‹ De l'ozoneChapitre 15 sur 28 · INFLUENCE DES AGENTS ATMOSPHÉRIQUES SUR LA PRODUCTION DE L’OZONE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES AGENTS ATMOSPHÉRIQUES SUR LA PRODUCTION DE L’OZONE

Les variations du baromètre n’ont aucun, rapport appréciable avec celles de X ozonomètre.

La température , à première vue, paraît influer d’une manière plus directe sur l’ozone. En hiver il y a plus d’ozone qu’en été, et la nuit plus que le jour. Cependant les mois les plus froids (voy. tabl. II) ne sont pas ceux qui donnent le plus d'ozone, ni les mois les plus chauds ceux qui en donnent le moins. On peut dire cependant que, toutes choses égales d’ailleurs , la quantité d’ozone est en raison inverse de la température.

M. Schifferdecker dit dans son travail qu’il y a un rapport assez intime entre les oscillations de V hygromètre et celles de l’ozonomètre; que cependant, de temps à autre, on remarque un manque de coïncidence entre les deux données; et il ajoute, un peu plus loin, que la quantité d’ozone est proportionnelle à la force du vent, combinée à l’humidité de l’air.

En consultant nos registres d’observation, nous sommes amené à douter fortement que l'humidité accusée par l’hygromètre soit pour quelque chose dans la production de l’ozone. Sans doute, lorsqu'il se fait des précipitations de vapeurs d’eau dans l’atmosphère , on y trouve en même temps beaucoup d’ozone. Mais ce n’est pas l’eau en vapeur ou en suspension qui en est cause, c’est le phénomène de la précipi-

tation des vapeurs, comme nous le verrons un peu plus bas. La dissolution ou la suspension de ces mêmes vapeurs dans l’air (et c’est ce qui constitue l’humidité proprement dite) ne fait pas monter l’ozonomètre ; au contraire. Pour le prouver, nous citerons le mois de novembre 1853, dont nous avons déjà parlé. Pendant ce mois il a régné des brouillards très-intenses; l’hygromètre était toujours près de 100° et l’ozonomètre près de 0. Vers le milieu du mois suivant, les brouillards disparurent et aussitôt les papiers ozonocopes prirent une coloration très-intense. Pendant le mois de novembre 1855 ce fait s’est reproduit, quoique d’une manière moins tranchée, et, en général, les brouillards, même isolés, font descendre l’ozonomètre à zéro.

Si nous ne sommes pas d’accord avec M. Schifferdecker sur cette question, nous sommes au moins pleinement de son avis pour attribuer aux vents violents une grande influence sur la production de l’ozone. Tous les ouragans que nous avons observés ont été suivis d’une réaction très-forte de l’ozone et souvent de la réaction maximum. Chez nous, ce sont presque toujours les vents de sud-ouest qui amènent ces perturbations.

Les orages sont aussi suivis régulièrement d’une augmentation notable d’ozone, au moins ceux qui éclatent en plein sur le lieu d’observation. Nous avons constaté plusieurs fois qu’en exposant un papier ozonoscope au début d’un orage, il présentait déjà des traces de coloration au bout d’un quart d’heure ou d’une demie-heure. Lorsque les orages sont plus ou moins éloignés, ils ne modifient pas les indications de l’ozonomètre.

Les grêles sans orage, que nous n’avons d’ailleurs observées que très-rarement, n’ont paru exercer aucune action, ni positive, ni négative, sur la marche de l’ozone.

La neige est toujours accompagnée d’une très-forte réaction de l’ozone. Tous les observateurs ont remarqué ce fait.

Pour la pluie, la chose est moins évidente, ou plutôt moins constante. Les pluies fortes et brusques donnent lieu à une augmentation

d’ozone; il n’en est pas de même des pluies fines et continues. M. Schifferdecker a d’ailleurs constaté que la moyenne d’ozone des jours de pluie est plus élevée que celle des jours sereins.

Un tremblement de terre, qui s’est présenté dans le cours des trois années 1853 — 1856 (25 juillet 1855), n’a causé ni augmentation ni diminution extraordinaire de l’ozone.

En général, tous les phénomènes météorologiques qui sont accompagnés d’un fort dégagement d’électricité, produisent aussi une forte réaction de l’ozonomètre.

Il paraît donc probable que l’électricité atmosphérique est la principale cause productrice de l’ozone.

On nous objectera peut-être que les brouillards qui, d’après de Saussure, donnent toujours lieu à un développement notable d’électricité, réduisent cependant l’ozonomètre à zéro. Voici ce que dit Kæmtz à cet égard ( Cours de météorologie , traduit par Martins; Paris 1843, page 342) : « L’opinion reçue sur l’augmentation de l’électricité pendant les brouillards demande à être soumise à de nouvelles expériences. D’après mes observations de Halle, je serais tenté de croire qu’avec le brouillard l’électricité est plus faible que par un temps clair et humide. Sur les Alpes, j’ai toujours trouvé dans ces dernières circonstances une forte électricité positive; mais dès que des nuages s’approchaient, son intensité diminuait, et elle était presque nulle quand j’étais entouré de nuages : à Halle, même remarque. »

L’électricité des brouillards est donc très-contestable.

D’après le même auteur, on n’observerait pas de traces d’électricité ■ pendant les pluies douces et continues : ce qui peut expliquer pourquoi ces pluies ne sont pas suivies d’une forte réaction de l’ozone. Pour achever de prouver que c’est l’électricité qui produit l’ozone dans l’air, il faudrait comparer les oscillations journalières et mensuelles de l’électricité et de l’ozone dans un même endroit. Ce travail n’a pas été fait jusqu’ici. Nous avions songé à l’entreprendre; mais nous avons reculé devant les difficultés dont l'observation de l’électricité est hérissée, surtout dans l’intérieur d’une ville. c

Page 1