TROISIÈME PARTIE. LIVRE I
l'administration publique. Car il doit être employé le premier, toutes les fois qu'il est possible. Il importe de mettre d'abord le malheureux en état d'user de ses propres ressources. Un tel service semble tenir le milieu entre les préservatifs de la misère et ses remèdes : il participe à-la-fois de l'un et de l'autre. Donner le travail à qui peut travailler, c'est donner le pain, et avec le pain, l'avantage de ne pas vivre aux dépens d'aulrui.
Mais les circonstances qui rendent ce premier genre <f assistance ou nécessaire , ou possible , varient suivant la situation des indigens et suivant la cause de leur malheur. Les modes qui peuvent servir à remplir ce but, diffèrent aussi entre eux.
Quelquefois le travail manque à nne classe d'individus, par l'effet de circonstances habituelles, et à-peu-près constantes | quelquefois il manque à des classes entières d'ouvriers, par l'effet d'évènemens extraordinaires et de crises
Comment fournir le travail, dans ces différentes hypothèses? comment le faire accepter ?
De là une première distinction entre le travail libre et le travail forcé.
Le travail libre peut être offert par les seules combinaisons ordinaires de l'industrie priv&, ou par des ateliers publics.
Les occupations offertes aux indigens se divisent aussi en deux grandes classes,; Les unes qui se rattachent aux fabriqués et aux laitiers ; les autres à. l'industrie agricole, et ces moyens peuvent différer suivant qu'il s'agit de procurer les unes ou les autres.
Nous examinerons successivement les divers plans qui , sous ces différens points de vue, semblent le mieux répondre à la mission de la bienfaisance publique- '
Ces recherches nous conduiront à explorer les questions relatives aux colonies agricoles et à l'émigration.
S'il n'e*t pas un sujet plus Important dans'le système de
3itizedb,GoOgIe
comimcftATiOHS hiélimikàires. 487'
la bienfaisance publique , il en est peu qui offrent de plus graves et de plus nombreuses difficultés. N'en éludons aucune; ne craignons pas de les approfondir ; jae désespérons pas d'en triompher.
Se* mojrwu de proenrer aux mdlgero do tmviùt vokatawe, pw
ConiidératiMu prUimimùrtt : çaclquci prmeipti. '
Lorsqu'un indigent, capable de travail , n'est cependant pas occupé , ou lorsqu'il ne l'est pas du moins autant qu'il pourrait l'être , la secours doit lui être donné sous la forme du travail , et ne doit lui être donné que sous cette forme- Ce principe est fondamental dans le régime des secours publics.
Si la société doit assister l'Infortuné , «lie ne doit rien à l'oisif.
L'indigent qui refuse le travail dont il est capable, lorsque ce travaillui est offert, n'a aucun droit à recevoir, à titre de secours , ce qu'il eût pu retirer de son labeur.
Non-seulement il n'a aucun droit alors à être secouru ; mais tout autre secours doit lui être refusé. La libéralité exercée envers lui seraitune injustice pour les hommes utiles, un dommage pour lui-même.
En acceptant l'ouvrage qui loi est offert, El ne fait qu'ac" quitter une dette. Celui qui peut subsister par ses propres
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(tSS TBOIS1ÎMK PAB'HB. LIVRE' I. CHAT. I.
forces n'est point autorisé à vivre aux dépens d'autrui. . La règle est certaine, manifeste, elle découle du principe qui vient d'être posé au commencement de ce chapitre. Elle est , dans plusieurs états , comme en Angleterre , eu Allemagne, consacrée par l'autorité même des lois.
Eh ! quoi ! ces lois seraient-elles qualifiés d'actes barbares?
Viendrait-on qualifier de vexation, le refus d'un secours pécuniairer fait-à celui qui refuse le moyen de gagner sa vie? gémir sur le sort du fainéant obstiné, comme s'il était une victime? accuser l'administration d'être inexorable , parce qu'elle a voulu le sauver? appliquer ici les formules de proscription prononcées contre la charité' légale ? Cette règle n'est pas née avec la taxe des pauvres : de tout temps elle était écrite dans le code même de la morale. Mettre le travail pour condition à l'assistance, ce n'est pas seulement une mesure de justice , c'est une mesure salutaire ; c'est un témoignage d'estime pour la personne assistée ; c'est pour elle plus qu'une aumône : c'est un service. Sa santé, sa moralité en sont affermies ; sa dignité est respectée; son avenir est amélioré. Si le travail est productif, les sources, de la richesse publique en sont fécondées. Donner à qui peut gagner , c'est récompenser la fainéantise , et par là encourager tous les vices, appeler tous les désordres.
