VI
4) a. Num.,,Xlll, 3Î, 3Î.
(étaient) hommes de renom. » Si donc les Caïnites conlribnèrefat à amener le chAtiment du déluge, comme il parait par le V. 41 du ch. VI (1), ou la violence est indiquée comme la seconde cause de la catastrophe, ce fut en tant seulement qu’une partie d’eux se trouva mêlée aux Séthites, et dès lors l’argument des nephilim ne corroboret-il pas les arguments précédents, qui semblent prouver déjà à eux seuls que le déluge resta limité à la terre des non-caïnites.
Et ce n’est pas tout encore.
Car, je le demande, si le déluge avait englouti le globe entier, et il le faut absolument pour qu’on soit autorisé à dire qu’il fut universel, comment se fait-il que le souvenir d’un désastre aussi inouï ne se soit pas maintenu dans les traditions des peuples de l’antiquité? On me dira que les traditions s’altèrent si vite. Soit; mais au moins le caractère fondamental des événements qu’elles transmettent perce toujours dans ces altérations. Qu’on y songe. Tous les peuples sont d’accord pour dire que le déluge a un caractère moral (2), qu’il est venu pour punir les hommes de leurs crimes; la tradition a conservé du déluge ce qui est le plus sujet à s’altérer et à se perdre dans l’esprit des hommes adonnés aux cultes de la nature et de la matière, la qualité divine et suprasensible; et elle aurait oublié de cette catastrophe le caractère le plus saillant pour des hommes sensibles surtout aux impressions naturelles, le
(1) Cf. Sap., X,3, 4,
(2) Voyei entreautres le ÇalapalhaBrdhmana, «1. 7, éd. Weber, p. 7f>j l’in-
dar Ofymp., IX, V. G5 rrjij... pcXatvsv ; Apollod., 1,7, t6 -fév!);.
caractère de son universalité. C’est difficile à admettre. Encore si l’Écriture rendait on témoignage manifeste de l’universalité du déluge, on pourrait avec raison regarder les traditions contraires comme tout à fait impuissantes pour inûrmer le sien. Mais l’Écriture rend-elle ce témoignage manifeste, clair et évident ? Nous avons fait connaître ce qu’elle dit ; que chacun prononce en son âme et conscience.
Mais revenons aux traditions pour en noter quelquesunes.
Une tradition judaïque, citée dans le commentaire hébreu le Biour, qui accompagne le Pentateuque de Mendelssohn, dit que les eaux du déluge n’arrivèrent pas dans le pays d’Israël.
La tradition égyptienne, conservée dans le Timée de Platon et parDiodorede Sicile, liv. I, 10, dit que le midi de l’Égypte ne fut pas atteint par le déluge.
tradition chinoise, contenue dans le Chou-King, traduit par le P. Gaubil, dit clairement que le déluge ne fut pas universel ; qu’il y avait des peuples, les Miao, qui survécurent à l’inondation.
La tradition grecque, consignée dans Apollodore, liv. 1, ch. 7, dit que le Péloponnèse fut épargné du cataclysme.
A c&s divers témoignages, ajoutons celui que nous fournit l'état physique de certaines parties du globe, le désert de Gobi et les Cordillères de Quito entre autres (1 ).
(1) Al. de Humbotdt, Cosmos, IV, 35.S, 456, éd. allctnande.
