À MON PRÉSIDENT DE THÈSE
MONSIEUR LE PROFESSEUR HAYEM Médecin des Hôpitaux Membre de l'Académie de médecine
Officier de la Légion d'honneur
Introduction
Avant d'aborder l'Etude-de l'Utilité de très hautes doses d’iodure de potassium dans certains cas de syphilis, nous devons adresser nos remerciements les plus vifs à Monsieur le docteur Hirtz qui a bien voulu nous donner le sujet de notre thèse inaugurale et nous a, par ses conseils, grandement facilité notre tâche.
Que Monsieur le Professeur Hayem veuille bien accepter l’hommage de notre travail, nous sommes très sensible à l'honneur qu'il nous fit d'accepter la présidence de notre thèse et nous nous souviendrons longtemps de son aimable accueil.
C’est à l'Université de Nancy que nous avons reçu les principes de l’art médical ; nous ne saurions oublier le charme des savantes lecons de nos maîtres M. le professeur Gross, M. le professeur Spillmann et M. le prolesseur agrégé Hanshalter, à qui nous gar-
dons une vive reconnaissance:
https://archive.org/details/1A41547925 0065
Historique
L’iode découvert en 1811 par Courtois, fut introduit en thérapeutique par Coindet de Genève en 1820. Il vit dans un formulaire le fucus brûlé conseillé contre le goiître et il soupçonna que l'éponge dont on se servait alors communément contre le goitre, et le fucus pouvaient bien ne devoir leurs propriétés médicinales qu’à l’iode que Courtois venait de découvrir dans les eaux mères de la soude de varech.
A la même époque Biett (1) applique au traitement de la syphilis les combinaisons de l’iode avec le mercure.
Eusèbe Desalle (2), emploie l’iode contre les divers symptômes de la maladie vénérienne, et à propos d’une observation dans laquelle l’iode à donné un succès remarquable et qui parait bien être un cas de testicule syphilitique, il ajoute : « quand j'ai em-
4) Bulletin général de Thérapeutique 1821 page 369. (2) Journal officiel des sciénces médicales 1825 X1 p. 346,
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ploye l'iode, quand je recommande aujourd’hui son usage, ce n’a pas été, ce n’est pas contre l’engorgement des testicules en tant que symptômes de syphilis c'est contre l’engorgement chronique existant par luimême quelle qu'ait été sa cause première ». C'était alors une opinion courante que les engorgements chroniques étaient de nature scrofuleuse.
Lucas Championnière (1), nous apprend que Cullerier neveu. faisait un usage fréquent de l’iode dans le traitement des symptômes syphilitiques. Il l’employait en pommade, en solution, en teinture pour les pansements locaux ; les iodures de mercure étaient la préparation hydrargyrique la plus fréquemment administrée. La portion iodée, dit Lucas Championnière, est prescrite dans les cas d’engorgement chronique du testicule, des glandes inguinales ou cervicales dans les tubercules celluleux qu'il est si diificile de résoudre complètement même après qu'ils ont suppuré.
Les affections cutanées ainsi que celles quisiègent dans le tissu osseux lui-même sont encore avanta- -geusement modifiées par cette médication ; enfin on la prescrit dans tous les symptômes qui ont quelque analogie avec les scrofules. L’iode est un anti-syphi-
litique puissant, mais jamais il n’est administré contre
(4) Lucas Championnière. Rechcreles praticu surla thérar eutique de la Syphilis.
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les symptômes primitifs à moins qu’il ne soit associé au mercure.
Nous l'avons vu fondre en quelques mois des testicules vénériens qui avaient résisté à l’action des mercuriaux et même à celle du protoiodure de mer- Cure.
Monsieur Cullerier possède de très beaux exemples de guérison par l'administration de ce médicament. Il en a été de même d’abcès ou de tubercules de nature douteuse. D’autres fois l’iode seul ayant échoué, a été remplacé avec avantage par l'iodure de mercure.
