‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 54 sur 131 · EN TUNISIE · texte numérisé non relu

EN TUNISIE

L'année gui a vu le massacre de la mission Flatters a été témoin de Toccupation de la Tunisie et de rétablissement de notre protectorat dans cette Régence. Nous tenons à honneur d'avoir été un des premiers qui ont demandé, non seulement la prise de posses-

sion temporaire de Tunis, mais Tannexion totale et définitive de cette contrée. Nous avons blâmé les lenteurs de notre gouvernement; nous n'avons cessé de l'engager à mettre des garnisons dans tous les lieux importants du pays, les plus centraux comme les plus méridionaux (I). Le traité de Kassar-Saîd ou du Bardo nous a toujours paru insuffisant. Notre occupation de la Tunisie ne doit être ni limitée, ni temporaire, ni faite à titre contesté. Nous devons rester dans ce pays, non pas comme protecteurs, mais comme souverains. Avec ses 13 millions d'hectares, la plupart susceptibles de bonne culture, ses 1,300,000 habitants, dont le nombre pourrait quadrupler si le pays était bien exploité, avec sa grande ville de 150,000 âmes, avec toute son étendue de côtes sur la Méditerranée, Tancienne Régence de l'Est sera pour la France une superbe dépendance. L'expédition de Tunisie est la seule grande chose que la France ait faite depuis quinze ans; c'est même la seule entreprise sérieusement utile pour elle qu'elle ait conduite a l'extérieur depuis quarante années. Le Sic vos non vobis ne saurait être Téternelle maxime de notre pays. Les ineptes criailleries et les injustes dédains qu'a soulevés l'expédition tunisienne ont déjà disparu. Si notre gouvernement tout en respectant, pendant longtemps encore du moins, l'autorité décorative duBey, a assez de sens politique pour transformer, avec le temps, le protectorat en annexion définitive, les bases de notre empire africain en seront singulièrement élargies et consolidées.

L'importance de la Tunisie n'échappe à aucun esprit sérieux. Outre les avantages de son sol et le caractère relativement doux de sa population, cette contrée a encore ce grand prix pour nous qu'elle nous offre des ports beaucoup plus beaux que ceux de l'ancienne Régence voisine. Sî l'on supprimait, comme on le fera, nous en avons la confiance, soit le port de Rochefort, soit celui de Lorient, et que Ion transportât à Bizerte les établissements maritimes, les arsenaux qui se trouvaient dans le port abandonné de rOcéan, on créerait à la France, dans la Méditerranée, cette situa- • tion forte, inexpugnable, qu'elle n'a jamais su ni complètement acquérir ni surtout conserver. Bizerte, presque en face de Toulon, quoiqu'un peu plus à l'Est, formerait, avec le grand port militaire de la France continentale, une corrélation d'établissements maritimes comme peu de puissances en possèdent.

Depuis la première édition de cet ouvrage, le gouvernement français s'est acheminé vers la transformation de notre proteclorat à Tunis en annexion presque complète. Quand nous avons si

(l) Voir VEcoTwmisie français des mois de mars, avril, mai, juin 1881.

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