CHAPITRE III
OBJECTIONS CONTRE l’oVARIOTOMIE.
Lès objections que l’on a faites contre l’extirpation des tumeurs ovariques sont de diverses sortes.
À. On a dit que c’était une opération barbare, effroyable, inhumaine.
— Cette objection ne laissait pas que d’être trèsspécieuse avant I8/16, épOqùe de la découverte par Jackson des merveilleuses propriétés anesthésiques de l’éther, bientôt remplacé, en 1847, par le chloroforme. Jusque-là les pauvres malades étaient obligées d’assister vivantes en quelque sorte à leur autopsie, et l’on comprend aisément tout ce qu’une pareille situation présentait do cruel et exigeait de résolution dans le cours d’une opération souvent si longue et si difficile. La cliloroformisation de la malade, en anéantis-
Di; L OVARIOTOMIK.
sanl passagèrement la (acnllécle sentir, la conscience dé soi et la perception des objets qui nous entourent, fait rentrer rovariotomie dans le cas des operations ordinaires.
B. L’extirpation des tumeurs abdominales (tumeurs des ovaires, tumeurs fibreuses de la matrice, etc.) a été condamnée, refioussée, décIaiMM.' impraticable ou trop dangereuse par des chirurgiens célèbres.
— Ce qui prouve le peu de fondement de cette objection, c’est que Tovariotornie, l’exlirpalion des tumeurs fibreuses interstitielles et sous-péritonéales de la matrice, etc., ont été déjà pratiquées un très-grand nombre de fois, avec des résultats de plus en plus favorables et encourageants.
Les ovariotomistes sont déjà parvenus :à triompher en Angleterre, à la suite dos remarquables résultats obtenus par MiM. C. Clay, S. Wells, B. Brown, Walno, Bird, Lane, Keith, T. Smith, apiès nombre d années de lutte contre les préventions et le découragement provenant des opérateurs malheureux dans leurs tentatives.
C est surtout depuis 1859 que rovariotomie a été activement pratiquée en Angleterre. M. S. Wells n’a commencé ses opérations qu’en 1858; M. T. Smith ne s est engagé dans le camp des ovariotomistes qu’en 1860, après avoir été pendant vingt ans l’adversaire de rovariotomie. D’tin autre côté, M. Simpson (1),
(-1) Simpson, The oluslet. mem. and contrihul. Kdimbourg, 1855, t. l,p. 2(î3.
OIUKCTIONS CONTIIK l’oVAKIOTOMIK. 57
quüKuril il’ait pralitiiié pour la première fois l’exlirpalion (l’une tumeur ovarique qu’en 1863, s'étail déclaré partisan de l’opération dès IBilô.
En France, les préventions qui existaient contre les témérités de la chirurgie américaine étaient si grandes qu’elles nous avaient rendus incrédules aux statistiques, lorsque déjà des chirurgiens considérables de Londres et de i^lanchester étaient arrivés à faire admettre l’ovariotomie au nombre des opérations courantes. Cependant, en 1861, le professeur Nélaton, dont l’opinion avait été jusqu’alors défavorable à l’ovariotomie, concluait, au retour de son voyage à Londres, qu’il y avait lieu d’encourager au lieu de blâmer les chirurgiens disposés à pratiquer l’ovariotomie (juand ils le jugeraient nécessaire. Malheureusement, les insuccès de ce célèbre chirurgien, et ceux d’autres chirurgiens de Paris ne tardèrent pas à faire retomber momentanément l’opération dans la défaveur.
De môme en Allemagne, la pratique de l’ovariotomie , longtemps repoussée , irrésolue dans son essor, puis encouragée par les paroles et par l’exemple de V. Riwisch, retomba dans un complet discrédit, à la suite des tentatives malheureuses des chirurgiens allemands.
