‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 4)Chapitre 33 sur 69 · DES INDES ORIENTALES EN · texte numérisé non relu

DES INDES ORIENTALES EN

Importations {commerce général) en florins.

Marchandises Or et argent Total

Po\ir le compte des particuliers 152.055.300 8.932.001 160.987.301

Pour le compte du gouveraement. . . 6.746.332 615.000 ^ 7.361 332

Total 158.801.632 9 547.001 1^.348.633

Exportations (commerce générât) en florins.

Marchandises Or et argent Total

Pour lecompte des particuliers 184.413.534 891.921 185.305.455

Pour le compte du gouvernement.... 14.325.256 » » 14.325.S56

Total 198.738."i90 891.921 199.630.711

Si Ton compare ces chiffres avec ceux de 1876, on trouve 335 millions de florins pour Tensemble du commerce extérieur des Indes néerlandaises (importations et exportations réunies) en 1876, et 368 millions de florins en 1896; le progrès paraît modique ; d*autre part, les éléments de cet ensemble sont changés. Les espèces entrent pour une bien moindre part en 18ft6 qu'en 1876, 10 millions et demi de florins en chiffres ronds <ïontre 16. Le mouvement des marchandises s'est donc plus accru en réalité qu'en apparence; mais ce sonl les importations qui se sont sensiblement développées, tandis que les exportations reculaient. Les premières, en ce qui concerne les marchandises seules, atteignent 158 millions de florinls en 1896, contre 113 millions seulement en 1876. Ceux qui considèrent les colonies comme ayant principalement pour objet de fournir un ddboucné aux produits des contrées eu-

COLONIES d'exploitation- — COLONIES HOLLANDAISES. 289

ropéennes se féliciteront tout particulièrement de ce résultat. Les exportations de marchandises, au contraire, ont un peu fléchi : de 205 millions pour les marchandises seules, en 1876, elles sont revenues à 198 millions. En réalité, les quantités de marchandises exportées ne sont pas devenues moins considérables. Seulement les prix ont baissé dans des proportions importantes. On sait que la période de 1871 à 1877 ou 1878 a été signalée par un grand essor des prix, et la période suivante, au contraire, par une forte dépression.

La décroissance du commerce fait directement parle gouvernement s'accuse aussi d*une manière très nette. Les importations du gouvernement montent, il est vrai, à 6 millions 3/4 de florins en 1896, au lieu de 4 millions 1/2 en 1870 ; la guerre d'Atchin est peutêtre la cause de cette augmentation ; mais, d'autre part, les exportations du gouvernement qui, en 1876, s'élevaient à 51 millions de florins, ne sont plus que de 14 millions en 1896. Ainsi, tout témoigne, comme nous Tavons déjà fait remarquer plus haut, de la diminution considérable du rôle économique du gouvernement à Java, du moins de sa fonction agricole et commerciale.

Les principaux articles d'exportation par les soins du gouvernement étaient en 1881 les suivants :

Exporté paf le gouyemement — — les particuliers

Le gouvernement exportait en outre du chinchona (quinquina), mais pour une somme qui n'a été évaluée qu'à 1,220 florins, soit beaucoup moins que la réalité.

Pour l'année 1896, nous n'avons plus les chiffres en valeur, mais seulement les quantités ; le gouvernement exportait 14,728 tonnes de café et les particuliers 38,820, soit près du triple ; pour l'étain, l'exportation du gouvernement était de 7,642 tonnes, contre 4,016 pour les particuliers, celle-là supérieure des trois quarts. Par contre, le gouvernement n'exportait que 299 tonnes d'écorce de quinquina, contre 5,280 qu'exportaient les particuliers. On ne voit pas que le gouvernement exportât d'autres produits que les trois ci-dessus.

Les exportations faites par le gouvernement vont naturellement en Hollande. Quant aux exportations de café faites par les particuliers, 70 p. 100 vont aux Pays-Bas et le reste à l'étranger. Pour l'étain, la valeur des quantités transportées par les particuliers aiix Pays-Bas et celle pour les autres pays s'équilibrent à peu près.

Les autres principales denrées exportées en 1896 sont :

Café

BUin

Valeur en florins

Valeur en florioa

nt 28.247.336

Tonnes Prix à Jaya. Florins

tesucre 572.142 71/2 &83/41e picol de 62 kUog. 1/!

Le tabac 28.217 — — —

L'indigo 636 6 à7 le kilo

Le thé 3.264 —

Le riz 36.774 —

Noix de muscades.... 1.177 —

Ce qui frappe, c'est la faible importaDce du commerce des épices auquel rancienne Compagnie des Indes hollandaises sacri^ fiait tout : ce trafic oscillait récemment autour de 3 millions de florins. Les gommes, la gutta-percha, les peaux ont pris une assez grande importance.

Si Ton veut connaître la répartition par pays du commerce des Indes orientales néerlandaises en 1896, nous ne trouvons ce renseignement dans V Annuaire Statistique que pour les importations faites par les particuliers ; il n'y figure rien en ce qui concerne le gouvernement; de même, il n'est donné de chiffres pour les exportations qu'en ce qui touche le café, le sucre et quelques autres denrées, mais non l'ensemble, et il s*agit, dans ce dernier cas, des quantités, non des valeurs. Voici les pays qui tiennent la plus grande place dans Timportation des particuliers.

Importations anx Indes orientales néerlandaises Pays par les particuliers

Marchandises

Pays-Bas Florins . 46.7(X).000

Angleterre 21.000.000

France l.SOO.ao

Amérique 3.500.000

Poulo-Penang 18.000.000

Singapore 46.500.000

Siam 3.100.000

Chine 1.700.000

Australie 1.700.000

En ce qui concerne l'exportation, les 499,958 tonnes de sucre exportées dans l'année 1896-97 se sont ainsi réparties : 159,612 tonnes pour ordres en Méditerranée, 70,728 pour ordres dans la Manche, 7,067 pour ordres en d'autres mers, 107,186 tonnes pour Hong-Kong et 4,330 pour d'autres ports chinois, 18,213 tonnes pour Singapore, 66,332 pour l'Amérique, 29,919 pour le Chili, 6,574 pour l'Inde britannique, 4,007 pour la Grande-Bretagne, 6,338 seulement pour les Pays-Bas, eux-mêmes, grands producteurs de sucre, 17,201 tonnes pour des pays divers d'Europe, autres que ceux ci-dessus dénommés, et le reste pour d'autres contrées. Quant aux exportations de café qui ont beaucoup fléchi relativement à la période 1882 à 1886, les 54,000 tonnes exportées en 1896 sont allées : 35,500, c'est-à-dire les deux tiers, aux Pays- Bas, 6,800 à Singapore, 4,400 en Amérique, 3,312 à Port-Saïd, 3,017 en Autriche et le reste à diverses destinations.

