‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource] (volume 2)Chapitre 111 sur 158 · JULIUS VOGEL · texte numérisé non relu

JULIUS VOGEL

L'examen et l'essai de l'urine ont été, dès les temps les plus anciens, regardés comme une ressource importante pour la diagnose et le pronostic des maladies. Cependant, avant que les études chimiques et microscopiques aient pris naissance, l'examen de cette humeur n'avait, en réalité, qu'une valeur scientifique très-minime, et Vinspedion de l'urine, à laquelle souvent les charlatans avaient recours dans le but de tromper le public crédule, resta pendant longtemps en discrédit, aussi bien auprès des médecins scientifiques qu'auprès des classes instruites ^ Uuroscopie ne put reconquérir son caractère scientifique qu'avec le perfectionnement de la chimie organique et la généralisation des recherches microscopiques ; maintenant personne ne doute qu'elle ne doive consti-

* Malheureusement cette ancienne pratique des charlatans menace aujourd'hui de reparaître. L'auteur a eu l'occasion de s'assurer que tous les jours des douzaines d'échantillons d'urine étaient envoyés, la plupart de très-loin, à une femme, qui acquit ainsi une réputation très-étendue, et qui, à l'aide de ces échantillons seuls, déduisait à la fois le diagnostic et le pronostic des maladies ; les descriptions étaient données en langage commun et avec des expressions vagues, et elles étaient néanmoins admises comme des oracles irréfutables par les partisans de la doctoresse, ainsi que par un pulilic appartenant aux classes élevées et spécialement à celles qui se disent éclairées. En présence de ces faits, il est du devoir du médecin de montrer au public ce que peut donner une uro.scopie xcienlifujue pour le diagnostic, le pronostic et lo traitement des différentes maladies.

tuer une partie importante et essentielle de la séméiologie et du diagnostic médical.

L'essai de l'urine, relativement au secours qu'il prête au médecin pour le diagnostic, le pronostic et le traitement, peut être effectué en vue de deux buts différents ; il donne des renseignements :

1" Sur l'existence de certaines conditions générales, sur l'état des fonctions de nutrition, sur la constitution du sang, sur la digestion, etc.

2° Sur certaines maladies locales des organes appartenant au système uropoïétique.

Dans les pages suivantes, nous examinerons le sujet, autant qu'il nous sera possible, sous ces deux points de vue.

En outre, l'essai de l'urine peut quelquefois donner des renseignements sur des phénomènes tout à fait spéciaux qui ont pour le médecin une certaine importance. Ainsi on est fréquemment en état de déterminer, au simple aspect de l'urine, si un malade a ou n'a pas la fièvre ; on peut, d'après l'odeur ou la couleur de l'urine, conclure que certains aliments ou certains médicaments ont été ingérés (c'est ce qui a lieu pour les asperges, l'essence de térébenthine, la rhubarbe, etc.) ; à la présence de spermatozoïdes dans l'urine, on peut reconnaître qu'une éjaculation s'est produite pendant un coït ou une pollution ; si l'urine renferme de l'albumine, on peut, dans certaines circonstances, conclure que le malade est atteint d'hydropisie ; si elle contient des pigments biliaires, cela indique l'existence d'un ictère, etc. Un médecin habile peut se servir utilement de ces signes pour attirer ou pour augmenter la confiance de ses malades, relativement à ses connaissances ; mais le médecin savant ne doit faire usage de ce moyen qu'avec précaution et sans ostentation, parce que, s'il en abuse, il passe pour un charlatan aux yeux de ses collègues et du public éclairé.

Dans beaucoup de circonstances, l'analyse de l'urine acquiert, en thérapeutique, une grande importance, en indiquant si certaines substances, qu'un malade prend comme médicaments, sont ou ne sont pas éliminées avec cette sécrétion. Dans le dernier cas, le

INTRODUCTION. 301 médecin est averti qu'il doit agir avec prudence, lorsqu'il s'agit d'administrer, d'une manière continue, certains médicaments qui, comme le salpêtre, la digitale, la strychnine, etc., peuvent devenir dangereux par suite de leur accumulation dans le corps. Dans le second cas, au contraire, il voit qu'il peut continuer l'administration du médicament, et même en élever la dose, lorsque, par exemple, il s'agit de maintenir pendant longtemps l'organisme pour ainsi dire saturé avec un médicament qui ne peut exercer que lentement et graduellement son action complète, comme l'iodure de potassium, les carbonates alcalins et autres substances analogues. L'importance de l'analyse de l'urine faite pour un objet de thérapeutique pure n'a pas, jusqu'à présent, été suffisamment reconnue au point de vue pratique. Mais il est certain que l'essai de cette humeur deviendra plus fréquent à mesure que les méthodes de recherche, encore imparfaites et difficiles, que cet essai nécessite, se perfectionneront, deviendront plus simples, et, par cela même, plus faciles pour le médecin, — problème dont l'auteur recommande vivement la solution aux chimistes que ce sujet intéresse.