M. V. Scanzoni «considère cette opération comme une témérité chirurgicale. Lors môme que les statisti- (jiies que l’on a publiées constatent un nombre assez considérable de guérisons, et démontrent ainsi que l’issue de l’opération n’est pas nécessairement moi-
DK l’üVAUIOTÜMIK,
telle, l’éminent gynécologisle ne peut cependant pas se prononcer en laveur d’une méthode qui a enlevé à un Langenbeck cinq malades sur six, et h Kiwisch quatre sur cinq. Si des opérateurs si distingués que ceux qui viennent d’ôlre nommés doivent publier des résultats si défavorables, comment des chirurgiens moins habiles pourraient-ils ne pas perdre courage (1)?»
Ces arguments ont une apparence de vérité, mais ils n’engagent pas l’avenir. Des circonstances particulières n’ont-elles pas influé sur les résultats? Les indications ont-elles été comprises de la même manière par des chirurgiens plus heureux? Ne faut-il pas rechercher dans les indications et dans les circonstances particulières de l’opération, du traitement consécutif, l’explication des succès et des revers, au lieu d’attribuer au hasard, ainsi que beaucoup le supposent, le secret de la réussite? Quoi qu’il en soit, il y a lieu d’espérer que l’extirpation des tumeurs abdominales sera reprise en Allemagne dans des conditions meilleures, èt qu’elle finira par s’acclimater en France ainsi que partout ailleurs.
C. On a émis l’idée que le succès qu’obtiennent en Angleterre les grandes opérations est une question de race, et que les Anglais sont plus réfractaires aux accidents qui les suivent, par une sorte de privilège physiologique. On a été jusqu’à prétendre «que les
(1) Scanzoni, Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme, trad. franç. Paris, 1858, p. 406.
OBJECTIONS CONTUE l’oVARIüTOMIE.
Anglais opérés en France guériraient avec le même bonheur que chez eux, et que les Français opérés en Angleterre trouveraient les mômes funestes accidents, qui viennent compromettre pour nous et anéantir le succès des opérations les mieux conduites (1). »
— Les succès obtenus en France, en province, dans ces derniers temps, réfutent suffisamment ces assertions malencontreuses. Sur 26 opérations qui ont été pratiquées en province, depuis 1860, il y a eu 10 cas de mort dont plusieurs sont restés inédits, et 15 guérisons , c’est-à-dire une proportion de succès plus forte que celle qui a été obtenue par la moyenne des chirurgiens anglais, tandis que sur 16 ou 17 opérations pratiquées à Paris et dans les environs, on ne compte que 3 succès. Ces chiffres sont ; je pense, suffisamment convaincants. Malheureusement , les insuccès si déplorables des chirurgiens de Paris discréditent l’opération, et renouvellent les anciennes préventions contre l’ovariotomie , dans l’esprit du public et de beaucoup de médecins, qui ne se rendent pas exactement compte des conditions dans lesquelles les opérations ont été pratiquées.
D. Envisagée à un point de vue général , l’ovariotomie a offert jusqu’ici une mortalité considérable.
— La mortalité dans l’ovariotomie n’est pas inhérente à l’opération en elle-même, lorsqu’elle est pratiquée dans des conditions convenables, elle est en
(1) CtiaulTard, Considérations touchant l’influence des races sur le résultat des opérations chirurgicales, dans Gaz. hebd. de méd. et de chirurg., 1863, p. llh.
DE l’oVARIO'IÜMIE.
{général le fait des opérateurs et des circonstances dans lesquelles elle a été entreprise et pratiquée.
Indépendamment des opérations malheureuses pratiquées par des chirurgiens renommés, et dont les malades ont succombé par suite de circonstances indépendantes du plus ou moins d’habileté avec laquelle elles ont été faites, un grand nombre ont été entreprises par des opérateurs téméraires, inexpérimentés ou même ineptes. La pratique de l’ovariolomie, si formidable dans certains cas, réclame, de la part du chirurgien qui veut s’y appliquer, des qualités que l’on rencontre rarement. Bien des médecins, séduits par la facilité de certaines opérations, ou émerveillés par les suites parfois insignifiantes d’opérations très-graves, ont opéré d’une manière irréfléchie et sont tombés sur des cas difficiles, sans avoir d’abord mesuré
quid ferre recusenl,
Quid valcant liumeri.
