothèque* Pour recevoir ces indications, on prendra les deux pages en regard du* registre, verso et recto, qu'on distribuera en un certain nombre de colonnes. Nous donnons ci-après le modèle proposé par l'instruction du 4 mai 1878. On remarquera seulement que le tracé proposé contient une série de colonnes étroites pour porter les absences aux récolements annuels '. nous en parlerons ailleurs (2).

(1) Les observations particulières dont il est fait ici mention ainsi que les détails de reliure et autres indications bibliographiques qu'il est bon de noter, s'abrègent généralement par raison d'économie de. temps et d'espace. Nous en donnons plus loin la nomenclature au paragraphe cinquième de cette section.

(î) Voy. infra^ 2^ partie, au chaf»tre de la comptabilité, sect. 2, § 5.

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Jusqu'ici, nous ne nous sommes occupé que * du registre d'entrée-inventaire lui-même. Mais les inscriptions qu'on y . porte supposent une autre opération, qui doit se faire concurremment : c'est celle du numérotage même des volumes. L'inventaire et ses numéros ne seront vraiment utiles, en effet, qu'autant que les volumes porteront les mêmes numéros d'une manière k la fois ostensible et autant que possible ineffaçable. Pour arriver à ce résultat, on procédera ainsi. On inscrira d'abord le numéro attribué a l'ouvrage au coin supérieur de la page du titre, à droite ; puis on répétera le même numéro sur une étiquette collée au dos du volume, près du talon. Si l'ouvrage compte plusieurs volumes, il faudra répéter ces deux inscriptions sur chacun des volumes. L'on aura ainsi deux sûretés pour une ; de sorte que, si l'étiquette du dos, qui est destinée à frapper d'abord le regard, se décollait et tombait, il resterait encore l'inscription placée a l'intérieur du volume.

En ce qui concerne les étiquettes, il est bon d'en choisir de rondes de préférence aux carrées : elles se décollent moins facilement. De plus, comme on les trouve généralement gommées d'avance chez les papetiers, remploi en est facile. Si elles ne l'étaient pas, on pourrait les coller avec de la colle liquide ou de la colle de farine saupoudrée d'alun, ce qui la défend contre les insectes.

Quant à l'inscription a mettre dans l'intérieur des volumes, elle exige une certaine précaution, a cause de l'habitude que l'on a prise depuis quelque temps d'imprimer les livres sur du papier non collé. La première chose a faire est donc de vérifier sur ce point la qualité du papier du titre. Pour cela on fait, le plus près possible du bord inférieur de la page, un petit point ou un petit trait avec la plume. Si ce point ou ce trait reste bien net, c'est un signe que le papier a été collé, et l'on peut écrire sans crainte. Si l'encre s'étend, en d'autres termes, si le papier boit, c'est un signe que le papier n'est pas ou est trop peu collé. L'on étend alors un peu de sandaraque sur le coin où l'on veut écrire, on la frotte légèrement avec le bout du doigt, et l'on essuie ; puis l'on écrit comme sur du papier collé : les chiffres tracés auront la même netteté, ou du moins une netteté suffisante. Avec un peu de pratique.

cette manière de rendre le papier non collé propre k l'écriture ne demandera pas un temps bien long. Il vaudra toujours mieux, d'ailleurs, écrire les chiffres a Tencre qu'au crayon, afin qu'ils ne soient pas exposés a s'effacer peu a peu par l'usage.

§ II. Catalogne alphabétique;

Le catalogue alphabétique a pour objet d'indiquer immédiatement où se trouve placé, dans la bibliothèque, tel livre dont on connaît a la fois l'auteur et le titre, le titre sommaire du moins. C'est un véritable dictionnaire, où les noms des auteurs' sont placés dans l'ordre des lettres de l'alphabet. Mais on comprend tout d'abord sans peine qu'il n'est pas possible d'écrire de prime abord sur un registre cette suite de noms dans un ordre convenable. 11 importe donc avant tout de les écrire tous séparément sur autant de bulletins ou de fiches, que l'on distribuera ensuite dans l'ordre voulu. Ce premier travail est indispensable, en ce qu'il permet de mettre sûrement chaque nom à sa place. Il suffira alors de recopier sur un registre toutes ces cartes dans l'ordre où elles se présenteront. Nous verrons plus loin la manière de placer toutes ces cartes a leur rang, pour en recopier ensuite le contenu sur un registre. Mais comment doit-on confectionner chacune de ces cartes, et quels principes doivent nous guider en cette matière? Puis, comment en fait-on le classement? Ensuite, quel mode de conservation peut-on employer? Enfin, de quelle manière se fait la transcription des cartes sur le registre a ce destiné? Tels sont les principaux points qu'il nous faut examiner.

