‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 4)Chapitre 6 sur 69 · II1 PRÉFACE DE LA QUATRIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

II1 PRÉFACE DE LA QUATRIÈME ÉDITION

La 3* édition de notre Colonisation chez les peuples modernes^ parue en 1886, trouva le inonde européen en plein enfantement d'entreprises coloniales. En France, seulement, régnait un découragement passager, provoqué par la mauvaise direction et les échecs relatifs de nos expéditions du Tonkin et de Madagascar. Traduit dans plusieurs langues, notre ouvrage fut alors en harmonie avec les idées qui commençaient à se répandre, aussi bien parmi les hommes d'Etat européens que dans le public lettré.

Aujourd'hui l'ulilrté de la colonisation n'est plus guère discutée. On a pour elle presque autant d'engouement qu'autrefois on lui témoignait d'éloignement! En se partageant l'Afrique, en occupant tout le Sud de l'Asie et les vastes iies encore barbares de la mer des Indes ou du Pacifique, Sumatra, Bornéo, la Nou« velle-Guinée, Madagascar, les nations européennes se sont taillé une ample et difficile besogne pour tout le xx* siècle.

Elles pourront suspendre leurs luttes en Europe, et satisfaire leur goût d'aventure par leurs explorations, leurs exploits, leurg déceptions, leurs succès, malaisément achetés, dans leurs nou" veaux domaine^, jusqu'ici nominaux.

I/a fin dB notre siècle est témoin de ce phénomène, auquel l'histoire ne nous avait guère préparés : la colonisation, depuis dix ans, parait être la condition de la paix en Europe : c'est la ioupape par laquelle lambition politique se dégage, le désir de Gonquêlea et l'inquiétude des peuples trouvent h s'apaiser» Les yeuK fixés sur la vaste proie qui est au loin, on oublie les mesquines querelles de voisinage.

C'est bien cofi^me une proie, en effet, qu'apparaît encore à beaucoup de nos contemporains le monde barbare. Sur bien des points, les modes de contact entre les Européens et les tribus inoivilisées sont restés les mêmes qu'il y a trois siècles. A lire les récits de Tarrière-garde de Stanley, des massacres de Massouah, on se croirait encore au temps de Gortez et de Pizarre.

Cependant, de même qu'il est une histoire, il est un art de la colonisation. De tout l'ensemble des efforts des peuples euro-

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péens depuis la découverte de rAmérique, il se dégage des règles, des procédés, une méthode enfin.

C'est à l'ignorance de cette méthode que sont dus en grande partie les mécomptes coloniaux de la plupart des nations européennes dans le courant de ce siècle. Que de vies d'hommes et que de dizaines de millions Ton eût épargnées, si Ton eût un peu mieux réfléchi sur l'histoire de la colonisation, sur les conditions diverses des colonies suivant les climats et les races, sur Tart d'administrer les indigènes et de se les concilier, sur le régime des terres, celui des travaux publics et des finances coloniales ! La paresse administrative ou le prétentieux empirisme ont préféré aller au hasard, renouvelant perpétuellement les mêmes fautes et aboutissant sans cesse aux mêmes échecs.

La colonisation en est devenue effroyablement coûteuse e; effroyablement lente.

Nous retraçons dans ce livre, à grands traits, l'histoire coloniale depuis la fin du xv* siècle. Nous cherchons à en dégager les leçons de Texpérience. Nous exposons tous les systèmes qui ont été essayés ou suivis. Il nous parait qu'il serait aisé de rendre la colonisation moderne plus efficace, plus équitable et moins dispendieuse. Nous nous efforçons d'en indiquer les moyens.

Cette 4* édition a été plus remaniée et plus étendue encore que les précédentes. Outre les puissances colonisatrices, en quelque sorte classiques, l'Espagne, le Portugal, la Hollande, l'Angleterre et la France, il nous a. fallu étudier les récents efforts de l'Allemagne, de l'Italie, de la Russie ; nous avons dû également soumettre à un examen plus minutieux la méthode ingénieuse du protectorat, la colonisation anonyme, comme celle de l'Etat indépendant du Congo, les grandes compagnies de colonisation ressuscitées, enfin l'action des missionnaires.

Depuis vingt ans, nous n'avons cessé de nous intéresser à la colonisation et de l'étudier. Nous nous sommes personnellement et pratiquement associé à plusieurs des entreprises coloniales do la France.

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