On a rendu l’ovariotomie, l’extirpation de l’utérus et des tumeurs fibreuses, justiciables d’opérateurs hasardeux, d’opérations contre-indiquées, ou de procédés périlleux inapplicables à l’extirpation des tumeurs ovari(|ues et utérines. C’est ainsi, par exemple, que M. Heyfeldor, chirurgien des plus distingués, a perdu trois opérées par des hémorrhagies consécutives, |)arce qu’il s’était contenté de faire la torsion des artères. Quantité d’opérées sont mortes par défaut de soins consécutifs bien entendus, ou par suite de pro-
OBJKCTIONS CONTRE L OVARIOTOMIE.
Irl
cédos opéraloires vicieux. D’aulres enfin sont mortes de faiblesse exlrûme, dans des circonstances où l’ovariotoinie était formellement contre-indiquée, ou bien où elle était pratiquée en quelque sorte in extremis, et quand les malades n’ont pu résister au traumatisme. Aussi, retournant l’argument et prenant en considération, non la statistique générale, mais les résultats , obtenus par les hommes dont le génie chirurgical est parvenu, après une longue lutte et bien des tâtonnements, il est vrai, à faire triompher de la répulsion que l’on éprouvait jusqu’alors pour l’extirpation des tumeurs abdominales, on ne peut s’empêcher de dire avec M. Fergusson (1), revenu de ses préventions : que cette opération est non-seulement justiciable, mais que, dans les cas heureusement choisis, elle est, en réalité, admirable.
D’après la statistitjue générale, on a obtenu une guérison sur 2 cas, soit environ 58 guérisons pour 100 cas, tandis que, d’après la statistique des chirurgiens anglais, qui ont fait le plus d’ovariotomies, tels que MM. C, Clay, S. Wells, etc., on a obtenu 2 guérisons sur 3 cas, soit le premier, 68 pour iOO , le deuxième, 67 pour 100; et même, en France, j’ai obtenu 3 guérisons sur h cas, soit 75 pour 100.
E. Une objection plus grave, que l’on a élevée contre rovariotomie, c’est l’incertitude et les difficultés du diagnostic.
— Les relevés statistiques constatent, en efl’et ,
(1) Fergusson, A System of practical surgery. l.ondres, 1857, p. 792.
DE l’ovariotomie.
qu’on a commis des erreurs de diagnostic graves, et qu’un grand nombre d’opérations ont été laissées inachevées, par suite d’adhérences trop solides ou trop étendues, que des opérateurs le plus souvent timorés , inhabiles et inexpérimentés n’ont pas cru pouvoir surmonter, ou auxquelles ils ne s’attendaient point.
M. R. Lee (l),en faisant le recensement de 162 cas d'ovariotomie, pratiqués dans la Grande-Bretagne jusqu’en 1850, démontra que dans 60 cas, dont 19 ont été mortels, la tumeur n’a pas été enlevée.
D’après M. Sawyer (2) , sur 10 cas d’opérations d’ovariotomie tentées ou pratiquées en Californie jusqu’en 1 860, 7 se rapportaient à des tumeurs de l’ovaire, 6 devinrent mortelles : l’opération , dans 3 de ces cas, fut interrompue et resta inachevée par suite de complications inattendues. Dans 3 cas, il y eut des erreurs de diagnostic.
D’après M. Hamilton (3), sur 51 cas d’opérations d’ovariotomie entreprises en Ohio jusqu’en 1859, 21 opérées se rétablirent après l’extirpation de la tumeur. Dans 3 cas , l’opération fut tout de suite interrompue par suite d’adhérences trop compliquées; les trois opérées se rétablirent. Dans 5 cas, il y eut des erreurs de diagnostic.
