L'AVENIR DE LA TUNISIE
L'élément indigène constitue et constituera donc de plus en plus un facteur considérable de la colonisation. Il faudra en tenir le plus grand compte, sauvegarder ses intérêts, ménager ses sentiments, même ses susceptibilités. Il ne faut aucunement l'assujettir à l'élément européen, et c'est une des raisons pour lesquelles la Tunisie ne doit nullement être gouvernée et administrée par les colons français ; elle doit être dirigée avec impartialité par la France, mère ou patronne commune des divers éléments de population, avec des organes consultatifs de chacun de ces éléments. A cette condition seulement, la Tunisie pourra prendre un développement régulier et remplir ses destinées.
Le protectorat, avec le maintien du bey, fournit le meilleur instrument pour cette œuvre d'union et de transaction. On devra s'efforcer de le maintenir dans toute son intégrité, sans en rien altérer l'esprit, ce que l'on a eu le tort de faire depuis quelque temps. Cela est tout au moins nécessaire pendant un bon nombre de dizaines d'années et cela ne cessera jamais d'être utile.
Quant à l'avenir plus lointain, si, un jour ou l'autre, nous devions être amenés, ce qui n'est nullement désirable de très longtemps, à annexer complètement, au point de vue administratif et politique, la Tunisie, en aucun cas il ne saurait être question d'assimiler cette contrée à l'Algérie, ni de la fondre avec elle. Ayant eu des origines tout à fait différentes, un développement très divers, il vaut mieux que les deux anciennes Régences restent administrativement séparées (2).
(1) Se reporter surtout à notre ouvrage spécial V Algérie et la Tunisie (2e édition) où nous avons donné des renseignements étendus sur l'Afrique romaine, notamment pages 394 à 413.
(2) Nous renvoyons pour tous les détails sur la Tunisie à notre œuvre très étendue Y Algérie et la Tunisie (Paris, Guillaumin, 1887). On y trouvera notamment un exposé étendu de ce que fut la Tunisie sous la domination romaine et du genre de colonisation pratiquée par les Romains; il règne à ce sujet dans le public les plus graves erreurs et les préjugés les plus nuisibles.
T il.