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Il n'existe au Bre'sil que dix-neuf ports ouverts au commerce général, et nous entendons par là tous ceux qui possèdent des bureaux de douane et où on peut librement trafiquer en toutes provenances, sauf les droits à payer et les règlements de douane à observer. Ces ports sont : Rio de Janeiro, Bahia, Pernambuco, Maranhào, Para, Rio Grande, San Jozé do Morte, Porto Alegre, Santos Parahiba, Fortaleza (Céara), Desterro (Sainte-Catherine), Maceyo (Alagôas), Larangeiras (Sergipe), Aracaty (Céara), Espirito Santo, Rio Grande do Norte, Parnahiba, Paranagua, Sào Borja (S. Pedro do Sul).
Ainsi, dans toute la province de Sainte-Catherine il n'y a que le seul port de Desterro où il est permis de se rendre en droiture ; mais aussitôt que les besoins du commerce réclament l'ouverture d'un nouveau port, et par conséquent l'établissement d'un bureau de douane, le gouvernement brésilien, dans son propre intérêt, répond au vœu des habitants en adoptant telles mesures d'utilité publique qu'il juge convenable au bien de l'empire.
Nous avons déjà fait ressortir l'heureuse position géographique de cette province, si centrale, pour les transactions commerciales et les superbes baies, rades et ports qu'elle possède 1 5 nous avons déjà
1 Voyez la carie de la province et le plan hydrographique de la baie de Sainte-Catherine, qui se trouvent à la lin du volume.
fait connaître la douceur et la salubrité de son climat, la fertilité de son sol, le grand nombre de ses cours d'eau si favorables pour les transports, et la prodigieuse variété' de ses productions. Avec de tels éléments de bonheur et de prospérité, qui saurait mettre en doute l'immense avenir qui lui est réservé? Qui pourrait nier qu'un jour, qui n'est pas éloigné peut-être, elle ne vienne prendre la large part que la nature semble lui avoir réservée dans le commerce du monde? Juger donc de l'avenir commercial de cette province par ses relations d'aujourd'hui, serait une erreur; car pour que celles-ci acquièrent tout le développement que nous venons de faire pressentir, que faut-il? Des bras, et rien que des bras. Or, on sait aujourd'hui avec quelle rapidité les hommes peuplent les terres où ils trouvent sécurité, salubrité, liberté et aisance; et si on rendait à cette province ses anciennes limites (les Missions espagnoles), elle pourrait offrir de telles conditions à plus du double de la population actuelle de la Belgique, déjà si agglomérée. Que l'émigration européenne (environ cent mille individus par an), qui ne trouve plus d issue qu'à plusieurs centaines de lieues dans l'intérieur des Etats-Unis, dans le climat rigoureux du Canada, ou, après quatre mois de navigation, dans la Nouvelle-Hollande et la INouvelle- Zélande ; que cette émigration prenne sa direction vers l'immense empire du Brésil, en s'y établissant d'abord dans les parties les plus tempérées, dans la province de Sainte-Catherine, par exemple (et nous indiquerons plus loin nos moyens pour atteindre ce but); qu'on établisse sur cette côte des comptoirs de commerce, gérés par des hommes probes et capables, intéressés au succès, sans arrièrepensée sur leur avenir, et bien convaincu que l'établissement principal ne se bornera pas à quelques essais, mais qu'il persévérera avec sagesse dans son entreprise, et que toutes ses transactions corn-
merciales seront marquées au coin de la bonne foi : ne serait-ce pas là une entreprise pleine d'avenir et possédant des chances indubitables de succès? Ne serait-ce pas là une œuvre digne de l'attention la plus sérieuse et des plus nobles encouragements, dans l'intérêt de toute industrie en souffrance? Car, encore une fois, le commerce de cette province ne peut pas rester dans la misérable condition clans laquelle il se trouve actuellement. Il est évidemment destiné à se mettre au niveau de celui de Bahia, de Pernambuco, et à rester fort peu au-dessous de celui de Rio de Janeiro.
