‹ De la colonisation au BrésilChapitre 117 sur 145 · AUX PORTS DU BRÉSIL · texte numérisé non relu

AUX PORTS DU BRÉSIL

a l'étranger.

Ail. .

Bottes

Alquières ....

Amidon de mandioca. . . .

Id.

' de chauffage. . . .

Centaines de bûches.

poutrelles

Bois '

poutres diverses. . .

Id.

lattes de cocotier. .

Id.

Douzaines ....

Arrobes

Alquières ....

Pièces

Id.

Eau-de-vie de canne. . . .

Pipes

Fanons de baleine

Arrobes

Farine de mandioca. . . .

Alquières ....

Id.

Id.

Fèves.

Id.

Fleurs artificielles d'écaillés de

poisson et de plumes. . .

Alquières ....

Huile

Id.

3Iaïs en grains

Alquières ....

Id.

Bottes

Pommes de terre

Alquières ....

Sacs

Id. en gerbes. . . . .

Alquières ....

Arrobes

Toile de colon indigène. . .

Va ras

ÉTAT ACTUEL DES VOIES DE COMMUNICATION DANS LA PROVINCE DE SAINTE- CATHERINE, ET DES TERRES DÉVOLUES A LA COURONNE.

Dans la partie continentale de cette province, il n'y a en réalité qu'une route, selon l'acception qu'on donne à ce mot en Europe, et c'est celle qui longe tout le littoral ; mais selon l'acception brésilienne, il y en a quatre autres, qui du littoral se dirigent vers le haut de la Serra Gérai aux Campos da Cima de Serra ou Campos da Vaccaria.

Nous allons d'abord parcourir la première. C'est à San José', situé sur la partie continentale, à peu près en face de Desterro, que d'habitude on prend ses dispositions pour le voyage, soit qu'on se dirige au nord, soit qu'on se dirige au sud, ou bien vers lïnte'rieur.

Si on prend la direction au nord, en quittant San José', on entre bientôt dans une plaine assez fertile, quoique très-sablonneuse, parseme'e de bosquets et d'arbrisseaux. Naguère cette plaine fut évidemment une forêt vierge, car la nature de sa ve'ge'tation est de'signe'e par les Brésiliens sous le nom de Capoeïra^ qui est celle qui s'empare d'un champ qu'on laisse en jachère, après qu'on a exploite' pendant quelques anne'es une forêt incendiée. A cette plaine succède une petite forêt vierge que traverse la route, et qui est d'un aspect d'autant plus de'licieux, qu'elle contraste par sa teinte fonce'e avec la ve'ge'tation pâle et presque sans couleur de la

Capoeïra qu'on vient de traverser. L'Européen qui n'a jamais vu les forêts américaines en reçoit une de ces impressions qui pénètrent l'âme d'admiration. Par-ci par-là, dans la plaine qu'on a parcourue avant d'entrer dans la forêt vierge, on trouve des habitations qui indiquent une certaine aisance. Généralement entourées de quelques cafiers et de quelques orangers, elles offrent un ombrage charmant; et, bien que leur intérieur soit des moins confortables, telle est la douceur du climat, l'aménité dans le caractère des habitants, qu'on ne quitte jamais ces lieux sans un sentiment de regret. Après avoir traversé plusieurs petites rivières, dont une des principales est le Quebra Cabeças (Casse-tête), on arrive au Rio Biguassu. Ici il faut décharger les mules, le pont qui existait sur cette rivière ayant été entraîné à la suite d une forte crue de ses eaux:, ce qui, eu égard au mode de construction adopté, était inévitable. On passe la rivière en canoa, et on force les mules à la traverser à la nage. Le Biguassu, à l'endroit de son passage, avait à peu près cent mètres de largeur sur deux mètres de profondeur, et deux caboteurs de 30 à 40 tonneaux s'y trouvaient mouillés. Cette rivière est sujette à de grandes crues, pendant lesquelles elle inonde toute la vallée qu elle parcourt. Les habitants considèrent ces débordements, du reste assez grands, comme des événements fort heureux pour eux, en ce qu ils fertilisent les champs qu'ils ont en exploitation. Enfin, on poursuit la route à travers un site un peu plus accidenté, mais d'un pittoresque qu'il serait difficile de décrire; et après sept heures et demie de marche, on arrive à San-Miguel, le municipe le plus peuplé de toute la partie continentale.

La journée av'ait été longue et pesante ; les préparatifs de départ, qui avaient commencé dès l'aube du jour, joints au temps nécessaire pour franchir cette distance, nous avaient (enu en haleine

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jusqu'à sept heures du soir., et de mémoire d'homme on n'avait eu à Sainte-Catherine une saison aussi chaude. Toutes ces circonstances avaient donc rendu notre première journée fort fatigante; mais muni d'excellentes lettres qui nous avaient été délivrées par le président de la province, nous fûmes accueilli par le juge de paix de San-Miguel, Tomé Araujo, avec une cordialité et une bienveillance qui tenaient vraiment des anciennes mœurs patriarcales. L'habitation de notre hôte était située à mi-côte d'une petite colline, faisant face à l'Orient; elle avait de ce côté une superbe terrasse, plantée de quelques orangers, d'où on découvrait une grande partie de la magnifique baie de Sainte-Catherine. Nous profitâmes des derniers moments du crépuscule pour prendre quelques angles et relever des positions observées le matin, et après un repas abondant que nous avait fait servir notre bon juge de paix, nous allâmes de nouveau jouir du superbe décor que l'aspect de l'île Sainte- Catherine et du détroit offrait à nos regards. La lune était venue éclairer ce délicieux tableau , et ses rayons argentés , reflétés par les faibles ondulations des eaux de l'immense baie que nous avions devant nous, donnèrent à cet ensemble un charme indéfinissable. C'était le moment des rêveries, et nous y fûmes bientôt plongé. A la vérité, il y avait pour nous bien matière à préoccupation : la grave responsabilité que nous venions d'assumer sur nous, les luttes que nous allions avoir à soutenir, les jalousies que nous ne manquerions pas d'exciter chez quelques esprits mesquins et tracassiers, les machinations et les malveillantes interprétations qu'il fallait éviter ou éluder $ tout cela était bien propre à nous ramener sur le passé et à nous faire rêver sur l avenir. Aussi, en présence de cette belle scène de la nature, les idées les plus décourageantes se succédèrent-elles dans notre esprit, et nous fûmes enfin assailli

par cette triste pensée, qu'on se méprendrait peut-être après tant d'efforts sur nos intentions, au point de nous imputer à crime d'avoir osé former le projet de venir en aide d'une manière efficace à notre population souffreteuse, ainsi qu'à celles de toutes les autres nations européennes, en mettant en culture et en rendant à la civilisation d'immenses étendues de terre qui , par leur fertilité' et la douceur du climat, n'ont peut-être pas d égales.

Le lendemain, le soleil n'était pas encore levé que nous étions déjà sur pied , et à six heures et demie nous nous mîmes en route pour le nord de la province, après avoir exprimé à notre hôte toute notre gratitude pour la généreuse hospitalité qu'il venait de nous accorder.

En sortant de San-Miguel nous longeâmes d'abord les contreforts des petites chaînes de collines qui bordent le littoral depuis l'Arroyo de Theresa Henriquez, et qui forment par leur séparation les bassins de plusieurs rivières de fort peu d'importance. Après une heure de marche, nous quittâmes le littoral, et bientôt après nous entrâmes clans une plaine toute formée de gros grains de sable quartzeux, dans laquelle, et avec l'intention de la sonder, nous pûmes enfoncer avec facilité notre épée jusqu'à la garde. Aucun mélange de terre végétale ne s'y observe , et cependant on y remarque une végétation très-vigoureuse. La route continuait toujours à être peuplée , et presque toutes les habitations y étaient entourées d'une plantation de cafiers entremêlés d'orangers; ce qui , indépendamment d'un aspect fort agréable , offre un très-bon rapport. Il serait difficile de se faire une idée de la variété des plantes odoriférantes qui croissent sur toutes les parties non cultivées. Assez souvent des haies vives d'orangers et de citronniers sauvages bordaient la route: au pied de ces haies, ou entremêlés avec elles,

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se trouvaient un grand nombre d ananas, quelquefois même les champs le long de la route étaient clôturés avec ces broméliacées ; enfin beaucoup d'espèces de fruits sauvages presque tous inconnus en Europe, croissent partout pêle-mêle au milieu de cette végétation, si riche que nos plus belles serres n'en seraient que de trèspâles imitations.

Des bananiers, des orangers, quelques palmiers, signalent généralement au loin les habitations, dont les principales exploitations consistent en maïs, haricots, manioc, coton, café, canne à sucre et quelques autres productions.

A une heure, nous traversâmes la Tijuquinha sur un pont en bois assez mal construit , et après une demi-heure dans la plaine qu'arrose cette rivière, nous passâmes une petite côte qui sépare son bassin de celui de llnferninho que nous ne tardâmes guère a traverser. Bientôt après, nous nous enfonçâmes dans le marais boisé qui longe cette rivière et à travers lequel une faible levée de terre formait la route , où un des nôtres faillit rester embourbé. Ainsi nous chevauchâmes jusqu'à ce que nous eûmes atteint la rive droite de la Tijuca, le long de laquelle nous descendîmes la rivière jusqu'à Fendroit où celui qui en avait affermé le passage avait établi sa demeure. Là on nous débarrassa les montures et les mules de bât, et nous et nos bagages nous fûmes transportés sur la rive gauche au moyen de canoas, pendant que les animaux furent poussés à la rivière et forcés à la traverser à la nage. La Tijuca pouvait avoir en cet endroit 125 à 130 mètres de largeur sur 3 à 4 de profondeur; la marée s'y faisait encore sentir, et quelques yachts se trouvaient amarrés à ses berges en amont et en aval.