Un second principe , parallèle à. celui qui vient d'êtu exposé, dérive des mêmes motifs : c'est que l'indigent capable seulement d'un travail incomplet ,< doit recevoir encore toute la portion de travail dont il est capable , et ne doit recevoir de secours, que pour représenter la portion de travail qu'il est hors d'état de remplir. C'est, il faut le reconnaître, la situation la plus ordinaire chez les indigens.
«Il est très rare , dit, avec raison , Bentham , qu'un « indigeut'soit totalement incapable d'un travail quelconque; « il n'y a pas un seul mouvement de doigt ou de pied, « un coup-d'œil, un chuchotement qu'on ne puisse mettre
bigitized oy G00gle
C0N5IDÉBATÏO1CS GÉNÉRALES. 48!)
« à profit dans an système aussi vaste. Une personne, si elle « est alitée , si elle a l'usage de la vue et de la parole , peut a servir à inspecter; si elle est aveugle, mais qu'elle puisse « demeurer sur son séant, elle peut tricoter, filer, etc. ; « l'incapacité n'est que relative ; on peut employer jusqu'à « la moindre portion d'aptitude. »
Il n'est pas jusqu'aux insensés que , par intervalles du moins , on ne puisse occuper utilement, et le travail alors est encore un moyen de guérison.
Après avoir posé ces règles , après en avoir justifié la rigueur , il reste, pour une bienfaisance éclairée, un autre devoir à remplir. . . ■ .
S'il est vrai que ce qui manque surtout à l'indigent , c'est l'amour du travail, la .disposition au travail, plus souvent encore que le travail' lui-même, cette disposition on devra chercher à la lui donner. ' - - -
Un troisième principe, non moins fondamental, c'est que le travail librement accepté, aseullecaractère d'une véritableassistance, et qu'il doit être préféré toutes les fois qu'il est possible. Seul , en effet , il conserve la moralité et la dignité de la personne assistée; seul il entretient en elle l'énergie de la volonté, c'est-à-dire la source des forces physiques elles-mêmes.
Cependant , on est contraint de le reconnaître, c'est précisément l'amour du travail qui manque à une foule d'indigens; ils ne se portent à leurs occupations qu'avec répugnance; ils agissent mollement ; ils opèrent avec lenteur ; ils ne sont ni soigneux , ni appliqués , ni exacts ; ils viennent tard à l'œuvre ; ils s'en absentent sous divers prétextes. Ils disent, il est vrai, pour s'excuser, qu'ils manquent d'ouvrage ; le fait est réel ; mais , on ne les emploie pas , précisément parce qu'ils sont mauvais ouvriers.'. ,
Une autre partie des indigens, sans manquer absolument de bonne volonté, manque de capacité ; ceux-ci sont maladroits; ils font peu; ils font mal; on ne s'adresse point à
■90 TKOISI&KK PAJITIK. Uni I. CHAT. I. •
eux ; ou, si l'on ne peut s'en dispenser , on les paie moins. L'ouvrage aussi semble leur manquer; mais ce sont eux qui manquent à l'œuvre : c'est nne- seconde espèce de mauvais ouvriers.
De là un quatrième principe : avant de chercher à procurer de l'occupation à l'indigent, il est nécessaire de s'assurer si la faute en est aux circonstances ou à lui-même. Car les mêmes moyens ne sauraient avoir la même efficacité dans deux hypothèses si différentes.
