GRADUELLE
membres ne sont point k portée de connaître tous les candidats et d’apprécier leurs degrés de mérite. Avec ce mode graduel , toute grande erreur est comme impossible : on n’a pointa redouter les effets de l’intrigue , amie ou ennemie, quand on ne peut choisir un juge permanent que parmi des candidats éprouvés dans la place de délégué, ni élever au rang suprême de juge d’appel , que des hommes qui ont mis leur caractère et leur capacité en évidence dans les fonctions de juges permanents. L’opinion publique sera comme un guide infaillible ; et si les talents spécieux l’emportent quelquefois sur des talents plus réels, il ne faut pas oublier que les apparences mêmes sont des réalités sur ce grand théâtre de la justice.
« Mais le système graduel , fort convenable aux hommes ordiuaires, arrêtera la marche d’un génie transcendant : inventé pour la consolation des esprits médiocres , il est l’éteignoir des talents supérieurs. S’il peut prévenir quelques mauvais choix peu probables , il est plus certain qu’il en empêchera de très bons. »
Cette objection serait tout-à-fait décisive s’il s’agissait du département militaire, où le salut de l’état peut requérir des exceptions à la règle générale. Mais l’état de juge demande-t-il des qualités extraordinaires ? non : il requiert du discernement, de la présence d’esprit, la faculté de saisir , de retenir, de comparer les différentes scènes et les diffé-