CHAPITRE VI
PREUVES DE l'intégrité (*) DE l'aNCIEN
Nous trouvons déjà des preuves de cette intégrité dans ce que nous avons dit p. i5 — 169 du Pentateuque samaritain, et dans les détails que nous venons de donner sur des églises juives, dispersées en Asie dès les temps de Tère chrétienne.
Le Pentateuque samaritain découle d'une source spéciale ; il nous représente bien le texte qui» lors du schisme, étoit entre les mains des dix tribus; les manuscrits de ce Pentateuque ont été soigneusement collationnés; ils nous donnent, à de lé-
{*) Conservation à l'abri d'altërations graves.
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gères diflférences près, le même texte que rhëbreu. La démonstration qui en résulte n'est-elle pas complète?
Quant aux Juifs de la Chine et du Malabar , ]a preuve qu ils fournissent n'est pas aussi forte, parce que leurs mariuscrits sont moins bien étudiés, et parce que leurs synagogues ne sont pas restées depuis des milliers d'années, sans communication avec les Juifs d'Europe, comme celles des Samaritains. Mais cependant, s'ils ne nous assurent pas un argunfient décisif en faveur de l'intégrité, ils nous ofirent au moins une présomption d'une grande force.
Au reste, des argumens plus directs sont à notre portée. Us exigeroient seulement, des développemens scientifiques, que l'on ne s'attend point à rencontrer ici. Je veux me borner à rappeler -les deux preuves indiquées p. 2^. Ce sont la multiplicité des versions anciennes
qui ont reproduit Tancien code, et le soin des Juifs pour nous le transmettre et nous le conserver. Ces preuves ont ceci de remarquable, qu'outre Tintégritë de l'ancien Testament, elles démontrent encore la protection spéciale dont la Providence la couvert. Dieu ne vouloit pas seulement que les oracles précurseurs du Christ nous parvinssent dans leur pureté, il vouloit de plus que nous ne pussions pas même douter de leur origine antique et par conséquent divine. Il vouloit que, le voyant lui-même en quelque sorte veiller à leur conservation, nous crussions les recevoir immédiatement de lui comme les Juifs , en dépit de la distance des siècles et des lieux.
h L'ancien Testament a été traduit dans un grand nombre de langues, mais les seules versions dont nous voulions
parler ici? sont celles qui remontent à Fère chrétienne ou environ, A cette grande ëpoque, presque tous les livres de Tancienne loi avoient été traduits en chaldéen , pour Tusage des Juifs d'orient auquels le véritable hébreu devenoit toujours plus étranger; en grec, pour l'église juive d'Alexandrie, qui le connoissoit moins bien encore. Us le furent peu après en syriaque pour les chrétiens d'Édesse et de Nisibe, Ces trois versions se sont conservées ; nous en possédons des copies et des éditions nombreuses, et sauf quelques diversités sans importance , elles nous représentent le même texte , les mêmes livres , les mêmes oracles, et les mêmes phrases. Cependant cet accord n'est point le résultat d'une intention des interprètes, ou d'une fraude des savans. Ces trois sœurs , une fois sorties du sein de leur mère commune, ont été séparées pour toujours
par les événemens, et par une rivalité qui subsiste encore. La version chaidéenne, soigneusement conservée et consultée par les Hébreux , est restée inconnue aux chrétiens pendant les premiers âges de réglise y et n'est entre leurs mains que depuis deux à trois siècles. Les chrétiens de Syrie ne connoissoient guères plus la version grecque, que les Grecs ne connoissoient la syriaque ; la version grecque, propagée dans tout l'occident, traduite à son tour en latin, et devenue sous cette seconde forme, l'objet du respect exclusif de l'église romaine , n'avoit garde de rien emprunter aux autres , que les Occidentaux d'ailleurs ne connoissoient point. Le concert de ces trois témoins est donc d'autant plus remarquable qu'ils n'ont jamais pu s'entendre, que ces versions étoient la propriété d'églises, rivales et de religions ennemies , l'ouvrage d'adversaires acharnés ,
( i5i ) de chrétiens et de juifs, de chrétiens d'orient et de chrétiens d'occident, de Juifs de Palestine et de Juifs d'Alexandrie. Elles s'accordent cependant entre elles. Elles nous donnent donc avec certitude le texte antique et vrai de l'ancien Testament, tel qu'il existoit avant Jésus-Qirist.