COLONIES d'exploitation. — COLONIES NÉERLANDAISES. 291

Ce qui ressort de tous ces chiffres, c'est que le trafic des Pays- Bas avec leurs riches colonies des Indes est relativement important, il représente près du tiers à l'importation ; il est probable, il est vrai, qu'il ne s'agit pas là pour la plus grande partie de marchandises d'origine néerlandaise; la métropole est parvenue, d'autre part, à conserver une grande partie du marché du café; les relations commerciales des colonies néerlandaises sont très étroites et le deviennent chaque jour davantage avec les diverses contrées des mers des Indes, la Chine, les pays du Pacifique, notarament l'Australie et les Etats-Unis.

Quant au mouvement maritime, il s'élevait, à l'entrée, en 1896, aux Indes néerlandaises à 4,531,000 tonnes; il y a naturellement beaucoup de doubles ou triples emplois, c'est-à-dire de navires qui sont comptés autant de fois qu'ils ont fait d'escales. Sur ces 4,531,000 tonnes, 648,000 portaient le pavillon hollandais, 1.380.000 ranglais, 272,000 l'allemand, 99,000 le norvégien, 67,000 le français, 41.000 raméricain, 25,000 l'italien, 11,000 l'autrichien, 4,000 le danois et 1,0001e suédois. Le seul trait important est que le pavillon hollandais représente un peu plus du quart du tonnage de l'ensemble des pavillons énumérés (1).

Ces chiffres font ressortir les changements qui se sont opérés depuis vingt années dans le commerce de Java. Jusqu'aux réformes accomplies de 1870 à 1875, à la plus grande liberté de la culture, à la suppression des droits différentiels et des surtaxes de pavillon, le commerce des Indes néerlandaises se faisait pour la plus grande partie par l'intermédiaire de la métropole où la plupart des denrées de ces colonies venaient s'entreposer pour être de là déversées sur le reste du globe. C'était aussi sous pavillon hollandais que s'effectuait la plus grande partie des transports vers les colonies ou en provenant.

Cette situation a changé depuisles réformes des dernières années et l'inauguration d*un régime économique plus libéral. Le commerce de Java avec les autres contrées, notamment avec TAngleterre, s'est prodigieusement accru. La seule exportation du sucre pour la Grande Bretagne qui n'était, avant la suppression du tarif différentiel, que de 9,295,000 florins (^19 millions et demi de francs), atteignait, immédiatement après cette suppression, le chiffre de

(1) Ces chiffres sont extraits de VAnnuaire Statiitique des Pays-Bas, Colaniet (1S96) page 65, paru & la Ha>« en 1898. Il n échappera pas au lecteur attentif que Taddition de tous les pavillons énumérés ci-dessus, où il ne semble pas qu'aucun d^important soit omiy, ne donne que 2,518,000 tonnes au lieu de 4,53i,00() indiqué dans le document hollandais comme total géuéral. D'où vient cette différence? Est-ce des jonques javanaÏRes ou chinoises qui forment les deux millions de tonnes restantes? Nous Tignorous. Nous sommes obligé de prendre les documents statistiques tels qu'où nous les fournit.

{Noie de la 5» édition).

15,869,000 florins (33 millions de francs), et s'élevait, en 1877, à 22 millions de florins (46 millions de francs). Depuis lors, Texportation du sucre javanais en Angleterre a diminué. On a vu que, en 1896-97, sur 500,000 tonnes de sucre exporté des Indes néerlandaises, 6,338 tonnes seulement avaient été aux Pays-Bas contre 4,007 en Angleterre et 70,728 dans la Manche pour ordres (voir plus haut, page 290). En 1870, Timportation du sucre des Indes néerlandaises dans la métropole montait à 125 millions de francs en chiffres ronds.

Une certaine partie de Topinion publique en Hollande a vu avec regret ces changements dans la politique commerciale et dans les courants d'importation et d'exportation. Les conservateurs exclus du pouvoir se sont faits les adversaires du système colonial nouveau et se sont efforcés de démontrer qu il a coïncidé avec le déclin de la prospérité publique. Ces récriminations ne sont pas fondées. L'agriculture et le commerce à Java sont plus prospères que jamais. Ge qui est exact, c'est que, par l'influence de diverses causes, la situation financière des colonies hollandaises s'est considérablement altérée.

Jusqu'à des temps assez proches de nous, Java avait été pour la mère patrie une vache à lait dont le gouvernement hollandais pressait soigneusement les mamelles. C'était, avec Cuba, la seule colonie qui fût productrice d'un gros revenu pour la métropole. Après avoir défrayé toutes les dépenses coloniales, le système « des cultures et des monopoles » laissait un excédent considérable qui était versé aux budgets de la mère patrie sous le nom de« bonis coloniaux n. On peut dire que depuis la Révolution française le budget de la Hollande n'avait jamais par lui-même connu l'équilibre; c'étaient les « bonis coloniaux » qui venaient le relever. Ces « bonis » étaient, d'ailleurs, fort inégaux. Ils présentaient d'une année à l'autre, suivant les récoltes et le cours des denrées, des différences énormes ; mais ils montaient toujours très haut. Sous le régime colonial tout à fait strict du milieu de ce siècle, ils varièrent de 20 millions à 70 ou même 80 millions de florins rde 42 à 147 ou 168 millions de francs). Cet afflux de ressources exotiques ravissait les Hollandais, mais en même temps les induisait à la dépense et à la prodigalité. Aussi les hommes sérieux en Hollande disaient-ils souvent : « Les bonis coloniaux nous ont démoralisés. » Il en était de cette sorte de tribut payé par la colonie & la métropole comme de la colossale indemnité de guerre que la France a payée à l'Allemagne ; le débiteur se trouvait plus appauvri par ces versements que le créancier n'en était enrichi.