A. ; — CONFECTIOX DES CARTES.

La confection des cartes doit être, de la part du catatographe, l'objet d'un soin tout particulier. Bien qu'elle ne soit en réalité, qu'un travail préliminaire (car on ne peut point, a proprement parler, appeler catalogue une collection de cartes) de sa régularité, cependant, et de la bonne disposition des renseignements portés sur les cartes, dépend en grande

38 Les LIVRES

paHie lu botine ordonnance du catalogue alphabétique, qu'ellcB serviront k faire. Quels sont donc ici les points qui doivent surtout appeler notre attention, et qu'il ne feut pas omettre de noter ? En un mot, comment faudra-t-il disposer chaque carte, pour la rendre d'un usage commode et utile ?

Et d'abord, en ce qui concerne la carte elle-même, elle sera de carton léger^ et aura au moins 10 centimètres sur 6 : il sera même généralement convenable de les tenir un peu plus grandes. Ces dimensions peuvent servir k la fois pour le catalogue alphabétique et pour le catalogue méthodique, dont nous parlerons plus loin.

La carte destinée au catalogue alphabétique comporte toujours au moins six indications, souvent sept, et quelquefois huit, savoir : le mot d'ordre,— le numéro attribué a l'ouvrage au re^stre d'entrée-inventaire, — le titre sommaire, — le lieu d'impression, — la date, *^ le format ; quelquefois il faut ajouter l'édition et le nombre de volumes, ou bien l'une ou l'autre seulement de ces mentions.

La première indication, et la plus importante, est celle que l'on peut appeler le mot d'ordre : c'est le mot qui doit être mis en relief, et que l'on cherchera quand on se servira du catalogue ; c'est le nom de l'auteur, ou le mot qui en tient la place. Ce mot^^la devra être bien détaché, écrit d'un caractère assez ferme, et occuper le haut de la carte k gauche. Au nom propre constituant le mot d'ordre, il sera bon d'ajouter entre parenthèses les prénoms, au moins par leurs initiales.

Le numéro qui répond a ce mot sur le registre d'entrée-inventaire occupera l'angle qui se trouve au haut de la carte k droite, sur la même ligne que le mot d'ordre.

Un peu au dessous, et en ménageant un espace suCTisant, on écrira le titre sommaire du livre : le titre entier ne doit être porté que sur le catalogue méthodique, où il sera toujours facile de le retrouver.

A la suite de ce litre sommaire, on mentionnera le lieu de l'imiuression^ou {dutôt cdui de la public&tioii (1), puis la date, et enfin le format du livre. Voici ua exemple :

(1) Pour les livres modernes, on se contente généralement d'indiquer le lieu. ou ils oat été publiés^ c'est-à-dire vm eu vente ; mais pour les

LES UVRKS

Vogel (H.)

La Photographie.

— Paris, 1854, in-8.

Outre ces indications, il faut aussi mentionner Tédition lorsque celle que nous avons k cataloguer n'est pas la première, et de plus le nombre de volumes s'il y en a plusieurs. Prenons, pour ce nouveau cas, l'exemple suivant :

Ozanam (A.-F.) 1247

Les Germains avant le christianisme. — £• éd, Paris, 1855, 2 vol. in-8.

, Cette disposition, comme on le voit, donne tous les renseignements que l'on peut désirer. Cependant, comme il y a certains points qui, dans la pratique peuvent soulever des difficultés, nous allons donner quelques règles générales relatives a la recherche du mot d'ordre, ainsi qu'à l'indication du lieu d'impression et de celle de la date de publication dans les titres que nous aurons k relever.

livres anciens-, et surtout pour les incunables, il est important de noter le lieu même de l'impression.

I. — Du. MOT d'oi\dre. En ce qui concerne ce premier point, nous puiserons surtout nos développements dans lexcellent Manuel bibliothécaire de Namur, ouvrage plein d utiles renseignements et de sages préceptes (1).

