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De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le XVIIIe siècle

Le litre de cet ouvrage indique mon but. La distributioiî des chapitres annonce mon plan. Je me suis proposé de présenter une sorte d'histoire raisonnée de Tentendement humain depuis la renaissance des lettres en Europe.

Je n'établirai aucun système particulier de philosophie ; je n'ai à parler que de l'esprit philosophique qui compare et juge tous les systèmes.

Si on me reproche de répéter quelquefois ce qui a été dit , je répondrai que mon chagrin serait d'avoir oublié quelque chose de ce qui a été bien pensé et bien dit. Je ne demande l'indulgence que pour mes omissions : car mon objet est d'offrir le tableau de toutes les bonnes idées , de toutes les bonnes méthodes, des progrès en tout genre, qui distinguent et honorent notre siècle.

En rendant compte de nos succès , je ne dissinmlerai pas nos écarts : ils ont, sous certains rapports, leur principe dans nos succès mêmes.

Je peindrai les circonstances dans lesquelles nous vivons : elles ne ressemblent à aucune autre époque de l'iiistoire.

Mes malheurs n'ont point changé mes principes. Je ne prêcherai donc pas le retour aux abus, mais j'avertirai des excès qui pourraient les ramener , ou avoir des suites plus funestes que ces abus même.

J'examinerai les opinions sans offenser les personnes. La haine , les passions irascibles , sont le supplice de ceux qui font le mal ; les affections douces et généreuses sont à la fois le partage et la récompense de ceux qui le souffrent.

Je n'ai point la prétention d'instruire mes contemporains , je n'ai que le désir de les servir. Si je ne puis réussir à leur être utile, peut-être me sauront-ils quelque gré de l'avoir voulu.

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