Le pays que nous venions de traverser était peu accidenté , et sauf les hauteurs des Ganxos que nous avions laissées à notre gauche

et quelques petites collines depuis San-Miguel jusqu'à Hnferninho, nous ne pûmes voir au loin aucun point élevé. Partout la végétation était excessivement vigoureuse , mais depuis l'Inferninho le pays était moins peuplé. Dans toute cette partie le sol était à peu près de niveau, et si en jetant cette levée les habitants avaient eu la précaution d'y construire quelques ponceaux pour favoriser 1 écoulement des ruisseaux qui alimentent le marais, et qui dans les pluies doivent prendre leur cours par-dessus les parties basses de la levée, nul doute que cette route n'eût été l'une des meilleures de la province ; mais malheureusement ils n'en sont pas encore à sentir l'importance de pareilles améliorations. Nous n'en croyons pas moins que le marais de l'Inferninho disparaîtra dès qu'on le voudra, parce que le fond en est plus élevé que le niveau de la rivière, ce qui peut se déduire de son peu de profondeur (0m 30 à peu près) et de la chute qui existe à ses dégorgeoirs , et parce que la nature quartzeuse de son sol est très-favorable aux infiltrations.

Recouverts presque partout d une forte végétation , les marais de llnferninho paraissent ne présenter aucun danger pour la salubrité, du moins les habitants qui y demeurent ont-ils tous les caractères dîme constitution robuste et dune santé non altérée. Il est vrai qu'ils sont régulièrement visités par la brise du nord-est qui vient les rafraîchir tous les jours.

Le soleil était couché avant que le passage de la rivière ne fût effectué. Nous étions encore à une lieue de Saint-Jean-Baptiste, où nous eussions pu trouver un gîte pour la nuit | mais les chemins paraissaient devoir être si mauvais, le jour était tombé si promp- (ement, forage suspendu sur nos tètes était déjà si près d éclater, et il fallait au moins une demi-heure pour seller, brider et charger

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les mules, que nous nous décidâmes, après beaucoup d'hésitation, à bivaquer sur les lieux. D'ailleurs, en face de nous se trouvait une habitation, et bien que nous ne comptassions pas y recevoir l'accueil que nous avait fait notre hôte de San-Miguel, nous espérions cependant y trouver un abri. Soit méfiance, soit inhospitalité, l habitant de cette demeure ne voulut nous accueillir à aucun prix , et nous fûmes obligé de passer la nuit tant bien que mal au bivac que nous avions choisi.

Le 27 mars, dès l'aube du jour nous nous acheminâmes vers Porto-Bello , fort désireux de visiter ce port où s'étaient abritées en 1777 les cent et quelques voiles dont se composait la flotte espagnole. Nous longeâmes d'abord la rivière, quïl fallut descendre jusqu'à Saint-Jean-Baptiste; le temps s'était remis, et la végétation, rafraîchie par les pluies de la nuit , apparaissait dans tout son éclat. Après une heure de route, nous nous arrêtâmes quelques instants à ce municipe composé de quelques misérables huttes exposées aux inondations et aux débordements de la rivière. Cet emplacement pour un premier établissement est évidemment mal choisi, et il est fort probable que le municipe de Saint-Jean-Baptiste sera transporté ailleurs aussitôt qu'on s'occupera sérieusement du défrichement du bassin de la Tijuca, qui paraît être extrêmement favorable à la culture du coton. C'est à quatre ou cinq lieues en remontant cette rivière que se trouve un établissement colonial créé par M. Schutel, consul sarde à Sainte-Catherine, qui nous a assuré avoir trouvé du calcaire en amont de son établissement. Quelque désir que nous ayons que M. Schutel ne se soit pas trompé, le fait ne nous paraît pas complètement démontré, parce que M. Schutel doit l'échantillon à l'obligeance de quelqu'un et n'a pas été le recueillir personnellement. Sans cette circonstance, nous n'hésite-

rions pas à l'accepter immédiatement. Du reste, nous formons des vœux pour qu'il ne soit pas controuvé; le calcaire étant une des matières les plus indispensables pour l'industrie, et partant pour la prospérité' de cette province.

De Saint-Jean-Baptistc on se dirige à travers un pays légèrement ondulé jusqu'au Rio dos Lobos , qu'on traverse sur un pont en assez mauvais état; au moment où nous le passâmes, il y avait deux yachts amarrés à la rive gauche, un peu en aval, et ses eaux serpentaient si tranquillement à travers la charmante vallée qui en forme le bassin , qu'involontairement nous regrettions de la voir si peu peuplée. Enfin, après avoir cheminé pendant quelques heures sur les collines qui forment les derniers contreforts des hauteurs de Zimbo, on arrive sur la plage de Porto-Bello, à une demi-lieue de la ville , où nous fûmes reçu de la manière la plus amicale par le major Etur, pour lequel nous avions des lettres, et qui eut pour nous mille prévenances.

La position de Porto-Bello était un des points les plus importants de la côte, et que nous avions le plus d'intérêt à étudier. Le major Etur et le juge de paix, M. Mafra, qui était revenu exprès de Desterro dans l'espoir de nous y trouver, nous en facilitèrent les moyens ; dès le lendemain ils mirent à notre disposition un grand canoa et deux hommes habiles pour le conduire en mer. M. Fonlaine, le délégué de la Société de Commerce de Bruges, qui avait bien voulu nous accompagner dans notre voyage d'exploration dans cette province, et dans lequel nous avons constamment trouvé un loyal et courageux compagnon, s'embarqua avec nous pour aller reconnaître et sonder le port, la baie et la rade de Porto-Bello. Plein d intelligence et de bonne volonté, M. Fontaine nous aida efficacement dans ce travail, auquel, sans lui. nous eussions dû re-

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noncer (voyez le plan hydrographique de l'île et de la baie de Sainte- Catherine).

A notre retour, le major Etur nous avait fait préparer un excellent repas, et conjointement avec le juge de paix, il nous avait fait meubler une maison dès la veille, pour deux fois vingt-quatre heures que nous avions à passer avec eux : c'était plus que de la politesse, et ils ne bornèrent pas là leurs attentions : car ils nous envoyèrent en cadeau une quantité de provisions, afin que rien ne nous manquât le long de la route que nous avions encore à parcourir. Nous ne nous trouverons peut-être jamais en position de répondre à une aussi touchante hospitalité, mais nous n'avons pas cru devoir la passer sous silence, car elle peint les mœurs et le bon naturel des habitants de cette province.

Porto-Bello est bâti sur la plage et se compose d'environ une centaine de maisons sans étages, sauf celle que le juge de paix vient défaire construire, etqui ne serait pas déplacée dans nos plus belles cités d'Europe. Cet établissement date d'hier, et nous croyons qu'il aura de l'avenir.

Le 29 mars 1842, nous quittâmes Porto-Bello vers les dix heures du matin. Nous avions été forcé de retarder notre départ à cause du passage du Peraque-Guassu, qu'on ne peut traverser qu'à basse marée et à son embouchure, en profitant pour cela des bancs de sable qui l'obstruent et sur lesquels vient se briser la lame. Jusqu'au Peraque on chemine le long de la plage, et au moment où nous allions traverser cette rivière, nous rencontrâmes un homme tristement accroupi sur son cheval ; il venait d être mordu par un jararaca, reptile dont la morsure est très-dangereuse; il paraissait fort souffrant et très-pressé de rentrer chez lui, pour s'appliquer quelques remèdes qu'ils savent tous préparer. Nous avons appris

depuis qu'il s'était parfaitement guéri des trois morsures qu'il aval reçues.

Après avoir traversé le Peraque-Guassu au gué de son embouchure, nous continuâmes à chevaucher le long de la plage jusqu'au Peraque-Mirim, qui, ainsi que la rivière précédente, a son embouchure très-obstruée par les sables; hors de là, toutes deux sont navigables à une très-grande distance de la mer. Au delà du Peraque-Mirim on abandonne la plage et on monte par des chemins affreux sur le Taquara-Satuba. Toute notre troupe ne tarda pas à être démontée, et peu de cavaliers peuvent passer cette côte sans descendre de leurs montures. Mais comme, dans nos excursions à travers les Andes, nous nous étions antérieurement familiarisé avec ces mauvaises routes, nous tînmes bon, et, animant notre mule de la voix tout en l'aidant du corps, nous parvînmes à gravir le Taquara-Satuba sans accident; presque toute la montée traversait une forêt vierge d'un aspect imposant : nous y rencontrâmes quelques reptiles qui s'enfuirent à notre approche, parmi lesquels nous crûmes distinguer le surucucu et un jararacassu. Enfin nous descendîmes la côte de Taquara-Satuba. et débouchant du col à travers lequel nous venions de passer, nous découvrîmes devant nous la belle vallée de Cambriu-Guassu qu'arrose la rivière de ce nom. Nous arrivâmes à cette rivière vers les trois heures de l'après-midi ; nous la passâmes en canoa avec nos bagages pendant que les animaux la traversaient à la nage. Le Camburiu ou Cambriu-Guassu peut avoir 100m de large sur 5m de profondeur. Tout près du passage se trouvait amarrée à la rive droite une petite goélette qui attendait là son chargement. Pendant que nous étions à attendre nos montures, un canoa descendait la rivière, conduit par un homme qui allait passer la nuit en mer à la pêche. Une curiosité

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réciproque nous entraînait l'un vers l'autre, et après quelques paroles échangées en mauvais portugais, il se trouva que notre homme était un ancien matelot français qui habitait dans l'intérieur, à deux lieues en remontant la rivière, et par conséquent très-isolé; il s'était marié depuis une dizaine d'années et se trouvait dans ces parages depuis plus de vingt ans. Il se disait heureux et satisfait, et plaignait ses anciens camarades qui étaient obligés de vivre en France sous un ciel si rigoureux et peut-être dans la misère. Il nous donna quelques renseignements utiles sur le pays qu'il habitait, après quoi nous nous séparâmes pour ne plus nous revoir.