A partir de 1870, par diverses causes, dont Tune, mais non la seule, est l'interminable guerre d'Atchin, à Sumatra, les « bonis coloniaux » ont suivi une progression descendante. Le contingent

COLONIES d'exploitation. — COLONIES HOLLANDAISES. 203

payé par Java à la métropole s'abaissa à 6 ou 8 millions de florins (12 1/2 à 17 millions de francs), puis il disparut tout à fait, et le budget môme des Indes néerlandaises se trouva en déficit. C'est qu'il avait terriblement augmenté. En 1867, ce budget montait à 84,347,000 florins seulement, soit 175 millions de francs environ, c'était déjà une jolie somme. Douze ans après, en 1879, il s'élevait à 153,373,000 florins (322 millions de francs). Il présentait un déficit évalué à 10 ou 15 millions de florins ; les déjUenses de la guerre d'Âtchin ne figuraient que pour 10 millions de florins dans cet énorme total. Les travaux publics, il est vrai, y tenaient une place considérable. Quelques réductions de dépenses ramenèrent pour 1882, le budget colonial à 148 millions et demi de florins qui ne trouvaient comme contre-partie en recettes que 133,913,000 florins. Le déficit était toujours d'une dizaine de millions de florins au moins. En réalité, il s'est élevé plus d'une fois à une vingtaine de millions de florins, soit une quarantaine de millions de francs.

Les chiffres suivants font ressortir l'importance du changement opéré dans la situation financière des Indes néerlandaises. De 1862 à 1871, le budget des colonies a versé à la métropole un appoint de 228 millions de florins en chiffres ronds, soit environ 480 millions de francs, une cinquantaine de millions de francs par année. De 1872 h 1877, au contraire, en six ans, les versements faits par la colonie ne furent plus que de 71 millions de florins, moyenne annuelle inférieure à 12 millions de florins ou 25 millions de francs. A partir de 1878, les colonies n'ont plus rien versé au budget métropolitain ; bien plus, elles se sont trouvées elles-mêmes en déficit, considérable, comme on vient de le voir. Voici quelles ont été, pour les années écoulées depuis 1862, les sommes versées par le budget colonial au budget métropolitain :

Années Florins Années Florins Années Florins

1862 19 867.000 186^ 11.233. uOO 1874 10.544.000

Les recettes des Indes paraissent avoir été, en général, portées au budget extraordinaire de la métropole ; ce budget avait ainsi une singulière mobilité. II est hors de doute que si la guerre d'Âtchin a été pour beaucoup dans la disparition des « bonis coloniaux j» à partir de 1878, les réformes accomplies aux Indes mêmes ou dans le commerce de cette contrée ont contribué également à ce résultat. Elles ont incontestablement diminué les ressources dont profitait le Trésor néerlandais.

Voici, pour les dix dernières années dont nous ayons les chiffres, le total des recettes et des dépenses des Indes néerlandaises eu znillions de florins.

Annéw Recettes Dénensos Excédent des recettes D^fieil

Total 1.306.5 1.319.2 47 0 59.7

Déficit total pour ]& période décennale : 12.7.

On voit que, dans Fensemble, pour les dix ans, les Indes néerlandaii'es couvrent leurs frais, sauf un insignifiant déficit; néanmoins, si Ton considère les dernières années isolément, ce dédcil est plus important et cesse d'être négligeable.

Si Ton Jugeait des mérites d'une colonie parles sommes qu'elle verse au trésor de la métropole, le système inauguré par le général Van den Bosch, en 1830, eût été la perfection, et les réformes qu'on y a introduites depuis 1850, et surtout depuis 1870, eussent été de folles mesures. Mais Tobjet de la colonisation n'est pas de créer det Etats tributaires qui versent au trésor de la métropole des dizaines ou des centaines de millions par année. Qu'une colonie se suffise à elle-même au point de vue financier, comme le font les Indes anglaises et la plupart des colonies britanniques, c'est tout ce que Ton peut demander.

La guerre d'Âtchin, interminable depuis vingt ans, a été pour beaucoup dans les embarras financiers des Indes néerlandaises et, par contre-coup, de la mère-patrie. Les Hollandais, comme toutes les nations qui ont de grandes colonies, ont dû, pour assurer leurs possessions, pour les mettre à l'abri de voisins remuants, étendre leur empire colonial. La môme nécessité s'est imposée aux Anglais dans l'Inde et dans l'Afrique australe, aux Français dans l'AMque du nord et dans l'Asie orientale, aux Russes dans l'Asie centrale. Les Hollandais luttent donc encore pour la conquête d'Atchin : il faudra du temps pour que ces nouveaux territoires soient complètement ouverts au commerce et à la civilisation. Ils ont, un peu prématurément, installé à Atchin un gouverneur civil qui est soumis au gouverneur général de Batavia.

L'empire colonial de la Hollande est un des plus grands qui existent. L'île de Java, qui est le principal siège de cette colonisation, occupe une superficie de 130,000 kilomètres carrés, le quart environ de la France. La petite île de Madura, qu'on y joint administrativement, n'a que 1»600 kilomètres carrés. Les établissements que les Hollandais possèdent effectivement ou nominalement dans les contrées environnantes, à savoir Sumatra, Riou, Banca, Billiton, Bornéo, Célèbes, les Moluques, la Nouvelle-Gui-

née, Timor (1), etc., s'étendent sur une superficie d'environ 1,800,000 kilomètres carrés, soit près de trois fois et demie celle de la France. U faudra infiniment de temps, si la petite et riche Hollande y parvient jamais, pour que toutes ces dépendances puissent être mises en pleine valeur. Mais déjà le commerce de ces possessions hollandaises diverses atteint presque la moitié de celui de Java et Madura ; à la longue, il devrait énormément le dépasser.