Il est rare , toutefois , qu'un indigent valide soit réduit à manquer habituellement d'ouvrage, s'il est à-la-fois diligent et habile. Il y a presque toujours un peu de nonchalance, ou un peu d'incapacité, dans f ouvrier qui ne réussit pas à s'employer : il est donc utile de lui procurer un mode et un genre d'occupation qui soi! propre à éveiller et à entretenir son activité, et de choisir aussi l'espèce d'ouvrages a laquelle il -se trouve spécialement propre. Ce dernier principe conduit à reconnaître qu'il est plus avantageux de trouver de l'emploi aux indigens par les combinaisons^ ordinaires de l'industrie privée. L'émulation en sera chez lui mieux excitée, mieux soutenue; il s'offrira, aussi de cette , manière, une plus grande variété d'occupations entre lesquelles on pourra rencontrer celle qui sera le mieux à sa convenance.
Far une autre conséquence du même principe , il sera ' toujours mieux d'occuper l'indigent à la tâche, qu'à la jour' née. Ce mode aura de plus l'avantage de lui servir d'épreuve.
ÀKTICLE II.
Du difficultés qu'on rencontre pour procurer de f ouvrage eux indigent'.
Là, il faut le dire, est la véritable difficulté dans la pratique. En vain vous trouves de l'emploi à l'ouvrier indigent, s'il refuse de l'accepter, ou s'il l'abandonne, bu si la personne
DIFFICULTÉ 8E PHOCHM. BB l.WVKAGK AUX IIIDIQBIIS. Ml
qui l'occupait, le lui relire. On n'aime point a employer un travailleur imparfait. On prise peu l'ouvrier qui manque de diligence et d'aptitude, et son œuvre parait toujours payée trop cher. Vous croyez avoir sauvé votre indigent; en revenant peu de temps après, vous le voyez retombé dans la situation dont vous espériez l'avoir tiré. D'ailleurs les personnes qui ont de l'ouvrage à donner, n'emploient qu'avec répugnance les gens qui portent la livrée de la misère. L'indigent lui-même éprouve Une timidité qui met obstacle à son succès, dans tout ce qu'il entreprend. Ainsi s'explique l'inutilité des efforts tentés par la bienfaisance, pour procurer da l'ouvrage 4 la plupart des indigent valides.
II n'est qu'un moyen d'obtenir, de meilleurs résultats : c'est de rendre à l'ouvrier imparfait, la disposition au travail, qui lui manque; si c'est l'amour du travail, en réveillant son acti* vite) si c'est l'aptitude, en achevant son éducation.
Triompher de l'indolence, surtout quand elle est devenue une habitude, n'est pas une-entreprise facile. La bienfaisance doit recourir à la philosophie, pour en découvrir les moyens. Elle sera contrainte alors de s'avouer que le premier de tous est l'aiguillon du besoin. Le besoin est destiné par la nature même à exciter l'industrie. Les peuplades sauvages, après avoir satisfait aux plus grossiers appétits, n'aspirent plus qu'au repos (1). Les contrées les plus fertiles, dans celles où
(1) « -Les peuples des différentes tribus de l' Amérique , dit Robertson , paa- « cent leur vie dans une indolence absolue. Il semble qu'ils n'aspirent à d'au- ,
• Ire jouissant* qu'à celle d'être eieinpts de toute occupation . Ils restent des
• jours entiers étendus dans leurs hamacs ou oasis par terre , dans une nismté
■ complète , sans changer de posture , sans lever les jeu* dé dessus la terre , " sans provoquer une seule parole. Telle est leur aversion pour le travail, « que ni l'espoir d'un bien futur ui la crainte d'un mal à venir ne peuvent le
• surmonter. Ils paraissent également indifférena à l'un et à l'autre, téwoi—
■ gnaut peu.de sollicitude, et ne prenant aueune précaution pour éviter l'un
■ ou s'assurer de l'autre. Le cri de la. faim peut le» exciter | mais , comme ils - ■ dévorent presque indisiiuctemeat ISut ce qui peut apaiser lent-faim animale,
Û92 TROÏSlfcal* PARTIE. LIVRE 1. CBAP. I.