(1) R. Lee, An analysis of cases of ovariotomy wich hâve occured in Great Drilain, dans i]fed. chir. Transact., t. XXXIV, p. 10. Londres, 1851.
(2) Americ. Journ. ofthemed. sc., 1860, p. 46.
(3) Ohiomed, andsin'g. Journ. ,noy. IS.'iO.
OBJECTIONS CONTllE l’oVARIOTOMIE.
Sur Gi opérations tentées ou exécutées en Allemagne jusqu’en J 858, d’après M. Simon (1), 15 opérations sont restées inachevées, et il y eut une erreur de diagnostic dans 2 cas. On a obtenu 12 guérisons parfaites. .
Sur 56 opérations pratiquées ou tentées par M. S. Wells(2), l’extirpation du kyste a été commencée, mais non achevée, 3 fois, et 3 fois l’incision abdominale seule a été faite, par suite d’adhérences trop étendues; h de ces malades se rétablirent; les 2 autres succombèrent aux suites immédiates de l’opération. Dans 3 cas suivis de mort, il y eut une erreur de diagnostic. Sur 50 cas d’opérations achevées, il y eut 33 guérisons et 1 7 morts.
M. G. (jlay (3) a dû laisser l’opération inachevée 10 fois sur 103 cas; sur 93 cas 6û femmes ont été guéries, 29 sont mortes. Le nombre des erreurs de diagnostic est de 2.
M. B. Brown paraît avoir commis environ 10 pour 100 d’erreurs de diagnostic, et a obtenu une proportion à peu près égale do succès et de revers. L’opération a dû rester inachevée 1 fois sur 20 (û).
Moi-même j’ai commis une erreur de diagnostic. Sur 12 extirpations d’ovaires, il y a eu 3 morts et 9 guérisons (juin 186/i).
Enfin, d’après la statistique générale de M. J.
(1) Beürœge zur Geburlsk. de v. Scanzoni, t. III, Wurtzbourg, 1858.
(2) The Lancet, 20 déceaibie 1862.
(3) Worms, fie Textirpation des kystes de l’ovaire. Paris, 1860, p. 38.
(4) Id., loc. cü.
UE l’ovauiotomie.
Clay (1), jusqu’en 1860, 395 opérations ont été (enninées complètement. Dans 25 cas, on ne pratiqua qu’une extirpation partielle, mortelle ’Ui fois. Dans 82 cas, l’opéraiion dut être interrompue et laissée inachevée, à cause des adhérences ; par suite, 24 opdrées succombèrent. Dans 24 cas, l’opération fut tout de suite interrompue et abandonnée, soit parce qu’il n’existait pas de tumeur, soit parce que les tumeurs n’étaient pas ovariques : 16 de ces opérées se rétablirent. Enfin, toujours d’après la statistique de M. J. Clay, dans 13 cas, où il y eut des erreurs de diagnostic, 3 opérées échappèrent aux suites de l’opération. Cette dernière catégorie de cas est bien au-dessous de la vérité; car, rien que pour les erreurs de diagnostic, dans lesquelles des tumeurs fibreuses de la matrice ont été prises pour des tumeurs ovariques, le nombre des opérations est de lih environ, d’après mes relevés jusqu’en 1864, sur lesquelles 31 purent être terminées, et 13 restèrent inachevées : 25 opérées ont succombé. Cette sombre statistique, qui nous indique que sur un chiffre de 600 cas d’opérations entreprises dans l’intention d’extirper des tumeurs ovariques, 400 opérations, les deux tiers seulement, purent être terminées, et que, dans près de 200 cas, l’opération ne put être achevée, ou bien a été entreprise par suite d’erreurs de diagnostic, serait loin d’être encourageante, surtout si, en déduisant des opérations terminées la moitié des cas devenus
(1) J. clay, Chapters on diseases on lhe ovarics, translated from k'iwisch’s clinical lectures, wilh notes ond an appendix on the operation of Ovariotomy. Londres. ISfiO.