Â. ne considérer que Java et Madura, qui seules ont été complètement mises en exploitation par la Hollande, la population est considérable et très dense. En 1853 on 7 évaluait le nombre des indigènes à 10,100,000 âmes; en 1869, le recensement relevait à 15,791,845, auxquels il fallait joindre 172,280 Chinois, 7,234 Arabes, 9,616 autres Orientaux étrangers, et 29,139 Européens, soit en tout 16,010,114 individus. En 1878, la population de ces mêmes tles était portée k 18,335,778 habitants, parmi lesquels les Européens civils comptaient pour 34,750, les Européens dans Tarméepour lÔ,900et les descendants d'Européens pour 929. En 1896, on recensait 51,737 Européens civils, 261,080 Chinois, 17,045 Arabes, 3,238 autres Orientaux étrangers, 25,791,953 (2) indigènes, en tout 26,125.053 habitants, armée non comprise. Dans les autres parties des Indes néerlandaises en 1896, on comptait 11,834 Européens civils, soit avec Java et Madura un peu plus de 63,000 en tout ; 213,479 Chinois qui, avec ceux de Java et Madura, faisaient près de 500,000. Enfin, dans les possessions néerlandaises de cette région, autres que Java et Madura, on recensait 8,172 Arabes et 8,246 Orientaux divers; quanta la population indigène de ces possessions diverses, elle paraissait pouvoir atteindre environ 8 millions d'&mes. C'est donc 34 à 35 millions de sujets que les Hollandais ont aux Indes. L'armée se composait, en 1896, de 17,532 Européens, 3,662 Ambolnais, 20.412 autres indigènes et 55 Africains, en tout un peu plus de 40,000 hommes. La population de Java présente une grande densité, 200 habitants par idlomètre carré, près du triple de la population spécifique de la France.

Les Européens sont peu nombreux dans ces belles tles. Le climat ne leur est pas favorable, et le labeur des champs à cette latitude leur est interdit. La population européenne, qui dépasse 63,000 &mes, a cependant plus que quadruplé depuis 1857, époque où elle n'atteignait que 14,000 âmes. Le gouvernement a fait des elforts pour diriger Témigralion vers ses possessions de l'Océan Indien. Sauf de 1890 à 1893 où elle fut de 4 à 6,000, l'émigration

(1) Plusieurs autres nations européennes, toutefois, ont des établissements à Bornéo, la Nouvelle-Guinée et Timor.

(2) M. Van der Litb foit observer qu'il faut avoir une médiocre confiance dans les cbiffres qui concernent la population indigène. Il en est ainsi ponr toutes les colonies. Ici, la prodigieuse croissance de la population recensée justifie cette défiance. (Note de la 3^ édition,)

des Pays-Bas n'atteint que 1.500 à 2.000 personnes par année, et elle va beaucoup moins à Java ou à Sumatra, qu'aux Etats-Unis. Le gouvernement hollandais voulut assurer à ses possessions un courant d'immigration allemande. Il fit des propositions dans ce sens à la Diète germanique, qui envoya des commissaires aux îles de la Sonde. Leur rapport ne fut pas défavorable. Des plans de colonisation européenne attirèrent dès lors l'attention publique. En 1859, l'on accorda à M. Van Ylissingen une concession dans l'ouest de Bornéo pour y introduire des Européens dont la majorité serait néerlandaise; il devait être constitué, pour cet objet, une compagnie dont le capital eût été de 2,500,000 florins. Mais, cette même année, un soulèvement considérable eut lieu dans la population indigène. L'opinion publique s'en alarma; on craignit que l'introduction d'Européens n'inquiétât les habitants et ne les portât à de nouvelles insurrections ; on abandonna momentanément tout plan de réorganisation des colonies d'Asie par l'adjonction de l'élément européen. Depuis quelques années, cependant, ces plans ont reparu sur la scène et le gouvernement ainsi que le pays s'en préoccupent, quoique jusqu'ici aucune tentative sérieuse n'ait été faite pour constituer, dans le vaste archipel de la Sonde, un noyau de population, soit hollandaise, soit allemande.

Ce n'est pas, d'ailleurs, à Java ou à Madura, déjà très densément peuplées, c'est & Sumatra, à Bornéo, dans la Nouvelle-Guinée, îles beaucoup plus vastes, qu'il importerait d'attirer une immigration européenne. U est vraisemblable que la colonisation de Sumatra et de Bornéo, jusqu'ici très négligée, sera l'œuvre de la fin de ce siècle et du commencement du siècle prochain. Déjà un aventurier anglais,lerajah Brooke, s'est tailléà Bornéo un petit État qui paraît assez prospère. Une compagnie anglaise vient aussi d'y acquérir de vastes territoires, avec la protection du gouvernement britannique.

Outre sa nombreuse population indigène, Java compte un contingent de plus en plus considérable de travailleurs libres venant de la Chine ; elle n'a pas besoin de raccoler et d'engager des coolies ; ils lui arrivent spontanément et de leur plein gré. On a vu qu^il se trouve dans les îles néerlandaises 470,000 Chinois ; ils y ont des propriétés importantes (voir plus haut,page 285) . Dans la ville de Samarang, surle rivage septentrional de l'île, le quartier chinois, Campongtchina, après celui des Hollandais, est le mieux b&ti, et volontiers on s'y croirait dans une ville toute chinoise. Dans toutes les villes où se rencontrent des Chinois, radministration hollandaise les confine dans un quartier à part, Campong, comme autrefois les juifs dans le Qheito^ par mesure de poUce. Dans l'intérêt général, on admet, cependant, quelques exceptions, comme pour les fermiers des impôts, qui ont le droit d'habiter ailleurs. Ces immigrants vo-

COLONIES d'exploitation. — COLONIES HOLLANDAISES. 297

lontaires et sans engagement appartiennent à. des rangs de la société plus élevés que les coolies de Maurice ou de Cuba ; ils présentent aussi plus de garanties de bonne conduite ; ils se font entrepreneurs de culture et de commerce et ils acquièrent rapide ment, par un labeur opiniâtre combiné avec une sordide écono^ mie et une habileté peu scrupuleuse, des richesses qui en font les principaux négociants du pays. Ils sont cependant difftciles à conduire, et les vexations d'un gouvernement à monopole les ont poussés souvent à des actes de rébellion ; on compte de leur part plusieurs sanglantes révoltes.

