‹ De la charité légaleChapitre 7 sur 106 · FIN D£ LA TABLE DU SECOND VOLUME · texte numérisé non relu

FIN D£ LA TABLE DU SECOND VOLUME

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Cer écrit est tiré d’un Mémoire qui a remporté le tiers du prix proposé par l’Académie Française sur le sujet suivant: De la Charité considérée dans ses principes, dans ses applications, et dans son influence sur les mœurs et sur l’organisation sociale. L'auteur est très flatté d’avoir partagé œtte honorable distinction avec un homme d'État qui jouit d'une haute réputation, comme philosophe et comme philanthrope, mais il n'en conçoit pas d'orgueil. Il comprend aisément qu'au milieu des soins d’une vie absorbée par de graves et importantes occupations, le temps puisse manquer pour certaines recherches de détail, et il n'attribue qu'au bonheur d’avoir eu plus de loisir, le jugement qui l’a associé à un homme célèbre. ou ee

L'essai qu'il offre actuellement au public est un chapitre de son Mémoire, chapitre qu'il a revu, développé et beaucoup augmenté d’après de nouveaux documens. Il a lieu de croire que les écrivains auxquels l’a aÿsocié le jugement porté par l'Académie n'ont pas donné autant d'importance que Ini à l'examen de la Charité légale. C'est là une des principales raisons pour lesquelles il s’est décidé à publier cette portion de son ouvrage. Quant aux autres parties du sujet, les auteurs des deux Mémoires qui ont obtenu avec le sien le suffrage de l’Académie, les ont sans doute approfondies mieux qu'il ne pourrait le faire, et il espère qu'ils communiqueront au public le résultat de leur travail. 11 serait donc superflu qu'il éxposât sur les mêmes points ses propres idées.

L'auteur n’a pas à craindre d’avoir été entraîné par aucune prévention à adopter les opinions qu'il vient soutenir. Au contraire, il a dü leur sacrifier des préjugés

AVANT-PROPOS. | 3 qui lui étaient chers. Lorsqu'il conçut le dessein de traiter la question de la Charité, mise au concours par l'Académie, son intention était de prouver que les indigens ont un droit parfait aux aumônes, principe dont le système de la Charité légale, qu'il combat aujourd’hui, est la conséquence naturelle. Mais bientôt il vit la théorie qu'il voulait établir détruite par des argumens d'une autorité irrécusable. Il dut alors changer d'opinion, et se disposer à attaquer les idées mêmes qu'il avait eu le dessein de défendre. Au premier abord néanmoins il hésita à se lancer dans cette carrière nouvelle. T'ant qu'il n'avait vu dans le sujet proposé par l’Académie qu’une simple question de morale, il avait pu se flatter que, vu ses goûts et la direction habituelle de ses études, il n’était pas absolument incapable de le traiter ; mais le changement qui s'était opéré dans ses opinions changeait la nature de son travail. Îl n'avait plus à s'occuper

d'un sujet purement philosophique. Il fallait qu'il entrât dans le champ de l'économie politique, science pour laquelle il n'avait jamais eu d’inclination ni d'aptitude, qu'il pénétrât dans un dédale de recherches et de calculs arides, qu’il sollicitât, d’une foule d'hommes distingués, des renseignemens qui exigeaient une volumineuse correspondance. Le pressentiment seul qu'il était sur la route de vérités importantes, a pu lui faire affronter tout ce que cette tâche avait de pénible, et lui donner le courage d'y persévérer.

C'est encore la conviction qu'il a acquise à cet égard qui l'engage à publier le résultat de ses recherches. I] le devrait d’ailleurs, ne fûüt-ce que pour mettre au jour les renseignemens importans que tant d'hommes honorables lui ont communiqués, renseignemens dont il ne pourrait sans scrupule se réserver exclusivement la connaissance.

Une circonstance aurait pu néanmoins

AVANT-PROPOS. 5 lui inspirer des doutes sur la convenance de cette publication. Entre les hommes qui soutiennent les idées qu'il vient combattre, il en est qui jouissent d’une haute réputaton comme philosophes, comme philanthropes, comme hommes d’État. Plus leurs paroles ont d'autorité, plus il doit naturellement s'attacher à signaler ce qu'elles lui paraissent contenir de faux et de dangereux.

Il comprend tout ce qu’à cet égard sa position a de délicat; mais il espère qu'on lui fera la justice de croire que, lors même qu'il se permet de contredire sur certains points ces hommes éminens, il n’en reconnaît pas moins toute leur supériorité. Ici l’auteur s'efface, les faits seuls parlent. Si la vérité ressort de ces faits avec tant d'éclat qu'il soit impossible de la méconnaître, on doit lui savoir gré de ce qu'il ose prendre sa défense contre des hommes dont la réputation et les services rendent l'opinion particulièrement respectable; et peut-être a-t-il droit de se

flatter que ces hommes honorables euxmêmes lui accorderont pour ce courage quelque part dans leur estime. | Ayant à soutenir des principes qui ont contre eux de si graves autorités, il n'a pas cru devoir se restreindre dans l'énoncé des faits sur lesquels il les appuie. Il Jes a accumülés au-delà peut-être de ce qui était nécessaire pour produire la conviction. La marche de ses idées en a été ralentie; la rédaction de son ouvrage en a certainement souffert, mais on appréciera les convenances auxquelles plus d’une fois il a sacrifié des formes qui auraient rendu cet ouvrage plus agréable à lire. D'ailleurs il ne l'adresse qu'aux véritables amis de l’humanité; il a droit de compter qu’il trouvera chez eux des dispositions qui répondent à l'esprit qui l’anime. Il espère que l'importance du sujet leur donnera le courage de persévérer dans une lecture qui, sous quelques rapports, peut être pénible.

L'auteur n’est pas assez connu pour devoir négliger un moÿey facile de prévenir l lecteur en faveur du présent écrit. C'est dans ce but qu'il place ici le rapport que fit sur son Mémoire M. Andrieux, secrétaire perpétuel de l’Académie Française. Il était loin de s'attendre à une mention aussi honorable. Indépendamment des imperfections que nous venons de signaler , d’autres devaient résulter de l’extrème précipitation qu'il avait été obligé de mettre dans son travail. Il avait donc tout lieu de craindre que ce que les pensées pouvaient offrir d'utile ne demeurât enseveli sous les vices de l'expression. Il aurait bien plus encore renoncé à tout espoir de succès, s’il avait su que M. Andrieux serait, comme secrétaire de l’Académie, chargé de rendre compte des Mémoires présentés au concours. Aucun homme n'avait, plus que cet habile écrivain, le droit d’être difficile sur les formes du langage. Si néanmoins il a su en tenir si

peu de compte , et s'attacher presque uniquement au fond deg choses, c'est peut-être un titre à ajouter à ceux qui font honorer en lui l’ami de l’humanité.

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