OBJECTIONS CONTRE l’oVARIOTOMIE.
mortels, on trouve que sur 3 opérations entreprises, on a obtenu 1 guérison, 1 mort et 1 insuccès, le plus souvent également mortel !
Si l’on défalque des chiffres précédents de la statistique deM. J. Clay, les opérations de MM. G. Clay et S. Wells, à cette époque, il reste 125 guérisons, 160 morts et 185 opérations inachevées et erreurs de diagnostic, soit, pour 100 cas : 31 guérisons, 33 morts et 36 erreurs de diagnostic et opérations inachevées!
S’il fallait s’en rapporter à cette statistique, ce serait à désespérer de l’avenir de l’ovariolomie.
De grands progrès ont été réalisés depuis le commencement de ce siècle, sous le rapport du diagnostic des tumeurs abdominales. L’application de la percussion, de l’auscultation, de la sonde utérine, etc. , des notions plus exactes, l’expérience acquise, tendent à rendre les erreurs moins fréquentes, en même temps qu’une pratique plus hardie tend à restreindre le nombre des opérations laissées inachevées ou interrompues, surtout entre les mains des chirurgiens capables.
D’ailleurs, M. S. Wells a fait observer avec raison, que des erreurs qui sont le fait des opérateurs ne sauraient faire condamner des opérations; qu’on n’abandonne pas la taille parce qu’on a ouvert des vessies qui ne contenaient pas de calculs; qu’on ne rejette pas les ligatures des artères pour des anévrysmes, parce qu’on a lié des artères non anévrysmatiques, etc.
F. On a reproché aux statistiques d’étre inexactes. On publie des succès, on passe sous silence les cas malheureux.
K(CUERI.É.
DE l’ovariotomie.
— Sans (Joule, les grainJcs statistiques ne sont jamais irréprochables, et l’on est en droit de forcer, ainsi que je l’ai fait pour la statistique de M. J. Clay, la proportion des insuccès; mais cette statistique, fûtelle complète, ne peut pas nous donner une idée exacte de la gravité de l’opération, précisément parce qu’elle porte sur tous les cas, à toutes les époques et dans tous les pays, sans tenir compte d’aucune circonstance. L’opération césarienne, qui n’a jamais réussi à Paris dans nombre de cas, l’ovariotomie, qui n’y a réussi qu’une seule fois sur 6, ne doivent pas pour cela être condamnées sans retour. Les résultats défavorables de la statistique d’une localité, les insuccès d’un opérateur donné, tiennent souvent à des circonsstances particulières, qui doivent être prises en considération. Pour apprécier la valeur et la gravité d’une opération, il faut tenir compte de toutes les circonstances dans lesquelles elle est pratiquée, du milieu, de la malade et de l’opérateur. En procédant ainsi, l’analyse critique d’une série de cas bien observés sera plus instructive que les statistiques les plus pompeuses ou les plus défavorables.
G. Enfin, une dernière objection, c’est que des femmes affectées de kystes ovariques peuvent vivre longtemps, en ne recourant qu’au traitement palliatif.
— S’il est incontestable que des femmes affectées de kyste ovarique ont vécu longtemps encore, cinq, dix, vingt ans et plus, en n’ayant recours qu’à des ponctions, il n’est pas moins cerlain que ce sont-là des exceptions rares. On cilede femmes qui ont été ponc-
OBJECTIONS CONTRE l’oVÀRIOTOMIE.
lionnées 20, 100, 200 fois. Mais, en résumant les slalistiquesde M. R. Lee (ùü cas), de Kiwisch (64 cas), de M. Soulham (20 cas), on trouve que sur 100 femmes ponctionnées pallialivemenl , 5^j pour 100 sont mortes un an après la première ponction, et parmi celles-ci un cinquième, ou 10 pour 100 d’entre elles, dans les premières vingt-quatre heures; 17 pour 100 ont succombé l’année suivante ; 8 pour 100 dans le courant de la troisième année, et 10 pour 100 dans un espace de temps variable de quatre à sept ans ; 2 pour 100^ furent guéries ; les autres malades (H p. 100) , ne purent être suivies ou succombèrent à des maladies, intercurrentes.