Pour le catalogue alphabétique, le mot d'ordre est :

1** Le nom de famille de l'auteur.

a — Si ce nom se trouve clairement indiqué sur le titre, on h prend pour mot d'ordre.

b — S'il se trouve après la préface, ou dans la dédicace, ou enveloppé d'une manière secrète entre les mots du titre même, ou si le nom est connu du bibliothécaire ; dans ces cas, on doit considérer l'ouvrage comme anonyme (2), faire un second bulletin pour le véritable auteur, et renvoyer au mot d'ordre adopté.

c — Si le nom de famille est abrégé, on prend le nom abrégé pour le mot d'ordre, en ajoutant a côté ou entre parenthèses le nom en entier.

d — Si le nom de famille n'est indiqué que par sa lettre initiale, alors on considère l'ouvrage comme anonyme, à moins que le bibliothécaire ne sache la vraie signification des lettres initiales ; dans ce cas, on suit les règles indiquées sous les lettres 6 et c.

Un nom fictif ou pseudonyme (3) passe, dans le catalogue, pour le vrai nom de l'auteur, de même qu'un nom ana-

(1) Manuel du Bibliothécaire, accompagné de notes critiques, historiques et littéraires, par M. P. Namur. Bruxelles, i834, in-8».

(2) La qualification d'anonyme convient, suivant l'étymologie du mot (à priv., V euph., et ôvo|:xa, nom), à tout ouvrage dont on ne connaît pas l'auteur. Mais, comme il peut fort bien se faire que l'on connaisse le nom de Fauteur, sans que l'ouvrage cesse pour cela d'être anonyme, nous appelons ainsi, avec le savant auteur du Dictionnaire des anomjmes, tout ouvrage sur le frontispice duquel l'auteur n'est pas nommé. Il pourra y avoir alors différentes classas d'anonymes suivant qu'on sera parvenu,

, d'une façon ou d'une autre, par la préface, l'épître dédicatoire ou autrement, à connaître le nom de l'auteur, ou suivant que ce nom sera resté ignoré. Mais pour toutes ces classes, la qualification générale d'anonyme sera toujours exacte.

(3) On appelle, d'une manière générale, pseudoriyme soit l'auteur qui a publié un ouvrage sous un faux nom,soit l'ouvrage même qui a paru sous un nom supposé. Il y a plusieurs espèces de pseudonymes ; ainsi, on peut distinguer : des allonymes, des hérétonymes, des cryptonymes. On

gramme (1). On met entre parenthèses et k côté du nom fictif ou anagramme la particule {sic)y et Ton renvoie à un second bulletin qui porte le vrai nom de Tauteur.

e — Si plusieurs auteurs ont travaillé k la composition d'un ouvrage, on peut considérer l'éditeur comme auteur; et, si l'éditeur n'est pas connu, on peut choisir un mot d'ordre parmi les noms indiqués, en renvoyant a ce mot d'ordre les différents auteurs ou collaborateurs.

Dans le cas encore où un ouvrage aurait plusieurs auteurs, et qu'il se trouverait indiqué dans une édition sous le nom de l'un, et dans une autre édition sous le nom d'un autre, on pourrait prendre pour mot d'ordre l'un ou l'autre nom, mais en ayant soin de faire des cartes de renvoi pour les noms néghgés.

S'il s'agissait d'un ouvrage traduit, on prendrait pour mot d'ordre l'auteur ou l'un des auteurs, et, a défaut d'auteurs indiqués, le traducteur ou l'un d'eux, s'il y en avait plusieurs : dans tous les cas, on ferait toujours des cartes de renvoi pour les noms omis.

f. Il arrive souvent qu'un auteur a deux ou plusieurs noms de famille, ou que ses prénoms sont diflficilôs k distinguer du

appelle allonyme (uXkoq, autre, et ovo,a« nom) celui qui publie un ouvrage sous le nom d'un autre . On emprunte ordinairement, dans ce cas, le nom de quelque auteur de réputation, pour assurer le succès d'un œuvre qui peut n'être pas sans mérite, mais qui, signée d'un nom inconnu, risquerait de passer inaperçue, ou du moins d'être accueillie sans grande faveur. — Hétéronyme convient à celui qui prend un nom autre que le sien (irspoç, autre, différent y etôvOjaa).L'hétéronyme diffère dePallonyme, en ce qu'il ne recherche pas le nom de quelque auteur pour profiter de sa réputation, mais qu'il se borije à en prendre un quelconque autre que le sien. — Enfin le crijptony me [v.^jt:tm, je cache, et ovo/xa) est celui qui cache, qui déguise son véritable nom, en transposant les lettres de manière à former un nom différent. Ce nouveau nom constitue ce que l'on appelle un anagramme. (Voy. la note suiv.)