Dansces contrées, dont la première est élevée de 2,400 pieds sealemenl aa-dessus du niveau de la mer, tandis que l’antre l’est de 12,600 pieds, le sol, depuis qne les eaux salées de la mer s’en sont retirées, c’est-à-dire depuis des temps antéhistoriques, n’a pas pu, d’après des indices certains, être couvert par d’autres eaux, parce que ces fonds de mer ne présentent pas trace de terrains ou fragments de transport, pierres roulées et détritus, appelés diluvivm. , '
Un mot maintenant sur une objection que ne manquent pas de faire quelques partisans du déluge universel dans le sens absolu. Elle consiste à dire que puisque les eaux couvrirent de 15 coudées toutes les hautes montagnes, toute la terre devait être nécessairement inondée ; « car les fluides cherchent toujours le niveau... Les eaux élevées à une hantenr considérable dans une partie du monde se seraient répandues sur les autres parties. » Il est fâcheux qu’on songe à défendre là vérité de l’Écriture par de pareils arguments. Il ne faut avoir jamais ouvert un livre de physique pour parler ainsi. Sans doute, les eaux auraient couvert toute la terre dans le cas dont il s’agit, si la terre présentait une surface plane ; mais la terre est ronde puisqu’on peut en faire le tour. De plus, la terre possède un mouvement de rotation qui s’opère avec une si effrayante viteæe, qu’il parcourt en 24 heures 360 degrés ou 9,000 lieues, mesure de la circonférence terrestre; enfin, elle est douée de cette force qu’on appelle pesanteur et qui, combinée avec le mouvement de la rotation, produirait cet effet que les eaux, lors même qu’elles s’élèveraient sur un point quelconque au double ou au triple de la hau-
teur de celles du déluge (1), ne pourraieul s’étendre que dans les limites relativement fort étroites. En eOet, le volume d’eau du déluge dédoublé ne ferait guère que 1/800 du diamètre de la terre, et ne serait sensible et visible sur la surface de notre globe que comme une toute petite goalelelte d’eau sur une grosse orange. Voyez, si une goutte de liquide placée sur un corps rond bouge de place lorsqu’on tourne ce corps avec précision et rapidité. Puis, il y a un fait hydrographique mathématiquement constaté, c’est que les eaux de l’Océan même ne sont pas au niveau ; elles entourent pourtant la terre. Mais comment seraient-elles au niveau, puisque la terre est rentlée à l’équateur et aplatie aux pôles ? Bien plus, il y a des inégalités de niveau entre les mers dont les eaux se touchent et qui sont entre elles dans une communication constante, ainsi que cela a été constaté pour le golfe du Mexique et la mer Atlautique (2).
Terminons par une remarque importante; elle ressort du texte de la Genèse et nous fournit une preuve considérable de l’universalité du déloge dans le sens restrictif.
Le déluge a deux caractères; d’abord, un caractère moral et religieux que constatent et l’Écriture et la tradition de tous les peuples qui possèdent la tradition de cet événement. Là-dessus il n’y a pas à contester. Mais ensuite, il a aussi un caractère physique qui en fait un événement naturel, et que par conséquent il est permis d’expliquer
(1) Le pie le plus élevé de l’Himalaya l'est de 2B,43I> pieds (Alex, de HumhoMt, loc. cil., p. 238.)
(2) Arago, Foy. scienlif., p. 60.
physiquement. S’il n’en était pas ainsi, pourquoi le texte
dirait-il : « En ce jour toutes les sources de l’Océan
nsT ainn jaillirent, et les éclusesdu ciel s’ouvrirent. La pluie tomba sur la terre quarante jours et quarante nuits (1). » Évidemment, si tout était surnaturel dans le déluge, l’auteur n’en aurait pas décrit le procédé naturel ; il n’aurait pas non plus insisté sur la longue durée de celte submersion. Dans on miracle, l'opération de la nature nous échappe toujours; la main de Dieu seul y apparaît, et c’est pourquoi nous ne le saisissons que par la foi. On s’explique celle longue durée du déluge, si, crise tellurique, la catastrophe est arrivée par le jeu du mécanisme de la nature, coïncidant, dans la prescience de Dieu, avec l’exécution de l’arrôt qu’il avait prononcé. Si donc le déluge, comme inondation, est un fait naturel, suivant le texte même, il ne peut avoir été universel, puisque pour l’opérer, toutes les eaux de la terre et du ciel ont dû se porter d’un seul côté, mouvement qui suspendait leur action sur les côtés opposés. Comment voulez-vous que l’Atlantique, par exemple, submerge simultanément l’Europe et l'Amérique? Cela serait possible seulement dans le cas où le niveau des deux continents s’abaisserait simultanément au-dessous du niveau de la mer. Mais ce n’était pas le procédé du déluge de la Genèse. Aussi M. Élie de Beaumont, toujours si respectueux pour les choses de la Religion, lorsqu’il parle de ces mouvements violents des eaux, ne les présente-t-il point comme agissant simultanément sur
(I) Cei7., VU, 11, 12.
tous les points à la fois, mais seulement comme « capables de désoler de vastes étendues de la surface du globe (1 ) » ; et ailleurs, il donne clairement à entendre qu’un pareil événement peut n'avoir pas anéanti le genre bnmain tont entier (2) ; bref, il considère le déluge de la Genèse, en tant que cataclysme, comme un fait qui rentre dans le domaine de la géologie (3). Telle est aussi l’opinion de mon savant ami M. Ch. S.-C. Deville.
Si nous résumons maintenant ce qne nous venons de dire et ce que nous avons à dire encore, nous aurons les douze propositions que voici :