II serait difficile de contester les grands mérites de la colonisation hollandaise en Asie, de même qu'on pourrait difficilement aussi nier les erreurs ou les lacunes du système appliqué jusqu'à, ces derniers temps à ces brillantes colonies. C'est à son empire des Indes que la Hollande doit l'éclat qu'elle jette encore dans le monde, le rang qu'elle y tient ; c'est à lui aussi qu'elle est redevable d'une grande partie de son propre développement économique et de ses richesses.

Le commerce de la Hollande se trouve singulièrement accru par les relations avec les Indes néerlandaises. Les capitaux qu'épargnent les industrieux et économes habitants des Pays-Bas se placent avec sécurité etd'une manière fructueuse dans leurs colonies. Ils n'ont pas à redouter les iniquités légales et les vexations publiques, les manques de foi auxquels sont de plus en plus exposés les capitaux étrangerset les entreprises étrangères dans la plupart des pays dits civilisés. Ce n'est pas au simple commerce extérieur que se borne pour une nation l'utilité d'une colonie. Ce point de vue est singulièrement étroit. Les Hollandais ont dans les Indes néerlandaises la direction et les profits de presque tout le commerce intérieur et de l'industrie de ces îles. Ce sont eux qui fournissent en général et les chefs d'exploitation et les directeurs d'usines et les employés, les courtiers, les commis. Enfin, ce qui n'est pas non plus complètement à dédaigner, ce sont aussi les enfants des Pays-Bas qui recrutent tous les cadres principaux des fonctions publiques et des professions libérales aux Indes néerlandaises. La jeunesse des classes bourgeoises qui a tant de peine aujourd'hui en Europe à s'ouvrir des débouchés éprouve, en Hollande, moins d'embarras, les Indes néerlandaises s'ouvrant à elle. Les avantages moraux d'une colonisation aussi vaste ne sont pas inférieurs aux avantages matériels. L'esprit du peuple métropolitain est naturellement plus ouvert, plus entreprenant, il embrasse de plus vastes horizons ; il a des hommes et du monde une plus sûre expérience.

Tant d'avantages comportent des devoirs. La conscience hollandaise a commencé, depuis quelques dizaines d'années, à le sentir.

Sèche et dure avait été dans le passé la colonisation des Hollandais, âpre au gain, fermée à toute considération élevée. C'est Tannée 1860 qui marque le changement de Tesprit de la politique coloniale. Sans intervenir à Texcès dans les rapports entre les chefs indigènes et leurs subordonnés, on a placé les premiers sous le contrôle incessant et actif des fonctionnaires européens. On se préoccupe ainsi d'éviter les abus. Quand des actes d'oppression sont découverts, on les réprime. L'indigène ne jouit certainement pas encore de toute la liberté et de toute la dignité du citoyen des contrées d'Europe ; mais il se trouve dans une situation singulièrement supérieure à celle des sujets des rajahs malais indépendants. La tendance actuelle de la politique coloniale hollandaise est plutôt dirigée vers l'amélioration du sort de l'indigène que vers l'exploitation exclusive et abusive du sol et de ses habitants. La métropole y sacrifie quelquefois ses intérêts pécuniaires.

La suppression de plusieurs des cultures forcées, de celle du sucre, par exemple, en est la preuve. Si l'on a conservé jusqu'ici la corvée pour la culture du café, c'est qu'on est dans l'embarras pour remplacer cette organisation du travail; ce qui arrête, c'est la considération non des subsides que pourrait espérer la mèrepatrie, mais du budget colonial et de ses exigences, notamment de celles de l'enseignement parmi les indigènes.

En dehors des corvées en quelque sorte publiques et générales qui, sinon supprimées,' ont du moins été restreintes, on s'est appliqué à abolir en 1882 des corvées particulières ou locales qu'exigeaient soit les régents soit les wedonos ou autres personnages indigènes.

L'enseignement a été répandu, non pas sans doute avec prodigalité, mais sans trop de parcimonie. C'est en 1849, pour la première fois, que le gouverneur général reçut de la métropole l'autorisation de dépenser 25,000 florins à l'instruction des indigènes, somme bien exiguë. En 1896, les dépenses de renseignement pour les indigènes se sont élevées à 1,387,530 florins contre une recelte de 112,190 florins. Cette dépense s'est accrue à peine d'une centaine de mille florins depuis 1882. Ainsi, la Hollande consacre 3 millions de francs à instruire ses sujets orientaux. Le sacrifice est encore modique et l'esprit qui préside à cet enseignement n'est guère pratique, paraît-il. Ceux des indigènes auxquels on donne une instruction un peu élevée réclament tout de suite des fonctions de TEtat; c'est là un vice universel. Ce qu'il faudrait multiplier, ce seraient des écoles d'arts et métiers rudimentaires et de cultures, autres que celle du riz où l'indigène est passé maître.

La séparation, depuis 1869, de Tadministration et de la magistrature est aussi l'un des signes du progrès moral accompli par

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la colonisation hollandaise. Auparavant, c'étaient les résidents ou leurs adjoints qui présidaient les tribunaux indigènes ; maintenant ces présidents sont des magistrats choisis parmi les docteurs en droit hollandais; ils n'ont d'autres fonctions que celles de dire le droit.

