‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 3)Chapitre 26 sur 62 · ÉTENDUE ET POPULATION DES ANTILLES ANGLAISES · texte numérisé non relu

ÉTENDUE ET POPULATION DES ANTILLES ANGLAISES

Eténdue

Population en

Iles

Milles carrés

Iles Bahames

Ile du Turc

Iles de la Vierge. . .

Saint-Christophe. . .

L'énorme accroissement de la population pour certaines de ces îles ne peut s'expliquer que par la pullulement de la race nègre, ou bien encore par l'immigration temporaire. C'est ainsi que la Jamaïque, en vingt-sept ans, gagne 221,000 habitants, ce qui est un accroissement de plus de 40 p. 100. La Trinité, en vingt- sept ans, voit sa population plus que doubler. Pour la Jamaïque et la Barbade, c'est la proliflcité des noirs qui influe surtout sur l'accroissement de la population. En effet, dans ces deux îles, on recensait en 1881 et en 1891 (il en est de même pour la Jamaïque en 1898, on ne donne pas alors les chiffres pour la Barbade) plus de femmes que d'hommes : 297,847 femmes contre 282,957 hommes à la Jamaïque en 1881 et 375,991 des premières contre 351,645 des seconds en 1898, et 101,210 femmes contre 81,657 hommes à la Barbade en 1891. Les hommes adultes de ces îles densement peuplées, surtout la Barbade, émigraient temporairement pour les travaux du canal de Panama. Au contraire, à la Trinité, on recensait, en 1898, beaucoup plus d'hommes que de femmes, 136,885

contre 115,659, ce qui laisse supposer une grande immigration temporaire de travailleurs. Quelques-unes de ces îles sont très densement peuplées. Un mille carré équivaut à un peu plus de 2 kilomètres carrés et demi. La petite île de la Barbade n'a que 434 kilomètres carrés ; la population y est d'environ 437 habitants par kilomètre, soit presque le double de ce qu'elle est en Belgique, et il ne s'y rencontre ni industrie urbaine, ni sous-sol riche. C'est peut-être le point du monde qui regorge le plus d'habitants.

Les autres possessions anglaises du golfe du Mexique, qui n'entrent pas officiellement dans le groupe des Indes occidentales, sont dans des conditions analogues pour l'accroissement de la population. Ainsi Bermude, qui n'avait que 11,881 habitants en 1861, en comptait 16,291 en 1898. Le Honduras britannique s'est développé également : il comptait 25,635 habitants en 1861, et 34,747 en 1898. Dans l'intervalle de 1861 à 1898, la Guyane anglaise a singulièrement accru sa population. De 148,026 elle s'est élevée à 279,407, indigènes non compris; l'importation des immigrants asiatiques par engagement doit être pour beaucoup dans ce mouvement ascendant. On comptait, en effet, dans cette colonie, 149,363 hommes contre 130,044 femmes en 1898. Malgré l'action de la même cause, la population de l'île Maurice, dans l'océan Indien, a moins notablement augmenté depuis une quarantaine d'années. En 1861, elle montait à 320.167 âmes et en 1898 à 378,872; sur ce chiffre on compte 206,947 hommes et seulement 171,925 femmes. L'écart entre les chiffres d'habitants des deux sexes était plus grand encore en 1861, époque où il y avait à Maurice 208,890 hommes et seulement 111.267 femmes. Dans presque toutes les îles des Indes occidentales, au contraire, les deux sexes s'équilibrent (1). Les Antilles sont ainsi dans une situation beaucoup plus naturelle que Maurice et même que la Guyane anglaise.

L'accroissement si considérable de la population des Antilles britanniques tient à la multiplication des noirs qui ont peu de besoins ; l'élément blanc, que les statistiques ne permettent pas dénombrer, est de plus en plus débordé; on ne peut dire qu'il soit légalement sacrifié, le gouvernement britannique, avec beaucoup de sagesse, ne livrant pas l'administration au suffrage universel, comme nous avons eu la folie de le faire dans les Antilles françaises.

Si de la population nous passons au revenu de ces différentes colonies de plantations, nous trouvons une situation passable vu la crise du sucre. Le revenu des différentes îles formant le groupe des Indes occidentales anglaises était de 912,552 livres sterling, environ 23 millions de francs, en 1864 ; il s'est élevé graduellement à 1,888,000 livres, soit 47 1/2 millions de francs en 1898, ayant

(1) Tous ces chiffres et ceux qui suivent sont extraits du Statistical Abslract for the several colonial and other possessions of the United Kingdom, 1899.

