‹ De la bienfaisance publique; (volume 3)Chapitre 76 sur 90 · SOMMES · texte numérisé non relu

SOMMES

(1-2) Voyn le Rupport au roi iurJti hôpiiaax Jtt» kotphtsêt hi têmctt dû bUnfaUuncê , puUi« par le roinialre de rinlirieur, eu 1857, page* 4 à 12.

Ob croit vpir par ces ekeïnpTes qna lès 'â%posTllojAs âiit H» béraH^ semblent beaucoup plus dépendre des mœurs lo^ cales, que s6 régter sur te nofldn'e desInSi^ens..- La moyenne pour la France entière est ^ savoir t

ï)ons et libéralisés , ^ . ^ . ..

1"" Aux hôpitaux et aux hospices. ~. . . * l,0^i*M Aux bureaux àé bienfaisance 2)Ô0A)954

' TotaL »,0âl,789

Indigens sedofurns par les ""^^

Hôpitaux et hospices 679,802

Bureaux de bienfaisaoee. . . . . . 695,932

Tdtal. >l,S7S,Mft

AETtOUi: IV.

^fkel at U fonâemmt du aiormu retondues tur l'eatmshn dupmtpénsme*

Un cri d'alarme, parti naguère des Iles Britanniques, a re* .tènti en Europe, y a répandti une terreur universelle. Il à si-p gnalé Finvasion d'«i fléau qui menacerait la prospérité sociale, le repos du mondé et la civilisation elle-même ; une dénoniination nouvelle a même été imaginée "pour désigner ce nouveau péril. De toutes parts on a craint de voûr surgir une nuée d'indigehs j déjà quelques personnes ont cru la voir se montrer ; on a supposé que son extension n'aurait plus de bornée. liC péril a été admis cotnme constant, quelque dénué de preuves ; dès-lors, on s*est , à l'envi , efforcé de déconvril les causes, dindiqûér les remèdes. On s'en est pris à Téxcèi de la population, aux mariages, aux manufactures, aux grandes villes; mais, c'est sur|odt aux conséquences du régime de( secours-publics qu'on a attrtt)ttéla calamité, dontl'imaginaiionj était frappée.

Cependant cette épouvante , quelque génârale qu'elle soit , est'tdte )ùstifléê par lesIMui?

BJCnurSIO» DV PAUYAHlSMfe. liSfi

Di^ày qaelqneft réflexions qui tendent à la calmer se sont nû-* lurellement ptésentëes^ dans le eours de nos investigations êHr la statistique de l'indigence et snr les causes qui la pro» duisent. (i) - '

D'autres eonsidërations se présentent également pour noua rassurer i et portent à penser que la masse de la misère n'est point augmentée dans l'état présent de la société humaine, si {; mémd elle n'est considérablement diminuée ; qu'elle ne tend point à s'accroître dans l'aveniri du moins sous un bon l^gime .. de secours publics; qu'elle doit plutôt se restreindre sotts l'empire d'un tel régime. Elles expliquent en même temps les* / apparences trompeuses qui ont pu occasioner l'effroi, en fai- V sant naître le prestige^

D'abord^ c'est une obsenratioii constante, que des Infirmités dont l'existence était trop réelle ^ mais qui restaient inconnues, ' se dévoilent d'elles-mêmes alors qu'on institue un régime régulier de moyens propres à les soulager. Les faits ne sont pas changés; ils sont seulement mis en lumière* C'est ce qui ,; /" est devenu sensible par plusieurs exemj[)lès. À peine soupçon- ^ nait-on qu'il existât une classe nombreuse de sourds-muets, dans là soéiété, avant l'époque où fiit inventé l'aH bienfaisant qui, en leur procurant l'éducation, les dédoihmsige de la perte [ de l'ouie et de celle de la parole qui en est la sttite. Dans les contrées ou les établissemens destinés à l'application de cet art n'ont pas encore été introduits, on n'entendpointparler de ^ sonrds*muets ; c^est seulement lorsque ces étabiis^emens , ea se multipliant, se trouvent à ta portée des familles aiBîgéeS, 1 dims^uelqu'un de leurs enfans par ce genre d'infirmités, ou lorsque l'administration publique t)rocède à quelque enquête qvéciale sur cette matière, qu'on découvre avec surprise à quel point cette infirmité est répandue ; les sourds-tntiets snrgissent inopinément par milliers : cependant, cette privation des organes de l'ouïe n'est pas et ne peut être factice :

(1) Voyez ci-d«f ant, liv* ler, diap. 3, «rU 7 At g| liVé %^ <tepi ^ uMm 1 et 6.

