TONNEAUX
Péruvien
Allemand
Amérique centrale. . .. .
Etats-Unis
Anglais
La marine espagnole, comme on le voit, ne figure même pas dans ce tableau, elle vient parmi les divers ; c'est-à-dire que l'Espagne prend aujourd'hui moins de part au commerce du Pérou que la Suède, par exemple, pour ne pas parler de l'Italie.
Il n'en est pas autrement au Chili ; les statistiques de ce pays pour l'année 1875 mentionnent 18 pavillons différents qui ont flotté dans les ports du Chili, on n'y trouve pas le pavillon espagnol (1). Les statistiques de la République argentine donnent aussi des résultats du même genre. Les tableaux de la douane de ce pays font la répartition du commerce extérieur entre les principales nations. Huit contrées d'Europe, dont le Portugal, figurent nominativement dans ces relevés; on n'y trouve pas l'Espagne, qui doit être comprise parmi les contrées dont le commerce est sans importance et qui sont réunis sous la rubrique « autres pays ». Ainsi les rapports de l'Espagne avec ses anciennes colonies ont presque cessé ; elle
(1) Dans la publication officielle Estadistica comercial de la Repub/ica de ChHe, pour l'année 1883, il est dit que, sur l,816s,000 tonnes entrées dans les ports du Chili pendant cette année, le pavillon espagnol flottait seulement sur 20,898 ; à la sortie, 16,189 tonnes portaient le pavillon espagnol, tandis que les sorties totales s'élevaient à 1,862,299 tonnes. {Note de la 3* édition.)
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leur fournit encore, cependant, des immigrants en assez grand nombre.
Nous n'avons traité dans toute cette étude que des possessions continentales de l'Espagne en Amérique : nous avons omis de parler des îles, parce que le genre de culture auquel elles étaient adonnées, ainsi que des modifications considérables dans le régime auquel elles se trouvèrent soumises, faisaient d'elles des colonies à part, ayant peu d'analogie avec celles du continent.
Nous laisserons de côté les Philippines, occupées en 1564, en vue seulement, dit Heeren, d'y établir des missions. L'Espagne, dans l'administration de cet archipel, subordonna toujours et complètement le côté politique et commercial au côté religieux : les établissements monastiques devinrent bientôt les propriétaires presque exclusifs de l'archipel. Quand les possessions du Portugal eurent été réunies à celles de l'Espagne, il eût été facile à la métropole de développer l'importance commerciale et maritime des Philippines en les mettant en relation avec les Moluques et les Indes d'un côté, et de l'autre avec la Chine et le Japon. Mais le gouvernement de Madrid rejeta un plan qui eût été si utile au développement colonial de l'archipel. Le commerce des Moluques aux Philippines fut interdit aux Portugais, même pendant l'union des deux royaumes de la péninsule Hispanique ; on ne prit d'un autre côté aucune mesure pour assurer des relations constantes entre Manille et l'extrême Orient. Les missions florissaient : c'était tout ce que l'Espagne semblait désirer, et elle n'ignorait pas qu'un plus grand développement du trafic n'eût fait que gêner les progrès des missionnaires et affaiblir la puissance des couvents.
Les Antilles espagnoles ont longtemps offert un tout autre spectacle de richesse; Cuba et Porto-Rico surtout méritent qu'on s'y arrête. Mais nous réservons cette étude pour le chapitre spécial où nous traiterons des colonies de plantations, de l'abolition de la traite et de l'esclavage.
Malgré les énormes vices de sa colonisation, il est équitable, cependant, de reconnaître que l'Espagne a eu le mérite de couvrir de jeunes sociétés, ayant sa langue, sa foi, sa civilisation générale, toute l'Amérique centrale et les deux tiers de l'Amérique du Sud; elle a su ne pas extirper les populations indigènes, mais se les assimiler. En dépit de la rupture du lien politique, elle a constitué, dans des pays neufs, de jeunes nations, dont certaines sont déjà devenues robustes et florissantes. Elle aura fait ainsi, en définitive, une grande œuvre colonisatrice et aura puissamment servi 1a civilisation générale.