DE LA COLONISATION AU XIXe SIECLE.

plus que doublé en trente-quatre ans. Les dépenses qui montaient à 939,751 livres, soit 23 millions et demi de francs en 1864, s'élevaient à 1,904,369 livres (47 millions et demi de francs) en 1898, laissant ainsi un déficit de quelques centaines de mille francs. La dette publique coloniale s'est énormément accrue pour tout ce groupe de colonies pendant ces mêmes années. De 1,176,564 livres (29 millions et demi de francs) en 1864, elle était descendue à 1,133,000 livres, soit 28 millions et demi de francs en 1878, mais pour reprendre à 4,204,135 livres sterling, environ 106 millions de francs, en 1898. Le capital de la dette publique est plus que double du revenu annuel. Maurice est, sous le rapport des finances, dans une situation analogue à celle des Indes occidentales. Le revenu de Maurice était de 638,000 livres sterling (16 millions de francs) en 1864, il s'élevait à 857,000 livres (environ 22 millions) en 1888, et seulement à 762,032 en 1898; les dépenses étaient montées, dans cette période, de 602,000 livres (15 millions) à 813,147 livres (21 millions de francs), laissant un définitif de près de 1 million 1/2 de francs. La dette de Maurice qui était, en capital, de 600,000 livres (15 millions) en 1864, atteignait 1,195,691 livres (30 millions de francs) en 1898, s'étant un peu réduite, cependant, depuis 1893. On retrouve les mêmes traits dans les finances de la Guyane britannique : de 314,000 livres (7,800,000 francs) en 1864, le revenu de cette colonie est passé à 593.000 livres (15 millions de francs) en 1893, pour fléchir à 525,865 livres (13.200.000 fr.) en 1898; les dépenses à la dernière date étaient de 525,387 livres, réalisant à peu près l'équilibre; de 1864 à 1898, le capital de la dette de la Guyane avait monté de 593,000 livres (15 millions de francs) à 975,791 livres (24 millions et demi de francs).

Ce que nous venons de dire des colonies de plantations de l'Angleterre annonce une situation assez tendue. Les chiffres du commerce extérieur ne sont pas beaucoup plus satisfaisants. Le mouvement maritime, il est vrai, s'est considérablement accru dans les ports de ces colonies depuis trente ans. Le tonnage des vaisseaux de toutes nationalités à l'entrée et à la sortie des îles formant le groupe des Indes occidentales était de 1,559,025 tonnes en 1864 et s'élevait à 2,611,194 en 1878 et à 9,167,000 en 1898; mais il s'agit là, surtout, d'escales de navires à destination ou en provenance du continent américain. Dans la Guyane britannique ce même mouvement maritime est passé, dans la même période, de 316,000 tonnes à 632,000. Maurice a été plus stationnaire : de 558,000 tonnes en 1864 le mouvement maritime ne s'est élevé qu'à 782,000 en 1896 et a baissé à 632,598 en 1898. En ce qui concerne les importations et les exportations des Antilles, si l'on prenait pour point de départ l'année 1864, on trouverait, dans les quinze années suivantes, une assez forte diminution; mais la cause en

est la contrebande qui se faisait avec les Etats confédérés pendant la guerre de sécession qui désola l'Union américaine du Nord. De simples îlots, comme les Bermudes et surtout les Bahames et l'île du Turc (Turks Island) avaient alors un mouvement d'importation et d'exportation de plusieurs centaines de millions. En 1866, avec le rétablissement de la paix, cette activité exceptionnelle cessa brusquement. Dans cette dernière année, les importations des différentes îles, formant le groupe des Indes occidentales anglaises, montaient à 4,268,000 livres sterling (107 millions de francs environ) ; les exportations atteignaient 4,879,000 livres sterling (122 millions de francs). Dix-sept ans plus tard, en 1883, les importations des Indes occidentales anglaises s'élevaient à 6,720,734 livres (170 millions de francs) et les exportations à 6,674,000 livres (168 millions et demi de francs); ces deux chiffres n'ont qu'accidentellement, et de peu, été dépassés par la suite. Le progrès avait été de 60 p. 100 environ pour les importations et de 37 p. 100 seulement pour les exportations. Depuis lors, il y a eu un sensible déclin : en 1898, les importations de ce groupe de colonies sont tombées à 6,323,418 livres sterling (159 millions de francs) et les exportations à 5,657,060 livres, soit 142 millions de francs. C'est une chute de 5,8 p. 100 pour les importations et de 15,2 p. 100 pour les exportations. De 1864 à 1883, les importations de la Guyane anglaise étaient montées de 1,508,000 livres sterling (37 millions et demi de francs) à 2,224,000 livres (53 millions de francs), et les exportations s'étaient élevées dans la même période de 1.845,000 livres (46 millions et demi de francs) à 3,172,000 livres (80 millions environ). Ici le progrès était de 48 et de 71 p. 100 respectivement. En 1898, les importations de la Guyane ne sont plus que de 1,371,412 livres (30 millions de francs) ; les exportations tombent à 1,775.691 liv. sterling (45 millions de francs). Maurice s'est un peu mieux soutenue, les importations y étaient de 2,582,000 livres (65 millions de francs) en 1864, elles ont monté à 3,536,396 livres (environ 90 millions defrancs), point culminant, en 1892 et ont fléchi à 2,877,000 livres en 1898. Les exportations de cette île ont faibli davantage; de 2,249,000 livres (56 millions de francs) en 1864 elles étaient parvenues à 3,963,000 liv. (100 millions de fr.) en 1884, elles tombent 2,913.877 liv. (73 millions de fr.) en 1898.