Dans les statistiques, les femmes qui ont vécu longtemps avec des kystes de l’ovaire figurent dans une proportion beaucoup trop considérable, parce qu’on a publié presque tous les cas à litre de curiosités, défaits remarquables, tandis que le chiffre déjà si grand de celles qui ont succombé tout de suite, dès la première ponction, est de beaucoup inférieur.
D’ailleurs, les kystes multiloculaires à petites loges, et les tumeurs solides ne se prêtent pas aux ponctions, et ne peuvent être traités que par l’extirpation,
. D’après M. R. Lee, sur 100 malades affectées de kystes de l’ovaire , et traitées seulement par des moyens médicaux, 26 vivent un an; 19, deux ans; 13, trois ans; 8, quatre ans; 23, cinq ans. La moitié des malades succombe dans un espace de deux ans, à partir du moment où les tumeurs ont acquis un volume appréciable.
DE l’ovariotomie.
Ces chiffres, comparés aux résultats les plus défavorables des statistiques de l’ovariolomie, justifient suffisamment le traitement par l’extirpation : car les injections iodées ne sont applicables qu’à un petit nombre de cas, ne sont pas sans danger grave, et ne mettent pas à l’abri d’une récidive, lorsque les kystes ne sont pas uniloculaires, ce qui est bien rare.
D’un autre côté, ne pratique-t-on pas des amputations, des résections, des ligatures d’artères, au moins aussi dangereuses, des extirpations de tumeurs cancéreuses, le plus souvent inutiles, chez des malades dont la vie n’était pas en danger immédiat, et qui pourraient vivre longtemps encore ?
En temporisant chez les jeunes malades, on arrive aux résultats suivants :
Un certain nombre d’entre elles succombent aux premières ponctions; chez d’autres, il survient des circonstances défavorables, qui rendent l’extirpation des tumeurs ovariques chanceuse ou impraticable, soit par le volume exagéré de la tumeur, soit par l’amaigrissement, l’affaiblissement extrême de la malade.
Chez d’autres malades surviennent des complications qui aggravent leur état et rendent également l’opération plus chanceuse ou impraticable. Telles sont les adhérences étendues consécutives à la péritonite, l’ascite.
Chez un petit nombre de malades, les circonstances restent favorables, même à la suite de ponctions répétées.
La temporisation doitêlre la règle chez les personnes
ARGUMENTS EN FAVEUR DE l’oVARIOTOMIE. 69
âgées de plus de trente-cinq à quarante ans, surtout si les tumeurs prennent un accroissement rapide et que leur contenu n’est pas limpide : ce sont ordinairement des cas de tumeurs cancéreuses, dans lesquels la ponction palliative seule doit être prise en considération.
GHAPITHE IV.
ARGUMENTS EN FAVEUR ÜE l’oVARIOTOMIE.
Nous pouvons résumer ainsi qu’il suit les arguments en faveur de l’ovariotomie.
A. Les tumeurs solides et les kystes multiloculaires de l’ovaire sont incurables par tout autre moyen que l’extirpalion, et sont nécessairement mortels dans un temps variable, mais en général très-court, surtout avant la ménopause. L’ovariotomie a pour effet, dans un grand nombre de cas, de rendre la santé et de prolonger indéfiniment les jours chez des malades dont l’existence était misérable ou presque éteinte, ou dont les jours étaient comptés.
D. Les ponctions simples des kystes uniloculaires sont simplement palliatives : elles produisent un soulagement momentané, mais elles amènent un dépérissement rapide, sauf quelques exceptions très-rares; elles sont aussi dangereuses que l’ovariotomie par l’hémorrhagie interne, et par la péritonite qu’elles occasionnent souvent. La mortalité, occasionnée par les ponctions simples, est au moins aussi fréquente que celle que l’on observe dans l’ovariotomie pratiquée convenablement. «
DE l’ovariotomie.