\i)V anagramme (àvà, en arrière, et ypa/i^aa, lettre) consiste dans la transpositio.i des lettres d'un mot ou de plusieurs mots, de manière que le nouvelle arrangement forme un autre nom ou d'autres mots ayant un sens différent. On a fait des anagrammes de bien des manières. Ainsi, de logica on en a fait caligo ; des mots Révolution française, on a fait, en parlant de Bonaparte, Un Corse la finira. Quoi qu'il en soit, le goût des anagrammes est passé. Il ne faut pas le regretter ; car on l'a dit avec raison, c'est là un triste métier.

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nom de famille; dans ces cas, on peut choisir pour mot d'ordre le dernier des noms indiqués : on fait alors, pour chacun des autres noms, autant de bulletins qui renvoient au mot d'ordre adopté.

g. Souvent on choisit pour mot d'ordre les prénoms des personnes qui sont élevées k une nouvelle dignité, par exemple : les princes, tes papes, les évéques, les carmélites, etc. la même chose a souvent lieu pour les noms patronymiques auxquels on peut assimiler ici les noms de terre ou de fief, et même certains surnoms. Ainsi pour Charles d'Orléans, on prendrait pour mot d'ordre Orléans^ en le faisant suivre du mot Charles^ entre parenthèses.

2*» A défaut du nom de famille de l'auteur, on prendra pour mot d'brdre le nom d'un sujet pouvant être regardé comme remplaçant le nom de l'auteur, par exemple, celui de l'éditeur, 'du traducteur, du commentateur. Le nom du copiste des manuscrits ne peut cependant pas être regardé comme remplaçant celui de l'auteur, et ne sera pas, en conséquence, pris pour mot d'ordre.

Z^ Pour les livres anonymes, le mot d'ordre pourrait être le substantif principal du titre. Mais, comme dans certains titres on pourrait hésiter dans la détermination du substantif principal, il sera plus simple et d'une règle plus sûre de prendre toujours le premier substantif. Ainsi dans ce titre : Bibliothèque de l'École des Chartes^ quel est le substantif principal? Est-ce Bibliotfièquel Est-ce École 1 Est-ce Chartesl Il y aura certainement lieu a hésitation. Pour trancher alors toute difficulté, nous prendrons le mot Bibliothèque.

Il peut arriver qu'après le vrai titre d'un ouvrage, il y en ait un autre pour servir d'explication au premier, ce qui est indiqué juste soit par le mot ow, soit par la locution c'est-à-dire, et que dans ce second titre seulement se trouve le nom de l'auteur ou celui de son remplaçant : dans ce cas, on peut prendre ce nom du second titre pour mot d'ordre. Dans tout autre cas, les mots du premier titre doivent avoir la préférence.

4» A défaut de substantif, on prendra le premier mot du titre.

Pour ce qui regarde les éditions du xv'' et du commencç-

meni du xvi" siècle, le titre est souvent enveloppé dans la préface, ou k la fin de loiivrage, avec le lieu d'impression et la date, sous la formule : Finit féliciter^ etc. ; souvent même il n'y a pas de vrai titre. D'ans ce cas le bibliothécaire devra faire ressortir le vrai titre où, s'il est embarrassé, recourir aux ouvrages qui traitent des éditions du xv* et du xvi* siècles.

Quant aux écrits académiques {Programmata, séries^ etc), quoique leurs titres n'indiquent pas toujours le contenu de l'ouvrage, il est cependant nécQ^saire de les maintenir pour la copie des titres, en mettant seulement k la fm de cette copie le vrai titre entre parenthèses. En outre, si ces recueils contiennent des morceaux d'auteurs qui se soient nommés, on fera pour eux des cartes de renvoi au mot d'ordre adopté ; k moins que ces morceaux ne soient l'objet principal de la publication, auquel cas on en' choisirait l'auteur pour mot d'ordre, et le titre de leur travail serait le véritable titre k retenir.

Il peut arriver aussi qu'un ouvrage ait deux titres, (l'un de l'ouvrage entier, Tautre d'une partie qui, étant séparée, fait un ouvrage k part) : dans ce cas, on choisit le mot d'ordre du titre général, en renvoyant k celui-ci pour les ouvrages qui sont contenus dans cette collection, et pour lesquelles on fait desHîopies de titres séparées.

Quelquefois aussi on trouve des ouvrages dont les titres sont écrits en plusieurs langues k la fois. Il faut alors choisir le mot d'ordre dans le titre qui est écrit en caractères latins ou en caractères qui leurs ressemblent le plus.