De la parada du Camburiu-Guassu , située sur la rive gauche, nous continuâmes notre route au nord, le long de la plage, en cherchant pour la nuit un gîte qu'on nous avait indiqué \ mais bien que la maison fût vaste et que nous ne demandassions qu'un abri sous un hangard, nous fûmes très-mal accueilli. L'habitant de cette demeure était des îles Açores, et, en vérité, un tel déni d hospitalité n'était pas dans les mœurs brésiliennes ! Nous nous acheminâmes donc vers une autre habitation qui se trouvait près de là , également occupée par un Açorien qui s'empressa de mettre à notre disposition tout ce qu'il possédait, et fit ainsi disparaître une mauvaise prévention qui s'était déjà implantée dans notre esprit contre ses compatriotes. Le lendemain, nous remontâmes le Cambriu en canoa et nous en levâmes toutes les sinuosités. Le sondage, qui s'exécutait au fur et à mesure, et le relevé de son cours nous permirent de juger plus sainement de son importance. Il serpentait à travers des forêts vierges dont la vigoureuse végétation venait souvent porter obstacle à notre marche, à cause de 1 eboulement des berges au milieu de son lit, chaque fois que celles-ci se trouvaient surchargées de haute futaie.

Le pays que nous parcourûmes ainsi e'tait de toute beauté'; partout la terre était recouverte d'une forte couche d'humus, et la végétation y était prodigieuse. Le courant du Cambrin était presque imperceptible là où il avait beaucoup de fond 5 mais aux atterrissements provoqués par les épis naturels que formaient les parties éboulées des forêts, la profondeur de l'eau se trouvant réduite à quelques décimètres, le courant devenait très-fort et momentanément la navigation s'y trouvait à peu près interrompue. Néanmoins cette circonstance ne se présentait qu'à quelques lieues de son embouchure, et de tels obstacles disparaîtront évidemment aussitôt que les berges seront débarrassées des bois qui les déchirent.

Le Cambriu coule tranquillement au pied du Morro-Taquara- Satuba, dont le prolongement sépare le bassin de cette rivière de celui du Peraque-Guassu, et qui par un de ses contreforts établit un partage d'eau entre le Peraque-Guassu et le Peraque-Mirim.

Les dernières pentes du Taquara-Satuba sont habitées: mais au delà il n'y a plus d'habitants, et sauf de très-rares exceptions, dès qu'on s'avance dans l'intérieur de la province , à deux lieues de la route et généralement de la côte, on arrive aux terres dévolues à la couronne, qui sont le domaine de l'Indien.

Dès que nous eûmes exploré le Cambriu aussi loin qu il nous fut possible de le faire, nous poursuivîmes notre route au nord, et après avoir traversé un pays assez semblable à celui que nous venons de décrire, nous arrivâmes enfin à lltajahi-Grande, que nous avions le projet de remonter jusqu'à ses sources.

La Fregezia de l'Itajahi se compose d une cinquantaine d habitations dispersées sur les bords de la rivière, près de son embouchure et le long de la plage. Elle possède une petite église, plusieurs petits chantiers de construction ; elle est le siège d'une justice de

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paix et la résidence d'un lieutenant-colonel de la garde nationale. Nous avions pour ces deux autorités des lettres du président que nous nous empressâmes de remettre.

Le colonel Augustinho Alves Ramos nous accueillit parfaitement, et mit à notre disposition un petit yacht avec lequel nous remontâmes lltajahi-Grande. Nous profitâmes de cette circonstance pour en lever le cours, qui n'était pas connu, et pour la sonder dans tout son développement.

Comme il peut être intéressant de connaître sur quels documents nous nous sommes basé pour la construction de la carte de la province de Sainte-Catherine que nous venons de publier, nous transcrivons à la fin du volume la minute de la reconnaissance que nous avons faite de lltajahi-Grande, et nous pensons que s'il y a un reproche à nous adresser à cet égard , c'est peut-être d'avoir été d'une trop minutieuse exactitude.

La partie de la rivière qui se trouve au delà du salto, a été levée à la boussole par les anciens ingénieurs portugais. Nous ne la croyons pas très-exacte; mais l'inspecteur Almeida, dont nous avons eu occasion de parler dans la minute de cette reconnaissance, nous en a donné un autre levé, fait en partie par lui-même, qui s'accordait assez bien avec le tracé portugais. C'est sur ces deux tracés, modifiés d'après la topographie particulière du pays, que nous avons arrêté celui que nous donnons dans la carte déjà citée; et nous croyons qu'ainsi le cours de cette rivière est suffisamment connu pour le moment.

Arrivé à deux kilomètres de la grande chute (salto) de lltajahi- Grande, nous trouvâmes les eaux à letiage, le courant très-fort, l'équipage fatigué, et à chaque instant quelque banc ou quelque écueil contre lequel nous allâmes nous heurter. Nous résolûmes

donc de faire le restant du chemin à pied , et nous accostâmes la rive droite à un endroit où autrefois quelques habitants avaient établi une hutte, dans laquelle ils se réfugiaient la nuit durant tout le temps qu'ils demeuraient dans la foret pour en extraire quelques-uns de ces arbres séculaires qui s'y trouvent en si grande abondance.

Conduit par notre bon guide , l'inspecteur Àlmeida , nous nous acheminâmes à travers la foret vers le salto, la boussole à la main: car ces forêts sont si épaisses que la plupart du temps, lorsque cinq personnes marchent à la file, la dernière ne voit presque jamais la première. Notre guide disait connaître la route , et voici ce qui advint : nous avions débarque' précisément sur une partie faiblement accidentée du sol, et comme il restait encore des traces d'un ancien sentier, ainsi qu'il nous en avait prévenu, nous marchâmes gaiement et facilement à l'aventure; mais à peine nous fûmes-nous avancé d'un kilomètre que les embarras commencèrent. Déjà la boussole ne nous servait plus à rien, parce que les troncs énormes qui se trouvaient dans toutes les directions ne nous permettaient plus de jalonner ; l'étroit sentier avait complètement disparu, et se trouvait remplacé par une quantité d'obstacles créés en partie par les arbres pourris sur pied ou renversés çà et là, et qu'il fallait souvent escalader à cause de leur énorme dimension ; bientôt après survinrent les lianes par le haut, les aloès, les broméliacées par le bas, et toute cette vigoureuse végétation brésilienne à travers laquelle iJ fallait bien se frayer un passage, la hache ou le coutelas à la main. Enfin, l'absence du soleil, qui pénètre rarement à travers les voûtes verdoyantes de ces vastes solitudes, et qui ne permet pas de se diriger d'après sa lumière, vint encore augmenter les difficultés qui commençaient à s'opposer à notre marche: mais à cela ne devaient pas se borner nos fatigues ; car il était facile de prévoir

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que pour monter de la plaine., dans laquelle coulait la partie du fleuve que nous venions de quitter, au plateau où était le bassin qui se trouvait au delà de la chute, nous aurions à traverser un terrain très-accidenté, et c'est en effet ce qui eut lieu. A force d'efforts, nous parvînmes à parcourir ainsi encore un kilomètre en toutes directions, après quoi d'autres obstacles vinrent opposer de nouvelles difficultés. Nous avions devant nous des collines entrecoupées de profonds ravins : il fallait les franchir ; y descendre, était à peu près impossible; en sortir, était encore plus difficile. Nous essayâmes, et après bien du travail nous parvînmes à en gravir deux. Ayant vu à quelque distance delà une éclaircie dans le bois, et guidé par le bruit de la chute, dont nous ne nous croyions pas fort éloigné, nous nous y acheminâmes; mais quel ne fut pas notre étonnement, nous trouvant au bord de la rivière, de voir à deux kilomètres en aval notre embarcation toujours amarrée à la rive ! Il était une heure trente minutes ; nous étions parti à dix heures et demie, et ainsi en trois heures de temps nous n'avions pas parcouru la cinquième partie de la route. Épuisé de fatigue, nous délibérâmes et résolûmes de renoncer à notre entreprise, vers laquelle une curiosité assez naturelle nous avait entraîné. Il eût été, en effet, dangereux et inutile de persister : le jour était trop avancé déjà pour pouvoir arriver jusqu'à la chute ; notre guide avait perdu la trace de l'ancien sentier, et il avait hâte de s'en retourner, ainsi que les hommes de notre équipage ; nous n'avions pas de vivres, et par les berges mêmes de la rivière il n'était pas possible de cheminer : on y enfonçait jusqu'aux genoux. Si les eaux n'avaient pas été à letiage, nous eussions pu arriver jusqu'au pied de la chute; mais avec leur hauteur actuelle, on ne pouvait guère l'espérer.

