‹ De la certitude moraleChapitre 5 sur 98 · DE LA PREMIÈRE EDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE EDITION

fl y a dans Platon un bien beau mot : « C'est avec l'âme entière qu'il faut aller à la vérité. » J'étais élève à l'École normale quand je commençai à comprendre et à goûter cette parole, et je vois encore la place où, m'essayant à étudier la dialectique platonicienne, je méditais sur le texte que je viens de rappeler, en y joignant le commentaire éloquent que je trouvais dans les pages les plus entraînantes de la Connaissance de Dieu ou de la Logique du P. Gratry.

En 1865, M. Garo publiait, dans la Revue des Deux-Mondes^ une étude très remarquée sur Jouffroy. Ge bel article contenait deux ou trois pages fines, pénétrantes, originales sur (( la preuve qui convient aux choses morales », comparée à la « démonstration »

Ml AVANT-i'ROPOS.

proprement dite. En lisant ces pages, je reçus une impression qui ne s'effaça plus.

En 1868, le célèbre Rapport de M. Ravaisson mr la Philosophie au dix-neuvième siècle contribua à fixer mon attention sur le rôle de la volonté en des cboses où communément on ne la remarque guère : certains passages du RajjportTûawmeni particulièrement frappé, et, entre autres, celui où l'auteur, dans ce style dont il a le secret, d'une hauteur sereine et d'une sévérité séduisante, signalant la thèse de M. Gharaux sur la Méthode morale ^^ déclarait lui-même « que la pensée ne suffit point à la philosophie, qu'il lui faut l'âme entière et que, si l'on peut distinguer dans l'Ame des parties, il lui faut surtout et avant tout ce qui semble en être le principal et le meilleur ».

Beaucoup plus tard, la présente étude étant chose résolue et entreprise, j'ai fait connais-

l.yj^hèse soutenue devant la faculté de Nancy, en 186G, et rééditée avec deuxv^puscules sous ce titre, la Pensée et l'Amour, Paris, 1869. — Qu'il me soit permis de dire que dans ma Philosophie de Malebranche, publiée en 1870 (le mémoire d'où sortait ce livre était de 1867), un passage du t. H, p. 284, est l'indice de lintérét que je prenais dès lors à ce que le P. Gralry et M. Gharaux nomment si bien la méthode morale. J'avais un troùl particulier pçur tout ce qui se rapportait à celle question, bien que j'eusse alors en vue une autre étude dogmatique, assez voisine il est vrai, la personnalité.

AVANT-PROPOS. M,i

sance avec un livre anglais, presque ignoré chez nous, quoique signé d'un nom illustre.

Le vénérable et regretté P. de Valroger, de l'Oratoire de France, m'engagea fort à lire un Essai sur la Grammaire de l'Assentiment^^ publié à Londres, je le lus: titre un peu étrange, ouvrage vraiment considérable, l'Essai était plein d'ingénieuses remarques et de vues originales. On en trouvera phisieurs citations dans le cours de cette étude. Je tiens à dire ici le plaisir et le profit que m'a procurés ce livre d'un grand écrivain anglais, le P. Newman, de l'Oratoire de Birmingham, maintenant cardinal.

Je nommerai encore le Doute, œuvre d'un vigoureux esprit. Si je parlais en critique, j'aurais des réserves à faire au sujet de certains jugements de l'auteur, trop rigoureux et même injustes. Mais il s'agit de l'effet produit sur mon esprit par la lecture de ce livre : bien que la première édition fut de 1867, je ne le lus que déjà fort engagé moi-même dans mon travail : j'y trouvai un substantiel aliment à mes

1. kn Essay in aid of a Grammar of Assent, Londres, 4« éd., 1874. La dernière cdilion est de 1891.

xi\ AVANï-l'HOl'OS.

lûcditations, et en louant ici la personne distinguée qui écrit sous le pseudonyme d'Hippolyte de Cossoles, je lui adresse en même temps un remerciement.

M. Garo, dans ses Problèmes de morale sociah, publiés en 1876, a consacré pour la seconde fois ((uelcpies très belJes pages à la question de la certitude des vérités morales ^ Jen faisais alors, et depuis longtemps déjà, l'objet de réflexions assidues. Combien je fus heureux de recueillir ces nouvelles indications, singulièrement précieuses! Elles reproduisaient avec un surcroit d'autorité" celles d'autrefois. Ayant eu l'occasion de dire ce que je pensais des unes et des autres^, je rappelai avec gratitude cet article de 1865 qui m'avait laissé un souvenir si vif.

M. Car(j, par cet écrit, avait été le premier, qui m'eut porté à faire des conditions particulières de la certitude morale un examen philosopliitpie. Devenu le confident de mes projets d'étude, il n'a cessé

1. M. Caro a traité encore de la certitude proine aux choses de l'âme et -do k» morale dans son cours de Sorbonne, en 1877-78, où il cherchait la méthode à suivre pour constituer les bases scientifiques de l'étude de l'homme. •2. Corra^pondanl. 10 janvier 1877.

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