le climat est le plus doux, où l'homme satisfait à peu de frais aux nécessités les plus pressantes, sont celles où l'indnstrie demeure stationna ire. Ce serait donc aller contre le but même que la bonté se propose, que de la porter jusqu'au point d'affranchir-l'indigence de la loi commune de l'humanité, enta dispensant d'obéir aux mobiles qui doivent déterminer l'activité. La résignation aux privations inévitables, est sans doute une qualité digne d'éloges; mais il est bon, pour l'homme indolent, de sentir les privations auxquelles il peut se soustraire. On regrette de voir les indigens s'accoutumer trop facilement à être mal logés, mal vêtus, mal nourris; à respirer un air malsain, à languir dans la malpropreté, et à accepter cette situation -comme un arrêt du sort, lorsque, avec plus d'énergie, ils pourraient arriver à une situation pins favorable. C'est sans doute parce que la civilisation multiplie les besoins, qu'elle détermine aussi un essor plus marqué de l'industrie humaine; mais elle influe directement aussi sur le développement des facultés intellectuelles et morales, elle répand dans, l'âme une chaleur -nouvelle, elle imprime une nouvelle énergie au principe de l'activité. Ne craignons pas que le pauvre s'associe à quelques-uns de ces besoins qu'on appelle artificiel/, mais qui deviennent une seconde; nature, lorsqu'ils n'ont pas pour objet de procurer des jouissances purement sensuelles, lorsqu'ils se lient aux convenances sociales. Que l'indigent donc ne reste point étranger aux nécessités nées de la civilisation, comme à la culture qu'elle a introduite; qu'il ne reste point exclus du commerce des autres hommes; qu'il soit initié aux goûts, aux habitudes que ce commerce doit faire naître. Donnez des alimens à son intelligence, -ouvrez son âme aux semimens louables ! Ranimez en
- les efForti! auxquels elle donne lieu , sont de peu de du réc. Dénués d'ardeur, '■ aussi bien que de variété de désir, ils ne sentent pas la force de cet aiguillon. " finissant, qui donne de la vigueur aux mauvemens de l'esprit, cl qui excite ■ la main patiente de l'industrie à persévérer dans ses efforts. -
pirPICULTÉ DK PHOGUK. DK l'OUTSU» AUX IHSIQEHS. WèZ
lui les sources de lit vie morale! 'Alors il s'arrachera mieux à cette mortelle apathie dans laquelle il se dégrade. Tout ce qui tend à avilir le pauvre, tend aussi à le plonger dans l'indolence. Evitez donc même les bienfaits qui l'humilient!
Un troisième moyen pour vaincre cette fatale répugnance au travail, est dans le pouvoir de l'exemple. L'imitation est, de sa nature, 'entraînante; elle agit avec une force plus marquée sur les êtres encore peu cultivés, comme sur les enfans; la vne des mbnvemens inspire le besoin d'agir. Le soldat le plus lâche dévient courageux dansles rangs. La lâcheté, à son tour,, est contagieuse. L'apathie est héréditaire. Il convient donc de placer l'indigent indolent et mou, eu présence d'un spectacle d'activité, au milieu de personnes plus actives; de le faire entrer dans les rangs des travailleurs, autant qu'il se peut, par le mobile de l'émulation.
1 L'exercice, par lui-même, lorsqu'il est bien dirigé et renfermé dans de justes limites, dissipe la langueur et la somnolence; il devient une sorte de gymnastique dont les effets se fbitt sentir à-la-fois sur les organes et sur le caractère.. C'est une observation assez constante, que les indigens livrés à des occupations sédentaires, sont ceux qui se montrent le plus ordinairement atteints par le penchant pour finacjuui et par les dispositions à la nonchalance.
Enfin, ou peut agir sur les sujets indolens, par l'appât des récompenses, surtout si ce moyen est combiné avec tous les autres; ainsi les encouragemens doivent accompagner leurs efforts, et se proportionner à leur mérite. Mais il importe. qu'ils soient toujours étroitement subordonnés en effet aux efforts tentés, et qu'ils se renferment dans une juste mesure. Bien ne décourage autant, que des tentatives sans succès; mais des récompenses exagérées ou prodiguées sans moùf, portent ceux qui les reçoivent à la négligence, découragent les autres. Les gens qui -gagnent sans peine et hors de toute proportion, deviennent plus facilement paresseux et dissolus. La valeur delà rémunération *'W appréciée que par
&M wourùm fut», uni i. cm*», i.
les sueurs qu'elle i coûtée*. C'est alors qu'elle fait éprouver à l'âme de l'homme laborieux, cette joie noble et secrète qui redouble ses forces avec son courage.