11 est vrai que si nous avions pu prévoir toutes les difficultés que

nous avons eu à surmonter, il eût été bien plus simple de se mettre sérieusement à l'œuvre et de couper un sentier en droite ligne; ainsi, au moins, nous eussions évité les innombrables détours que nous venions de faire; mais ici une autre impossibilité : nous n'avions qu'une hache, et elle était mal montée. Cette petite excursion fut donc une école ; nous désirons qu'elle puisse profiter à ceux qui nous suivront dans la voie des explorations. Harassé de fatigue, nous reprîmes donc le chemin de notre embarcation, prêt à jeter nos armes comme de mauvais soldats, pour pouvoir nous alléger d'un fardeau qui était devenu trop pesant, et à quatre heures et demie nous descendîmes tranquillement la rivière en nous laissant emporter par le courant. A six heures, nous nous arrêtâmes chez l inspccteur Almeida, qui habitait momentanément sur l'île Belxior, Ce brave homme se coucha immédiatement, la fatigue l'avait indisposé. Nous bivaquâmes sur le rivage, et le lendemain, dès l'aube du jour, nous continuâmes notre route en descendant le fleuve ; vers neuf heures, nous nous arrêtâmes à la ferme d'un colon allemand nommé Nicolaï. La remarquable propreté qui régnait dans cette habitation, les instruments qui servaient à son exploitation, les abondantes provisions qu il avait chez lui, l'aisance et le bonheur dont lui et tous les siens semblaient jouir, ramenèrent nos souvenirs vers la Belgique, et nous firent de nouveau comprendre toute l'importance de l'œuvre que nous avions à fonder. Nous ne sûmes nous défendre de comparer à la misère des nôtres l'aisance de cette famille allemande, naguère vivant comme eux de privations, et aujourd'hui si heureuse. Combien de nos malheureux compatriotes pourraient trouver une situation semblable, en échange de leur misère actuelle, si une main secourable venait à leur offrir les avances nécessaires pour les y transporter! et avec quelle gratitude

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ne rendraient-ils pas à ceux qui se seraient prêtés à ces faibles sacrifices, à ces petites avances dont ils pourraient avoir besoin! Une foule de réflexions de cette nature nous préoccupaient lorsqu'on vint nous annoncer que le déjeuner était servi. Au milieu de cette forêt vierge, ce repas européen nous fit un sensible plaisir ; nous l'expédiâmes lestement, et nous quittâmes Je colon Nicolaï avec quelque regret, après l'avoir forcé à accepter quelque chose en compensation de son hospitalité.

A une heure, nous nous trouvions au confluent du Luiz Alves et de ritajahi; là demeurait Don Luiz Alves, qui a donné son nom à la rivière; nous avions pour lui une lettre que nous nous empressâmes de lui remettre. L'accueil que nous en reçûmes fut parfait. Pendant qu'il nous fit préparer un repas, il nous donna beaucoup de renseignements sur la partie de la province qu'il habitait , et que nous croyons inutile de transcrire ici. La demeure de Luiz Alves, bâtie à mi-côte dïine colline de grès, au confluent de la rivière de son nom et de Fltajahi Grande , se trouvait dans une situation charmante. De cet endroit on découvrait une grande partie du cours de cette dernière rivière, et, dans le lointain, se projetait sur la teinte foncée des forêts vierges , la couleur riante des collines déboisées de l'exploitation de Flores, dont quelques parties étaient recouvertes de belles plantations de cafiers entremêlés d'orangers. Ce défrichement nous permit de juger ce que deviendra cette belle province dès qu'elle sera cultivée, et que l'éternelle forêt aura disparu en partie pour faire, place à des sites aussi pittoresques que ceux que nous avions devant nous. Après avoir pris congé de Luiz Alves, nous nous embarquâmes de nouveau à trois heures , et le lundi, 4 avril, nous étions de retour à la Fregezia de l'Itajahi. Dans ce pays, lorsqu'on arrive trop tard au gîte, on court la chance de

coucher à la belle étoile; et cela se comprend, parce que les habitants, forcés de faire, jusqu'à un certain point, leur propre police, ne se soucient guère d'ouvrir à une heure un peu avancée : nous ne voulûmes pas non plus déranger le colonel Augustinho Alves Ramos, et nous résolûmes de bivaquer sur la plage ; le climat d'ailleurs est si doux, le ciel presque toujours si serein, que bien des fois nous préférâmes le bivac au logis; mais notre patron Van Zoite , qui était Portugais , alla prévenir à notre insu le colonel , qui nous ouvrit immédiatement sa demeure. Les prévenances et les politesses dont nous fûmes l'objet dépassèrent tout ce que nous étions en droit d'espérer.

Le lendemain tout fut disposé pour aller explorer rilajahi-Mirim, dont nous connaissions déjà toute l'importance: mais cette fois, mieux avisés, nous abandonnâmes le yacht pour les canoas, bien plus faciles à gouverner , et avec lesquels on peut remonter des courants très-forts et passer par toutes les ouvertures.

Au confluent de la rivière Concercào et de Fltajahi-Miri, le colonel avait une fazenda ; il nous y invita à dîner, et pendant quil expédiait les affaires , nous allâmes explorer la rivière en canoa ; nous avions beaucoup de détours à parcourir avant d'arriver au point du rendez-vous où il devait se rendre par terre; aussi, quelque activité que nous missions à faire nager le canoa, arrivâmesnous encore les derniers.

La fazenda du colonel était construite sur un terrain qui, dans les grandes crues, devait être exposé aux inondations. Le sol en était élevé de deux mètres environ, et le tout ne répondait pas mal à une habitation bâtie sur pilotis, et dont les têtes de pilots dépasseraient le terrain de quelques pieds. Il nous y reçut avec sa cordialité habituelle, et en attendant le repas qu'il nous avait fait préparer.

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il nous fil couper un sentier pour monter sur la hauteur qui se trouvait près de sa maison. Nous y gravîmes non sans peine, mais arrive' au haut de la montagne, nous y fûmes largement indemnisé de nos fatigues, par la magnificence de la scène qui se découvrait de cet endroit, tant que la vue pouvait s'e'tendre. Muni d'une boussole azimutale, nous relevâmes immédiatement plusieurs points très-importants pour notre carte, et que nous avions déjà pu observer ailleurs. Devant nous s'offrait une immense plaine qui, du nord au sud et aussi loin que la vue pouvait porter, était recouverte par une forêt vierge, dont les couleurs riches et variées suivaient toutes les ondulations du terrain; nous passâmes une demi-heure à admirer cette belle scène de la nature, après quoi nous nous dirigeâmes vers la demeure du colonel, où nous trouvâmes le dîner servi et quelques convives de plus. Après un copieux repas nous prîmes congé de lui , et nous nous enfonçâmes dans l'intérieur de la forêt en remontant Htajahi-Mirim, dont nous relevâmes toutes les sinuosités et les profondeurs. Nous croyons inutile d'en transcrire ici la minute : elle répond assez au modèle suivi pour fltajahi Grande. Rien de plus pittoresque, rien de plus séduisant que notre navigation sur cette rivière. La superbe végétation qui couvrait ses rives , et que le brillant soleil du Brésil venait animer d'un charme inconnu à nos climats d'Europe, la tranquillité des eaux de la rivière, la légèreté de notre petite embarcation qui, au moindre effort, glissait si gracieusement sur l'onde, la variété des oiseaux qui habitaient ces forêts et qui , par leur beau plumage et la diversité de leur chant, donnaient de la vie à ces délicieuses solitudes : tout cela rendait notre excursion des plus agréables, et nous regrettâmes de voir le jour tomber si rapidement, bien que le lendemain fût encore destiné à poursuivre notre exploration.

A six heures, nous accostâmes la rive droite, où se trouvait la dernière habitation qui borde ritajahi-Mirim. Manuel Custodio, qui en était le propriétaire, nous accueillit on ne peut mieux et nous offrit immédiatement tout ce qu'il possédait ; mais nous n'acceptâmes que le logement dans son engenho de mandioca Son exploitation e'tait assez bien disposée : au bord de la rivière, une scierie à bras; plus en arrière, sur une élévation, sa maison entourée de quelques plants de café, d'orangers, de cotonniers, un beau champ de manioc, un autre de maïs et de haricots, de la canne à sucre, du riz; et dans le fond, la forêt vierge dont une trentaine d hectares avaient été abattus et brûlés, et qui se déployait en hémicycle à l'entour de l'habitation.

Le lendemain, nous poussâmes notre exploration jusqu'au Taboleiro, qui se trouvait déjà fort avant dans les terres dévolues à la couronne: et comme les circonstances topographiques et hydrographiques, ainsi que la nature du sol et de la végétation, restaient toujours les mêmes, et que d'un autre côté nous en eussions encore eu pour huit jours, au dire de nos guides, pour arriver au salto, nous prîmes la résolution de redescendre la rivière, ayant déjà donné à cette exploration plus de temps qu'il ne nous appartenait de le faire. Nous retournâmes donc à la Fregezia où, favorisé par le courant, nous arrivâmes le même soir. De la Fregezia la route se poursuit au nord le long du littoral jusqu'à l'Araquari, un des bras du S. Francisco, qu'on remonte jusqu'à la pointe occidentale de l'île, d'où on descend par le grand bras jusqu'au S. Francisco. Nous n'avons pas parcouru cette partie de la route, elle présentait peu d'intérêt; mais nous nous sommes rendu à S. Francisco par le bateau à vapeur, désireux de connaître cette ville qui n'a pas toute 1 importance que nous lui supposions.

1 On appelle au Brésil engenho, tout engin qui se rattache à l'exploitation agricole.

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De la Fregezia de l'Itajahi, nous nous rendîmes par mer dans le yacht du colonel. Ce yacht était une petite embarcation ouverte, de la grandeur d'un canot de navire. Il y avait environ vingt lieues à franchir, mais la mer est si belle dans ces parages qu'il n'y avait réellement rien à craindre. Nous prîmes donc congé' du colonel, charme' de l'accueil que nous en avions reçu, et conduit par notre pilote de l ltajahi, Van Zoite, nous eûmes bientôt passe' la barre dont on nous avait fait une peinture fort peu rassurante. C'e'tait précisément pour cela et pour pouvoir la sonder, que nous nous étions décidé à choisir cette voie ; d'ailleurs nous n'étions pas fâché de relever quelques points de la côte, et il eut été inutile de parcourir de nouveau une route que nous avions déjà suffisamment étudiée.