A56 PBBMIBKB PiJRTIE. LIVEE II. CHA». III.

elle existait, mais ne s'était par révélée. Le même phénomène se répète aujourd'hui stius nos' yeux relativement aux aliénés. A peine de notables améliorations ont-elles été apportées dans le traitement de «raliénatfoir mentale ; à' peine de grands établissemens se' soot-ils ouverts à leur applicatioui que fe nombre des personnes atteintes de cette maladie a paru subitement augmenté. Ces améliorations, ces fondations n'ont fait perdre la raison à personne ; mais les

I personnes privées de la raisQU ont été conduites par leurs fa* milles aux sources salutaires qui, font espérer la guérison. Que des consultations gratuites soient ouvertes par l'administration, à des maladies qui peuvent se contenter d'un traitement externe, une foule de malades se montreront et vien«dront profiter de l'avantage qui leur est offert ; ils ne se seront point faits malades pour la circonstance. Oir, le même phén< mène qu'on aperçoit relativement aux infirmités du corps, reproduit, ^quoique moins rem3£q3ié^.£0lativement aux apparences de la misère, ^utre infirmité plus conq>lexe. La mis< ne s'acccrott pas en réalité, par cela seul qu'elle se manlfest aux regards.

Or, c'est surtout lorsqu'un régime de secours publics s'introduit et se' développe dans un pays , cfue le phénomène ici signalé doit avoir lieu. Car, les secours privés se distribuent en silence et dans l'ombre ; il n'en est point tenu d'état; les infortunes qu'ils soulagent restent ignorées. Mais, les indigens, admis aux secours publics, viennent se faire inscrire , ils sont enregistrés, ils paraissent, ils semblent nattre. Les mendians^ dans les pays où laçiendicité est permise, sont les seuls indigens dont le public eût connaissance, lorsqu'il n'existait encore pour l'indigence que des charités^ privées. La présence des pauvres fait plus d'impression dans les villes, parce qu'ils y

• sont' plus accumulés, parce qu^ils s'y montrent davantage, et en présence d'un grand nombre de témoins. Plus la répartition des secours publics s'exécute avec régularité, et plus les listes authentiques des pauvres s'étendenti

BXTVNSiair DU nPAUPÉEISMS. kSl

Enfin, c'est seidement lorsque l'administration livre à la publicité les relevés des dénombremens opérés par ses soins, que les faits entrent dans le domaine de la science. Or, ces publications oi)t commencé g^éralement à.une époque tirès^* récente ; trop incomplètes, elles s'étepdent de jour en jour. Les faits ne chajigent pas ; la lumière seule se répand. Les obj^ ne naissent pas; ils %e découvrent..Qui se fût imaginé, avant la publicité donnée parle magistrat qui administrait,- il y a quelques années, le département du Nord, que la moitié des babitans de la ville de Lille était porté au rôle dos in- 4igens? •