Sous tous oes rapports, on doit éviter autant qu'il se peut, de laisser les indigens paresseux s'agglomérer entre eux, se séquestrer du mouvement général de la société, pour former une caste à part. Il faut les disséminer autant qu'il se peut dans les rangs des personnes actives. Il faut assainir leur demeure, exiger l'observance de la propreté, de l'ordre et des soins, dans l'intérieur de leur vie domestique.. Bien ne tend plus surtout, aies guérir de la torpeur qni les éloigne du travail, que le patronage bienveillant des personnes prises) dans les classes moyennes; il leur offre à-la-fois et les. exemples, et les conseils, et- les encouragemens qui, à une protection généreuse, joignent envers eux une surveillance) éclairée et une fermeté salutaire.
La seconde condition qu'exige la disposition au travail sent . favorisée également par les- remèdes qui viennent d'être indi« qnés pour satisfaire à la première. On fait toujours mieux ce qu'on fait avec goût. Mais quelquefois l'éducation industrielle du pauvre sera demeurée incomplète; il conviendra de' l'achever. Quelquefois il aura choisi une profession a laquelle il n'est pas propre, un séjour où il ne peut réussir; il convient ùra de le diriger vers un autre genre d'occupation, vers une autre résidence. Quelquefois il sera placé sous une mauvaise direction; il conviendra de lui procurer de meilleurs chefs. Dans tous les cas, il est trois remèdes principaux pour faire obtenir par des travailleurs imparfaits, une plus grande capacité : ils consistent a développer chez eux l'application, la persévérance, la régularité, ces trois qualités dont la réunion contribue le plus essentiellement à la perfection du travatti Par l'application, l'attention de l'ouvrier sera fixéej par la persévérance, il surmontera les obstacles, U donnera à l'œuvre le fini nécessaire; par la régularité, il observera les proportions, les ajustages. Ces trois qualités supposent certaines
difficulté rafnoci'M. »ï l'ovtusi A.VS IHD1QSHS. &M habitudes de calme, de tenue, d'ordre, dans le régime de la vie; elles s'obtiennent par un exercice répété; elles ont besoin' d'une bonne direction; elles se forment sous l'empire de l'autorité. Or, voilà précisément ce qui manque souvent à l'Indigent, et ce qu'un patronage éclairé pourra lui donner. Mais n'espérez rieu de l'indigent, mauvais ouvrier, dès que vous l'abandonnerez à lui-même.
Les difficultés déjà si nombreuses et si puissantes, .contre lesquelles on lutte lorsqu'on cherche à occuper l'Indigent par le travail libre, s'accroissent encore d'une manière marquée, lorsque le malheureux n'est capable que d'un demi-travail. Alors, il est un grand nombre d'occupations dont il se' trouve naturellement exclus, et celles qui lui restent accessibles sont les moins lucratives, celles où il rencontre le plus de concurrence. Dans cette situation, il se trouve souvent aussi privé de la faculté de choisir les lieux, les moment les plus favorables. Il se persuade plus facilement, il fait plus facilement supposer aux autres, qu'il n'est pas même en mesure de s'occuper utilement, et il en prend prétexte pour se dispenser d'agir; et puis comment déterminer avec certitude ' le degré* précis de travail qu'alors l'indigent peut accomplir I
Parmi les institutions qui ont été conçues pour éveiller et entretenir chez les indigens l'amour du travail, il suffira de citer ici' une société établie en 1827, à Anspach, dans la royaume de Bavière; elle a eu l'heureuse idée de distribuer des prix aux indigens les plus laborieux, pour exciter leur émulation (1). Les institutions de patronage qui ont été proposées dans le livre précédent (2), pourraient comprendre ces bienfaits dans leurs opérations. Mais les administrations de secours à domicile seront naturellement placées pour distribuer des encouragemens de ce genre, dans le cours de la mission qui leur est confiée, comme nous aurons bientôt occasion de l'expliquer.