Parti de la Fregezia à dix heures et demie, à peine avions-nous traversé la barre que nous fûmes favorisé d'une bonne brise de nord-est, qui nous poussa vigoureusement vers Desterro, où nous arrivâmes sans accident vers les sept heures. Nous avions heureusement loué une maison avant notre départ, ce qui nous permit de nous abriter pour la nuit; car à Desterro, comme dans presque toutes les villes du Brésil, il n'y a ni auberge ni hôtel, et rien n'est plus difficile que d'y trouver un logis, si on ne possède pas de lettre très-intime pour quelque habitant. Nous en avions eu plusieurs pour les principales autorités, mais nous n'avions pas voulu profiter de leur obligeance, et une autre lettre très-particulière nous avait été délivrée pour un négociant respectable de cette ville, mais elle se trouvait égarée, et nous ne pûmes la retrouver que lorsquil était trop tard pour profiter de son obligeance. Le lendemain nous nous rendîmes chez le président de la province, et, après avoir rempli auprès de ce digne fonctionnaire, avec une satisfaction vivement sentie, nos devoirs de politesse, nous réclamâmes son appui

pour les dispositions à prendre au sujet de l'excursion que nous avions le projet de faire jusqu'à Lages, en partant par la route du Trumbudo et en revenant par celle du Tubarào. Il y avait déjà une sourde rumeur de ce qui se tramait dans la province limitrophe de S. Paul, et peu de muletiers se soucièrent de nous y accompagner. Cependant le président parvint à en trouver un , mais celui-ci ne demanda rien moins que trois mille francs pour cette excursion (il fallait six mules )\ l'affaire ne put donc pas s'arranger. On nous conseilla alors d aller par mer à la Laguna, où nous aurions pu trouver des mules avec plus de facilité, et le président eut la bonté de donner l'ordre à une canonnière de l'Etat de nous y conduire. Ce parti à prendre nous paraissait d'autant meilleur , qu'il nous procurait ainsi l'avantage de voir toute la côte et le moyen de bien examiner la barre de la lagune, que nous avions grand intérêt de bien connaître. Nous mîmes donc à la voile de Desterro à cinq heures du soir, et le lendemain nous nous trouvâmes à la même heure devant la ville de la Laguna. En passant la barre de la Laguna, dont on ne nous avait pas exagéré les dangers, la canonnière, qui pouvait avoir deux mètres de tirant d'eau, talonna, et le pilote était évidemment peu à son aise, car il pâlit; mais presque aussitôt une formidable lame vint nous prendre à l'arrière, et jeta la canonnière en pleine eau par-dessus le banc où, sans cette circonstance, elle aurait bien pu se briser. Cette fois nous étions accompagné d'un major du génie brésilien , qui avait pour mission d'aider un employé du gouvernement chargé de quelques travaux de recherche, au sujet des gisements houillers qui se trouvaient dans cette province. Ce major du génie, Jozé da Victoria Soares de Andréa, fils du maréchal Andréa, ancien président de la province, de l'obligeance duquel nous aimons à nous

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ressouvenir, était un brave militaire et un loyal compagnon. C était pour nous une excellente acquisition.

A peine installé à la Laguna, chez le colonel Franca qui dépassa tous ses compatriotes par sa bonne et généreuse hospitalité, nous nous occupâmes de lever l'entrée et les principaux points du port, au moyen d'un bon théodolithe anglais dont nous avions eu la précaution de nous munir, et le lendemain nous nous embarquâmes dans une baleinière pour aller sonder la barre et le goulet, que nous relevâmes avec beaucoup de soin; la mer était très-forte sur le banc, parce que le nord-est soufflait déjà, et nous eûmes beaucoup de peine à nous y maintenir. Enfin, nous revînmes heureusement de cette commission , après avoir fait les observations que nous jugeâmes nécessaires pour le moment. A notre retour, nous nous attendions à trouver nos mules prêtes pour notre voyage à Lages par le Tubarào; mais, pour des motifs qu'il est inutile de rappeler ici, nous nous acheminâmes d'abord vers J'Arraringua; après avoir traversé la Laguna, nous prîmes la direction du Morro de Santa- Martha, qui forme en mer un promontoire assez remarquable. Pour y arriver, nous traversâmes une plaine de sable mobile et de bancs de coquillages, qui appartenaient presque tous aux dépôts d'eau douce, mais parmi lesquels nous avons trouvé quelques bivalves unimusculaires, dont nous n'avons su nous expliquer la présence au milieu des bivalves bimusculaires et des univalves du genre des limnea et des paludina, qui appartiennent tous aux dépôts d'eau douce. Cette circonstance nous avait fait croire d'abord à un dépôt marin, mais en examinant de nouveau avec une scrupuleuse attention les sujets que nous avons en notre possession, nous devons avouer que nous sommes resté clans le doute sur l'origine de ces bivalves unimusculaires qui. peut-être, y avaient

été déposés postérieurement et accidentellement. Nous sommes d'autant plus disposé à admettre cette dernière opinion, que nous n'avons pu trouver que quelques mollusques de ce genre, et toujours à la partie supérieure des bancs, comme s'ils y avaient été déposés par la main de l'homme.

Ces dépôts de coquillages se rencontrent depuis le grand contrefort de la Serra Gérai, qui se termine à la mer par la Serra de Cambirola, jusqu'au delà de l'Arraringua. Si donc ces dépôts appartiennent à des dépôts d'eau douce, comme nous le croyons, il en résulterait que toute cette partie de la province n'aurait formé autrefois qu'un lac immense qui, par un de ces grands phénomènes de la nature , aurait disparu ; et c'est bien là l'apparence qu a la configuration du terrain.

Le Morro de Santa-Martha est la dernière formation hypogéne qui apparaît le long de la côte ; de là, la route suit, en ligne droite, la plage jusqu'à l'Arraringua. Au loin, au sud-ouest, on distinguait clairement toutes les anfractuosités de la Serra Gérai, qui se rapprochait considérablement de la mer: entre celle-ci et la Serra Gérai, on découvrait quelques hauteurs de trois à six cents mètres; le reste du pays apparaissait uni et tout recouvert de forets vierges, dont la forte végétation contrastait avec la scène aride qui entourait le Morro de Santa-Martha. A quelque distance de ce cap, et toujours le long de la mer, nous atteignîmes le dégorgeoir de la laguna de Gamaxo, que nous traversâmes en canoa pendant que les chevaux le passèrent à la nage; une très -mauvaise barre rend ce dégorgeoir inutile à la navigation.

Une chose bien remarquable encore, c'était de voir la prodigieuse activité de la végétation. Pour peu que le sable ne soit pas déplacé par le vent, elle s'empare tout de suite du sol: la première plante

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qui en prend possession est le pourpier, et une autre chénopoclée dont nous ne connaissons pas le nom ; puis des touffes d'un jonc très-petit et très-mince, un peu plus loin des arbustes rabougris; encore plus loin , apparaissent déjà des arbrisseaux du genre des ilex; enfin, et non loin des premières ramifications des chénopodées, on tombe dans la forêt vierge qui, à une demi-lieue de là, se trouve déjà dans toute sa vigueur, quoique le sol sur lequel elle croît soit assez souvent complètement dépourvu d'humus, et qu'on y voie quelquefois toute la haute futaie à moitié enterrée dans le sable mobile qui y a été poussé par le vent, et, par conséquent, la basse futaie presque entièrement étouffée. De tels phénomènes, qui peuvent s'observer tout le long du littoral, depuis le Macembu jusqu'au delà de FArraringua , c'est-à-dire sur une étendue de cinquante lieues, peuvent donner une idée de ce qu'est la végétation dans la province de Sainte-Catherine, et du parti que des agriculteurs des Flandres pourraient en tirer.

En avançant à une lieue dans fintérieur de la province, perpendiculairement à la côte , dans toute la partie que nous venons de désigner, on trouve que les sables ont disparu, et sont remplacés par une forte couche de terre végétale et de terre argileuse ; là, la végétation est dans toute sa vigueur et pour s'en faire une idée, il faut la voir; car la décrire, c'est impossible.

Du morro de Santa-Martha dont nous avions déterminé la position assez rigoureusement par une triangulation au théodolite répétiteur, et quelques observations astronomiques faites durant notre séjour à la villa de la Laguna, nous relevâmes quelques anfractuosités de la Serra-Geral et la bifurcation du grand contrefort qui, par les 28° 8' de latitude, part de la Serra-Geral, se dirige vers l'est, retourne vers le nord en formant la Serra du Taboleiro, puis

à l'est celle du Cambirola , et divise bien certainement cette province en deux parties distinctes sous le rapport hydrographique et géognostique.

Du même morro de Santa-Martha , nous relevâmes la direction de la côte jusqu'au morro dos Conventos, qui se trouve à l'embouchure de FArraringua, et le pic Redondo, qui se trouve aux sources de cette rivière et que nous pûmes apercevoir au-dessus d'une chaîne détachée de la Serra-Geral , dont nous ne connaissions pas alors le nom et très-vaguement la direction .

Enfin, de ce même point on pouvait distinguer un autre contrefort de la Serra-Geral, mais bien plus petit, qui se présentait en raccourci et qui ne pouvait être que celui qui se'pare le bassin de Mai-Lucia, un des affluents de FArraringua, de celui du Passadous. qui est le prolongement du Tubarào.

Tout le pays, aussi loin que la vue pouvait s étendre, ne présentait qu'une immense forêt vierge inhabite'e, et du haut du morro de Santa-Martha on pouvait voir au moins à vingt lieues de distance.