Aux règles ci-dessus exposées concernant la manière de trouver sûrement dans un titre le mot d'ordre, il faut ajouter quelques observations sur la manière de l'écrire. Il nous suffira, pour cet objet, de noter les points suivants :

1^ Tous les mots d'ordre, noms de famille ou substantifs, doivent se mettre, sur la copie du titre, au nominatifs singulier ou pluriel, suivant que le titre l'exige.

2° Quand un mot d'ordre se trouve écrit tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, on choisit la forme la plus ordinaire et on fait des bulletins de renvoi pour toutes les autres. Ainsi les noms propres d^s personnes qui sont traduits dans une autre langue, de même que les mots qui ont seulement changé

d'orthographe, lorsqu'on doit les prendre pour mots d'ordre, s'écrivent dans la langue où ils paraissent le plus souvent, ou avec leur orthographe la plus ordinaire, en faisant des cartes de renvoi pour les autres formes. Ainsi pour Virgiliûs.Vergil, Virgile, on prendra pour mot d'ordre la dernière de ces formes, et on y renverra les deux autres.

5« Si le titre d*un livre est écrit dans une langue dont les caractères diffèrent des caractères latins, par exemple, en caractères allemands, grec», hébreux, etc., le mot d'ordre sera, pour l'uniformité des copies, écrit en caractères latins. Quant au titre lui-même, il sera bon de le copier avec ses caractères naturels, a moins que le catalographe n'en ignore l'écriture, auquel cas il pourra l'écrire en lettres latines. A plus forte raison si le titre est écrit d'abord en caractères étrangers, puis traduit et répété en caractères latins, c'est a cette dernière forme qu'il faudra donner la préférence.

4*» Les mots d'ordre composés, comme Van Praet, Van Mons, La Fontaine, La Rochefoucauld, doivent être considérés comme ne faisant qu'un seul mot. Mais si la composition provient de l'adjonction devant un nom propre, de quelque particule indiquant un titre de noblesse, cette particule se sépare et se met a la suite entre parenthèses, et le nom propre luimême devient le mot d'ordre. Ainsi Van Praet, Van Mons seront placés sous la lettre V, La Fontaine sous la lettre L, De Bry sous la lettre D ; mais de Reiffenberg, van Aelbroeck, von Schlegel seront rangés parmi les lettres R, A, S, et non parmi les D, V.

II. DU LIEU d'impression ET DE LA DATE. — Nous nous arrêterons ici aux quelques règles suivantes :

!• Les noms des lieux d'impression doivent se mettre, sur la copie des titres, au même cas où on les trouve, et non pas au nominatif, comme nous l'avons vu pour le" mot d'ordre ;

2" La date se marque toujours en chiffres arabes, cette forme étant la plus lisible et la plus simple. Toutefois, pour les incunables, il est d'usage d'écrire la date en chiffres romains ; mais alors, pour éviter tout danger d'erreur dans la lecture, on répète, k la suite et entre parenthèses, cette même date en chiffres aral)es :

3*^ Si Tune ou Tautre de ces deux indications manque dans le titre, on la remplace par un tiret ( — ), ou mieux encore par la mention abrégée de la partie manquante. Ainsi pour le lieu d'impression, on mettra s. l. (sans lieu) ; pour la date, s. d. {sans date) ; si les deux indications manquent a la fois, on les remplace par la mention s. L n. d. {sans lieu ni date).

Si cependant le catalographe connaissait Tun ou Tautre, il pourrait, après la mention de l'absence, ajouter entre parenthèses la date ou le nom qu'il a découvert.

Quant aux noms de lieux reconnus fictifs, le catalographe les inscrit tels qu'il les trouve ; puis s'il connaît le véritable nom, il le met aussi entre parenthèses a la suite du nom fictif. La même règle est applicable aux dates qui ont pu être changées ou mal imprimées ;

i"* Si tous les volumes d'un ouvrage ne portent pas la même date et le même lieu d'impression, il est nécessaire d'indiquer cette particularité sur la copie du titre. Cependant, pour ne pas trop surcharger cette copie, il est d'usage, en ce qui concerne le premier point, de n'indiquer que les deux dates extrêmes en les réunissant par un trait d'union. Ainsi : 1840-1847, ou 1840-47. Pour les lieux d'impression, lorsqu'il y en a un certain nombre, on prend les deux premiers ou les deux plus connus, en les réunissant aussi par un trait d'union et en les faisant suivre de quelques points. Ainsi : Paris-Lyon....

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