Nous examinerons plus loin de quelle immense ressource les productions de cette province pourraient être pour le commerce des échanges de la Belgique, et, pour que les résultats qui ressortiront de nos calculs soient débarrassés de toute hypothèse hasardée, nous baserons ceux-ci sur les chiffres officiels de la statistique commerciale, publiée par les soins de M. le ministre des finances, en octobre 1842.
Jusqu'à ce jour, l'habitant de la province de Sainte-Catherine n'a porté sa principale attention que sur la production des articles nécessaires à sa propre consommation, et à l'échange de quelques autres productions des provinces de l'empire. Son commerce direct en articles de provenance étrangère est de fort peu d'importance. Il reçoit presque toutes ces marchandises par la voie de Rio de Janeiro ; il offre donc pour le moment fort peu d'objets propres à former les fonds de cargaisons convenables pour les marchés d'Europe ; mais une fois que le pays commencera à se peupler, il fournira presque immédiatement le café, le coton, le tabac, les graines oléagineuses, le lin, le chanvre, le rhum, le riz, les cuirs, une centaine d'espèces de bois de construction, de menuiserie, d'ébénisterie, de marqueterie, de l'indigo, de la cochenille, etc., etc.
Les premiers bâtiments qui y transporteraient des colons, y trouveraient déjà une partie de leurs cargaisons, et dans tous les cas en trouveraient une à Rio de Janeiro, où ils pourraient transporter de Sainte-Catherine un chargement de bois de chauffage et de bois de construction, ces objets étant devenus fort chers dans cette capitale, à cause de la grande consommation qu'en font les bateaux à vapeur et les constructeurs.
La province de Sainte-Catherine a des relations assez suivies avec le Rio de la Plata, où elle envoie actuellement beaucoup de bois de construction et de bois à brûler ', du maïs, de la farine de manioc, des oranges, et quelques autres productions de son sol. Ce commerce se fait presque exclusivement sous pavillon brésilien ; elle pourrait facilement étendre ses relations jusqu'au Chili et au Pérou, si elle voulait tirer parti de la grande quantité d'arbres à maté dont on fait une si grande consommation dans ces deux pays.
A l'exception de Buenos- Ayres et de Montevideo, la province de Sainte-Catherine ne fait des affaires en pays étranger qu'avec les Etats-Unis et la Sardaigne, et ces nouvelles relations, qui pour ainsi dire ne datent que d'hier, commencent déjà à prendre une certaine étendue.
Les importations dans cette province sont proportionnées à sa population. Les armes, les fers, la quincaillerie, les draps, les chapeaux, les cuirs préparés, les tissus de coton, de laine, de lin, de soie, la faïence, la verrerie, etc., etc., y trouvent un débouché que le contact des colons belges avec leurs habitudes ne pourrait que faire augmenter au profit de l'industrie de la Belgique, ainsi que nous le ferons ressortir plus loin, n'ayant ici à nous occuper que de
1 On sait que Blienos-Ayres et Montevideo manquent complètement de ces deux articles.
letat actuel du commerce. Celui-ci se trouve singulièrement entravé par le manque absolu de toutes communications, el telles sont les difficulte's presque insurmontables pour tous les transports vers l'intérieur des anciennes colonies espagnoles et portugaises, qu'on est obligé de les faire la plupart à dos de mule; ce qui, indépendamment d'un surcroît de dépense pour le paquetage, impose l'obligation de mille précautions, qui très-souvent n'atteignent pas leur but, et font arriver enfin les marchandises à destination à moitié détériorées, si tant est qu'elles puissent y parvenir. On conçoit aisément combien ce mode de transport doit augmenter les prix primitifs. Aussi, pour peu qu'on expédie vers l'intérieur, ceux-ci se trouvent-ils doublés, et ainsi disparaissent pour ceux qui y trouvent les bénéfices de la concurrence internationale, d'autant plus que, tenant à leurs habitudes et étant affranchi de l'empire de la mode, ils considèrent en général bien plus la marque de l'étoffe, si facile à reconnaître, que la qualité, toujours si bien déguisée par les soins de l'apprêt.