Si la science de l'analyse de l'urine a, jusqu'à présent, été négligée sur le point qui vient d'être indiqué, on exagère, au contraire, son importance sur d'autres points, au sujet desquels on lui a accordé une valeur qu'elle n'a pas en réalité. Plusieurs faits particuliers, relatifs à ce qui vient d'être dit, seront ultérieurement mentionnés. Cependant une idée erronée, basée sur une connaissance mcomplète des changements survenus pendant les maladies dans la métamorphose de la matière et sur un mode d'interprétation des formes pathologiques non encore repoussé par tous les médecins, mérite d'être mentionnée et réfutée ; par les conclusions qui en ont été tirées, elle a une portée très-grande, elle est extrêmement répandue, et même, dans les ouvrages récemment publiés sur ce sujet, on la voit souvent reparaître. Cette idée consiste à admettre qu'à chaque forme particulière de maladie corréspondrait une condition s])éciale et caractéristique de l'urine. Cette manière de voir n'est tout à fait exacte que pour quelques

Ibrnies pathologiques peu nombreuses, notamment pour les cas dans lesquels une certaine forme de maladie dont le nom est basé précisément sur un état bien défini de l'urine. 11 est alojrs naturel que l'urine doive contenir, dans l'albuminurie, de l'albumine, dans l'hématurie, du sang, dans la glucosuric, du sucre, dans l'oxalurie, de l'acide oxalique, etc. : si cela n'était pas, on ne serait pas autorisé à donner ce nom à la maladie. Dans d'autres formes pathologiques, on ne peut que rarement découvrir un état particulier et caractéristique de l'urine, et si, dans ces derniers temps, on a plusieurs fois avancé que l'urine avait, par exemple, dans le typhus, la pneumonie, etc., une composition particulière ou des propriétés spéciales, de telles idées ne reposent, en général, que sur des recherches très-insuffisantes ou effectuées pendant certaines périodes de ces maladies. Les études de l'urine, dans les maladies de cette nature, études faites sur une grande échelle et à toutes les périodes de l'affection, ont fait voir, comme il est démontré plus loin, que, dans toutes les maladies aiguës, la constitution de l'urine varie pendant le cours de l'affection et même avec une certaine régularité ; et ces changements, dans la constitution de l'urine, tiennent, en général, moins à la nature spéciale de la maladie, notamment aux phénomènes locaux de celle-ci, qu'à certaines conditions générales, telles que l'intensité de la fièvre et l'état de l'appétit et de la digestion ; c'est-à-dire qu'ils sont sous la dépendance de l'activité nutritive. Ceci s'applique également aux maladies chroniques, lorsque celles-ci sont, comme cela arrive si fréquemment, sujettes à des exacerbations aiguës. Ainsi, par exemple, l'idée si généralement répandue que, dans la maladie de Bright, la proportion de l'urée diminuerait dans l'urine, est inexacte en tant que dans les formes fébriles de cette affection, comme, en général, dans toutes les fièvres, on observe fréquemment une augmentation de ce prnicipe.

Pour ces raisons, il m'a paru convenable de ne m'occupcr, dans les pages suivantes, que de la séméiologie (jénérale de Tunnc, parce que la séméiologie spéciale de ce liquide, c'est-à-dire la description de la constitution de l'urine dans chaque maladie en par-

INTRODUCTION. 305 ticulier, doit plus convenablement être examinée à propos de chaque forme pathologique particulière, et être, par conséquent, abandonnée à la pathologie spéciale.

Afin que l'on puisse plus facilement se reconnaître et trouver la réponse à une question donnée, les pages suivantes ont été partagées en deux divisions principales et en plusieurs subdivisions.

La première division traite des changements qualitatifs de l'urine, y compris les sédiments. Elle se partage en quatre sousdivisions :

I. Changements dans la couleur, l'aspect et l'odeur de l'urine.

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