‹ De la certitude dans ses rapports avee la science et la foiChapitre 1 sur 32 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dans un temps où les préoccupatidns de tous les hommes sérieux se portent sur le mouvement rapide qui semble nous entraîner vers deâ régions nouvelles et tout-à-fait inconnues, il est bien des questions, encore inexplorées, qui se livrent d'elles-mêmes aux méditations du penseur. Celle que nous avons entrepris de traiter nous paraît, non une des plus neuves, mais

une des plus graves et surtout des plus opportunes, à voir les efforts que font en ce moment les hommes les plus distingués par leur savoir, par leurs talents, les plus éminents par leur caractère, pour concilier dans le domaine de la politique les deux grands intérêts spirituel et matériel qu'il embrasse : intérêts représentés d'une part par TÊtat, de l'autre par la religion,

PRKFACK.

intérêts dont la lutle n'est que réternel dualisme de la science et de la foi se produisant sous leur forme extérieure dans les deux grandes institutions qui se disputent, avec le monopole de l'en seignement, la palme de la certitude, puisque, en effet, sans la certitude d'un principe, on ne peut rien enseigner ; mais malheureusement les philosophes et leurs adversaires s'accordent à dire que la vérité est une ; or, avec deux prétendants, il y a de toute nécessité vérité en-deçà^ erreur au-delà^ alors à qui restera cette palme?

Nous n'avons la prétention de rien conclure à cet égard, sinon peut-être que les doctrines plus ou moins hasardées qui ont été émises sont toutes empreintes d'un notable cachet d'insuffisance. Pour nous, les faits ont leur autorité en ces matières délicates; c'est pourquoi nous les avons laissés ce qu'ils sont pour les atteindre à leur origine et contempler sous une forme plus simple cette grande contradiction de la vie des peuples comme de l'existence individuelle.

Cette question n'est pas neuve, nous n'avions

PRÉFACE. Il]

pas besoin d^en faire Taveu ; cependant, elle est de celles que l'esprit humain ne pourra jamais se lasser d'agiter, parce qu'elle est la première qu'il doit se poser ; et par cela même qu'elle est la première, elle sera la dernière, cela est évident, si la vérité est une, si elle est indivisible. Mais elle se présente aujourd'hui sous un^ forme particulière: les passions du moment, les institutions, les progrès mécaniques, lui donnent un intérêt tout nouveau^ et, en augmentant la hardiesse de l'esprit spéculatif qui ne doute de rien , changent singulièrement son aspect. Il fut un temps où toutes les sciences, sous pein6 de prononcer leur propre déchéance, devaient converger vers une grande unité re* ligieuse, où il n'y avait de science que dans le sacerdoce, où toute science devait servir à expliquer et à confirmer le dogme. Âujour* d'hui la science, émancipée de ses entraves, veut dominer à son tour; elle veut avoir sa certitude à part de la foi, ou plutôt obliger celleci d'adhérer forcément à uiie autre existence c'est-à-dire qu'elle lui demande un suicide*

IV PRKFACE.

Ces prétentions ne sont guère équitables et ressemblent fort à celles des époques de réaction; mais il faut avouer qu'elles sont dans Tordre des choses, car s'il y avait une certitude en dehors de la raison, à quoi servirait la raison 7 Si la science n'avait aucune base véritable, elle serait obligée de rendre les armes à sa rivale, elle ne régnerait plus ; ce raisonnement est visiblement faux, mais comme il est de Tessence de tous les pouvoirs d'être et de se conserver, la science veut être, veut demeurer la maîtresse.

Cependant , que les philosophes qui dirigent le mouvement nous permettent de hasarder une courte observation. S'il est vrai qu'ils poursuivent la vérité par une route contraire à celle de la religion, s'il est vrai qu'ils sont en opposition avec elle , il est encore vrai qu'ils soutiennent des intérêts opposés, et qu'à force d'analyse et de distinctions, ils tendent, ou à la confusion des principes, ou au fatalisme qui n'est qu'un matérialisme déguisé. Une première vérité, puis Topération mécanique de l'induction et de la déduction, qu'ils distinguenten analyse et en synthèse,

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