D'autres réformes de détail ont été accomplies. On les étendrait si l'on n'était arrêté par un obstacle, le déficit du budget ; car, comme toujours, ces changements philanthropiques sont achetés par de fortes augmentations de dépenses, et les déficits du budget avec la guerre d'Àtchin, s'ils ne refroidissent pas le zèle des réformateurs, leur enlèvent une partie de leurs moyens d'action. Depuis un quart de siècle, les Hollandais, pour le nouvel esprit qui dirige leur politique coloniale, méritent des félicitations.

n importe qu'ils persévèrent dans cette voie. Une colonisation ne doit pas être une simple exploitation ; une colonie ne peut rester éternellement une ferme. A côté de la production matérielle, un peuple colonisateur a une œuvre sociale, une œuvre morale à accomplir. Alléger le poids du servage qui pèse encore sur une grande partie des populations indigènes; constituer, là où elle est utile, la propriété individuelle; élever progressivement les populations indigènes par l'éducation, par le christianisme, par la propriété et par la liberté du travail; mettre enfin en culture les immenses espaces de Bornéo et de Sumatra, former dans ces régions de véritables sociétés qui soient productives au point de vue économique et qui aient une vie intellectuelle et morale, telle est la tâche qui incombe aux Hollandais.

La Hollande a conservé en Amérique quelques îles et sa colonie de la Guyane, qui eut, elle aussi, un moment de splendeur. La Guyane hollandaise comptait, en 1859, près de 53,000 habitants, dont 15.950 libres et 36,963 esclaves. Le recensement de 1845 annonçait seulement 8,462 libres; mais, en revanche, il donnait 51,629 esclaves. Ainsi, en 15 ans, le nombre des hommes libres avait doublé ; celui des esclaves avait diminué de plus d'un quart ; ce changement remarquable dans la composition de la population, dont le total était resté le môme, mérite qu'on en recherche les causes. Il y a eu des Pays-Bas pour la Guyane un courant d'émigration assez régulier, bien que faible en apparence. Depuis 1845, année où l'émigration hollandaise commence à être considérable, on a vu un certain nombre de paysans s'établir à Surinam, y fonder la petite propriété, endurant sous le soleil des tropiques les travaux les plus rudes, comme les engagés blancs du xvii« siècle. En 1852, le gouvernement des Pays-Bas tenta sans succès de diriger vers cette colonie l'émigration allemande. La diminution du nombre des esclaves ne se rattache pas seulement à cette obser-

vation générale, que nous n'osons pas ériger en loi, d'après laquelle dans rétat d'esclavage les populations ne se reproduisent que d'une manière insuffisante ; elle vient surtout des mauvais traitements et de l'absence de soins pour le bien-être de la population servile. De 1839 à 1843, il était né, dans toute la colonie, 5,947 esclaves et il en était mort 10,406, mortalité effrayante, qui en quatre ans enlève plus du cinquième de la population noire. Les actes du gouvernement colonial prouvent, de la manière la plus nette, que cette mortalité considérable avait son origine dans la négligence des planteurs ou plutôt de leurs mandataires. Il existe une ordonnance de 1817 où le gouvernement déclare vouloir « prévenir, avec la bienveillance de Dieu, tout besoin de nourriture pour l'avenir, besoin qui s'est grandement fait sentir par l'oubli des précautions salutaires. » Ces négligences et ces abus, qui entraînaient tant de calamités pour la population servile et par contrecoup tant de diminution dans la production et de dépréciation dans la valeur des propriétés, se faisaient surtout sentir dans les districts où labsentéisme des planteurs était le plus répandu, comme dans ceux de Para, Mattapica, Cottica, Commewyne; dans ces districts, pendant que les propriétaires vivaient luxueusement à Amsterdam, les plantations étaient abandonnées à des agents dont l'ordonnance de 1817 flétrit « l'incapacité notoire, l'indécence, la négligence et l'immoralité ». Dans les provinces, au contraire, où l'absentéisme est rare et où la résidence est le fait prédominant, comme dans celle de Nickerie, les esclaves paraissent avoir été mieux traités, les naissances, même dans la population servile', dépassaient les décès, et cependant le climat est exactement le même que dans Jes autres districts.

En 18Ô6, la Guyane hollandaise comptait 56,700 âmes de population fixe et 7,672 immigrants venant, la plupart, des Indes britanniques, ensemble 64,372 Ames, Dans ce chiffre ne paraissaient être compris ni les Indiens indigènes, ni les (Boschnegers) nègres des bois. Ces deux dernières catégories d'habitants peuvent monter à 2 ou 3 dizaines de mille. La superficie de la Guyane hollandaise étant de 119,000 kilomètres carrés, on voit que la population spécifique y est infiniment faible. La production comme la population de la Guyane a décru, depuis le xviu® siècle; on comptait alors dans cette colonie 600 plantations, exploitées par 30,000 esclaves et produisant annuellement pour 40 millions de denrées d'exportation ; en 1845, l'on ne comptait plus que 102 sucreries, 116 caféieries, 41 cotonneries : la production du sucre est restée stationnaire de 1845 à 1860 ; elle flottait aux environs de 30 millions de livres. Tous les observateurs, et, entre autres, le lieutenant de vaisseau Dieudonné, chargé de comparer l'état de la Guyane hollandaise à celui de la Guyane française, s'accordaient

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pour déclarer que ragricultureélait 1res arriérée à Surinam, que les procédés y étaient imparfaits, les machines nouvelles presque inconnues. En 1896, il n'y avait que 15,137 hectares en culture, dont 1,919 en cannes à sucre, 12,243 en cacao, 974 en autres produits; la production du sucre était de 10,400,000 kilogrammes en chiffres ronds; celle du rhum de 8,800 hectolitres et celle du cacao de 3,100,000 kilogrammes; cette dernière seule est assez importante, mais le tout est assez misérable. Le seul trait favorable est que le nombre des propriétaires est assez considérable : 3,673. L'esclavage n'a été aboli qu'en 1863. Le commerce est médiocre. Les importations montent, en 1896, à 5,335,000 florins, un peu plus de 11 millions de francs, et les exportations à 4,392,000 florins, soit 9 millions 1/4 de francs. On recense à l'entrée 202 vaisseaux jaugeant 94,000 tonneaux, dont 24 vaisseaux et 21,700 tonneaux provenant des Pays-Bas; la métropole figure, en 1896, pour 2,892,000 florins, environ 6 millions de francs h l'importation et pour 1,500,000 florins, soit 3,150,000 francs à l'exportation; les Etats- Unis sont le principal marché de la Guyane hollandaise, qui y exporte pour 2,155,000 florins, tandis qu'elle en reçoit pour 1,098,000 florins de marchandises. On trouve maintenant de l'or dans ces parages : de 1887 à 1896. il en a été exporté pour une valeur de 20,694,000 florins, soit plus de 42 millions de francs; la production en est, d'ailleurs, stationnaire, sinon décroissante, car l'exportation d'or en 1896 n'a atteint que 1,198,000 florins.