La potion iodée de Cullerier est un mélange d'iodure de potassium et d’iode qu'il donnait à la dose journalière de $ centigr. pour l’iode et de 15 centigrammes pour l’iodure. Graduellement la dose d’iode était élevée jusqu’à 10 centigr. et celle de l’iodure jusqu’à 30 et so centigrammes. En 1836 enfin, Wallace de Dublin (1) applique l’iodure de potassium au traitement de la syphilis en général; il en fixe les doses, spécifie les indications et le place au même rang que le mercure.
Ses expériences furent connues en [france par un article du Journal des connaissances médicales et chirurgicales d'octobre 1836. « La seule préparation
({) The Lancet. London, mars 1836. Wallace. A Treatise of the venereal disease and its varieties. :
d'iode dont je me suis servi et la seule que je voudrais recommander, c’est l’hydriodate de potasse (iodure de potassium). Voici lesraisons pour lesquelles j'emploie exclusivement cette préparation. Je pense que, n'importe sous quelle forme vous employez l’iode ce n’est toujours qu'à l’état d'acide hydriodique ou d’hydriodate qu’il entre dans l’économie. Jamais je n'ai pu découvrir l'iode à son état libre dans aucune partie du corps ni dans aucune excrétion. Administrez à un chien l’iode à l’état simple et examinez le contenu de son estomac, vous n’y trouverez plus un atome d’iode à l’état libre, le tout s’est transformé en acide hydriodique. Si ces faits justifient la conclusion que l'iode n’entre dans l’économie qu'à l’état d’hydriodate ou d'acide hydriodique, il serait inutile de vouloir l’employer.sous une autre forme. En second lieu il y a du danger d'employer l’iode à l’état simple ou même en dissolution dans l’hydriodate de potasse. L'iode à moins qu'il ne soit saturé d'hydrogène est un violent irritant local et malgré la faculté que possède l'estomac de pouvoir transformer rapidement l’iode simple en hydriodate ou en acide hydriodique, ce changement n’est pourtant pas si instantané qu'il puisse prévenir entièrement l'irritation de la muqueuse gastrique. :
Le plus souvent sous l'influence de l’hydriodate de potasse, l'appétit et les forcesaugmentent; des malades
pales, amaigris et épuisés sont devenus gros et ro-
bustes. Ces effets parfois très notables contrastent d'une manière frappante avec les effets de quelques autres médicaments actifs tels que le mercure et l’arsenic dont l'influence constitutionnelle se manifeste précisément par des phénomènes opposés à ceux que nous venons de mentionner.
Bref, je suis convaincu que dans toute la matière médicale, il n’est pas d'agent à la fois aussi efficace et moins inoffensif à l’économie, lorsqu'il est convevablement employé.
Wallace emploie l’iodure de potassium en solution aqueuse et ne dépasse pas la dose de 40 grains (2 grammes).
Par ses publications, Ricord a contribué plus que personne à vulgariser l’iodure de potassium comme antisyphilique. Ilexpérimenta d’abord l’iodure de fer et en obtint des résultats avantageux dans les cas où les toniques doivent être joints à la médication spécifique surtout lorsque le vice scrofuleux, le lymphatisme viennent compliquer la syphilis.
Mais dès qu'il eut connaissance des travaux de Wallace, Ricord étudia les effets de l’iodure de potassium, il en posa les indications, il régularisa les doses et précisa les cas particuliers qui le réclament d'une manière spéciale. | |
A l’ancienne division de la maladie vénérienne en
(1) Bulletin général de thérapeutique, 1837. x11, 241.
accidents locaux, vérole commençante (gonnorhée, chancre) et en vérole confirmée ou constitutionnelle, Ricord substitua la classification en 3 périodes, primaire, secondaire, tertiaire et il montra que l’iodure de potassium est le spécifique des accidents tertiaires». Il est rare quand on a bien distingué les cas auxquels ona affaire qu’une amélioration très prononcée et décisive ne se produise pas dès la seconde semaine du traitement ioduré, les tubercules se résorbent, les ulcérations se détergent, la suppuration diminue, les douleurs cessent et les tumeurs osseuses, si l’on n'a pas encore affaire à la période d’induration définitive ou à l’état éburné, ne tardent pas aussi à marcher vers la résolution.