Une autre cause contribue à produire l'illusion de laquelle dérivent les terreurs sur l'accroissement du paupérisme.Cest que, par le seul effet des progrès de la civilisation, les limites qui séparent le pauvre de l'homme aisé, Tindigent du pauvre se déplacent. D'un côté , les conditions jugées nécessaires au bien-être s'étendent; les besoins se multiplient; on considère comîne un état de pauvreté ce qui jadis eût été une situation aisée ; celui qui jadis était seulement pauvre, devient nécessiteux, parce qu'ily apour lui desnécessités nouvelles. Loin que Âcet effet atteste une augmentation dans la masse delà n^isère, /il résulte au contraire d'une augmentation dans la prospérité • sociale. D'un autre côté, à mesure que cette prospérité s'accrott, les personnes aisées ont plus de moyens pour donner ; à mesure que la civilisation se perfectionnej^ là sympathie pour les maux d'autrui devient plus^vive ; il y a donc plus de gens qui reçoivent, sans qu'il y ait plus de gens qui souffrent; ceux qui souffrent sont eux-mêmes plus disposés à se plaindre, en présence de là prospérité générale, et plus enclins à demander, à raison de l'accueil que reçoivent leurs demandes. Le commerce entre la bonté et l'infortune se trouve ainsi étendu ; commerce louable, et salutaire aussi long-temps qu'il se borne à soulager des maux réels ! S'alarmerait^on . de ce que, sans qu'il y ait plus de misère véritable, celle qui ^iste est mieux soulagée? Ce n'est point ici l'accroissement

Àî(8 PBBHIJÀIB »AÀTIS. UtB« II. €BA>. III.^

ë^un fléau; c*est le développement, d^ime vertu qui resserre les liens entre les hommes ; c'est une diminution de souffrances, dans Ta classe de la société la plus malheureuse. (1) ' Qu'on cesse donc de nous alléguer, comme {freuve de rangmentation .de la misère , la plus grande abondance des secours! Là où il y a des médecins et des pharmaciens , il se Consomme une pltfe grande quahtité de médicamens , %ans quHl y ait pltts*de malades; il y a aussi plus de guérisonSi plus de gens conservés à la vie.

Ou sont donc, cependant, les preuves authentiques par lesquelles se justifierait Tépôuvante qui saisit certains esprits/ sur les progrès du prétendu fléau? Le seul exemple qu'on cite I celui qu'on nous allègue toujours , est l'Angleterre , ou plutôt la taxe des pauvres en Angleterre, que l'on confond avec la misère dont on la considère comme un symbole. On ne fait pas attention que l'accroissement de la taxe est la suite , 'non d'une multiplication dans le nombre réel des nécessiteux, mais des erreurs commises, depuis le milieu du siècle dernier, dans l'application des lois anglaises sur les pauvres; que] la taxe est devenue, pour beaucoup de ceux qui

(1) On aime à voir» dans le relevé qui a été fait en France des donatieoa fidtet aux établisiemens publics pendant* ces dernières années, que celles qui ont eu lieu en faveur des établissemens de bienfaisance, forment un peu plus de la moitié du tolal, et se montent à^ des sommes considérables. Cependant on est frappé de v<nr aussi que, sur te nombre, près des ^IZ ont lieu par testar ment, 1(3 seulement entre-vils ; e'est qu*il est plus fadle de doniier aux dé« pens de ses héritiers, que de s'imposer des sacrifices à soi-même* On remarque avec quelque surprise que, parmi les départemens de France les plus riches, il en est plusieurs qui Sont en même temps ceux où les donations de la bienfaisance sont les plus rares, par exemple)) : le Calvados , l'Eure, la cWeute-Iofêrieure. Il en est au contraire dans les pins pauvres qui figurent partni ceux où les donaiions sont les plus abondantes, comme l'Ardèehe, la Lotère, le Jura, la Haute-Loire» les Basses-Alpes, la Drôme, l'Aveyron* (Voir la Statistique mortde de M, Guerry, page 63 , et le rapport du ministre de l'intériittr a» roi, sur les hôpitaux, hospices, etc.,in-4''t 1837, pages 4, 5 et 6.

j pftrtteipent) via luppléniMl m% «alaireS) au Itea d*étt« l^i seùours pour les néeessitéft. Et en effet, le kiil de 1894, les féforoiei ifu'il t introdmles dSHS là distributieu des secours IKiblioft, ont;^s ameiié «e réduotiou sensible dans lé nombre de cent <(ai y sost admis ? Le biil tk\ pss eu un peuvoir màg(* qkt pènr dimiMer la misèrsi il a ramené seulement les se^ eémn à un plus jmte rapport ayéc la misère existante. C<mh ment seraitt^on londé à attribuer ai& pregrès généraux dé rindastrie ei de la richesse en Angleterre» ràu^eniallon inrogressifè ^'aéprouvée la taxe despautres 4^ns œ royàmno) pendant un siè^e» lorsquV^n t^, sais le même gouvernemmrt> une cmaiiie beaucoup «a^lns avaneée, en indusuieel / V flB ridiesse ^ riHânde i gémfr siMis le pelds A%mé mis^ bien plus profonde, bien plus répandue que l'Angleterre prepre^ meut d^et