Poursuivons maintenant notre exploration. Du dégorgeoir des trois lagunes de Garopaba, de Santa-Martha et de Gamaxo, dont il peut être facile de faire un port , nous poursuivîmes notre route le long de la plage. Une prodigieuse variété d oiseaux de mer faisaient la chasse à l'innombrable quantité de poissons que chaque lame amenait sur le rivage; ces malheureux semblaient pulluler dans des conditions bien désastreuses. Se laissaient ils entraîner par la lame trop avant dans la mer, ils étaient dévorés par de plus grands poissons qui se trouvaient aux aguets; se hasardaient-ils trop vers la terre, la vague en se retirant les exposait à être avalés par des oiseaux ennemis non moins gloutons, et c'était curieux de voir l'habileté de ceux-ci. suspendus sur la mer, tantôt leur coupant

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toute retraite en prenant position avec leurs longues pattes ià où le reflux devait les ramener, tantôt plongeant à l'endroit même où ils étaient sûrs de les rencontrer. Cette guerre, toute à l'avantage de ces oiseaux de mer, nous donna quelque distraction , car rien n'est plus ennuyeux que d'avoir à faire vingt à trente lieues le long de la plage avec des dunes d'un côté et la mer de l'autre. Vers les cinq heures, nous quittâmes le rivage et nous nous dirigeâmes vers l'habitation de Manoel Souza, qui se trouvait au bord de la Lagoa de Correntes, où nous fûmes parfaitement accueilli. L'exploitation de Manoel Souza consistait principalement en manioc, maïs et haricots ; la canne à sucre n'y rendait déjà plus ; il y faisait trop froid en hiver. Il avait aussi quelques pâturages, et le sol de toute sa propriété n'était qu'une conquête faite par la forêt vierge sur le désert, quoiqu'il s'y trouvât déjà quelques portions recouvertes de beaucoup de terre végétale et dont la formation n'appartenait plus à celle des dunes qui bordaient le rivage.

Le lendemain, 22 avril, nous continuâmes notre route vers l'Arraringua par la plage, en débojuchant de la forêt vierge qui se trouve entre la Lagoa et la mer ; nous entrâmes dans une plaine de quelques kilomètres, qui borde le littoral d'un aspect extrêmement sauvage et aride. Des collines de sable continuellement déplacées par le vent, d'où par-ci par-là perçaient des formations de minerai de fer hydraté et limoneux, et qui étaient privées de toute végétation, remplaçaient la forêt que nous venions de quitter et à laquelle une variété d'orchidées , presque toutes en fleur alors , donnaient une apparence charmante. Après avoir examiné avec attention ce surgisement dans le désert , nous quittâmes au plus vite cette triste scène de la nature , et bientôt , en continuant le long de la mer, nous pûmes voir derrière les dunes des bœufs sauvages qui

y trouvaient une abondante nourriture, du moins à en juger parla beauté de quelques individus que nous aperçûmes.

Enfin, à deux heures, nous quittâmes la plage et nous nous dirigeâmes à travers quelques marais vers la Barra- Velha de Arraringua, où nous prîmes toutes les mesures nécessaires pour aller reconnaître la barre de 1 Arraringua.

Barra- Velha est un misérable hameau formé d une trentaine de maisons, dont quelques-unes sont entièrement abandonnées. Depuis l'invasion des Ferrapes (on appelle ainsi les insurgés de Rio- Grande), sa position est très-mal choisie, et nul doute que cet établissement ne pourra être durable. On avait essayé d'y construire une église, afin d yattirer la population, mais l'invasion précitée est venue y arrêter les travaux, et il est plus que probable que rétablissement deBarra-Velhasera transféré au confluent du Rio dos Porcos et de l'Arraringua. La principale industrie des habitants est la pèche du bagre, c'est aussi le fond de leur nourriture; on s'y adonne encore à l'élève des bestiaux, mais ce ne sont déjà plus les habitants du hameau qui s'y livrent. C'est là plutôt une exploitation des fazendeiros qui habitent dans le voisinage. Le teint hâlé et blafard des habitants de Barra- Velha, qui contraste si singulièrement avec la teinte vigoureuse de la belle carnation des habitants des fazendas, qui se nourrissent avec de la viande, boivent une eau pure et non pas saumàtre comme celle de Barra- Velha, prouve que ce genre de nourriture et le défaut de travail, car la pêche du bagre est un délassement , ne conviennent pas à la constitution de l'homme.

Barra-Velha, ainsi nommée parce qu autrefois l'Arraringua y avait son embouchure, se trouve à une lieue de celle qui existe actuellement: nous nous y rendîmes en canoa par Je large canal

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qui formait, il y a quelques années, le lit de la rivière. Nous étions cinq dans notre canoa : le major du génie Andréa, M. Fontaine, le délégué de la Société de Commerce de Bruges, nous et deux rameurs armés de leur palette. Arrivés à l'embouchure, nous allâmes reconnaître cette barre qui, en réalité, était encore plus mauvaise qu'on ne nous l'avait dit. Le temps était beau, le nord-est venait à peine de se lever et ne soufflait encore que légèrement, la côte courait à peu près N.-E., S.-O., et cependant la lame qui venait s'y briser sur cinq étages était poussée par des ondulations qui venaient du S.-E., perpendiculairement au vent. Ce phénomène était sans doute très-remarquable, mais pour celui qui avait à s'y aventurer, assis clans le tronc creusé d'un arbre, il était d'autant moins rassurant que ie courant y était d'une rapidité vraiment effrayante. Enfin nous traversâmes heureusement le goulet, en sondant tant bien que mal le seul passage où l'on eût pu conserver quelque espoir de rendre cette belle rivière navigable, et nous acquîmes ainsi la conviction qu'avec la direction actuelle de son embouchure il n'y a rien à espérer. Plus tard, sans doute, on parviendra à surmonter les difficultés, mais au prix de quels sacrifices en temps et en argent!

Après avoir reconnu l'embouchure de l'Arraringua, nous allâmes examiner le morro dos Conventos, qui de loin offre l'apparence d'un énorme boulevard dont les faces presque verticales, mises à nu par faction combinée du temps et des eaux, offraient des joints très-symétriquement disposés et une stratification à peu près horizontale. Avant d'arriver à ce morro se trouvent des monticules de sable mobile d'environ cent mètres de hauteur, et plus près, au pied même du morro, on voit une foret vierge percer à travers les talus de ces mêmes sables poussés par le vent; de telle sorte qu'on peut distinctement voir les arbres enterrés, les uns seulement à la

base, d autres jusqu'à moitié de leur hauteur, et enfin ceux qui se rapprochent le plus de ces monticules s'y trouvent complètement ensevelis. D'après un examen particulier des localités, il nous paraît hors de doute qu'anciennement l'Arraringua coulait au pied même dumorro dos Conventos,et que ce sont ses eaux qui ont fait ébouler les psammites schisteux dont il est composé.

L'Arraringua est une rivière qui peut avoir de cent cinquante à deux cents mètres en largeur moyenne ; sa profondeur est trèsgrande (de 20 à 50 mètres), et quoique son cours soit assez tranquille, comme à son embouchure sa profondeur se trouve réduite à deux mètres à la basse marée, et que la mer y brise la plupart du temps à cinq étages de lames, ainsi que nous lavons déjà mentionné, le courant y est très-fort et très-dangereux ;; car, indépendamment de la quantité d'eau qui, dans un temps donné, doit s'écouler par le goulet, une quantité bien plus considérable vient encore s'y joindre, qui provient de celle qui y est incessamment introduite par les énormes vagues qui toutes viennent s'y briser ; et c'est cela qui rend le passage du goulet si dangereux. On nous a assuré que la veille ou Favant-veille, un troupeau de quatre à cinq cents bœufs y avait passé et que, sur ce nombre, une cinquantaine furent perdus, Nous ne saurions pas affirmer ce fait, quelque probable qu'il nous paraisse : il nous fut raconté comme un événement qui n'avait rien d'extraordinaire.

Ainsi convaincu de l'impossibilité d'utiliser l'Arraringua pour la navigation au long cours, nous ne voulûmes pas cependant quitter ses rives sans examiner le pays qu'il traverse ; nous n'avions que peu de jours à donner à notre exploration, l'ouverture des chambres brésiliennes nous imposait presque l'obligation de nous trouver à Rio de Janeiro vers le 1 5 mai au plus tard. Nous primes

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un moyen terme ; nous remontâmes d'abord l'Arraringua , et de là nous gravîmes sur le morro dos Conventos, dont une portion du plateau supérieur se trouvait habité et cultive'. De cette hauteur nous relevâmes presque tous les points de la Serra-Geral, et quelques autres pics que nous avions précédemment observés au morro de Santa-Martha, et comme à midi nous avions pu prendre hauteur, notre triangulation générale se trouvait assez bien établie.

Du morro dos Conventos on peut découvrir le pays aussi loin que la vue peut porter, et sauf quelques lagunes qu'on aperçoit au sud-ouest, tout ce qu'on découvre ne présente qu'une seule foret vierge tellement serrée, qu'à deux kilomètres de nous on ne voyait plus le cours d'aucune rivière, et cependant nous nous trouvions à 200 mètres de hauteur au moins. On ne distinguait plus qu'à la longue-vue le morro de Santa-Martha, et la Serra do Taboleiro avait disparu. En revanche on voyait bien plus clairement la Serra de Maï Lucia et une plus petite qu'on appelle la Serra dos Porcos, parce qu'elle sépare le lit de cette rivière de celui du Maï Lucia. Après avoir fait toutes nos observations nous nous en retournâmes vers Barra-Velha, ayant été puissamment aidé dans cette excursion par le major de la garde nationale Manoel José Machado de Leandre, qui était venu de Torrcs, où il avait sa fazenda, dans le but de nous être utile, par le major Andréa et par M. Fontaine. En retournant à Barra-Velha dans nos canoas, nous fûmes assaillis par une forte brise de nord-est dans l'ancien bras de l'Arraringua, et la navigation devint périlleuse: nous avions la lame debout, le vent et la marée contraires, et le canoa embarquait beaucoup. Nous employâmes ainsi trois heures à parcourir une lieue; si toutes circonstances nous avaient été favorables, on eût fait ce parcours en vingt minutes.

Le lendemain, 24 avril, nous étions de bon matin sur la route de la Villa de la Laguna. et le 26 au soir nous arrivâmes à notre nouvelle destination.