Toutes les fois que pendant le traitement des accidentstertiaires, il existe des symptômes qui réclament l'emploi des mercuriaux, je donné la préférence au protoiodure de mercure à l’intérieur, administré à la dose d’un grain par jour (0,05 centigrammes) en augmentant d’un gramme de cinq en cinq jours pour arriver à la dose journalière de 5 à 6 grains, selon la susceptibilité individuelle et les effets produits. La combinaison du protoiodure de mercure à l’iodure de potassium donne les résultats les plus satisfaisants dans ces cas mixtes pour lesquels l’une des deux méthodes ne saurait suffire. Quand on songe que pour arriver à des résultats curatifs certains. il faut souvent
porter l’iodure à la dose journalière de 100 grains
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(s grammes) et le continuer pour avoir un résultat définitif pendänt 3 où 3 mois, il est facile de se faire une idée de l’autre médication dans laquelle ce remède figuré dans des proportions si minimes et si insignifiantes.
Et Monsieur le Professeur Fournier nous dit aussi là valeur de l’iodure de potassium dans son ou vrage sur le Traitement de la syphils, de 1893, page 394 : & Admimistré contre les accidents tertiaires, il les amende; les atténue, les résout presdue toujours avec une intensité d'action thérapeutique et une rapidité vraiment merveilleuse, soulage presque instantanément et dissipe à brève échéance certains phénomènes douloureux, telles que les névralgies spécifiques et les douleurs si aiguës, si atroces de certaines exostoses. Action résolutive et curative sur les lésions gommeuses, les exostoses, les hyperostoses, les lésions tertiaires de la langue, des muscles, les infiltrations viscérales, ét ces phagédénismes qui semblaient devoir s’éterniser, puis qui ont guéri éomme par enchantement dès qu’on les a soumis à cet héroïque remède. Et ces guérisons de sujets cachectiques, pseudo-phtisiques, semblant avoir déjà un pied dans la tümbe et pour ainsi dire ressuscités par l’iode.
Et cette incroyable, cette merveilleuse action curative, notez bien ceci, il ne le doit qu’à lui seul. C’est; -en temps qu'iodure qu’il agit de la sorte et non pas comme on l’a prétendu grâce à l'assistance du mer-
ur
cure exhumé, car il exerce la plénitude de son action anti-syphilitique alors même qu'iln’a pas été précédé du traitement mercuriel.
Ainsi depuis que l’iodure de potassium est entré dans le domaine thérapeutique il n’a trouvé que des admirateurs ; tous ceux qui l’ont expérimenté nous disent sa valeur, son efficacité, c’est un remède merveilleux.
Mais où les opinions différent, c'est quand il s’agit de fixer la dose utile ; elle a varié de quelques centigrammes à 50 et 60 grammes par jour.
Il est vrai que l’iodure de potassium à cause de son absorption facile, aussi bien que par sa facilité et sa vitesse d'élimination est un remède presque complètement inoffensif. Lorsqu'il s’agit de doses allant jusqu’à 20 grammes, l'élimination de l’iodure de potassium se fait dans la proportion de 75 p. 100 par l'urine et avec une telle rapidité que tout danger pour l'organisme est évité pour peu que la faculté d’élimination des reins soit normale.
De plus l’iodure de potassium est très peu toxique, Puche de l'hôpital du Midi en a donné jusqu’à 40 grammes. Kus, de Strasbourg, l’a conseillé à doses aussi massives. Wolf, de Strasbourg, a donné jusqu’à so grammes par.jour et a continué pendant trois mois. Hasburg, de Copenhague, cite deux fillettes, l’une de 9 ans, l’autre de 14 ans qui ont pris contre du psoriasis jusqu'à 36 et 40 grammes par jour, et les
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tolérant facilement. C’est dire que l’on a toute latitude pour administrer l’ivdure de potassium, d'autant plus que les accidents d’iodisme ne sont pas plus à craindre avec les doses fortes qu'avec les doses faibles, exception faite pour les symptômes d’irritation gastro-intestinale produits par l’action locale de l’iodure de potassium.
On peut classer ainsi les doses auxquelles on donne habiuellement l’iodure de potassium au dessous de 1 gramme doses faibles, de 1 à 3 grammes doses moyennes, de 3 à 10 grammes doses fortes, 10 grammes et au-dessus doses intensives. Nous avons vu déjà à quelles doses on a administré l’iodure de potassium ; primitivement, l’iode et l’iodure ne furent administrés qu’à petite doses.