On €iie encore un exeofle i raeerotssement du timbre «dès enfttis trouvés, spédalemefnt en fiance. €e ne semfi) en sia|h posant cette assertion exâfcte^ qu*une augmentation psittéUe , laquelle pdurtuft s'expliquer p» éëÈ causes {laii^cùUé^s^ Maisi nous aurons occasion par la suite de reconnaître qi»e cette assertion est ssnis fondement récA, et que, €fn France même, 4 Paris surtout , te tiotebre des enftfas recueillie chaque année par la charité pvMgm&^jm ^ éiminuam d'une manièi^ lensible^

Si Ton ûe peut justifier |^r àlicUa document pos^itif le pré-^ tendu àccrolssetnent du paupérisme , on peut donner des prt^es certaines qui attestent une tendance contraire dans les pays bièU ^administrés. Ainsi le nombre des indigens in«serie» aux sedôUrs publics, à diminué, à Paris, de près dé mëitié en quariitlte*sept ans, quoique la population de cette grande cité ait presque doublé pendant le même Intervaille de temps \ éif cependant, tôtttes les causés, auxquelles on attribue' ratigtnentatiôn progressive du fléau, conspirent à-la-fois dans la capitôle di^lu jPrance. La mendicité a disparu entièrement datas lAitiiétirs ët^ts^ elle est fort diininuée danis quelques

A60 paBMiiBB PAxm* uvbé ii. chap. m.

autres. Les pauvres eux-mêmes sont en général mieux vêtus et mieux ncHirris. Mais , ce qui établit de la manière la plus écla-* tante une réduction progressive et générale en Europe, île la m^sse de la misère, c'est rabaissement progressif et général de la'mortalité, la prolongation de la vie commune.Yoici une démonstration qui repose suf des faits reconnus, dont les résultats sont hors de toute, contestation, et qui atteste une amélioration considérable dans le sort des classes les plus nom-' breuises. Si rAngleterre, en particulier, est le pays où la mortalité s'est réduite d'une mai^î^rft pin» «finRihlft, TAngleterre elleirinéiiie ne saurait donc fournir l'exemple qu on a cru voir, Qt.qpi s^ul, d'après des apparences trompeuses, justifierait l-opifiioli des économistes ^Bffiray^'^e l'extension ide la misère* » t . /» . .

Singulière argumentation : de ce qu'il y aurait un plus grand nombre de personnes secourues^^,aLJ'pn veut , on se hàte.d^ conclure qu'il y a plusd^digens; mais, s'il se trouve qu'il y avait jadis des malheureux qui manquaient de secours et qui maintenant en reçoiv|^t. il y a seulement plus de charité, moins, de spuffirancés. £t n'est-ce pas précisément dans ce but que la cfiarité est descendue du ciel sur la terre?

Amis de l'humanité !. rassurez-vous donc. La société humaine ne marche poUit vers çetabtme de maux dont on l'A un instant menacée. Les alarmes dont quelques esprits sont saisis ne sopt qu'une terreur panique. Ne redoutez plus les conséquences des secours publics, commecausesproductrices de la misère ; s'ils la manifestent, c'est pour la calmer. Ne redoutez même pas l'accroissement de la masse des secours, éi elle est bien employée; elle attestera, non une plus grande masse de maux, mais une plus grande et plus juste abon-, dance de remèdes.

Serait-ce à dire qu'il n'y a pas toutefois des craintes légitimes à concevoir, des dangers à prévenir? non "sans doute, et une foule de périls naissent, comme nous l'ayons vu, de ,1a m^rcbç de la civilisation ; ils 9*açcroUraient surtout par l'af*

SXTSNSIOIC BU IPAUPiaiSUB.

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