Ce défaut de communications avec l'intérieur est donc une grande entrave au développement actuel du commerce de cette province. L'habitant des plaines qui se trouvent au haut de la Serra Gérai ne sait que faire de ses produits, faute de pouvoir les transporter. C'est autant de perdu pour les échanges. Ici, en Europe, où d'énormes distances se franchissent avec tant de rapidité, on ne peut guère se faire une idée de ce que sont les routes qui traversent les forêts vierges du Brésil, ni du temps qu'il faut pour les parcourir. Qu'il nous soit permis un exemple : supposons qu'il s'agisse d'aller de Desterro à Lages. La distance de la capitale de Sainte-Catherine à cette dernière ville, par la route du Trumbudo, mesurée sur le terrain, peut s'estimer à environ 182 kilomètres, non compris la baie qu'il faut traverser en bateau, ce qui se fait régulièrement en
une heure. Pour parcourir cette distance, toutes choses allant bien, il faut vingt jours et la perte de quelques mules, dont la charge ne peut pas excéder 75 kilogrammes; heureux si, par suite des pluies, on ne trouve les routes tellement de'fonce'es qu'on ne soit oblige d'y abandonner sa monture et de poursuivre, à pied, ayant quelquefois de l'eau et de la boue jusqu'aux aisselles, ainsi que cela nous est arrive' lorsque nous explorâmes le Tubarào et le Passadous jusqu'à la Serra Gérai. Avec de tels moyens de transport, que peut-on espérer pour le commerce? Si donc on veut favoriser son développement, avant tout il faut des routes ; car pour pouvoir exploiter des richesses, la première de toutes les conditions est de pouvoir y atteindre. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet intéressant, qui n'est pas du ressort de ce chapitre.
Comme point de relâche pour les nombreux navires qui font la navigation au long cours, Sainte-Catherine ne tardera guère à obtenir la préférence sur Rio de Janeiro, parce que ses ports sont également sûrs et commodes; parce que son climat plus tempéré est bien plus propice au rétablissement des équipages et des passagers; parce que les provisions fraîches, qui sont souvent le but et la cause des relâches, y sont à bien meilleur marché; enfin, parce que l'atterrissage y est encore plus facile qu'à Rio de Janeiro, et que comme point de départ sa situation est plus favorable.
Les baleiniers et les vaisseaux de guerre y viennent fréquemment s'approvisionner et se réparer. L'huile que les premiers laissent en payement de leurs provisions ou fournitures, est encore un article capable d'augmenter la masse des transactions commerciales. Cinq ou six fois par mois des bateaux à vapeur visitent le port de Desterro, et mettent ainsi cette province en communication directe avec le Nord et le Sud.
Les changes, les poids et mesures, la monnaie, les droits et règlements de douane y sont les mêmes qua Rio de Janeiro.
Nous n'avons pu nous procurer que des renseignements fort incomplets sur le commerce de cette province, mais tels qu'ils sont, ils peuvent donner une ide'e de son importance.
Devant le port de Desterro se trouvent ordinairement à l'ancre de 30 à 40 navires, dont à peine le quart sont étrangers ; le reste appartient au cabotage. Mous ne connaissons pas le mouvement de ce port, mais nous croyons qu'on peut l'évaluer à environ trois navires par jour, presque tous de cabotage et d'un très-faible tonnage. C'est le commerce à sa naissance.
En 1810, lorsque cette province se trouvait encore sous le régime colonial de la mère patrie, ainsi que tout le Brésil, les affaires commerciales se réduisaient à fort peu de chose. Cela se bornait à peu près à quelques marchandises portugaises de première nécessité, qu'on échangeait contre les productions du sol. De ces importations on n'a jamais tenu note ; mais nous donnons ci-dessous un précieux document de ses productions d'alors, et on aurait de la peine à croire qu'un pays si riche et si beau ne produisait que pour 133,979 fr., si le fait ne se trouvait pas constaté dans le travail sur cette matière publié en 1829 par Paulo José Miguel de Brito, ainsi qu'il est établi dans le tableau suivant :