Telle est la situation des colonies anglaises de plantations qui ont tant fait parler d'elles et qui ,à diverses époques, ont fixé l'attention du monde. Les Indes occidentales britanniques et la Guyane que l'on a considérées longtemps comme des joyaux si précieux ont à peine 1,800,000 habitants de toutes races, la plupart de couleur; leurs exportations et leurs importations réunies ne montent pas à 380 millions, et l'Angleterre n'entre pas pour

DE LA COLONISATION AU XIXe SIÈCLE.

la moitié dans ce mouvement d'échanges déjà si modeste En 1898, les importations britanniques aux Indes occidentales et à la Guyane anglaise ne montaient qu'à 82 millions de francs (3,276,000 liv.), et les exportations des mêmes contrées pour l'Angleterre atteignaient seulement 57 millions de francs en chiffres ronds (2,278,000 livres sterling). Ce groupe de colonies représente à peine 0,50 p. 100 des importations britanniques et 1.10 p. 100 des exportations. En effet, les exportations de l'Angleterre atteignent dans ces dernières années 7 milliards et demi de francs en moyenne, et les importations en Angleterre 11 ou 12 milliards.

Si les Indes occidentales venaient par quelque commotion physique à être englouties au fond de l'Océan, l'Angleterre y perdrait sensiblement moins de 1 p. 100 de son commerce. Gela prouve l'exagération ou le ridicule des mesures arbitraires, despotiques et inhumaines par lesquelles on voulait leur donner une prospérité factice. Il serait toutefois inexact de mesurer au simple [développement du commerce extérieur l'utilité d'une colonie. Malgré leur situation modeste, leur importance secondaire, et, quoique leur richesse soit actuellement ébranlée, les Indes occidentales anglaises tiennent une place honorable et jouent un rôle utile dans l'immense empire de la Grande-Bretagne. Elles forment de petites communautés de langue et de nationalité anglaises, où les querelles de races, il faut l'espérer, ne se développeront pas, grâce à la sagesse britannique qui n'a pas introduit dans ces îles le suffrage universel; elles offrent des points de relâche au pavillon de la Grande-Bretagne, et, par voie de rayonnement, elles exercent sur les contrées environnantes une influence favorable à l'Angleterre. La Guyane anglaise et Maurice procurent à la métropole des avantages du même ordre (1).

(1) Les Indes occidentales anglaises, ainsi que la Guyane, Maurice et les terres tropicales sucrières, ont été victimes de la révolution agricole qui a produit le sucre de betterave, de la politique protectionniste des gouvernements européen?, qui ont soit mis des droits à l'entrée, soit donné des primes à l'exportation. Les Indes occidentales sont bien près des Etats-Unis, qui leur offrent un vaste marché et deviennent leurs meilleurs clients. Od peut se demander si l'Angleterre ne pourra pas difficilement un jour prochain empêcher ces dépendances lointaines de céder à l'attraction de la grande Union américaine du Nord, si voisine, si démocratique, si riche et si envahissante. (Note de la 3e édition.)

' Depuis quelques années, les Anglais sont en train de fonder en Afrique de nouvelles colonies de plantations ou d'exploitation. Sans parler de l'Egypte qu'ils détiennent à titre encore précaire et qui n'est pas une colonie dans toute la force du mot, ils viennent, par leur récent partage de l'Afrique orientale avec les Allemands (juillet 1890), de prendre le protectorat du sultanat de Zanzibar et la possession complète des pays qui sont au nord du port de Mombaz et aux environs du lac Victoria Nyanza, y compris l'Ouganda. Ils finiront, sans doute, par rattacher ces vastes contrées à l'Egypte et par en faire une gigantesque colonie d'exploitation qui servira pendant un siècle de champ d'emploi à leur esprit d'entreprise et à leurs capitaux. (Note de la 4e édition).

Nous parlerons plus loin de ces nouvelles acquisitions britanniques.

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