IL De ces trois versions, la grecque (connue sous le nom de version des septante), fut long-temps presque seule en usage chez les chrétiens. Elle étoit mise par les fidèles de Constantinople et d'Egypte, au-dessus même de l'original hébreu dont ils ignoroient presque l'existence. Sous sa forme latine , avons-nous dit , et sous le nom de Vulgate y elle régnoit sans partage sur l'église d'occident. Si pendant qu'elle étoit seule connue du Nil à la Tamise et du Pont^Euxin au Tage , le texte hébreu et s^ version
chaldéenne, ignorés des chrétiens et mal connus des Juifs, se fussent perdus, qu'en fût-il résulté pour la religion ? Que Tauthenticité des oracles sur lesquels s'ap-* puie le Christianisme, n'auroit eu pour garans que les chrétiens eux-mêmes; qu'on eût pu traiter ceux-ci de juges partiaux y de dépositaires infidèles , et que rincrédulité avide d'objections , les eût un jour accusés d'avoir eux-mêmes fabriqué les antiques prophéties dont leur religion se tai^oit, prophéties que quinze siècles d'ignorance et de disputes , leur auroient bien pu donner le désir, le besoin et l'occasion d'inventer. Cette, objection eût été grave , mais Dieu luimême s'est chargé de la prévenir. Pendant ces quinze siècles , les Juifs conservoient le code hébreu , et quand le moment fixé par la Providence est venu, sans en abandonner la garde, ils l'ont laissé lire aux chrétiens. Ceux-ci y ont
trouve des armes puissantes , qui tiroient une force nouvelle des mains dans lesquelles elles étoient déposées, ces mêmes oracles qu'ils révéroient depuis quinze siècles, quelques-uns encore plus clairs et plus décisifs. Pendant quinze siècles , les Juifs seuk Font étudié,* ce texte , Font copié , analysé , et enfin imprimé.
Ils ont veillé sur ce précieux dépôt avec la persévérance obstinée, la passion d'un avare qui garde son trésor. Qu'on en juge par les détails suivans. Du troisième au onzième siècle, deux académies juives , établies Fune à Babylone , l'autre à Tîbériade , n'ont pas cessé de s'occuper du code hébreu; non pas de son sens ou de ses préceptes , mais de sa forme, des mots , des lettres dont il étoit composé* Pendant huit cents ans, il s'est trouvé des savans nombreux et célèbres , qui , dans deux académies , ont dévoué leur existence à compter et décrire ces
lettres et ces mots, à distinguer les consonnes, les voyelles, les accens, combien d'une espèce , combien d'une autre , à retourner de toutes manières leurs fastidieux et insignifians calculs.* Nous les possédons encore , ces calculs ; et qui auroit la patience de les vérifier , y trouveroit peut-être la preuve mathématique de l'intégrité du texte hébreu. Ce travail n'excite sans doute que le rire de mes lecteurs. N'oublions pas cependant que si cette gigantesque niaiserie des anciens rabbins, étoit parfaitement inutile à leurs contemporains et à leur église , Dieu vouloit qu'elle fût garant à la nôtre de leur fidélité vigilante quoique machinale , à préserver l'intégrité de l'ancien Testament. Qui oseroit maintenant douter de l'authenticité des oracles , dont de tels hommes ont été constamment les dépositaires? Qui oseroit supposer qu'ils ont falsifié ce livre dont ils semblent
adorer les moindres iotas^ et qu'ils Font falsifié contre leur intérêt propre , en faveur de cette Eglise chrétienne qui les persécutoit et qu'ils abhorrent? Non; Dieu n'a pas voulu qu'un homme sensé pût même croire une telle falsification possible.