Coindet prescrivait à la dose de quelques centigrammes l’iode dissous dans l’iodure de potassium.
Lugnol donnait l’iodure à la dose de 10 centierammes et Cullerier à celle de 30 et 5o centigrammes.
Wallace en porta la dose à 2 grammes et Ricord recommandait de commencer par la dose journalière de 3; grammes : cette dose est prise en trois fois dans la journée dans trois verres de décoction de salsepareille, de houblon ou de saponnaire ; les doses sont ensuite augmentées de 1 gramme tous les cinq jours jusqu’à 6 grammes par jour, doses que j'ai rarement
dépassées, dit-il.
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Ricord portait quelquefois l'iodure jusqu'à 8 et 9 grammes:
Malgré l'autorité de Ricord, les faibles doses ont continué à être en faveur auprès d’un certain nombre de médecins.
Gauthier (1) de Lyon ne donne presque jamais plus de 20 à 23 centigrammes d’iodure de potassium en commençant et il partage toujours cette dose en deux prises.’ Il double cette dose tous les trois ou quatre jours. Quand il est parvenu à un gramme, s’il voit que les symptômes s'’amendent, il continue cette dose pendant plusieurs jours et ensüite 1l augmente peu à peu jusqu’à 2 et quelquefois 3 grammes, rarement 4.
Cependant ce médecin de l’Antiquaille a dù dans un cas élever, doubler sa dose usuelle, ce fait est consigné dans le Journal de Médecine de Lyon (1846, XI 473-423) ; observation de maladie syphilitique extrémement grave qui n’a pu être guéri par l'iodure de potassium, que quand ce remède a été administré à très hautes doses.Il s'agissait d’un malade atteint d’uleères syphilitiques et tombé dans un état de cachexie avancée ; Gauthier lui donna 8 grammes d'iodure ” pendañt quinze jours, et son malade fut très amélioré. Payan (2) pensait que l’efficacité de l’iodure de
(1) Journal de médecine de Lyon, décembre 1844, (2) Revue médicale, 1846, II, page 364.
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potassium est d'autant plus grande que ses proportions sont en rapports avec la tolérance des voies digestives et de l'organisme. « L'expérience nous a fait { connaître qu'il suffit de la dose initiale de s0 à 75 « centigrammes d’iodure de potassium par jour qu’on « élève progressivement à 2 et 3 grammes. Nous nous « sommes assurés que les fortes doses n'avaient pas € plus l’action curative que les plus faibles et qu’elles (. pouvaient exposer bien plus les malades à des acci- « dents d’irritation gastrique en général. »
Bassereau (1) ordonne généralement l’iodure de potassium à la dose de 3 et 4 grammes. Ce médicament a cependant de l’activité à des doses moins élevées. J'ai modifié plusieurs fois des syphilides anciennes et ulcérées, j'ai apaisé promptement des douleurs ostéocopes et fait diminuer des gonflements osseux en ne dépassant pas la dose journalière de 50 . centigrammes. Mais ces faits sont exceptionnels et dans la majorité des cas pour arriver à la guérison, il faut administrer l'iodure de potassium à la dose de et 3; grammes dans les vingt-quatre heures.
Enfin Parrieu (2) donne l’iodure de potassium à la dose de 6 à 30 centigrammes et « la raison qui nous fait agir ainsi, dit-il, est la trop grande facilité
{i) Affections de la peau sÿmplomatiques de la sYphilis, 1852, page 531. | (2) Gazette des Hôpitaux, 1857, page 267.
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avec laquelle l’iodure est éliminé par les voies urinaires quand il est administré en excès ».
Les faibles dose d’iodure de potassium sont maintenant à peu près abandonnées, mais 1l est des observations nombreuses prouvant que dans certains cas l’iodure de potassium peut donner des succès remarquables même à doses très minimes.