On voit combien cette colonie de Surinam, qui jeta un si vif éclat au milieu du xvm' siècle, a maintenant perdu de sa splendeur; tel est le sort fréquent des colonies de plantations. Les autres Guyanes ne se sont pas mieux conservées. Il n'est pas impossible, cependant, que, dans un très long temps, Surinam, tel est le nom officiel de la Guyane hollandaise, ne revienne à une vie plus ample et plus active.

Ces régions contiennent d'énormes espaces qui sont bien doués pour la production. Le climat, il est vrai, est un ennemi pour les Européens. C'est à peine si sur 13 ou 14 millions d'hectares une vingtaine de mille y sont cultivés d'une manière intensive et une centaine de mille exploités tant bien que mal. La colonisation européenne jusqu'ici a effleuré à peine ces contrées qui réservent à l'humanité d'abondantes ressources. Les vastes capitaux de la petite mère-patrie pourraient transformer ces savanes ou ces forêts très à la longue. Le voisinage des Etats-Unis y aiderait.

Les petites lies de Curaçao, Saint-Eustache, Saint-Martin, Saba, Bonaire, Aruba, que la Hollande possède dans le golfe du Mexique et qui, toutes ensemble, n'ont pas 50.000 habitants, ont eu de tout temps une production et surtout un commerce des plus actifs. Les esclaves y ont toujours été mieux traités qu'à Surinam, et cepen-

dantces petites îles elles-mêmes sont en décadence; elles ont besoin, pour se soutenir, des subsides de la métropole. Curaçao, dit-on, possédait, il y a 50 ans, plus de 10,000 esclaves, au lieu qu'au 1*' janvier 1859 elle n'en comptait plus que 7,189. La grande culture ne peut plus, dans ces territoires étroits et épuisés, soutenir la concurrence des sols nouveaux de Cuba et de Java. Le nopal, la cochenille et les autres cultures secondaires sont les principales ressources de ces îlots. La Hollande a hésité longtemps à suivre rexemple donné par l'Angleterre et par la France de la suppression de la servitude; alors même qu'elle déclarait l'esclavage aboli à partir de 1860 dans Farchipel de la Sonde, elle le maintenait à Surinam ; mais cette opiniâtreté à conserver la servitude dans ses possessions chétives d'Amérique n'a pu leur rendre une prospérité qu'elles n'avaient due qu'au régime relativement libéral en matière de commerce, dont elles avaient joui dans un temps où les colonies de plantations des autres contrées d'Europe étaient soumises aux rigueurs du pacte colonial. Presque tout l'avenir de la colonisation hollandaise est dans les îles delà Sonde ; il dépend de la Hollande, aux conditions que nous avons indiquées plus haut, de leur assurer un développement presque infini.

Nous devons constater ici que la colonisation hollandaiselibre est en recrudescence dans l'Afrique australe. « D'après des statistiques d'il y a peu d'années, écrivions-nous dans la deuxième et la troisième édition de cet ouvrage (1882 et 1885), cette contrée contiendrait 492,000 âmes de race européenne, dont 330,000 d'origine hollandaise contre 160,000 à peine d'origine anglaise. Ijes 330,000 Hollandais existant dans l'Afrique australe se répartiraient ainsi : 60,000 dans la République du Transvaal, 60,000 dans TEtat libre d'Orange et environ 210,000 dans la colonie du Gap. Avec l'énergie bien connue et la prolificité des Boêrs, on peut considérer que l'élément hollandais finira par prendre le dessus sur l'élément anglais dans l'Afrique australe, mais les colonies hollandaises libres de cette partie du monde constituent des colonies de peuplement et non des colonies de plantations ». Dans la quatrième édition (1801), nous manifestions par une note que nous reprodui-^ sons exactement ci-dessous les inquiétudes que les menées bri-* tanniques nous suggéraient relativement à l'avenir régulier du Transvaal. « Le Transvaal, disions-nous alors, qui peut être considéré comme une sorte de colonie hollandaise émancipée, est devenu, depuis 1886, soudain très prospère. Les recettes publiques, qui y montaient à 4 millions ou 4 millions et demi de francs seulement en 1884 et 1885, atteignirent 6 millions en 1886, près de 16 millions en 1887 et 21 millions en 1888. Le déficit qui était chronique se changea en un excédent qui, pour l'année 1888, approcha de 5 millions de francs. La cause de ce développement

d'une rapidité imprévue est la découverte de riches mines d'or. Malheureusement, cei enrichissement n'est pas sans danger pour l'élément hollandais. Un nombre considérable démineurs d'origine britannique afflue du Cap, d'Australie, d'Amérique, d'Angleterre, pour exploiter les mines d'or du Transvaal et les mines de diamant de la République d'Orange. Les nouveaux arrivants prétendent être, en 1890, au nombre de 80.000 à 100,000 dans le seul Transvaal. Ce chiffre est peut-être exagéré, mais en tout cas l'élément anglo-saxon dans le Transvaal atteint presque aujourd'hui et dépassera peut-être bientôt l'élément néerlandais. L'établissement de la domination britannique sur le Zambëze est encore un autre péril pour les Boers ou colons hollandais. Les mineurs anglais réclament des droits politiques, puis, si les mines d'or se développent, leur flot augmentera. Le gouvernement des Boers a essayé, pour arrêter cette marée montante, de retarder la construction des chemins de fer qui doivent relier le Transvaal d'un côté à la baie de Delagoa, de l'autre au réseau du Cap. Mais il ne peut persister longtemps dans ces expédients. La découverte de ces mines pourrait donc avoir pour efîet de compromettre l'indépendance et surtout la suprématie de Félément néerlandais dans l'Afrique australe ».