C. Les injections iodées ne sont applicables qu’aux kystes uniloculaires contenant un liquide séreux, incolore. Ce sont des cas très-rares : la majeure partie des kystes dits uniloculaires présentent des parties annexes, multiloculaires, qui so développent consécutivement, et qui tendent h reproduire la maladie. L’extirpation dos ovaires malades met à l’abri de la récidive. Les injections iodées, qui sont accompagnées nécessairement d’une ponction, ne sont pas sans danger grave. 11 en résulte, qu’en général, il y a avantage à traiter aussi les kystes uniloculaires par l’extirpation. Los ponctions successives et l’injection iodée doivent être réservées pour les cas où l’extirpation est contreindiquée par l’âge, l’état général^ la nature de la tumeur ou des circonstances qui rendent l’extirpation impraticable ou trop dangereuse.
D. L’ovariotomie, pratiquée en temps opportun, avant qu’il n’existe des complications graves consécutives à l’existence trop prolongée de la tumeur, aux ponctions, etc., que l’on a pratiquées, aux adhérences qui se sont formées, est une opération relativement d’une gravité très-faible, ainsi que l’atteste la statistique des opérations pratiquées par M. T. Smith qui, sur 21 cas bien choisis, puisque ce chirurgien n’a guère opéré que par une petite incision, n’a eu que 5 cas de mort. «T. Smith attribue ce beau succès au soin qu’il met à saisir les vraies indications de l’ovariotomie, à opérer surtout des cas simples ou des tumeurs’d’un* moyen volume et, autant que possible, n’ayant pas subi de ponctions antérieurement à l’ex-
ARGUMENTS EN FAVEUR DE LOVARlOTOMiE. 71
lirpatiou (1). » D’après les résultats de ma propre pratique, en déduisant 3 cas dans lesquels l'opération a été pratiquée à un âge avancé et dans des conditions défavorables, où néanmoins la guérison a eu lieu dans un cas, il reste 9 cas dans lesquels le diagnostic a paru favorable à l’extirpation, et sur lesquels 8 guérisons ont été obtenues. En procédant de même, poulies grands opérateurs anglais, on arriverait très-probablement à une proportion aussi satisfaisante.
Pour porter un jugement sur le degré de gravité de l’ovariotomie, il faut établir trois catégories de cas :
1" Les cas simples non compliqués ou peu compliqués, où l’état général de la malade n'est pas encore compromis, où le diagnostic est favorable avant l’opération. Dans ces cas, la guérison doit être la règle, la mort, l’exception,
: 2“ Les cas douteux, compliqués, où l’état général a
subi des altérations profondes. Dans ces cas où le pronostic est grave, l’opération ne peut être tentée que comme une dernière chance de salut : la mort est la règle, la guérison l’exception. Ce sont surtout ces cas arrivés in extremis qui se présentent dans la pratique et qui ont grossi le chiffre de la mortalité, beaucoup de chirurgiens ayant étéd’avisde n’opérer quelorsqu’il survient du dépérissement et des accidents sérieux.
3* Les cas qui, quoique compliqués, ne présentent pas toutefois de contre-indication grave, où les chances de guérison et de mort sont à peu près égales.
(1) Courly, Excursion chirurg, en Anglelerre. Paris, 1863, p. 13.
DE L OVAniOTOMlE.
Les perleclionnenienls introduits dans le manuel opératoire, des soinsconsécutifs à l’opération, mieux entendus, une plus grande précision dans le diagnostic, une connaissance plus exacte des indications et des contreindications, ont eu pour effet de diminuer le chiffre de la mortalité, et ont permis d’entreprendre et de terminer des opérations qui, jadis, étaient considérées comme inabordables ou qu’on laissait inachevées.