Pour compléter notre reconnaissance de la province , il nous restait à parcourir la route de Lages par le Tubarào, et à retourner de cette dernière ville vers Desterro par le chemin plus insignifiant duTrumbudo. Nous espérions pouvoir entreprendre cette dernière excursion immédiatement, lorsque des nouvelles assez inquiétantes arrivèrent à la Laguna, presque toutes relatives aux mouvements politiques qui devaient éclater quelques jours plus tard dans la province voisine de Saint-Paul ; mais en dehors de celles-ci il y avait un bruit vague de l'occupation de Lages par un chef de brigands , connu dans le pays sous le nom du Salteador Felippe Capote, lequel repoussé à la fois par les impérialistes et les insurgés de Rio Grande, semblait cependant vouloir soutenir ces derniers tout en ne faisant la guerre que pour son propre compte. On citait à ce sujet plusieurs faits de sa cruauté, et toutes ces fables, qui ne manquent pas de produire une certaine impression sur quelques esprits craintifs, furent un instant sur le point de faire avorter notre voyage ; mais nous n'étions pas venu d'Europe avec l'intention de visiter les formations houillères du Tubarào, pour nous laisser intimider par Felippe Capote et sa bande, et nous priâmes notre hôte , le colonel da Silva França , qui commandait la place de la Laguna, de vouloir bien nous faire préparer les mules nécessaires pour ce voyage, ce dont il eut la bonté de s'occuper immédiatement; et désirant relever le cours du Tubarào et étudier cette rivière, nous le mîmes à contribution pour sa baleinière, avec laquelle nous remontâmes le Tubarào jusqu'à la Piedade ou Fregezia du Tubarào, où les mules avaient été commandées.

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Le Tubarào, que nous avons relevé avec plus de soin encore que l'Itajahi, est navigable jusqu'à une demi-lieue au delà de Piedade, où son cours commence à devenir embarrasse' par d'énormes blocs de granit, et plus loin par des rapides extrêmement rapproches. La fertilité' de ses rives, qui sont passablement habitées, est devenue proverbiale dans le pays même, et quoique cette rivière ne soit pas aussi belle que celle de l'Itajahi, elle avait pour nous un haut point dintérêt, puisqu'elle était la voie naturelle pour le transport de la houille en cas d'exploitation. Mais avant d'en donner une description, qu'il nous soit permis d'abord de poursuivre notre excursion .

A Piedade, nous reçûmes du colonel Texeire un excellent accueil ; il avait e'té prévenu trop tard de notre arrivée et n'avait pas encore pu rassembler les mules pour notre voyage. Force' ainsi de passer quelques jours à la Fregezia, nous eûmes tout le temps d'examiner le pays, de voir si réellement sa fertilité tant vantée ne jouissait pas d'une réputation usurpée, et nous pûmes ainsi acquérir la conviction que tout ce qu'on en disait était encore audessous de la réalité. On était alors à la veille de la fête de cette Fregezia, et on s'y préparait à répéter quelques joutes qui devaient être représentées. Nous arrivâmes donc à point nommé, comme la lutte allait commencer. Deux partis étaient en présence : d'un côté les Mores, de l'autre côté les chevaliers chrétiens. Le défi fut porté suivant les règles, mais avec une vérité d'expression et une loquacité qui dénotaient combien les mœurs chevaleresques ont encore conservé d'empire sur le caractère de ces descendants des anciens Portugais. Après le défi, le combat s'engagea; d'abord le duel, puis les luttes deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, tous ensemble ; les voltes , les demi-voltes et toutes les évolutions

des combats en champ clos se succédèrent avec un ensemble admirable: armes de pistolets qu'ils se déchargèrent d abord les uns sur les autres, ce qui était une espèce d'anachronisme, ils avaient pour lances des gaules très-légères qu'ils maniaient avec beaucoup d'habileté, et finalement le sabre qu'ils dégainaient comme dernier argument. Les Mores furent battus, c'était de règle, et dans la représentation définitive on devait les conduire prisonniers dans une espèce de fort construit ad hoc. Mais à la répétition à laquelle nous assistâmes, Mores et chevaliers chrétiens après le combat allèrent bras dessus bras dessous se désaltérer dans la maison du colonel , où la plus franche cordialité remplaça bientôt l'acharnement de la joute. On était alors également arrivé à l'époque de la neuvaine de la Fregezia. Un vieux prêtre portugais de l'humeur la plus joviale desservait cette paroisse. Nous y allâmes avec le colonel Texeire, qui nous y avait fait réserver des places; nous étions curieux de voir comment s'y pratiquaient les cérémonies religieuses, et s'il existait quelque différence au milieu de ces forets avec le rit de l'Eglise romaine observé dans d'autres localités du Brésil. Nous ne nous aperçûmes que d'une faible nuance en plus ou en moins.

Les femmes, accroupies d'un côté de l'église, accompagnées de leurs négresses, chantaient d'une manière très-discordante les répons des versets que leur donnait le prêtre officiant, et presque tous les hommes y joignaient leur voix peu mélodieuse. La musique était fort peu religieuse et eût mieux convenu à un théâtre qu'à une église. Le maître-autel était très-bien décoré, et éclairé au moins par trois cents bougies qui allaient en amphithéâtre jusqu'à la voûte du sanctuaire. L'église était assez vaste, mais encore loin d'être achevée; elle pouvait contenir plus de mille personnes, et les habitants prévoyaient qu'ils seraient bientôt

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privés de desservant, car le vieux prêtre qu'ils possédaient ne savait presque plus marcher. En rentrant de la neuvaine, nous trouvâmes notre souper tout préparé ; c'était le colonel Texeire qui nous avait ménagé cette politesse, qu'il continua durant les deux ou trois jours que nous fûmes obligé d attendre à la Fregezia, à cause de la pluie qui, aux syzigies, tombe régulièrement.

Enfin, le 24, nous nous mîmes en route pour Lages, et après avoir traversé le long du Tubarao un pays assez semblable aux bords de la Meuse, nous arrivâmes vers le soir aux Pedrinhas, dernier hameau vers L intérieur, et le lendemain nous continuâmes notre route vers le Passa-dois; en quittant Pedrinhas nous entrâmes presque immédiatement dans la foret vierge, dont nous ne devions plus sortir qu'au haut de la Serra-Geral. Vers les onze heures, nous eûmes à gravir une côte très-clevc'e qui se trouve entre le Rio das Pedrinhas et le Rio das Pedras-Grandes, et qui paraît être un des derniers chaînons de la Serra de Mai Lucia. Quelques chevaux s'y abattirent, et, excepté nous, toute la troupe fut en un instant démontée. Nous avions eu l'imprudence d'abandonner à un autre le soin de traiter des animaux nécessaires à une telle expédition, et nous n'en avions pas de rechange; nous ne nous en étions aperçu qu'au moment du départ , mais tant d'obstacles de toute nature étaient déjà venus traverser notre projet d'exploration aux mines, qu'alors nous n'avions plus voulu attendre, et nous étions à cette extrémité que si une des mules ou un des chevaux s était cassé la jambe , l'expédition eût été à recommencer. Nous avançâmes cependant; vers les quatre heures, nous arrivâmes à une petite clairière , à laquelle les habitants donnent le nom de PosOj lieu où les muletiers s'arrêtent d'ordinaire pour bivaquer, toujours près de quelque rivière : le Poso où nous bivaquâmes était

celui des Palmeiras, au delà de la petite rivière de ce nom, où nous passâmes une nuit fort désagréable , la pluie qui avait recommencé nous ayant tous mouilles. Le lendemain matin nous allions continuer notre chemin, lorsque le major Andréa vint nous annoncer que son compagnon, qu il avait ordre de suivre partout, retournait à la Laguna et ne voulait pas aller plus avant. Ce brave militaire avait la larme à l'œil ; il était visiblement peiné de devoir, par ses instructions, nous abandonner ainsi dans les bois avec des animaux qui, après la première journée, se trouvaient déjà à moitié ruinés. Après lui avoir serré affectueusement la main, nous le quittâmes, non sans regret, nous promettant bien de le retrouver sous peu 5 car nous venions de perdre en lui un brave et loyal compagnon qui, par ses bonnes relations dans la province, nous avait procuré beaucoup d'agrément et nous avait été fort utile en toutes circonstances.

Nous étions ainsi réduits à six : M. Fontaine, sur lequel nous pouvions compter en toutes occasions; un de nos neveux, M. Jules Delaveleye, qui n'aurait pas non plus abandonné son poste; nous et trois guides. Après avoir parcouru deux lieues à travers des sentiers détestables, et tellement défoncés que les mules y enfonçaient jusqu'au ventre, nos deux amis furent définitivement démontés et tous les deux blessés par les joncs et les lianes; nousmème, malgré notre grande habitude de ce genre d'exploration, nous avions toute la figure et les mains ensanglantées. Les plus heureux étaient nos guides qui, habitués à marcher pieds nus et légèrement vêtus, se faisaient un jeu des difficultés à vaincre, saisissaient habilement tous les intervalles qui se trouvent entre les trous où les mules posent invariablement les pieds, et marchaient prestement à travers les forêts. Notre mule, quoiquen apparence

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Ja plus faible, allait toujours; il est vrai que nous lavions ménagée beaucoup; elle suivit donc assez facilement nos trois guides; mais nos deux cavaliers démontés, armés de leurs grosses bottes, eurent plus de peine à nous suivre, et nous dûmes ralentir notre marche pour ne pas les devancer. Tout alla assez bien jusqu'à la rivière du Lagiado do Cedro, dont le lit est creusé dans un terrain trèsargileux qui recouvre une formation de grès houiller; la rivière avait un mètre d'eau sans la boue. Nos guides, habitués à ces petits obstacles, la passèrent immédiatement, et nos compagnons reprirent leurs montures avec lesquelles ils parvinrent, non sans peine, a descendre de la berge droite dans le lit de la rivière qui était très-encaissée. Le passage se fît sans accident; mais iorsquïl s'agit d'escalader la berge gauche par le sentier creusé dans le grès houiller par les pieds des mules, il îïy eut plus aucune chance de succès. Ils quittèrent alors leurs montures et grimpèrent à pied sur la hauteur que nous avions en face, laissant a leurs mules le soin de se tirer d'affaire comme elles pouvaient; ce qui ne tarda guère d'avoir lieu, avec cet admirable instinct que leur connaissent tous ceux qui ont été à même de les apprécier. Cependant nous parvînmes à remonter M. Fontaine, qui avait compris que les mouvements de l'homme et quelquefois sa voix peuvent considérablement alléger le fardeau que ces pauvres bêtes ont à porter, et les encourager à se tirer des mauvais bourbiers où elles se trouvent engagées.