(1) Die Gatlkchaft dcrJrmtn-Beschaftjgu/ifs-fremde (24 novembre 1827.) . (a) a* partie, ch»p;iT, art. 7.
TROISIÈME FAHTIK. LIVRF I. CHAV.
Da moyens de procurer de remploi <aa indigent valida, chez la parût»-
Du tyilènw d'emploi obligé par r^priâlion,, ou de ronde.
Lorsque les indigens sont réduits à la détresse, faute de trouver du travail, l'idée la plus simple qui se présente à l'esprit, est 'd'obliger ies particuliers à les employer utilement, et l'exécution de cette idée parait facile au premier abord.
Ce système s'est établi de lui-même en Angleterre, dans un grand nombre de paroisses; il y est désigné sous la dénomination de roundt-man, parce que les pauvres valides sont envoyés à tour de rôle, dans les différentes maisons, pour y Être occupés. II prend, suivant les localités, des formes très diverses; chaque paroisse le modifie à son gré. Le pauvre est porteur d'un bulletin avec lequel il se présente che2 le marchand, le fabricant, dans les villes; chez le propriétaire ou le fermier, à la campagne. Peu importe que ceux-ci n'aient aucun besoin de bras nouveaux; on ne s'enquiert pas du genre d'ouvrage qui sera donné à l'indigent; on ne demande pas s'il y a un ouvrage quelconque à faire. Le particulier ne peut pas refuser ce serviteur imposé; il ne peut s'affranchir de l'obligation qu'au moyeu d'un sacrifice pécuniaire. Le salaire de l'indigent ainsi placé est réglé d'après un tarif; le taux de ce salaire est indépendant de la, nature et du mérite de ses services, de la tache qu'il a remplie; le taux du salaire n'est déterminé que par l'étendue des besoins qu'on suppose à l'indigent. La personne à laquelle il a été imposé et qui est censée l'avoir employé, est remboursée à son tour du montant des salaires, sur le fonds des secours à domicile. L'indigent, jora-
Mt l'emploi par. réquisition. 597
qu'il a passé ainsi auprès de la personne requise le temps marqué sur son bulletin, rapporte a l'inspecteur le bulletin signé de cette personne, pour preuve de l'accomplissement de la réquisition; il est alors dirigé auprès d'un autre particulier, sous des conditions semblables. (1)
Le système de la réquisition à lourde rôle est. pratiqué aussi en Danemark , et l'on assure qu'en JVorwège, il met quelquefois à la charge d'uu seul propriétaire, jusqu'à 40 indigène qu'il doit à-la-fois occuper et nourrir. On le retrouve dans quelques étals de l'Allemagne et dans quelques cantons de la Suisse.
Quelquefois les particuliers eux- mêmes, sans y être contraints par' une réquisition de l'autorité, jugent expédient de s'imposer de concert un semblable fardeau, pour échapper ' à un fardeau plus lourd. Cest un système que l'on retrouve également en Angleterre, sous la dénomination de Taxe du bravait. lies contribuables soumis à la taxe des pauvres, s'entendent entre eux et avec la paroisse, pour se répartir un certain nombre d'indigens valides, qu'ils se chargent d'occuper et de payer. Cette répartition s'opère, non pas en proportion du besoin réel d'ouvriers que peut éprouver chaque contribuable, mais en raison de la quotité pour laquelle il est imposé à la taxe des pauvres; il acquitte ainsi sa part dans la taxe, et il y joint même ordinairement un supplément pour assurer au pauvre un salaire suffisant. (2)
Quelquefois les indigens sont tirés au sort, entre des particuliers qui contractent l'engagement de lés entretenir, en les occupant; on en voit des exemples dans l'état de JMastachutteu aux Etats-Uni» (S), dans quelques'cantons de la Suisse et en Angleterre. (4)
(1) Yoy. le rapport présenté au roi d'Angleterre, le 30 février 1834, par Ici commiastires royam, etc., page* 11, 32, 195 et 199.
(2) /*., <*.,' page 42. '
(8) Voir le même rapport (F«Wj» einmHimicatlrm) , psgii flB, f*8, flr. (4) V>i<l. , rage 406.