Les événements ont Justifié nos alarmes de 1891; nous croyons qu'ils justifieront aussi ultérieurement nos prévisions des années antérieures. Avec un rare cynisme, un absolu mépris du droit des genset une imprévoyance inouie, l'Angleterre a suscité, en 1899, une guerre entre elle et les deux petites Républiques sud-africaines, d'origine néerlandaise, mêlée d'un peu de sang français. Cette guerre bat son plein au moment où nous revoyons ces lignes (janvier 1901) ; avec les 250,000 hommes que, par un grand effort, elle a transportés dans l'Afrique du Sud, l'Angleterre après plus de quinze mois d'une lutte opiniâtre, où elle éprouva plusieurs désastres, n'a pas encore triomphé. Elle veut supprimer impitoyablement l'autonomie des deux petits Etats, le Transvaal et l'Orange, et les transformer en colonies britanniques.il n'en est pas moins vrai que, avec le temps, la race hollandaise acquerra la prépondérance gouvernementale dans l'Afrique du Sud. D'après des calculs faits en 1899, malgré les mines de diamant et d'or qui s'épuiseront vite, surtout les dernières, cette race y a encore la prépondérance numérique; il s'y trouvait, en eftet, en 1899, seulement 388,400 Anglais contre 431 ,600 Hollandais, ainsi répartis : Hollandais âh^uu

Colonie du Cap et Béchou&naland 265.200 194.800

Basoutoland 300 350

Eut libre d'Orange 78.100 15.600

Natal et Zoulouland 6.500 45.500

Transvaal SO.aK) 123.650

Rhodéaia 1.500 8.500

304 DE LA COLONISATION AU Xt\' SIÈCLE.

Encore, le nombre des Anglais est, sans doute, exagéré en ce qui concerne le Transvaal ; on paraît avoir compté comme Anglais tous les étrangers résidant sur les champs d'or {Uitlanders) parmi lesquels se trouvent une vingtaine de mille allemands, français, juifs russes, etc., sans parler des Américains.

La population anglaise des champs d'or diminuera probablement de moitié ou des deux tiers avant trente ou quarante ans par répuisement des mines.

En outre, l'élément anglais dans toute l'Afrique australe, est, en général, confiné dans les villes et leur banlieue; c'est une population de commis, d'employés, d'artisans et de négociants. Les Boers, au contraire, détiennent le sol et le cultivent; ils sont prolifiques. Vers le milieu du xx* siècle, ils seront, sans doute, 1 million à 1,200,000, au lieu de 431,000 à Theure présente. L'élément anglais aura peu augmenté et ne dépassera sans doute pas 600,000 à 700,000 âmes.

Après la guerre sauvage de 1809, 1900 et 1901, l'Anglais sera,pour tous les colons d'origine néerlandaise, Fennemi héréditaire. L'Angleterre est donc exposée, parla criminelle folie d'un ministre charlatan, Chamberlain, à. perdre l'Afrique australe, sauf deux ou trois ports ; ou, tout au moins, devra-t-elle, avant 50 ans, se contenter d'une souveraineté purement nominale sur cette vaste contrée.

Nous n'avons que quelques mots à dire des petites tles danoises, Saint-Jean, Sainte-Croix, Saint-Thomas. Le roi Christian YII fut de tous les princes le premier à abolir la traite (ordonnance du 16 mars 1792) : ces petits îlots en éprouvèrent une certaine commotion, mais qui dura peu. Leur importance venait moins de la culture du sucre que de leur trafic excessivement animé; ils furent tous, en 1834, ouverts au commerce du monde et ils servirent d'entrepôts pour l'approvisionnement du golfe du Mexique : ce fut pour eux la source d'une grande prospérité ; après diverses mesures préparatoires, l'abolition de l'esclavage y eut lieu le 3 juillet 1848; ils ne s'en ressentirent pas longtemps, trouvant dans la rapide extension de leur commerce une compensation plus que suffisante. On sait que Saint-Thomas a été acheté par les Etats- Unis; il est question de leur céder les autres îles danoises.

La petite île de Saint-Barthélémy, qui appartenait à la Suède, se trouvait dans une situation analogue à celle des tles danoises, quoique moins florissante; c'est un îlot peu fertile où la production est faible; l'esclavage y a été aboli graduellement à partir de 1848 ; cette petite colonie ne peu vait avoir d'avenir que dans le commerce. Le gouvernement et les Chambres dé Suède étaient dans l'intention de vendre également leur île aux Etats-Unis, s'ils en obtenaient un bon prix. Ils ont fini par la céder à la France. On ne peut blâmer de pareilles cessions, il est certain que des puis-

sances comme le Danemark et la Suède n'ont aucun intérêt à posséder quelques îlots perdus dans TOcéan.

Ces petites dépendances ne peuvent avoir d'importance que comme points de rel&che ou postes d'observation pour une puissance maritime et militaire importante. Au contraire on eût très bien compris que la Suède et la Norvège, qui ont une émigration considérable, ayant oscillé, pour Tune et Tautre réunies, de 40,000 à 60,000 âmes par année dans la période 1890-1893, puis fléchi à 15 ou 20,000 depuis lors, eu ssentcherché à s'assurer la posp session d'une colonie de peuplement, dans le genre du Canada ou de l'Australie, pour y détourner l'émigration norvégienne et suédoise qui se porte vers les Etats-Unis et pour fonder dans des régions nouvelles une société Scandinave. C'eût été un moyen de maintenir l'équilibre des races dans le monde et la variété des influences nationales qui est si utile au progrès humain.

Nous ne pouvons ici que mentionner l'Islande (105,000 kilomètres carrés), les îles Féroô (1,325) et le Groenland (88,000 kilomètres carrés pour la superficie libre de glaces), qui constituent des colonies danoises, d'une nature spéciale. La population y est de 95,000 habitants environ, dont 70,000 pour l'Islande; ce sont là des territoires peu susceptibles de grand développement de population, mais qui ont leur intérêt, mariiime surtout, et appartiennent très légitimement et utilement à ce vaillant petit peupled'antiques navigateurs et pécheurs, le Danemark.

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