OBSERVATION XVII
FRANÇOIS. — Le rôle de la radiographie dans le diagnostic précoce des tumeurs rénales. Archives urologiques de Necker. Juillet 1925.
L. M. 45 ans, homme robuste et obèse, sans antécédents particuliers, consulte parce qu'il a uriné deux fois du sang. D'après ses dires, la première hématurie aurait été totale, la seconde terminale. Au moment où il consulte, les urines sont claires ; traces d’albumine, le culot de centrifugation ne contient pas de globules blancs, mais quelques rares globules rouges. Le palper rénal ne permet de sentir ni le pôle inférieur du rein droit, ni celui du rein gauche.
A la cystoscopie, on voit une vessie et deux méats urétéraux sains. Une première pyélographie montre un bassinet gauche irrégulier, mais l'ombre du rein n'est pas nette. Une seconde pyélographie, combinée à l'injection de 400 centimètres cubes d’'anhydride carbonique dans la loge grais: seuse péri-rénale (Carelli) montre que le rein gauche a une longueur au moins double d'un rein normal. Le tiers supérieur fait avec les deux tiers inférieurs un angle obtus regardant en dedans. La forme du bassinet est particulière. Un calice monte vers le pôle supérieur du rein, un calice moyen, dans lequel pénètre la sonde opaque, est un peu di-
laté : ce calice est nettement marqué sur son pourtour, tandis que sa partie centrale est d'une opacité beaucoup moindre : un troisième calice descend verticalement en bas, longeant le bord interne de la partie inférieure de l'ombre rénale. Dans toute la moitié inférieure de l'ombre rénale on na constate aucun calice.
. Il paraît rationnel d'admettre que cet allongement marqué du pôle inférieur du rein dans lequel ne pénétrait aucun calice, et par conséquent ne sécrète pas, constitue une tumeur du pôle inférieur du rein. L'azotémie, la constante dAmbard, l'épreuve fonctionnelle du rein droit, étant normaux, on pratique la néphrectomie gauche. Le rein enlevé était doublé de volume. De la partie antéro-inférieure du pôle inférieur se détache une tumeur à peu près aussi volumineuse que le rein lui-même. Le calisce supérieur est comprimé par un noyau néoplasique qui commence à se développer dans le pôle supérieur. Un bourgeon néoplasique pousse dans le calice moyen.
L'analyse histologique montre qu'il s'agit d'un hypernéphrome, parti vraisemblablement de la partie convexe du pôle inférieur et envahissant le rein de bas en haut. Ce malade, opéré depuis deux ans et demi, est actuellement sans récidive.
La radiographie et la pyélographie, en montrant une notable déformation du pôle inférieur du rein chez un hématurique adulte ont permis de poser le diagnostic de grande probabilité de tumeur du rein.