A98 TBOI9IÈME PARTIE. LIVKK I. CHÀP. I. '
L'expérience a fait ressortir les nombreux inconvéniens d'un système aussi contraire aux principes naturels des tran- ' sactions relatives au travail. Il détruit les relations qui devaient s'établir entre celui qui emploie et celui qui est employé, par un libre "contrat et un choix réciproque. L'indigent assuré d'être placé et d'obtenir un salaire suffisant, ne s'inquiète point de mériter par sa diligence, le moyen de subsister. Il ne prend pas le goût dn travail; il ne s'affectionne point au maître chez lequel il entre avec un billet de réquisition, et chez lequel il ne doit faire qu'un séjour passager; il néglige une tâche qu'il n'a point d'intérêt à bien remplir, et dont ii ne s'acquitte que pour la forme. Il voit dans le salaire, non plus une juste rémunération de ses sueurs, de sa bonne conduite, de son habileté, de sa diligence; mais la jouissance d'un droit qui lai est acquis d'avance. Le particulier qui se voit contraint de subir ainsi l'entretien d'un indigent, n'est guère disposé à l'accueillir avec bienveillance ; il lui accorde peu de confiance; souvent même il est fort importuné delà présence d'un hâte inutile; peut-être il s'alarme de recevoir sous son toit, un inconnu dont le séjour sera dangereux à pins d'un égard. Il se voit exposé à prendre en service un mauvais sujet, un- fainéant, un ivrogne, un homme aux' mœurs dissolues. De son côlé, L'indigent peut aussi avoir à souffrir des préventions qui l'environnent, et recevoir un mauvais traitement du particulier, en retour des mauvaises dispositions qu'il apporte, ou par suite de la dépendance où il est placé. Quelquefois un ouvrier indépendant et bon travailleur sera congédié peutêtre, pour faire place à L'indigent que le particulier est obligé * d'occuper. Quelquefois l'indigent et le particulier à qui il'> i échoit, s'entendront-ils entre eux pour s'affranchir à la-fois par un contrat libre, mais funeste; le particulier se Boajaaeja par une rétribution payée à l'indigent; l'indigent en profitera pour aller mettre à contribution une autre personne , on pour se livrer sans gêne au désordre. (1) (1)T°Y- Unième rapport, page 197 etsuiv.
de l'emploi pas sÏQUismon. &99
Ces graves inconvéniens sont accrus, en Angleterre, par les différences qui existent, dans la manière de procéder, entre les différentes paroisses. Divers plans ont été proposés et même essayés , pour remédier à l'inégalité des charges, qui résulte du -mode actuel de répartition des Indigens valides, placés par réquisition (1) -, mais ils ne feraient disparaître qu'une partie de ses mauvais effets; ils laisseraient subsister un principe qui est essentiellement vicieux par lui-même. « Tout a système d'emploi forcé des bras à un taux fixe de salaire , te sera la source de dépenses énormes ,' de maux et a injuste tices sans nombre (2). » Telle est la conclusion à laquelle ont été amenés les commissaires royaux , après la dernière enquête faite avec tant de soins , d'après l'ordre du parlement Britannique. Or, on ne peut imposer d'office des travailleurs , à un,simple particulier , sans fixer en même temps le taux du salaire : comment pourrait-il se régler de concert ?
Les mêmes conséquences se proHûïsent "dans le système de la taxe de travail, il en a aussi quijui sont propres et qui sont également fâcheuses. Dans les paroisses de l'Angleterre où elle a été adoptée, il a fait renvoyer tous les travailleurs qui n'y avaient pas leur domicile .légal. « Le travail à la tâche dis- « parait ; le travail est refusé à celui qui a des épargnes, une - <t propriété ; le pauvre perd son indépendance , se dégrade, « se coalise avec d'autres; la corruption, la paresse se prête pagent ; les liens defamille sont rompus; la- paroisse est « accablée sous le poids de la dépense ; les secours sont dis- « sipés à la taverne. » (S) Aussi ce système a t il été aboli par le bil! de 1834.
(1) Rapport précité, pages 21 1 , 212.
(ajyii^pageaas.
(3) lb\d„ pages 217, 2)9, 2Ï2 , 214.
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