OBSERVATION
Ulcères primitifs. Balano-posthite aiguë, Phimosis, Gangrène,
Duc..., âgé de 23 ans, maçon, entré le 19 mai 1840, salle 7, ne 15.
Ce malade, qui fait de fréquents abus de boissons alcooliques, n'avait jamais eu d'affection vénérienne, lorsque, à la suite de relations sexuelles qui eurent lieu il y a six jours, il éprouva d'assez vives cuissons au gland.
Cependantilne s’assura de l’état des parties que le lendemain
des rapports dont nous venons de parler Il y avait déjà du gonflement au prépuce et au gland, et quelques ulcères très dou- Joureux existaient sur la muqueuse balanique.
Le malade consulta un empirique qui ordonna des pansements avec une poudre blanchâtre et fit prendre une tisane qui excita beaucoup là sécrétion urinaire.
Bientôt le gonflement des parties fit des progrès rapides. Dans ses trois-quarts antérieurs, la verge doubla de volume; il fut impossible de découvrir le gland et les douleurs devinrent intolérables. Dès lors, D... cessa tout traitement et vint à la consultation de l'hôpital où il fut reçu dans le service de M. Ricord, salle 7, n° 15.
Aujourd’hui, 49 mai, il existe un phimosis très intense; le volume des parties malades est triplé et la peau du prépuce présente à droite, une eschare noirâtre demi-circulaire. Partout ailleurs on remarque une coloration en rouge brun. Le limbe
du prépuce est le siège d'un œdème considérable; mais pourtant il laisse apercevoir l'extrémité du gland. Dans sa partie inférieure, le prépuce offre une saillie assez notable et forme, en avant du gland, une espèce de recessus rempli de sanie purulente et de détritus gangréneux.
L'urèthre, qui livre un passage facile aux urines, ne fournit pas de matière morbide et l'écoulement quis échappe abondamment des parties malades provient en entier du gland et du prépuce.
Les érections ne font éprouver aucune douleur sur le trajet de l'urèthre, et l'extrémité de la verge est le siège d’une vive souffrance occasionnée par la pression que le prépuce exerce sur le giand. C'est aussi seulement au prépuce et au gland ulcérés que le malade rapporte les euissons qu'il éprouve pendant l émission des urines.
Les régions inguinales, examinées avec soin, ne présentent aucune tuméfaction ganglionnaire et ja pression n’y révèle aucune sesibilité anormale ; enfin, la sanie purulente qui s'échappe des ulcères a déterminé un érythème assez intense sur les parties qu'elle touche, et cet état est surtout remarquable au pli génito-crural, sur le scrotum et à la face interne des cuisses.
Bien que ce malade éprouve des douleurs très vives, et que depuis trois jours il soit sous l'influence d’un état fébrile très intense, il n’a pas voulu se soumettre à la division du prépuce qui était mdiquée.
On applique trente sangsues aux aines. La verge est tenue enveloppée avec des compresses imbibées d’une solution concentrée d'opium.
Diète, limonade sulfurique, pilules opiacées, camphrées.
Le 20. Il y a moins de douleur. On continue les pansements avec la solution d'opium.
Même régime.
Le 21. Le gonflement a beaucoup diminué. On continue les applications opiacées.
Le 22. Les parties gangrénées se détachent et l’on dessine les organes en cet état.
11 n’y a presque plus de douleur. A sa partie supérieure, le prépuce se trouve assez régulièrement détruit, suivant une ligne qui correspond assez bien à la saillie de la base du gland, tandis qu'en bas il forme un lambeau irrégulier, auquel l’eschare est encore adhérente. Sur le gland, on aperçoit des détritus de gangrène ; mais l'organe lui-même n’est pas entamé profondément.
L'émission des urines est toujours facile.
cés etle même régime. DITS :
… La — La fière a presque opRiement és on continue les opia”
Le 24. Presque partout les détritus gangréneux ont or ; il reste fort peu de gonflement. On prend du pus sur le gland et on l'inocule à la cuisse gauche. On panse toujours avec la solution opiacée.
On donne des bouillons et des soupes.
Le 27. Les parties sont roses et ne présentent nulle Ta l'ap-
: parence des chancres ; il n’y a plus de gonflement.
L'inoculation n’a rien produit et donne ainsi la certitude que
Ja gangrène a radicalement modifié Ja nature spécifique des
none primitifs. .
ILest de même important de noter que le pus mêlé de détritus
gangreneux, dont le contact avait suffi pour développer sur la
peau voisine des parties malades l’érythème dont nous avons indiqué la présence, n’a pas fourni par l’inoculation le moindre symptôme qu'il fût possible de confondre avec ceux qui résultent de l’inoculation du pus qui contient le virus syphilitique, agent indispensable pour obtenir les phénomènes réguliers
qu’amène dans tous les cas son introduction sous l’épiderme
et qui ne saurait être remplacé par les sécrétions plus ou moins âcres que peuvent fournir les organes génitaux, quel que soitle degré d’inflammation des ulcères dont ils sont le siège.
On panse au vin aromatique.
On.donne le quart d'aliments.
Le 28. On pratique la résection d’un reste de lambeau afin de régulariser la circoncision opérée par la gangrène.
Même pansement.
On donne la demi-portion d'aliments.
Le 29. On cautérise avec le nitrate d'argent quelques bourgeons charnus sur le limbe du prépuce..
1% juin. La cicatrisation du gland est complète, ainsi que celle de la partie supérieure du prépuce.
On touche légèrement avec le nitrate d'argent les parties non cicatrisées.
On panse toujours avec du vin aromatique,
On donne les trois quarts d'aliments.
Le 6. La cicatrieation est presque complète partout, et les chairs sont assez régulièrement nivelées.
On panse au vin. Même régime.
Le 9. Le malade sort parfaitement guéri.
| LE Res
* Cette observation, dont nous n'avons eu malheureu-
sement connaissance que pendant l'impression de no—
tre thèse, vient confirmer d’une façon saisissante la plupart des propositions que nous nous sommes efforcé de justifier.
Dans ce bel exemple de balano-posthite chancrelleuse compliquée de gangrène : |
1° Le sphacèle a détruit la plus grande partie du prépuce; mais la région du frein est demeurée intacte.
2 La plaque noires’est montrée dès le cinquième jour de la balano-posthite, par conséquent, la gangrène est survenue rapidement.
3 Le processus gangréneux s'est accompagné d'un état fébrile très intense qui du jour au lendemain, a cessé presque complètement, dès que les dégats se sont limités.
4 Dans tout le cours de cette balano-posthite grangréneuse, les régions inguinales n’ont présenté aucune tuméfaction ganghonnaire ef la pression n'y a révélé aucune sensibilité anormale.
9° L'inoculation, pratiquée après l'apparition des accidents gangréneux #'a produit qu'un résultat négaif, donnant ainsi la certitude que la gangrène a radicalement modifié la nature spécifique des uclères primitifs.
G* L’alcoolisme peut être invoqué comme étiologie.