Pour Mauriac (1), l'iodure ne possède la plénitude de son efficacité thérapeutique, surtout en matière de tertiarisme que lorsqu'on l’emploie à des doses élevées. Il n’en prescrit jamais moins de un gramme et dans les circonstances graves il débute par 4 ets grammes pour aller progressivement jusqu'à 7 et 8.
Pour Fournier (2), la dose efficace moyenne est de 2 à 3 grammes pour Its femmes et de 3 à 4 grammes pour un homme adulte: j'aurais à relater des centaines de cas où de faibles doses sont restées impuissantes devant des manifestations spécifiques qui ont guéri sous l'influences de doses supérieures. Et il ajoute :
« Les doses plus élevées, dites doses intensives composent une médication d’un autre ordre. Dans celles-ci on prescrit d'emblée l’iodure à $ ou 6 grammes
(1) Maladies vénérienñes, sÿphilis primitive, secondaire où tertiaire, 1892, et parallèle entre le mercure et l’iodure dans le traitement de la sÿphilis, Revue générale de Clinique et de Thérap., 1894, 565,
(2) Traitement de la syphilis, 1893.
par jour pour atteindre rapidement des doses quotidiennes de 10 et 12 grammes. Parfois même des indications ont paru assez urgentes pour légitimer d'emblée des doses de 10 grammes et au délà. »
Nul doute qu’à ce taux on n’obtienne des eflets plus intenses qu'aux doses dites moyennes cela est indéniable.
Donc inutiles et excessives pour les cas d'ordre courant, pour les cas notamment où l’iodure n’est prescrit qu'à titre préventif, ces doses intensives trouvent leur indication dans l’ordre des éventualités graves, des accidents graves de la syphilis, c’est-àdire lorsqu'il s’agit de frapper un grand coup en vue de conjurer un péril imminent, ou bien alors qu'il ya lieu d'imprimer à la médication une énergie particulière contre des manifestations anciennes et rebelles.
Ce sont comme exemples, les doses de cet ordre qu'il y aura lieu de prescrire soit dans les cas de gomme du voile du palais menaçant de s’ouvrir à brève échéance, soit contre des accidents graves de syphilis cérébrale ou de syphilis médullaire; soit contre des ulcérations phagédéniques à marche aigue et menaçante ; soit encore contre des lésions anciennes, immobilisées, chroniquement réfractaires, etc.
Mais convient-il d’aller plus avant encore dans cette voie, au risque de se laisser entrainer à une thérapeutique effrénée quine connait plus de limites ?
Ces dernières années, on a fait — passez-moi l'expres-
sion — de véritables débauches d’iodure en le prescrivant à des doses quotidiennes de 20 grammes, de 2$ grammes, de 30 grammes, de 40 grimmes, mais davantage encore, me suis-je laissé dire. Or, à quoi bon de telles intempérances ?
Qu'on ait fait cela autrefois, à l’origine et que même on ait dépassé ces doses (puisqu'un ancien médecin de l'hôpital du Midi, le vénérable docteur Puche est allé jusqu'à prescrire — je l’affirme « de visu » — 70 grammes d’iodure par jour, je le conçois. Cela avait alors sa raison, son objectif et sa justification parce qu’on était alors à la période de recherches, d’études, de tàätonnements et qu’on ne savait pas encore ce qu’on pouvait obtenir du remède administré à de telles doses. Mais aujourd’hui ces excès n’ont plus le même motif, ni la même,.excuse. Aujourd’hui l'expérience est faite et l’on sait à n'en pouvoir douter, que ces doses extrêmes dépassent absolument celles où le remède est efficace, celles où il fait ce qu'il peut faire, où il produit tout ce qu'il peut produire. Eh bien, de même qu'il n’est pas besoin de 10 bouteilles d’eau de Sedlitz pour pürger un malade, de même il est superflu de prescrire 40 grammes d'iodure pour déterminer un effet que 5 ou 6 grammes seraient suffisants à réaliser. Et alors, je le répète, à quoi bon ces doses monstrueuses, colossales qui ne sont du reste, remarquez-le bien que des doses fantaisistes ?