Après beaucoup de fatigues, nous arrivâmes enfin au Poso do Cedro, où nous arrêtâmes notre bivac; vers le soir, le ciel se couvrit de nouveau, 1 orage grondait au loin et approchait insensiblement; bientôt il éclata, et à minuit notre feu en fut presque éteint, quoique trois ou quatre arbres en fissent le fonds. JNos compagnons, plus

fatigues que nous, se trouvaient ensevelis dans un profond sommeil, pendant que nos guides faisaient lim possible pour alimenter le feu: pour nous, les événements de la journée nous avaient singulièrement affecté, et quoiqu'on nous eût prédit ce qui était survenu le matin, nous nen étions pas moins très-contrarié. Dans la position où nous nous trouvions, il n'y avait que deux partis à prendre : ou retourner sans avoir atteint le gisement houiller du Passa-dois, et à aucun prix nous ne pouvions accepter cette résolution; ou poursuivre jusque-là : car on ne pouvait plus songer à pousser jusqu a Lages, depuis la défection du matin qui avait entraîné forcément le départ de notre digne compagnon le major Andréa. Il nous vint alors dans l'idée de laisser nos deux amis au Poso do Cedro avec un des guides, et de poursuivre seul avec les deux autres. Cette proposition mise en avant fut acceptée, et dès l'aube du jour nous nous mîmes en route pour le Passa-dois et la Serra Gérai, doù nous devions revenir le lendemain. N'ayant plus les embarras des hommes démontés ni des bagages que nous laissâmes en arrière, nous nous acheminâmes lestement à travers un pays d'un aspect délicieux; la foret commençait à devenir moins obscure, par-ci par-là on voyait quelque éclaircie, et les pins araucaniens, qui portaient leurs cimes dans les cieux, laissaient enfin percer de temps à autre quelques rayons de soleil qui venaient ainsi égayer notre marche A dix heures, nous étions au Poso du Passa-dois; notre pauvre mule avait bien fait son devoir, et à dix heures et quart nous étions à une petite excavation faite dans le gisement houiller, qui pouvait cuber environ lm 50; nous en prîmes quelques spécimens et nous continuâmes notre route vers la Serra Gérai, jusqu à la réapparition de la formation hypogène. De là nous nous dirigeâmes vers quelques autres dépôts houillers,dont les uns perçaient

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à travers les berges de quelques affluents du Passa-dois, et dont les autres se trouvaient à fleur de terre dans l'inte'rieur de la forêt, à fort peu de distance : mais toutes les parties découvertes de cette formation se trouvant sensiblement de niveau, nous ne pûmes juger de sa direction faute de pouvoir apprécier son inclinaison, et nous abandonnâmes nos recherches pour examiner le lit de la rivière en aval de l'excavation dont nous avons déjà parle'. Presque partout il était creusé à pic dans les gros blocs de grès houiller entre lesquels se trouvait la couche de schiste bitumineux, qui renfermait ellemême celle peu épaisse de houille grasse, alternant quelquefois avec de la houille maigre. De gros galets formaient le fond du lit, dont le courant torrentueux avait au moins un vingtième de pente. La largeur du Passa-dois au même endroit de l'excavation pouvait être de vingt mètres; la berge droite, formée dé trois assises de gros blocs de grès, avait celle du milieu en surplomb, et la supérieure en saillie des deux autres. A la rive gauche, qui avait été attaquée à la pioche jusqu'à la rencontre du banc de grès sur lequel reposait la formation houillère , la partie de cette berge qui encaissait le torrent s'écartait de la verticale d'environ 35°, quoique le banc de grès sur lequel reposait ce dépôt houiller s'avançât horizontalement d'un à deux mètres dans le lit du torrent où il disparaît, sans doute déchiré par les eaux. Dans la berge droite, nous n'avons vu aucune trace d'un dépôt houiller; la couche de charbon de terre y est remplacée parlegrès.dontles bancs affectent les mêmes dispositions et la même horizontalité. Si notre mule n'avait pas été aussi fatiguée par la détestable route qu'elle venait de parcourir, nous eussions essayé de descendre le Passa-dois dans le lit même de la rivière; mais la pauvre bête était rendue et ne pouvait plus lutter contre le torrent et ses galets: elle n'était pas plus capable de gravir la Serra

Gérai: d'ailleurs nous n'avions plus de passe-port depuis qu'on nous l avait emporte', et nous n'étions pas sans inquiétude sur le sort de nos deux compagnons de voyage, que nous avions laissés avec leur guide retranchés dans le bois au Poso do Cedro , d'autant plus qu'en allant vers le Passa-dois nous avions trouve' plusieurs passages embarrasse's par des abatis fraîchement coupe's, ce que nous ne pûmes nous expliquer en l'absence de toute troupe de mules. Nous bornâmes donc là notre exploration: le but avait été atteint: nous avions parfaitement reconnu le gisement houiller, et nous savions à quoi nous en tenir à cet égard. Il nous restait six lieues à faire pour arriver au Poso do Cedro ; nous e'tions assez lourdement charge' et, ainsi que nous venons de le dire, notre mule e'tait très-fatiguée; nous nous de'cidâmes à les parcourir à pied, et nous fûmes ainsi à même d'appre'cier tout l'avantage qu'avaient sur nous nos guides, légèrement vêtus et ayant la plante des pieds assez dure pour pouvoir se passer de chaussure: la mule nous suivait instinctivement et ne nous servit plus qu'à passer quelques affluents du Passa-dois, que sans elle nous eussions eu de la peine à traverser. La forêt où nous nous trouvions e'tait si belle, que nous regrettâmes de la quitter: le fait est que la ve'ge'tation e'tait admirable, une quantité' de pins de dimensions colossales, dont chacun eût pu fournir un mât de vaisseau de ligne, se distinguaient de tous côte's, et on voyait une si prodigieuse variété dans les autres essences, qu'on ne pouvait se lasser de les admirer.

Les collines qui séparent les affluents de la rive droite du Passadois et de son prolongement le Tubarào, et qui sont les dernières ramifications des contreforts de la Serra Gérai, peuvent presque toutes être classées, sous le rapport géognostique, dans les formations houillères; elles contiennent principalement les grès. les

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schistes bitumineux, de la houille grasse et maigre, et beaucoup d'hydrate de fer, surtout à l'arroio de Barro Preto. Jusqu'à présent on n'y a pas encore trouve de calcaire, il n'y a même aucun indice de son existence. Depuis le pied de la Serra jusqu'au Rio Armazem, le sentier ne fait que monter et descendre, quelquefois si rapidement aux berges des petites rivières, qu'on est oblige' descalader des rampes qui font, avec l'horizon, des angles de soixante degrés, et cependant aucune des hauteurs sur lesquelles on doit gravir ne dépasse cent mètres, selon notre estimation.

ïl serait donc assez facile de rendre cette route transitable: mais pour cela il faudrait abandonner le sentier suivi jusqu'à ce jour, et dont le trace' a été' livré aux caprices d'un troupeau de la race bovine, que les habitants ont l'habitude de chasser dans la forêt, à peu près dans la direction par où ils veulent se frayer un passage, lorsqu'ils ont une forêt à percer. Mais pour le transport des matières lourdes et de peu de valeur, telles que la houille, de plus grandes difficultés se présentent, dont nous ferons bientôt connaître notre appréciation.

Il faisait déjà obscur lorsque nous arrivâmes au Poso do Cedro, et de part et d'autre la joie fut grande de se revoir. Le ciel s'était éclairci et le temps s'était remis au beau • nous passâmes une nuit délicieuse et fort tranquille au bivac, et le lendemain, avec l'aube du jour, nous nous mîmes en route pour la Fregezia du Tubarào. En traversant le Lagiado do Cedro. nous remarquâmes dans la berge droite toute l'apparence d une formation houillère assez semblable a celle du Passa-dois, et qui ne nous avait pas échappé lors de notre premier passage. Au Rio Ario, nous nous trouvions encore clans la formation houillère, mais évidemment sur ses limites. Enfin, après avoir repris, au Poso dos Palmeiras. la charge dune mule

que nous y avions abandonnée, nous nous acheminâmes vers Je Poso do Raposa. où nous traversâmes le Tubarào, et nous bivaquâmes devant la porte de l'habitation qui est la plus avancée dans la forêt. Nous nous arrangeâmes avec l'hôte de ce lieu pour descendre le Tubarào en canoa, afin d'en étudier le cours qu'on disait très-embarrassé.

Voici le résultat de nos observations, en prévenant toutefois que les hauteurs des chutes ont été évaluées d'après les traces presque horizontales que creusent les eaux dans les berges lors des grandes crues, d'où il résulte que ces évaluations sont plutôt trop faibles que trop fortes; on y remarquera encore que nous avons conservé l'expression de caxuera, de préférence à celle de rapide, parce que cette dénomination est plus locale et a été gravée sur la carte, qui est écrite en portugais.

RECONNAISSANCE El DESCENTE

DU TUBARAO DU POSO DO RAPOSO, A PIEDADE.

DIRECTION

DÉNOMINATION

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