Ni —
Fantaisistes, ai-je dit, oui et je légitime le mot. N'est-ce pas en effet fantaisie pure que de tripler, quadrupler, décupler la dose d’un remède alors qu’aucune observation précise ne démontre une différence d'action thérapeutique entre telle ou telle de ces doses massives ? A-t-on jamais, même en une seule fois, précisé une inégalité d'action entre 20 et 30 grammes d’iodure, entre 30 et 40, entre 40 et 50 ? Non, que je sache du moins et alors pourquoi prescrire 30 grammes plutôt que 20 et 4o plutôt que 30 ?
Fontaisie pure.
On répond que ces fortes doses ne comportent aucun danger, qu’elles sont bien tolérées par l'estomac, bien tolérées par l'organisme. Je veux croire qu'il en peut être ainsi puisque des confrères dignes de foi me l’affirment. Mais il n’en est pas moins vrai que les doses en question, au dire d’autres médecins sont souvent mal acceptées par l'estomac, produisent du dégoût, de l’inappétence, de la dyspepsie, dépriment le système nerveux, etc. En tout cas la discussion est inutile à poursuivre sur ce point, car il est une autre raison plus que suffisante à elle seule pour condamner ces doses excessives, raison pratiquement péremptoires ; c’est quelles sont inutiles ; oui inutiles car au nom de l'expérience, on peut poser ceci en principe; ce qu’une dose de 10 gr. d'iodure ne produit pas, une dose supérieure ne le produit pas d'avantage.
Cela, je l’affirme, et je l’affirme aussi bien de pär ce que j'ai vu que de par les témoignages de nombre de mes collègues. Bien des fois en face de cas rebelles et dûment refractaires, je me suis laissé tenté moi aussi dans l'espoir d'obtenir mieux de doses supérieures, de doses massives. Bien des fois déçu avec 10 grammes d’iodure, j'en ai prescrit 12, 15, 18, 20, (sans jamais avoir passé ce dernier chiffre je l'avoue). Eh bien, je n'ai pas été moins déçu avec ces dernières doses qu'avec la première. En sorte que j'en suis revenu de ces doses folles, extravagantes et que pour ma pratique, je ne dépasse plus en moyenne la dose suffisamment intensive de 10 grammes, bien convaincu que je ne gagnerais rien l’excéder.
Cette affirmation d'un maitre éminent nous semble trop absolue et au nom de l'expérience nous nous élevons contre la condamnation de doses supérieures à 10 grammes ; car nous avons eu:Foccasion d’observer quelques cas de syphilis tertiaire qui, rebelles aux doses de, 10 et 12 grammes, guérirent après l’administration des doses d’iodure de: potassium que Monsieur le Professeur Fournier déclare toujours :inutiles. D'ailleurs nous ne sommes pas seuls dé cet avis, outre Monsieur le Docteur Hirtz dans le service duquel nous observèämes les faits en question, Monsieur le Docteur Balzer, en France, est aussi un partisan des très hautes doses d’iodure dans certains cas de
syphilis tertiaire. Nous rapportons une observation
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prise dans son service où l’on voit administrer des doses de 30 grammes plusieurs jours de suite.
En Allemagne, Wolf rapporte que sa pratique préférée consiste à employer l’iodure de potassium à hautes doses dans la syphilis. Dans un cas il a ordonné jusqu’à 50 grammes par jour et pendant trois mois, soit une quantité égale à s kilogs d’iodure de potassium.
Le succès couronna cette thérapeutique tant au point de vue local qu’au point de vue général. A quelques autres malades il a fait prendre 30, 16 et 32 grammes par jour.
Il ne donne pas l’iodure de potassium dans l’eau, mais dans l’amylum parcequ'il croit qu'ainsi l’iode libre se combine aussitôt et qu'il évite les symptômes d'iodisme (1).
Neisser (A) (2) est aussi un partisan des hautes doses dans les cas de syphilis tertiaire.
Voici les faits que nous avons observés et que nous croyons des preuves évidentes de l’utilité et de l'efficacité de l’administration de l’iodure de potassium à très hautes doses.
(1) Berlin. Klin. Wohescrift. 1889, décembre, n° 48, page 1054. ;
(2) Die gegenwärtig für die Behandlung der syphilis maassgebenden Grundsätze unl methoden. Leipsig, Ackermann und Glasser, 1891.
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Observations